Publico n’est pas qu’une librairie.. .
Vendredi 11/09 Ă  19 h 30 :

Jean-François Dupeyron | A l’école de la Commune de Paris

La Commune de Paris fĂȘte son 150Ăšme anniversaire en 2021. Sa pensĂ©e Ă©ducative et son action effective en matiĂšre scolaire sont encore trĂšs peu connues car le modĂšle dominant de l’histoire scolaire française les oublie systĂ©matiquement.
Pourtant, la premiĂšre laĂŻcisation des Ă©coles publiques fut l’Ɠuvre de la RĂ©publique de Paris dĂšs le 2 avril 1871. De mĂȘme, celle-ci, dans les conditions extrĂȘmement difficiles que lui imposa le second siĂšge de Paris, entama la construction d’une Ă©cole inspirĂ©e par la pensĂ©e pĂ©dagogique des divers socialismes du XIXe siĂšcle. La notion d’éducation intĂ©grale fut au cƓur de cette approche d’une Ă©ducation nouvelle, qui voulait « qu’un manieur d’outil puisse Ă©crire un livre, l’écrire avec passion, avec talent, sans pour cela se croire obligĂ© d’abandonner l’étau ou l’établi ».
Cet ouvrage se consacre Ă  l’étude de l’Ɠuvre scolaire de la Commune de 1871 et propose de rĂ©habiliter une histoire pĂ©dagogique presque totalement mĂ©connue : celle qui va des projets pĂ©dagogiques ouvriers dĂšs les annĂ©es 1830 au projet syndical d’école rouge de la jeune CGT avant le premier conflit mondial, en passant par l’école nouvelle Ă©laborĂ©e par la Commune.
C’est donc la conception et l’histoire d’une autre Ă©cole qui nous sont prĂ©sentĂ©es ici : ni l’école Ă©tatique des « rĂ©publicains d’ordre », ni l’école confessionnelle des congrĂ©gations religieuses, mais une Ă©cole Ă©mancipĂ©e construite par et pour le peuple.
Jean-François Dupeyron est enseignant-chercheur en philosophie de l’éducation Ă  l’UniversitĂ© de Bordeaux. Membre de l’équipe de recherche SPH (Sciences, Philosophie, HumanitĂ©s), il travaille sur les questions d’école et d’éducation.
Entrée libre

Samedi 19/09 Ă  16 h 30 :
Brigitte Brami | Surtout ne pas nuire

« ChĂšre Docteur, cette lettre s’achĂšve, j’espĂšre que la machine de guerre qu’elle contient a Ă©tĂ© assez dĂ©flagratrice et que le chant d’amour qui s’y trouve Ă©galement a obtenu votre grĂące. Mais je ne sais que trop bien que mes pauvres mots seront impuissants et qu’à l’effet produit par l’intelligence et l’élĂ©gance du verbe, vous prĂ©fĂ©rerez inlassablement celui dĂ» Ă  la bosse prĂ©sente dans le boxer de vos patients.
N’importe quel dĂ©bile mental bien montĂ© trouvera grĂące Ă  vos yeux. Je n’ignore Ă©galement pas que vous nierez avec force cette indĂ©niable vĂ©ritĂ© en lisant ces lignes, et que vous vous prĂ©tendrez scandalisĂ©e par mes propos que vous jugerez hautement fallacieux. Indigne et nĂ©cessaire cette lettre s’achĂšve, elle est aussi crade que l’Abominable MĂąle absolu, ce bouffon, aussi belle que vous l’ĂȘtes et aussi poĂ©tique que je le suis.
Pour me guĂ©rir de vous, il me fallait trouver quelque chose de plus beau que vous, de plus rassurant et de plus fort aussi, ce n’était pas gagnĂ©, c’était mĂȘme une vĂ©ritable gageure. Je l’ai trouvĂ© ; c’est le poĂšme ».
Ce texte inclassable, aux allures de minutes d’un dĂ©libĂ©rĂ© judiciaire et au style limpide, cru et poĂ©tique, est un Ă©difiant et violent rĂ©quisitoire moral Ă  l’encontre d’une femme mĂ©decin hors normes qui a dĂ©rogĂ© Ă  ses devoirs dĂ©ontologiques en cĂ©dant aux charmes d’un de ses patients : l’Abominable MĂąle absolu, ce bouffon.
C’est aussi un magnifique et poignant chant d’amour que lui adresse la narratrice.
Entrée libre

