Septembre 14, 2021
Par Paris Luttes
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À mesure que s’accélère la dégradation des conditions de vie sur terre, nous sommes de plus en plus nombreux.ses à se sentir tenaillé.e.s par la confusion, la colère et l’absence d’horizon. Qu’attendre d’une énième COP ou d’un catalogue printanier de promesses électorales ? Seul un basculement radical – un soulèvement – pourrait permettre d’enrayer le réchauffement climatique et la 6e extinction massive des espèces déjà en cours. Au fond, nous le savons, il ne nous reste aujourd’hui plus d’autre voie que de mettre toutes nos forces dans la bataille pour enrayer le désastre en cours, et abattre le système économique dévorant qui l’engendre.

Les “Soulèvements de la Terre”, c’est la tentative de construire un réseau de luttes locales tout en impulsant un mouvement de résistance et de redistribution foncière à plus large échelle. C’est la volonté d’établir un véritable rapport de force en vue d’arracher la terre au ravage industriel et marchand.

Ce printemps, nous nous sommes lancé.e.s dans une première série d’actions aux quatre coins d’un pays encore à demi confiné. Nous avons occupé et cultivé des terres, et bloqué les infrastructures qui les menaçaient dans les montagnes de Haute-Loire ou le bocage de Loire-Atlantique, sur des zones fertiles en périphérie de Rennes ou de Besançon. Nous avons exploré la possibilité de s’organiser nationalement pour paralyser et désarmer des sites industriels stratégiques lors du blocage simultané de 4 centrales à béton d’Île-de-France.

Soudé.e.s par cette aventure, nous appelons aujourd’hui à une 2e saison : le 22 et 23 septembre autour de Niort pour contrer les chantiers de méga-bassines, le 9 et 10 octobre lors d’une marche pour les terres fertiles d’Île-de-France, au cours des mois qui suivront afin d’empêcher des accaparements fonciers et reprendre des terres, puis le 5 mars à Lyon pour assiéger Bayer-Monsanto.

En route vers la saison 2 !

Après une première convergence de forces contre la bétonisation, cette seconde saison des Soulèvements de la Terre aura pour cible majeure l’accaparement et l’intoxication des terres par le système agro-industriel.

Ce système est un vaste complexe composé de multiples acteurs : des groupes industriels plus puissants que les États, Bayer-Monsanto et ses manipulations sur le vivant en tête ; des politiques public-privé qui privatisent l’accès à nos ressources vitales, telles que l’eau avec les projets de “méga-bassines” ; ou encore des sociétés agricoles à visée hégémonique qui s’approprient des quantités considérables de terres. Mais aussi étendu que soit ce système, nous pouvons le combattre en de multiples points.

Il repose sur une course effrénée à l’agrandissement des exploitations agricoles et à l’augmentation des rendements, au mépris de l’environnement, de la qualité de la nourriture et des conditions de travail. En 2013, 3,1 % des exploitations concentraient à elles seules la moitié des terres agricoles de l’Union Européenne. Il a également conduit à la quasi disparition de la classe paysanne, comme de pans entiers de la biodiversité, et génère des profits colossaux pour les multinationales productrices de pesticides et engrais chimiques, tandis que les exploitant.e.s peinent à se tirer un revenu et s’endettent à en crever.

Cette agriculture extractiviste requiert un recours croissant à la mécanisation, à l’automatisation et à la chimie. Elle empoisonne massivement les biens communs que sont la terre et l’eau. Elle tue les oiseaux, les rongeurs, les insectes et les humains. C’est une catastrophe pour le climat, la biodiversité et la santé. Malgré tout, les gouvernements successifs continuent, complices, de porter ce modèle avec la FNSEA, structure tentaculaire pilotée par les patrons de l’agro-business. Le renouveau d’une paysannerie à la fois viable et soucieuse du vivant est bridé, bien qu’une partie de plus en plus large de la population en soutienne clairement les principes.

D’ici dix ans, la moitié des exploitant.e.s agricoles actuel.le.s seront parti.e.s à la retraite. C’est l’occasion ou jamais d’arracher ces terres à l’agro-industrie et de construire un mouvement qui articule installations paysannes, occupations de terres et expériences d’auto-organisation communautaire pour la subsistance. La reprise de terres est un impératif historique. Elle ne peut advenir qu’avec une lutte active et résolue pour le démantèlement des incarnations les plus nocives du complexe agro-industriel.

Acte 1 – 22 septembre : Manif-action contre les “méga-bassines », Niort, 12h, place de la Brèche.

Les méga-bassines sont de gigantesques cratères bâchés (entre 5 et 20 hectares). Elles sont présentées comme des “réserves de substitution” en vue de stocker l’eau d’hiver pour arroser l’été, mais sont en fait remplies directement en pompant la nappe phréatique. Ces infrastructures ont un impact écologique majeur sur le territoire. Elles alimentent la fuite en avant de l’agro-industrie, avec son cortège de monocultures de maïs sur des sols stérilisés et de méthaniseurs géants. Les “bassines” constituent un triple accaparement : des terres, de l’eau et de l’argent public, puisque ce sont nos factures d’eau qui les financent pour le profit de quelques coopératives agro-industrielles. La construction de 16 bassines est prévue par les pouvoirs publics. Ce chantier d’envergure est le premier avant la généralisation du dispositif au territoire national. Dans le Pays Niortais, les premiers coups de tractopelles viennent d’être donnés.

C’est dans ce contexte que la FNSEA tient son congrès à Niort, du 21 au 23 septembre prochain avec pour thème : “l’adaptation au changement climatique”. L’objectif : verdir son discours tout en se donnant les moyens de continuer à épuiser les sols et les ressources en eau. C’est une véritable provocation, alors que les débats nationaux du Varenne de l’eau sont encore en cours et que les tensions locales autour du partage l’eau se multiplient. Nous appelons à une grande manifestation le mercredi 22 septembre à 12h place de la Brèche pour porter haut la voix de l’écologie et de l’agriculture paysanne face au lobby agro-industriel. Après un banquet, l’après midi du mercredi 22 et la journée du jeudi 23 seront consacrées à des actions contre les “bassines”.

Le 22 septembre n’est qu’une première étape. Dans les mois qui viennent nous continuerons de batailler aux côtés des collectifs “Bassines, non merci !” pour obtenir l’arrêt immédiat des travaux et l’abandon définitif du projet. Il ne s’agit pas simplement de défendre le marais poitevin, mais d’empêcher également que le modèle de “méga-bassine” ne s’exporte partout ailleurs.
https://bassinesnonmerci.fr/ fb : bassines.nonmerci.5




Source: Paris-luttes.info