Décembre 18, 2020
Par CNT AIT Toulouse
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Afin de réduire les coûts pour élargir leurs marges, surtout en ces temps de pandémie sombre, les employeurs n’hésitent pas et ont recours à tous les moyens. Le plus fréquemment ils jouent sur le rapport qualité/coût et sur les conditions de travail des personnels, qu’ils détériorent de manière abusive. Après avoir recueilli des témoignages de curistes, de syndicalistes, d’employés et de voisins, il nous faut dénoncer les conditions d’accueil et de travail dans ces établissements.

Commençons par les curistes. Souvent, la négligence de ces entreprises dans le traitement de leurs « clients » (et non plus « patients ») passe inaperçue mais, parfois cette négligence est évidente. La question est de savoir pourquoi, malgré le fait d’avoir en général de très bons professionnels et de coûts de prestations élevées, celles-ci restent assez médiocre ? 

Tout d’abord, les patrons désirent économiser chaque centime. Ainsi, les physiothérapeutes doivent rationner la crème pour les massages et les bains. À tel point qu’à plusieurs reprises, ce sont les personnels eux-mêmes qui ont dû payer de leur poche les baumes pour prodiguer aux curistes le confort nécessaire à leur massage, devant un patron, bien sûr, ravi de cette économie. Cette crème est nécessaire, car un massage « à sec » entrainerait un frottement sur la peau du patient qui pourrait procurer une gêne voire une irritation du dos, faisant perdre au massage tout son côté bénéfique pour la santé. Comme il n’y a pas de petite économie, si le patron fournit le baume il devra alors être dilué – certes dans de l’eau minérale mais tout de même : le prétexte est de rendre la crème plus malléable, mais il s’agit surtout d’utiliser le moins de produit possible…

Pour encore plus de « qualité », grâce à la réglementation sanitaire du gouvernement français – dont on peut se demander si elle été prise par souci de la santé des populations ou souci des laboratoires pharmaceutiques ? – l’eau qui devait tomber sur le patient pendant qu’il se faisait soigner est coupée. Or tout professionnel sait que soit vous massez sous l’eau à une certaine pression pendant 10 ou 15 minutes , soit vous faites un massage à sec, avec une crème abondante, pendant 45 minutes. Mais un massage de 10 minutes ou moins à sec n’est pas seulement une blague, mais peut aussi causer de l’inconfort chez les patients.

Les patients ne sont pas respectés, et ne sont vus que comme des clients qu’il faut pressurer au maximum. Il faut donc enchainer au maximum, en flux tendu, le plus grand nombre possible de curistes. Les établissements proposent des des massages avant de « prendre l’eau. », qui sont officiellement de dix minutes. Déjà, avec une source chaude, pour que ces massages physio-thérapeutiques aient un effet approprié comme annoncé, ils devraient durer plus longtemps et être fait d’une manière différente. Mais en plus, du fait d’une organisation du travail inefficace de la part de la direction, la plupart du temps les massages ne durent pas plus de 8 minutes, voire moins. 

Cette mauvaise organisation générale se ressent aussi avec le nombre insuffisant de vestiaires souvent bondés de gens qui se rendent à la piscine, si bien qu’il n’est pas rare que des curistes arrivent très en retard. Mais les sessions se suivent sans arrêt, et il n’y a presque jamais l’option de pouvoir récupérer la session perdue même si ce n’est pas de la responsabilité première du curiste.

Cela ne s’arrête pas là : les patients, pour la plupart âgés, ayant des difficultés à entendre, à marcher, à s’exprimer etc., sont parfois traités de manière incorrecte – sinon insultantes – par certains des responsables. “Fou”, “stupide” etc… sont des adresses fréquentes envers les curistes sur un ton plus que méprisant. Il est difficile de travailler dans ces conditions, où la direction ne montre aucune forme de respect, que ce soit pour les patients comme pour le personnel.

Du coté des Personnels justement …

La direction dispose du temps des travailleurs comme bon lui semble. La notion de « pause » – pourtant nécessaire pour un travail physique comme celui des massages – semble leur être totalement inconnue. Ainsi, il n’est pas rare que la Direction nous demande de prendre sur notre temps de pause pour nous refournir en crèmes et produits de soins.

 Pour ajouter » plus de qualité au service », chaque kinésithérapeute doit accueillir « calmement » 25, 26 ou même 27 patients, « à la chaine », chaque jour, avec deux courtes pauses de 10 minutes chacun, durant lesquelles, bien souvent, ils n’ont pas plus assez de temps pour préparer la cabine ou même exécuter toute autre tâche qui leur confie la Direction.

Ils n’ont généralement que le temps d’avaler un sandwich à la hâte pour la pause repas, et la plupart du temps ils n’ont même pas le temps d’aller aux

toilettes.

