Le 1er janvier 2019, date du 25e anniversaire du soulèvement zapatiste, l’EZLN a une fois de plus secoué les personnes qui, dans le monde, sont attentives à son autonomie et qui attendaient des nouvelles des festivités. Le discours du sous-commandant Moises, devant 3000 miliciens en tenue de combat, était tout sauf festif. Rien d’étonnant, malheureusement, dans la dénonciation des grands projets capitalistes qui détruisent la nature et suppriment l’agriculture de subsistance. On savait aussi que le harcèlement paramilitaire, au service de ces grands projets et du trafic de drogue, provoquait régulièrement des morts et des blessés dans les communautés indigènes et zapatistes. Mais on ne s’attendait pas à cette affirmation d’une agression étatique imminente destinée à en finir avec les communautés, ni à ce déploiement de forces visant à montrer que les zapatistes étaient prêts à se battre jusqu’au bout pour défendre leur autonomie [note] . On était surtout surpris par l’insistance du sous-commandant sur le fait que les zapatistes étaient seuls, et par la virulence de leurs propos contre le nouveau président, Andrés Manuel López Abrador, dit AMLO, dont l’élection avait plutôt provoqué la joie dans tous les milieux de gauche du Mexique.

Une lettre de soutien internationale a bientôt circulé pour réaffirmer que partout dans le monde des comités étaient prêts à réagir en cas d’attaque contre les communautés [note] . Certaines personnes solidaires se sont demandé si l’impression d’isolement venait d’un doute sur l’efficacité de la solidarité internationale ; d’autres l’ont comprise plus exclusivement dans le contexte national mexicain, en réaction précisément à cette attente des milieux de gauche vis-à-vis d’un président censé se trouver de leur côté [note] .

Une impression de moindre mal

En effet, si on a des contacts au Mexique avec d’autres mouvements que les zapatistes ou les communautés indigènes, si on s’informe des mesures prises ou prévues par le président, le bilan est certes loin d’être parfait mais enfin il est plutôt moins mauvais que celui de ses prédécesseurs [<a title="Voir l’analyse de fond par Claudio Albertani, anarchiste et soutien de la rébellion zapatiste depuis son avènement, dans « Grandeur et limites de l’expérience zapatiste », Courant alternatif n° 288, mars 2019 (également en ligne sur le site de l’OCL). » class= »notebdp »>note] . Sa première décision populaire a été de renoncer à la construction du nouvel aéroport de la capitale sur l’ancien lac de Texcoco, projet qui avait mobilisé une farouche lutte d’opposition et avait donné lieu à la répression du « Front des peuples en défense de la terre » à Atenco. Sur le plan social, il a doublé les salaires dans les maquiladoras (industries en zones franches) le long de la frontière Nord, augmenté partout le salaire minimum et annoncé une série de programmes de création d’emplois et de lutte contre la pauvreté. Dans un pays ravagé par la violence et la grande criminalité, il a affirmé un combat prioritaire contre la corruption dans l’administration, la police, l’armée et l’appareil judiciaire, afin de lutter contre l’impunité et la complicité. Si personne ne se fait d’illusion face à l’ampleur de la tâche, c’est en tout cas la première fois depuis longtemps qu’un président est crédible dans ses intentions en étant lui-même irréprochable sur le plan de la corruption et des privilèges personnels.

En outre, depuis ce fracassant 1er janvier, AMLO a confirmé sa popularité en résolvant certains problèmes endémiques du pays. Il a fait le ménage dans la production pétrolière, mettant fin à des détournements et des contrats véreux avec des entreprises d’extraction, ainsi qu’aux prélèvements sauvages qui avaient lieu le long des pipe-lines avec l’aide de complicités internes. Il a assujetti aux impôts des grandes sociétés comme Televisa, Coca-cola ou Pepsi, qui en étaient scandaleusement exemptées, et a déclaré qu’aucune entreprise engagée dans des projets publics n’y échapperait désormais. Manifestement, il essaie d’établir un capitalisme qui respecte les règles légales et se soumet à la redistribution par l’État. C’est la raison pour laquelle une grande partie des classes moyennes et populaires lui accorde une confiance provisoire en attendant de voir les résultats de ses mesures, et c’est pourquoi aussi les zapatistes se sentent isolés dans leur certitude que tout chez lui est mensonge, manipulation et cynisme. Interrogé par le principal quotidien de gauche sur la menace d’une agression ressentie par les communautés indigènes, le président a affirmé et répété « Nous n’allons pas réprimer les communautés indigènes » [<a title=" La Jornada, 1er juillet 2019. Ce quotidien, consultable en ligne, est l’une des sources conventionnelles du présent article, à côté des sources militantes. » class= »notebdp »>note]. Promesse de politicien, sans doute, mais aussi avertissement de la part du journaliste que tout le lectorat du journal, composé surtout de la classe moyenne cultivée, tient à son respect et se mobilisera à la moindre alerte.

