Octobre 23, 2021
Par Indymedia Lille
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Les vieux fourneaux repartent en lutte contre les déchets nucléaires

C’est une Ă©tape cruciale dans l’avancĂ©e du projet de dĂ©charge nuclĂ©aire CigĂ©o : le 23 octobre signe la fin de l’enquĂȘte prĂ©alable Ă  la dĂ©claration d’utilitĂ© publique. Les « vieux fourneaux de la lutte Â», comme se qualifient les auteurs de cette tribune, en profitent pour rappeler la longĂ©vitĂ© et la force du combat contre l’atomisation du monde.

L’enquĂȘte publique prĂ©alable Ă  la dĂ©claration d’utilitĂ© publique (DUP) du Centre de stockage en couche gĂ©ologique profonde (CigĂ©o) s’achĂšve samedi 23 octobre. Le projet ? Enfouir Ă  Bure (Meuse) des dĂ©chets nuclĂ©aires d’une dangerositĂ© extrĂȘme Ă  500 mĂštres sous terre. La DUP est une Ă©tape cruciale : elle doit permettre Ă  l’État d’acquĂ©rir les derniĂšres parcelles privĂ©es nĂ©cessaires Ă  la construction de ce centre. Cette tribune du ComitĂ© centrales, collectif ligĂ©rien contre « l’atomisation du monde Â» rappelle la longĂ©vitĂ© — un demi-siĂšcle — des luttes contre l’enfouissement des dĂ©chets nuclĂ©aires. Il a rĂ©alisĂ© le film Notre terre mourra proprement, qui sortira d’ici la fin de l’annĂ©e.

Coucou, c’est nous ! Nous, habitantes et habitants de territoires que l’Agence nationale pour la gestion des dĂ©chets radioactifs (Andra) a cherchĂ© Ă  coloniser depuis plus de quarante ans.

Nous, qui souhaitons rappeler la rĂ©sistance unanime qui fut la nĂŽtre dans des dizaines de rĂ©gions françaises – du Gard Ă  la Bretagne, de l’Aisne Ă  la Dordogne.

Nous, qui avons refusĂ© les dĂ©chets nuclĂ©aires, que ce soit chez nous ou ailleurs. Que nous soyons paysans, enseignants, artisans, commerçants, quels que soient nos opinions politiques, notre Ăąge ou notre genre, nous nous sommes unis pour empĂȘcher la mission civilisatrice de l’Andra qui visait Ă  souiller nos terres — sans tenir compte des gĂ©nĂ©rations Ă  venir — en nous imposant une poubelle pour l’éternitĂ©.

Nous qui, par nos luttes, avons montrĂ© que la France, les Françaises et les Français, n’ont jamais consenti aux centrales nuclĂ©aires qui leur avaient Ă©tĂ© imposĂ©es dans les annĂ©es 1970. Pourquoi aurions-nous, sinon, dĂšs les annĂ©es 1980, refusĂ© en bloc ses rebuts ? Rebuts qui nous apportaient pourtant, Ă  nous, le bas peuple de la France rurale sacrifiĂ©e, l’indĂ©pendance promise par l’ordre Ă©lectrique et sa civilisation de lumiĂšre et de connaissance…

L’Andra voulait enterrer des dĂ©chets dans le granit de Neuvy-Bouin (Deux-SĂšvres) ? Lors de l’« opĂ©ration ObĂ©lix Â» (aoĂ»t 1987), 700 militants ont dĂ©posĂ© 50 tonnes de granit devant leurs bureaux.

Alors que l’enquĂȘte publique du projet d’enfouissement de dĂ©chets nuclĂ©aires du Centre industriel de stockage gĂ©ologique dit CigĂ©o — dans le nom duquel il n’est fait mention ni des dĂ©chets ni du nuclĂ©aire — est en cours, aprĂšs plus de vingt ans de corruption mĂ©thodiquement organisĂ©e aux confins de la Meuse et de la Haute-Marne, nous ne pouvions rester silencieux. Une rĂ©sistance longue et farouche contre les projets de laboratoires d’enfouissement

En effet, lorsqu’on lit le rĂ©cit que l’Andra fait de sa propre histoire, on se rend compte de l’aspect colonial de sa funeste entreprise. Mis Ă  part la contestation des quatre premiers projets de laboratoire d’enfouissement en Anjou, Ă  Bourg-d’IrĂ© ; en GĂątine, Ă  Neuvy-Bouin ; dans l’Aisne, Ă  Montcornet ; et en Bresse, Ă  Saint-Jean-sur-Reyssouze entre 1987 et 1990, aucune mention n’est faite de nos soulĂšvements :

autour de Saint-Priest-la-Prugne, dans la montagne bourbonnaise, entre 1980 et 1983, et autour des communes de Lignac et de Tranzault (Boischaut), entre 1984 et 1986, pour refuser un site d’enfouissement qui a Ă©tĂ© finalement imposĂ©, non sans rĂ©sistance, Ă  Soulaines-Dhuys (Aube) ;

autour de FougĂšres (Bretagne), et Ă  nouveau Ă  Montcornet (Aisne), entre 1991 et 1993 ;