Il est vrai que question « convivialité », nos patrons de chocs s’y connaissent ! Ainsi, dans l’un des établissements, lorsqu’un travailleur prend un congé, on impose à l’un de ses collègues d’effectuer en plus de son travail celui du salarié en congé. Embaucher un remplaçant ? Vous n’y pensez pas. Ainsi, le collègue a vu sa journée de travail doubler, gratuitement ! Une « très bonne mesure », tant pour les travailleurs que pour les patients, car chacun sait que le stress, la fatigue et l’accumulation de travail, en plus d’être bon pour la santé, améliorent la performance professionnelle, évidemment …

Dans un autre établissement, l’employeur menace constamment ses employés -du moins les travailleurs étrangers- de licenciement chaque fois qu’ils osent évoquer l’amélioration de leurs conditions de travail. Mais le plus grave s’est produit lorsqu’un employé a eu un accident du travail. Laissé seul, et connaissant à peine la langue, effrayé, blessé il est parti en ambulance à Toulouse. De retour au travail, le patron a voulu le forcer à rattraper les heures qu’il avait « perdues », en toute illégalité. Finalement, il lui ont donné le congé de maladie à contrecœur mais toujours non payé !

De plus, il a imposé à l’un de ses collègues de rattraper le temps que notre collègue accidenté avait perdu ; pour ne rien perdre le Patron l’a payé, en prélevant le même montant sur le salaire du partenaire blessé !!! Comme si cela ne suffisait pas, ce travailleur a été humilié et fréquemment harcelé au travail par le superviseur.

 Dans cet établissement, ils ont également forcé les physios et les agents de bains à nettoyer les tuyaux, les sols, les drains, … et bien sûr ils n’étaient pas payés puisque cette tâche qui pourtant n’apparaît pas expressément dans leur contrat de travail. De plus ils n’ont pas été formés spécifiquement pour l’utilisation des produits désinfectants nécessaires – mais non sans risques –

pour effectuer la désinfection biologico-sanitaire incontournable d’un établissement de soin. Aucune compensation en matière de salaire ou de primes spéciales n’a été ajoutée.

Avec la Covid19 et les mesures de confinement, les établissements ont dû fermer. Mais comme les patrons doivent toujours gagner, la Direction a expulsé les travailleurs étrangers de leur logement argumentant sur les mesures gouvernementales ; puis ils leur ont coupé l’électricité et l’eau. Ils se fichent bien de ce qui peut arriver à leurs travailleurs, alors que le décret de fermeture ne concerne que les patients, et que les entreprises vont toucher des aides de l’Etat pour couvrir une bonne partie de leurs pertes !

Et que font les autorités locales à cet égard ? Les mairies détournent le regard car les patrons de ces établissements leur achètent les droits d’exploitation des eaux thermales et ainsi préserve leurs intérêts.

Les patients, généralement ignorent ces faits, parce que le personnel des thermes leur donne le meilleur traitement possible malgré ces conditions ; et que la plupart d’entre eux sont pris en charge par la Sécurité Sociale et qu’ils n’ont pas les moyens de choisir d’autres lieux plus couteux et de se payer une autre cure. Après tout, la santé a toujours été pour les riches.

Mais dans un de ces établissements, les choses ne se sont pas passées exactement comme le souhaitait le patron. La présence de compagnons anarchosyndicalistes a permis qu’un grain de sable vienne enrayer sa petite machine à exploiter. Discrètement, sans rien revendiquer ni afficher, ils ont commencé à discuter avec les autres travailleurs. Tous ont fait le constat qu’il fallait faire quelque chose, que c’était une question de droit mais aussi de dignité. Aussi des réactions positives ont eu lieu lorsque les travailleurs, devant un employeur aussi « éclairé », sont restés solidaires et fermes. Nous avons dénoncés collectivement les mauvais traitements, le chantage et les menaces au licenciement, l’absence de primes pour des tâches de nettoyage imposées, sans formation, et ne figurant pas dans le contrat. Notre solidarité et notre unité ont amené l’employeur, pour éviter les problèmes, à accepter la plupart de nos revendications et à se conformer à ce qui était inclus dans le contrat de travail.

Certes il n’y a pas eu de grand conflit dans les établissements thermaux de L’Ariège, rien qui ne fera la une des journaux, ni même une photo avec drapeaux et folklore militant et poing levé à publier sur une page facebook. Sans aucun doute ces petits événements ne resteront pas dans la grande livre de l’Histoire de la lutte des classes. Mais si les travailleurs concernés n’avaient pas réagi et tenu ferme devant le patron, ils continueraient maintenant à exécuter des tâches qui n’apparaissent pas dans leur contrat de travail, et sans y avoir été formé. Ils ne recevraient toujours pas de primes spéciales et peut-être même que l’employeur aurait-il osé aller plus loin dans l’exploitation de ses employés.

Comme le disaient récemment les compagnons de Solfed, la section de l’AIT en Grande Bretagne, à propos d’une lutte similaire qu’ils ont mené dans une boutique de barbier à Brighton « il n’y a pas de petite lutte ». C’est comme cela que se construit l’anarchosyndicalisme : pas dans les élections syndicales ni dans les CSE, mais sur le terrain quotidien de la lutte de classe et de l’union des travailleurs ; pas non plus dans les médias – fussent ils sociaux – mais par des actions directes (c’est-à-dire action par les premiers concernés directement) qui ne sont pas spectaculaires, mais qui renforcent la détermination collective.

Car seule l’union et la détermination des personnes touchées, des travailleurs, sans intermédiaires (élus syndical ou poliitque), peuvent mettre un terme à ce type de comportement patronal, comme le démontre le modeste exemple de certains des travailleurs des sources thermales d’Ornolac-Ussat-Les Bains.




Source: Cntaittoulouse.lautre.net