Un problème avant tout économique

Le terrain sur lequel se rejoignent les critiques des zapatistes et celles de la gauche en général est celui des grands projets économiques, en commençant par celui du « Train Maya » que visait particulièrement le discours du sous-commandant Moises. Il s’agit de relier par chemin de fer quelques-uns des principaux lieux touristiques de la péninsule du Yucatan, en partant du site archéologique de Palenque, à l’extrême Nord du Chiapas. La partie Nord du parcours existe déjà et doit être restaurée et élargie, tandis que la partie qui suit la côte Sud et traverse une région de forêts tropicales doit être créée. Le but déclaré est d’assurer un développement à la fois touristique et économique, générant des emplois dans la construction, l’hôtellerie et le commerce.

Quand on voit l’ampleur de la destruction qu’a occasionnée le tourisme de masse sur la « Riviera Maya », on ne peut que craindre le pire. Par ailleurs, AMLO a fait preuve d’une incroyable maladresse en organisant une cérémonie traditionnelle pour demander à la Terre-mère l’autorisation de faire passer un chemin de fer dans ses forêts. Rien d’étonnant à ce que les communautés indigènes se soient senties insultées par cette mascarade. On attend toujours l’étude d’impact écologique et la consultation des communautés qui se trouvent sur le trajet.
L’autre projet économique prioritaire pour le gouvernement est le « corridor transocéanique » qui doit traverser l’isthme de Tehuantepec (sur les États de Veracruz et Oaxaca), pour relier par chemin de fer les ports des deux océans et constituer ainsi une alternative à la traversée du canal de Panama. Là aussi, il s’agit d’élargir un chemin de fer déjà existant mais très peu utilisé. En outre, sur vingt kilomètres de large tout au long de la voie, serait installée une zone franche où des entreprises seraient attirées par une réduction d’impôt et de TVA.

Ces deux projets ont été « validés » en novembre 2018, alors que le président était déjà élu mais pas encore entré en fonction, par une consultation nationale, faite à la hâte et dans des conditions telles qu’à peine 1% de la population y a participé.

Début juin, une rencontre régionale intitulée « L’isthme est à nous » a réuni des délégués communautaires, des collectifs de défense des droits humains et l’un des syndicats les plus combatifs de l’Oaxaca [note] . Ils ont refusé catégoriquement le projet, qu’ils situent dans la même ligne que les contrats, déjà extorqués par manipulation, pour construire des milliers de champs d’éoliennes qui ne profitent en rien aux populations locales. D’autres communautés se trouvant sur le tracé demandent, pour pouvoir décider en toute connaissance de cause, de recevoir une information précise sur le type de mise à disposition de leurs terres et sur ce qu’elles y gagneraient.

Il faut évaluer à part le programme « Sembrando Vida » (« Semer la vie »), un vaste programme d’agroforesterie qui concerne 19 États de la fédération, dont tous ceux du Sud-Est. Le projet s’adresse à des petits propriétaires terriens, individuels, communautaires ou éjidaux [<a title="L’ejido est une propriété collective de la terre, rendue aux communautés indigènes par la Révolution de 1917, qui ne peut être divisée et pour laquelle toutes les décisions doivent être prises selon les us et coutumes. » class= »notebdp »>note] , qui recevraient des plans d’arbres fruitiers et d’arbres de coupe, à planter entre des cultures vivrières, avec un accompagnement financier (5000 pesos par mois pour 2,5 hectares plantés) et une assistance technique visant à promouvoir les fertilisants organiques et le bon usage de l’eau.