autour de Crevant (Indre) et de Huriel (Allier), en 1993 ;

autour de Bagnols-sur-CĂšze (Gard) et de La Chapelle-BĂąton (Vienne), de 1993 Ă  1998 ;

autour de pas moins de quinze communes en 2000 : Huelgoat (FinistĂšre), Ă  Quintin, Dinan, Plouaret (CĂŽtes-d’Armor), Ă  Athis (Orne), Ă  IzĂ© (Mayenne), Ă  Saint-Barbant (Haute-Vienne), Ă  Auriat et Ă  Croq-FernoĂ«l (Creuse), Ă  Saint-Julien-le-VendĂŽmois (CorrĂšze), Ă  GlĂ©nat (Cantal), Ă  Sanvensa (Aveyron), Ă  PiĂ©gut-Pluviers (Dordogne), Ă  AvrillĂ© (VendĂ©e) ainsi qu’à Neuvy-Bouin (Deux-SĂšvres) pour la seconde fois.

Dans tous ces lieux, nous avons dit NON aux multiples projets de laboratoires d’enfouissement. Plus rĂ©cemment, en 2008, Ă  Auxon et Pars-lĂšs-Chavanges, dans l’Aube, c’est « sous la pression des opposants Â», et pas du tout du fait « du libre arbitre des habitants Â», selon l’Andra, que des communes initialement volontaires refusĂšrent finalement l’installation d’un site pour la gestion des dĂ©chets « faiblement actifs Â» Ă  vie longue.

Enfin, en Haute-Marne et en Meuse, c’est sans interruption depuis 1993 que nous disons et que nous continuerons de dire un grand NON Ă  l’enfouissement, au nuclĂ©aire et Ă  son monde.

« Nous, les vieux fourneaux de la lutte contre les dĂ©chets nuclĂ©aires, avertissons l’Andra de notre retour prochain dans l’Est. Â»

Et si l’Andra se vante qu’en « aoĂ»t 1998, […] les maires d’une quinzaine de communes voisines installent des panneaux “Oui au labo” aux frontons de leurs mairies Â», elle ne pourra pas en dire autant pour CigĂ©o, qui aura vu cette annĂ©e le refus par les communes de Bure, d’Horville-en-Ornois, de Ribeaucourt et de Mandres-en-Barrois de la demande de dĂ©claration d’utilitĂ© publique du projet par lequel elles sont les premiĂšres concernĂ©es. Un nouvel Ă©chec cuisant qui n’empĂȘche aucunement le processus autoritaire de l’acceptation de continuer Ă  cadence forcĂ©e : depuis un mois, c’est avec fracas que l’enquĂȘte publique tente encore de faire exister un semblant de dĂ©bat qui n’aura jamais vraiment eu lieu.

Une premiĂšre : en Meuse, des Ă©lus disent « non Â» Ă  l’enfouissement des dĂ©chets nuclĂ©aires

La rĂ©alitĂ©, c’est que l’Andra procĂšde, depuis un quart de siĂšcle, Ă  la colonisation par l’achat massif des consciences et des terres dans ce pays, aux confins du Barrois et de la Lorraine, pourtant dĂ©jĂ  traumatisĂ© par les guerres du XXe siĂšcle. Depuis le dĂ©but, il Ă©tait clair pour tous les opposantes et les opposants que le concept de « laboratoire Â», utilisĂ© par l’industrie nuclĂ©aire comme un cheval de Troie, Ă©tait nĂ© dans l’esprit de quelques Ă©narques pour laisser le temps aux ingĂ©nieurs d’installer les fondations du plus grand projet industriel en Europe, et Ă  la population de se rĂ©signer.

C’est cette histoire, notre histoire, que raconte le film Notre terre mourra proprement, qui sortira d’ici la fin de l’annĂ©e. Nous sommes quelques-unes et quelques-uns Ă  avoir donnĂ© notre tĂ©moignage, pour rappeler, au moment oĂč l’État s’apprĂȘte Ă  passer outre les centaines de milliers de personnes qui ont rĂ©sistĂ© Ă  l’Andra depuis des dĂ©cennies, la violence et le mĂ©pris avec lesquels la nuclĂ©ocratie a cherchĂ© Ă  corrompre nos pays.

Par cette tribune, nous, les vieux fourneaux de la lutte contre les dĂ©chets nuclĂ©aires, avertissons l’Andra de notre retour prochain dans l’Est pour nous rappeler Ă  son bon souvenir !

