Ce 19 mai parait « Lettre à Adama » écrit par Assa Traoré avec le concourt de la journaliste Elsa Vigoureux.

Au-delà du destin tragique d’ Adama Traoré qui est au cœur de cet échange entre Assa et son frère décédé, ce livre permet de revenir sur les luttes de nombreuses familles de victimes. Il humanise et dévoile l’histoire anonyme des trop nombreuses victimes de crimes policiers et sécuritaires en France.

L’ouvrage s’ouvre sur l’histoire de Mara-Siré Traoré le père des frères et sœurs d’Adama. Né en 1943 il « quitte le Mali en voiture traverse la Mauritanie, prend le bateau pour l’Espagne et rejoins paris »à l’age de 17 ans. Il fondera une famille française si particulière avec 17 enfants nés de plusieurs histoires d’amour avec quatre femmes différentes : Deux femmes blanches et catholiques Elisabeth et Françoise et deux femmes Maliennes musulmanes Mama et Oumou. Aveuglé par ses préjugés racistes, l’appareil d’état a probablement perçu la famille Traoré comme une famille à qui il pouvait faire passer facilement la mort d’Adama pour un accident.

La description méthodique des mensonges policiers et judiciaires sur les circonstances de la mort d’Adama sur lequel revient le livre est une longue plongée dans les rouages d’un mensonge d’état qui ne pouvait aboutir que sur la criminalisation de la famille Traoré. C’est un des grands mérites de ce livre que mettre à jour ces mécanismes institutionnels qui conduisent aujourd’hui Bagui Traoré en prison comme ils ont conduit avant lui les frères Kamara et tant d’autre qui se sont levés contre les violences policières et sécuritaires.

Le premier chapitre du livre, à travers le destin de Mara-Siré Traoré est consacré à la vie de la famille Traoré avant la mort d’Adama. Il restera sans doute pour nombres de lecteurs et lectrices un des chapitres les plus émouvant, tant le parcours de vie de Mara-Siré Traoré ne peut laisser indifférent.

Le livre se clôture par la naissance le 7 avril 2017 d’Adama Traoré, fils de Lassana Traoré  (ainé de la fratrie Traoré ).  Cette naissance dans la famille Traoré sur laquelle les écrivaines font le choix de clôturer cette chronique d’une lutte contre l’appareil d’état résonne comme les mots du martyr irlandais Bobby Sands. « Notre vengeance sera le rire de nos enfants».

Parce que c’est aussi de cela que parle cette chronique des violences d’état : construire un autre monde pour nos enfants.

Dans ce dialogue d’Assa avec son frère Adama, au jour le jour, à partir du 19 juillet 2016 date de l’assassinat d’Adama, le livre nous fait vivre le parcours, les rencontres et les combats de la famille Traoré. De la famille du militant antifasciste Anto  à celle de Rémy Fraisse  en passant par les innombrables familles de victimes des quartiers populaires, le livre permet de découvrir ce monde des collectifs de luttes contre les violences policières dont émerge au grès des pages des figures emblématiques. Tout au long du livre on accompagne le cheminement d’Assa Traoré de ces luttes vers d’autres au fil des rencontres qui la mène en Guadeloupe avec le LKP au coté d’Elie Domota ou avec des ouvriers de l’industrie automobile en lutte. Le point commun de toutes ces rencontres : faire face à l’injustice sociale et étatique.

Ainsi, cette chronique permet de dresser le portrait de nombreuses victimes de crimes policiers. C’est l’autre grande force de ce livre que de donner à voir le martyr de celles et ceux qui sont morts entre les mains de force de sécurité qui sont censées nous protéger.

Cette construction de l’ouvrage autour du quotidien d’une lutte et de tant de portrait de martyrs s’inscrit dans la veine de celui écrit par Aragon en 1942 sur les martyrs de Châteaubriant. Aragon y raconte l’exécution à 17 ans de Guy Mocquet par les nazis. « Fais de cela un monument. » lui avait ordonné Jacques Duclos en lui faisant parvenir les témoignages des derniers témoins et les derniers écrits des martyrs de Châteaubriant.

Elsa Vigoureux et Assa Traoré n’ont pas eu besoin de cet ordre d’un dirigeant politique pour faire du destin d’Adama et de la lutte pour la justice et la vérité de la famille Traoré un monument.

Ce livre a donc un double intérêt dont peuvent se saisir tous ceux et celles qui veulent que ce monde change. Le premier qui n’est pas négligeable c’est que chaque livre acheté fourni des ressources a la famille Traoré pour sa lutte pour la vérité et la justice. Le second c’est qu’il montre ce qu’est la violence d’état comment elle s’exerce et au profit de qui mais aussi comment on peut la mettre en échec pour construire un autre monde.

Par Quartiers Libres,
Source: http://quartierslibres.wordpress.com/2017/05/18/lettre-a-adama-assa-traore-avec-elsa-vigoureux/