Après cinq mois de lancement du programme, 226 000 semeurs s’étaient portés volontaires, couvrant la moitié du million d’hectares à atteindre ; 2300 techniciens et 14 000 étudiants boursiers avaient été engagés. De multiples réserves doivent être faites quant à l’application et au suivi du projet [<a title="On peut trouver une évaluation critique ici :
https://aristeguinoticias.com/0306/mexico/sembrando-vida-virtudes-y-riesgos-de-un-programa-visionario-articulo/. Les chiffres cités proviennent du sous-secrétaire au développement rural, interrogé par l’auteur de cet article. » class= »notebdp »>note] , mais il se distingue en tout cas dans ses intentions de toutes les exploitations industrielles mises en place par les gouvernements précédents.

Garde nationale et crise de l’immigration

Mise à part la question économique, l’initiative la plus contestée par l’ensemble de la population mexicaine est la formation d’une « Garde nationale », issue de la fusion entre les polices militaires et l’ancienne police fédérale, qui aura pour objectif principal de lutter contre le crime organisé et le narcotrafic. Devant les nombreuses dénonciations du risque d’une militarisation de la société, il a été décidé qu’elle serait placée sous commandement civil et non militaire, et qu’elle respecterait strictement les droits humains. En quoi cette nouvelle force serait-elle plus efficace que les forces existantes ? Peut-être parce qu’on veillerait à en écarter les éléments les plus corrompus ? Quoi qu’il en soit, à l’heure actuelle, la première mission de la Garde nationale sera de lutter contre l’immigration issue d’Amérique centrale, pour résoudre la crise causée par la pression du président des États-Unis.
Début juin, en effet, Trump a menacé le Mexique d’imposer une taxe de 5%, progressivement augmentable jusqu’à 25%, sur tous les produits qu’il importe de ce pays, si des mesures n’étaient pas prises pour diminuer drastiquement le nombre de réfugiés centro-américains qui cherchent à passer la frontière des États-Unis après avoir traversé le Mexique. Or il faut savoir que 80% des exportations du Mexique vont vers les États-Unis, de sorte que l’application de cette taxe serait une catastrophe pour l’économie mexicaine. AMLO et son ministre des Affaires étrangères sont immédiatement partis négocier et le 7 juin ils sont parvenus à un accord suspendant provisoirement la menace jusqu’à la vérification de ses résultats. Le Mexique a dû s’engager très lourdement, prenant des mesures que l’on peut classer en trois types : 1/ empêcher l’entrée des migrants sur le territoire mexicain ; 2/ s’occuper des migrants qui sont déjà sur le territoire mexicain durant leur demande de permis d’entrer aux États-Unis ; 3/ chercher à éviter l’émigration en améliorant la situation dans les pays centro-américains.
La première mesure a motivé le déploiement de la Garde nationale le long de la frontière avec le Guatemala, ce qui a fait réagir immédiatement plusieurs organisations de défense des droits humains s’inquiétant de ce que les gardes soient formés au respect de ces droits et que toute violence soit évitée.

La seconde mesure a consisté à multiplier les camps d’accueil le long des frontières Sud et Nord et le déblocage d’un budget pour assurer la subsistance de centaines de milliers de demandeurs en attente. AMLO annonce également qu’il va passer un accord avec les maquiladoras du Nord pour faciliter l’engagement de 40 000 migrants dans des conditions financières acceptables et avec accès à la sécurité sociale mexicaine. La fédération des entreprises de Tijuana (Basse Californie) a déclaré que 20 000 emplois étaient déjà disponibles pour des personnes expulsées ou refusées par les États-Unis. Il faudra vérifier à quel point ces annonces relèvent de la propagande ou si elles ne seront pas détournées au seul bénéfice des entrepreneurs. Mais on peut compter sur certains journalistes et membres d’associations mexicaines pour ne pas se laisser aveugler ou museler, car ils sont nombreux à poursuivre un travail critique remarquable en dépit des menaces et assassinats dont ils sont régulièrement victimes.

La troisième mesure est systématiquement martelée par AMLO à toutes les tribunes nationales et internationales : il faut agir sur les causes des migrations, c’est-à-dire rendre la vie vivable dans les pays concernés pour éviter les départs forcés par la violence et la misère. Dans ce but, le Mexique et les États-Unis contribueront à un « Plan de développement intégral de l’Amérique centrale » à l’étude avec le Guatemala, le Honduras et le Salvador. Le président de ce dernier pays a déjà passé avec AMLO un accord pour étendre au Salvador le programme « Semer la vie ».

