Février 18, 2021
Par Union Communiste Libertaire (UCL)
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L’Université française depuis quelques mois, subit des attaques d’importance majeures contre les libertés académiques.

Ce 16 février à l’assemblée, Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche (ESR), déclarait : « je vais demander à ce qu’on fasse un bilan de l’ensemble des recherches qui se déroule dans notre pays ». Ainsi réitérait-elle des attaques envers la liberté de la recherche, que Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale, avait commencées le 25 octobre lorsqu’il déclarait au JDD que l’Université serait « ravagée » par des « islamo-gauchistes » et « des théories indigénistes ».

Ces attaques font suite aux réductions budgétaires, gels des postes, hausses des frais d’inscription pour les étudiant·es étranger·es, etc. Ainsi, depuis 2014, les universités ont noté une augmentation du nombre d’étudiant·es de plus de 40 000 par an [1] et dans le même temps la suppression de 1400 postes d’enseignant·es chercheur·ses [2].

Les conditions de précarité ne sont plus soutenables, les étudiant·es font la queue pour un repas, le nombre de suicides augmente, une partie des enseignant·es n’ont pas de salaire régulier [3]. La ministre juge que l’urgence est de défaire la liberté de la recherche pour lutter contre « le séparatisme ».

Déjà cette année, le vote de la LPR (loi de programmation pour la recherche) supprimait le rôle de contrôle du Conseil national des universités et soumettait les libertés académiques aux « valeurs de la République ». Quand était nommé à la tête du Haut Conseil pour l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (HCERES), un conseiller de Macron entaché de conflits d’intérêts. Cette ultime attaque, que certain·es comparent déjà à du maccarthysme, entérine la fin de la liberté de la recherche.

Chose à quoi ont déjà répondu la Conférence des Présidents d’Université [4] et le CNRS [5] qui parlent d’instrumentalisation de la science, et d’un terme, « islamogauchisme » qui n’a pas de fondement scientifique « qu’il conviendrait de laisser, sinon aux animateurs de CNews, plus largement, à l’extrême droite qui l’a popularisé ».

La manifestation d’un racisme d’État

Nous ne sommes pas dupes, ces attaques sont de la même veine que la loi « contre le séparatisme » et la « loi Sécurité globale ». À l’heure où les charges racistes décomplexées ont lieu, sur fond de suprématisme blanc, ce sont les idées progressistes que l’État préfère attaquer, alors que des universitaires faisant des travaux décoloniaux et sur les races-sociales ont reçu cette année des menaces de mort. Les fruits des recherches étant publics, se servir de celles-ci pour exalter le nationalisme, met en danger les auteur·es.

Ces attaques se cristallisent autour d’un terme inventé par l’extrême droite elle-même : « l’islamogauchisme » [6] qui ne peut que rappeler le terme de « judéo-bolchévique » des années 1930, qui imputait aux Juifs la responsabilité de la propagation du communisme. Si d’aucun peuvent parler d’un maccarthysme, sous l’égide du Ministère de l’ESR, nous ne pouvons pas le séparer des attaques islamophobes faites par le gouvernement.

D’ailleurs, il est à noter que Vidal a choisi pour premier lieu d’expression, avant l’Assemblée Nationale, la chaîne CNews connue pour ses positions d’extrême droite. CNews où Pascal Praud appelait au licenciement des universitaires qui utilisent l’écriture inclusive qui est pour lui un « terrorisme intellectuel » mené par les « islamogauchistes ». Rappelons que pour l’extrême droite, « il ne peut y avoir d’avancée du savoir car la vérité a déjà été énoncée une fois pour toutes et l’on ne peut continuer à interpréter son obscur message. » [7].

Des attaques internationales

Ces attaques s’inscrivent dans un contexte mondial, puisque Donald Trump avait adopté un décret « sur la lutte contre les stéréotypes raciaux et sexuels », qui interdit aux chercheuses·rs bénéficiant de financements fédéraux de s’associer à des idéologies qui dépeindraient les États-Unis comme « fondamentalement racistes ou sexistes ». Chose qui interdit donc toute recherche sur les femmes, le genre, le racisme etc.

Le Parti conservateur britannique présente la Critical Race Theory [8] comme une idéologie séparatiste qui, si elle était enseignée dans les écoles, « enfreindrait la loi ».


Les dangers d’une recherche privée de ses libertés et sous le contrôle de l’État

Ces attaques ne mettent pas seulement les sciences humaines et sociales en danger mais toutes les sciences. C’est bien une voix ouverte par l’État contre les libertés de toutes les disciplines, de tous les laboratoires publics. Ceci signifie que, peu importe le gouvernement, l’État pourrait décider des sujets et orientations des recherches en sociologie, médecine, biologie comme dans tous les autres domaines. Il n’est pas besoin d’expliquer les risques que cela implique. C’est pourquoi le monde de la recherche et de l’enseignement doit rester libre et indépendant.

Ces attaques contre les idées de gauche au sein de l’Université appellent une réponse rapide et massive. Une société qui met en doute ses chercheuses et chercheurs est une société qui s’ouvre à l’obscurantisme. Alors que depuis des mois, des complotistes remettent en cause les sciences quand d’autres craignent le « grand remplacement » nous ne pouvons que nous inquiéter et appeler à lutter de toutes les façons possibles contre ces percées d’extrêmes droite contre nos savoirs.

Union communiste libertaire, le 18 février 2021.

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Source: Unioncommunistelibertaire.org