Mai 23, 2021
Par Le Monde Libertaire
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UN GARÇON D’ITALIE d’après Philippe Besson.

Mise en scène et adaptation Mathieu Touzé.
Avec Maud Wyler, Yuming Hey et Mathieu Touzé

Photo Christophe Raynaud de Lage

J’ai vu cette pièce en mai 2019, il y a 2 ans au Théâtre de Belleville. A cause des divers confinements, j’ai l’impression que cela fait un siècle. Pourtant l’émotion que j’ai ressentie s’est incrustée dans ma mémoire. Je vous livre donc les impressions que ce spectacle m’a inspiré.

Imaginez que vous êtes mort. Comment vont réagir vos proches ? Est-il possible que l’évènement soit le déclic pour une rencontre entre des personnes que vous avez aimées séparément.

Adaptée du roman éponyme de Philippe Besson, la pièce a la facture d’un poème intime porté par trois voix qui témoignent d’une certaine façon que l’amour est plus fort que la mort.

Luca, l’homme qui vient de mourir ne se trouve t-il pas de l’autre côté du miroir ? La communication est interrompue entre cet homme et ses deux foyers affectifs, sa compagne et son amant.
Luca a entretenu des relations passionnées avec Anna sa compagne et son amant Léo. Si Léo avait connaissance de l’existence d’Anna, cette dernière ignorait celle de Léo. La mort brutale de Luca va conduire Anna et Léo à se rencontrer, ce que de son vivant, Luca n’avait pas encore envisagé.

Il s’agit d’un poème car l’instant présent de la mort est subjectivé à l’extrême. Comment réaliser que l’on puisse être séparé de l’autre dont on est encore plein par un évènement aussi brutal que la mort. Nous voici au cœur du mythe d’Orphée et Eurydice avec des personnages d’aujourd’hui.

Luca nous apparait comme un rêveur qui aimait pouvoir se promener entre deux rives, celles incarnées par Anna et Léo. Mais avait-il vraiment envie de les réunir sinon dans son espace intérieur ? Et si la mort n’était-elle pas un moyen pour le rêveur Luca d’échapper à cette couture de la réalité qui ne permet pas d’aimer plusieurs êtres à la fois sans créer le trouble. Luca rêve donc qu’il est mort.

Cette pièce résonne aussi comme une invitation à l’introspection pour se saisir soi à travers la présence d’un autre dans une sorte de sentiment d’urgence lorsque cet autre vient de mourir.

Luca représente pour Léo et Anna la personne aimante, celle qui vous reconnait, vous révèle à vous-même, vous arrache en quelque sorte à l’indifférence, au néant.
Il n’y a pas de commune mesure entre les sentiments de Luca et Anna et la froide réalité qui ne repose que sur des aspects matériels, l’enquête sur la mort de Luca, son autopsie et même la description par Luca lui-même de son corps qui se décompose. Mais les personnages semblent vouloir l’assumer cette réalité qui concrétise cette frontière entre la vie et la mort et qui ne devient jamais aussi parlante que dans les rêves. Si Luca semble avoir cultivé le mystère c‘est parce qu’il est inhérent au désir.
Au théâtre, c’est la chair tourmentée qui parle et on l’entend chez Yuming Hey, interprète saisissant de Léo. L’absence de décor profite à l’atmosphère onirique du spectacle et la troublante apparition de Luca, Mathieu Touzé évoquent sensiblement ce flâneur des deux rives, Apollinaire.

C’est beau, cela résonne comme une déclaration d’amour inexpugnable !

Eze, le 23 Mai 2021
Evelyne Trân

Au Théâtre 14 – 20, avenue Marc Sangnier 75014 PARIS – Du 19 au 30 Mai 2021 du mardi au samedi à 19 H, le dimanche à 16 H.




Source: Monde-libertaire.fr