Il est évident que ce genre de plan de développement à grande échelle est conçu par les pays capitalistes pour le bénéfice de leurs propres entreprises. En l’occurrence, on n’a pas manqué de faire remarquer que le secrétaire d’État d’AMLO est un magnat de l’agro-business, entre autres affaires juteuses. L’expérience enseigne, en outre, que le plus souvent l’argent et les ressources de ces programmes sont détournés par la corruption ou se révèlent inutilisables par manque d’adaptation au terrain local. Mais il est néanmoins possible pour les classes populaires d’y voir une convergence avec leurs propres intérêts, et de faire en sorte que les associations mexicaines et locales s’emparent de l’opportunité pour surveiller, accompagner, orienter le déploiement des programmes, avec l’aide d’une presse suffisamment libre pour rappeler à AMLO son sacro-saint engagement anti-corruption.

Le danger des gouvernements « de gauche »

En somme, aussi bien les associations et communautés locales en résistance que les réseaux de solidarité internationaux se trouvent devant un choix stratégique assez classique mais pas pour autant évident. 

D’un côté, la ligne pure a pour elle la certitude de ne pas se laisser tromper ou manipuler : elle refuse toute collaboration avec les États et les entreprises capitalistes, prône l’autonomie et l’auto-organisation exclusive des communautés ; c’est la ligne des zapatistes et du Congrès national indigène. De l’autre côté, la ligne pragmatique fait le pari d’utiliser à son avantage un pouvoir d’État capitaliste mais conscient qu’il repose sur l’adhésion des classes populaires. La question est classique en Amérique latine : elle s’est posée ces dernières décennies en Bolivie sous la présidence d’Evo Morales, au Vénézuela lors de la « révolution bolivarienne », en Équateur au début du mandat de Rafael Correa, au Brésil de Lula.

Les analyses du journaliste uruguayen Raúl Zibechi sont particulièrement éclairantes sur l’ambiguïté de ces gouvernements « de gauche ». Certes, dans un premier temps, ils valent mieux que les régimes de droite par leur attention aux problèmes sociaux, la relative redistribution des richesses, la diminution de la violence étatique contre la contestation sociale. Mais Zibechi montre qu’en réalité ces gouvernements affaiblissent les mouvements sociaux en absorbant une partie de leurs membres dans les institutions officielles et en installant une passivité vis-à-vis des programmes d’aide sociale, brisant la dynamique de l’auto-organisation collective [<a title="Voir notamment Disperser le pouvoir : les mouvements comme pouvoirs anti-étatiques (Le jouet enragé-L’esprit frappeur, 2009) ou, plus récemment, la description des communautés d’habitation dans la métropole de Mexico : « La communauté autonome urbaine : un monde nouveau au cœur de l’ancien », traduit en français pour Dial, revue mensuelle en ligne, février 2019. » class= »notebdp »>note] .

L’échec final de ces gouvernements de gauche suit souvent le même type de scénario. Le coût des programmes d’aide sociale doit être assuré par des exportations de matières premières, dont l’exploitation, même si les entreprises sont contrôlées, fait nécessairement des dégâts sur le plan environnemental et va à l’encontre du mode de vie des communautés indigènes et rurales. C’est pourquoi, dans chacun des pays cités, ces communautés ont été les principales opposantes et les anarchistes nationaux et internationaux se sont trouvés systématiquement à leurs côtés, par anticapitalisme et anti-étatisme. Comme les protestations prennent tout de suite là-bas la forme dure d’occupations et de blocages, la répression est forte et le gouvernement se disqualifie aux yeux d’une grande partie de ses soutiens populaires. L’opposition de droite en profite pour attaquer par ses propres méthodes (médias, démagogie, lock-out, pressions économiques de toutes sortes,…) et parvient en général à prendre le pouvoir aux élections suivantes ou à faire se durcir le régime de gauche jusqu’à devenir une véritable dictature.

Ce scénario risque bien d’arriver au Mexique, même si AMLO se positionne beaucoup moins à gauche que les présidents des pays cités. Plus encore que les autres pays d’Amérique latine, il est extrêmement dépendant de son voisin les États-Unis : au moindre prétexte Trump n’hésitera pas à étrangler le pays, entraînant immanquablement des émeutes et un renversement du régime, à moins qu’il le renverse plus directement encore en fomentant un coup d’État. Dans ce contexte, l’idée d’AMLO de présenter ses programmes de création d’emplois et de développement rural comme des freins à l’immigration et d’obtenir une participation de Trump lui-même à leur financement, est plutôt habile. Mais il doit composer avec des prédateurs de la pire espèce à l’intérieur même de son gouvernement et des pouvoirs régionaux.