Premiers signataires (par ordre alphabĂ©tique) :

Toutes les personnes qui souhaiteraient Ă©galement signer cette tribune peuvent le faire en Ă©crivant Ă  : comite_centrales taL riseup.net

Anger Didier, militant antinuclĂ©aire de La Hague depuis 1972, sollicitĂ© par la plupart des sites concernĂ©s. Bailly David, docteur en hydrogĂ©ologie et en sĂ»retĂ© nuclĂ©aire, ex-opposant Ă  l’enfouissement des dĂ©chets nuclĂ©aires Ă  Neuvy-Bouin, en Deux-SĂšvres, opposant au projet CigĂ©o d’enfouissement des dĂ©chets nuclĂ©aires en Meuse et en Haute-Marne. Bealu Norbert, opposant Ă  l’enfouissement des dĂ©chets atomiques Ă  Neuvy-Bouin, en Deux-SĂšvres (annĂ©es 1987-1990). Beunaiche Bernard, opposant au projet d’enfouissement dans le granit du massif d’IzĂ©, en Mayenne, en 2000. Boubet Robert, opposant au projet d’enfouissement dans le granit du massif d’IzĂ©, en Mayenne, en 2000. Brault Martine et Michel, opposants au projet d’enfouissement dans le granit du massif d’IzĂ©, en Mayenne, en 2000. Cadsa (Coordination Anti DĂ©chets pour la Sauvegarde de l’Anjou), active au moment des Ă©vĂ©nements de Bourg-d’IrĂ©, dans le Maine-et-Loire, de 1987 Ă  1990, et toujours vigilante. Signature collective. Coedra Men (Collectif d’Opposition Ă  l’Enfouissement des DĂ©chets Radioactifs et pour la MaĂźtrise de l’Énergie), Mayenne, crĂ©Ă© lors du projet, en 2000. Collon Jean, cofondateur de GRANIT (Groupe RĂ©gional Anti-NuclĂ©aire pour une Information Totale !), site de Neuvy-Bouin (Deux-SĂšvres), de 1987 Ă  1990. De Cornulier BenoĂźt, ex-opposant Ă  l’enfouissement des dĂ©chets atomiques Ă  Neuvy-Bouin, en Deux-SĂšvres, Ă  CigĂ©o-Bure, et Ă  toute forme de vieilles et moins vieilles installations nuclĂ©aires. David Paul, habitant de Nizerolles, dans l’Allier, opposant au projet de Saint-Priest-la-Prugne, en 1980. Dreux Marie-NoĂ«lle, opposante au projet d’enfouissement dans le granit du massif d’IzĂ©, en Mayenne, en 2000. Duquesnoy Françoise, membre d’ARDAN, association opposante au projet en Sud-Vienne (Saint-Barbant), 2000. François Corinne, ancienne porte-parole de la Coordination nationale contre l’enfouissement des dĂ©chets radioactifs. Gobin Jean-Paul, ex-opposant de Neuvy-Bouin (Deux-SĂšvres), de 1987 Ă  1990, au sein de Granit et des comitĂ©s locaux. Granger Jeanne-Marie, opposante au projet de Chapelle-BĂąton (Sud Vienne), de 1993 Ă  1998. Guede Philippe, opposant au projet d’enfouissement dans le granit du massif d’IzĂ©, en Mayenne, en 2000. Guitton Olivier, opposant au projet d’enfouissement dans le granit du massif d’IzĂ©, en Mayenne, en 2000. Herbrick Yvette, opposante au projet d’enfouissement dans le granit du massif d’IzĂ©, en Mayenne, en 2000. Houssais Henri-Claude, opposant au projet 1987 dans le Schiste Maine-et-Loire. Et bien sĂ»r toujours opposant. Lebourg Annie, prĂ©sidente de l’ex-CAPA (ComitĂ© Anti Poubelle Atomique), projet de Lignac (Indre), de 1984 Ă  1986. Lemosquet Clara et Michel, opposants au projet d’enfouissement dans le granit du massif d’IzĂ©, en Mayenne, en 2000. Magnier Lionel, opposant au sein du CAPA au projet de Lignac (Indre), de 1984 Ă  1986. Mathien Jacques, opposant au projet d’enfouissement dans le granit du massif d’IzĂ©, en Mayenne, en 2000. Maussan Arlette, Collectif Bois noirs en lutte contre le centre de stockage de dĂ©chets radioactifs de l’Andra, en 1980, lors de la fermeture de la mine d’uranium de Saint-Priest-la-Prugne (Loire). Toujours en lutte suite aux pollutions laissĂ©es par les dĂ©chets radioactifs de l’exploitation miniĂšre. Morin Serge, opposant Ă  l’enfouissement de dĂ©chets nuclĂ©aires Ă  Neuvy-Bouin (Deux-SĂšvres), de 1987 Ă  1990. Moussay Chantal et Jacky, opposants au projet d’enfouissement dans le granit du massif d’IzĂ©, en Mayenne, en 2000. Poirier Jean-Marie, opposant au projet d’enfouissement dans le granit du massif d’IzĂ©, en Mayenne, en 2000. Poupry Pierre, ancien syndiquĂ©, agriculteur, opposant au projet de Lignac (Indre), de 1984 Ă  1986. Robinard AndrĂ©, opposant au projet en Pays de FougĂšres (Ille-et-Vilaine), de 1991 Ă  1993. Rousseau Anne-Marie, opposante Ă  l’enfouissement des dĂ©chets atomiques Ă  Neuvy-Bouin (Deux-SĂšvres), de 1987 Ă  1990. de Saint Loup Annie, opposante au projet d’enfouissement dans le granit du massif d’IzĂ©, en Mayenne, en 2000.





Source: Lille.indymedia.org