Deux modèles de résistance pour deux modèles de société

Les zapatistes et le Congrès national indigène sont convaincus qu’il n’y aura pas de généralisation d’une vie digne, autonome et en équilibre avec la nature, sans la suppression du capitalisme et de la « démocratie » représentative. Ils ont absolument raison, et c’est aussi le point de vue anarchiste depuis sa naissance. Cependant, au Mexique comme en Europe, la position anticapitaliste est fortement minoritaire et ne pourra se répandre que progressivement. Toutes les populations démunies n’ont pas un territoire sur lequel elles peuvent s’organiser et défendre leur autonomie ; certaines sont dans une situation d’urgence à laquelle seul peut répondre un financement public, qu’on ne trouve malheureusement jusqu’ici que dans les mains des États. Dans toutes les autres situations, si l’on veut dépasser les évaluations du pour et du contre d’un point de vue pragmatique, on mettra, comme les femmes zapatistes, la dignité au-dessus de l’emploi et de la soumission (voir en fin d’article).

Après toute cette analyse, il n’y a plus rien d’étonnant au constat d’isolement que faisait le sous-commandant Moises le 1er janvier. C’est le même isolement que nous éprouvons nous aussi, minorité défendant l’autonomie économique et politique dans un monde dont les moindres recoins sont sous l’emprise étatico-capitaliste. La virulence de l’attaque contre un président qui semble plutôt moins mauvais que les autres est probablement justifiée précisément par la tentation plus forte de baisser la garde ou d’accepter d’entrer dans le système en abandonnant l’auto-organisation. Si cette interprétation est la bonne, si les zapatistes n’ont pas décidé de se couper des classes populaires qui acceptent les programmes « socio-capitalistes » mais continuent à essayer de les convaincre d’entrer dans une résistance plus radicale, alors il est seulement dommage que leurs communiqués récents ne soient pas plus explicites mais donnent l’impression d’un abandon des liens qu’ils avaient eux-mêmes tissés avec tous ceux d’en bas. On peut comprendre qu’après tant d’« autres campagnes », de tournées dans tout le pays à la rencontre des multiples formes de résistance et d’alternatives, ils soient découragés devant le peu de résultats et la facilité avec laquelle ressurgit l’espoir d’un sauvetage gouvernemental. Par conséquent, si la solidarité internationale veut montrer utilement sa compréhension, son accord et son appui, elle ne doit pas se contenter de reprendre les paroles d’alarme concernant une possible agression militaire, elle doit rappeler qu’on ne sortira du capitalisme qu’en étant de plus en plus nombreux, et œuvrer elle-même à cet élargissement de la conscience radicale chez tous les dépossédés du monde.

Annick Stevens

Parole aux femmes :

« Ils veulent faire de nous leurs ouvrières, leurs servantes, que nous vendions notre dignité pour quelques pièces par mois. Parce que ces capitalistes, et ceux qui leur obéissent dans les nouveaux mauvais gouvernements, pensent que ce que nous voulons c’est de l’argent. Ils ne peuvent pas comprendre que nous voulons la liberté, ils ne comprennent pas que le peu que nous avons obtenu c’est en luttant. Nous n’avons pas mené vingt-cinq ans de résistance pour commencer maintenant à servir les touristes, les patrons, les petits chefs. Nous n’allons pas cesser d’être promotrices d’enseignement, de santé, de culture, d’être autorités et mandatées, pour devenir employées dans des hôtels et restaurants, à servir des étrangers pour quelques pesos. Et peu importe que ce soit pour beaucoup ou peu de pesos, ce qui importe c’est que notre dignité n’a pas de prix. »
Lettre des femmes zapatistes aux femmes qui luttent dans le monde, février 2019
texte complet ici : http://enlacezapatista.ezln.org.mx/2019/02/21/lettre-des-zapatistes-aux-femmes-qui-se-battent-dans-le-monde/


Article publié le 14 Oct 2019 sur Monde-libertaire.fr