Vendredi 02/10 Ă  19 h 30 :

Sur les chemins d’Abel Paz

Pour fĂȘter la parution, au printemps 2020 Ă  Paris, de Scorpions et figues de Barbarie. MĂ©moires 1921-1936, d’Abel Paz (Diego Camacho EscĂĄmez), voici le salut de Raoul Vaneigem Ă  l’ami Diego, prologue du livre.
« Sur les chemins d’Abel Paz », des rencontres avec MarĂ­a Antonia Ferrer, Fernando Casal (auteur·e·s de GeografĂ­a de Abel Paz, Ediciones Libertarias, Madrid, 2019) et Marc Tomsin (Ă©ditions Rue des Cascades, Paris) auront lieu Ă  Montpellier, le 1er octobre au Centre Ascaso Durruti ; Ă  Paris, le 2 octobre Ă  la librairie Publico ; Ă  Marseille, le 3 octobre au Centre international de recherches sur l’anarchisme ; Ă  Toulouse, le 6 octobre au Centre de recherche pour l’alternative sociale.
Il n’est pas d’existence ordinaire qui ne dĂ©tienne secrĂštement un trĂ©sor. Il nous Ă©chappe le plus souvent quand s’égare la clĂ© des rĂȘves avec laquelle joue notre enfance. L’ñge adulte la perd dĂ©libĂ©rĂ©ment, tant l’éducation s’emploie Ă  nous la dĂ©rober. Il faut que l’histoire nous secoue pour que soudain, nous la retrouvions.
L’histoire personnelle de Diego s’est heurtĂ©e Ă  l’histoire faite par tous et contre tous. Il y Ă©tait prĂ©parĂ©. Son rĂȘve s’appelait rĂ©volution. C’était une idĂ©e qui, bien sĂ»r, flottait dans l’air du temps. Mais ce temps Ă©tait immĂ©morial et l’idĂ©e s’était coagulĂ©e dans une rĂ©alitĂ© oĂč soumission et insoumission se chevauchaient dans un tumulte incessant.
Ce que le feuilletoniste EugĂšne Sue avait appelĂ© Les MystĂšres du peuple avait sa source dans une fatalitĂ© oĂč depuis des millĂ©naires les opprimĂ©s rampaient terrorisĂ©s par les maĂźtres, eux-mĂȘmes rongĂ©s par la peur d’une rĂ©volte toujours imminente. Diego a vĂ©cu, comme des millions d’autres, cette existence laborieuse immensĂ©ment lasse et si dĂ©bordante de dĂ©sirs qu’à portĂ©e de la main une vie nouvelle devenait tangible.
Le cours anecdotique du quotidien mĂ©rite une analyse que lui refuse une histoire plus intĂ©ressĂ©e par le relevĂ© des Ă©vĂ©nements que par la genĂšse de leur accomplissement. Dans le constat, ce qui est fait est fait et appartient au passĂ©, dans la genĂšse quelque chose n’a pas fini de naĂźtre, il est de nature Ă  troubler le prĂ©sent, il constitue une menace pour l’ordre des choses, il dĂ©range l’appareil Ă©conomique et Ă©tatique qui rĂ©ifie le prĂ©sent, l’empaquette comme une marchandise et oublie que ce qui est vivant brise aisĂ©ment un tel emballage.
C’est de l’existence toujours dĂ©labrĂ©e, toujours reconstruite que naĂźt la vraie rĂ©volution, j’entends celle qui fait d’une vie vĂ©cue sans contrainte, sans hiĂ©rarchie, sans bureaucratie la base d’une sociĂ©tĂ© humaine. Les collectivitĂ©s libertaires de la rĂ©volution espagnole de 1936 ont eu le temps de dĂ©montrer qu’une telle sociĂ©tĂ© Ă©tait possible. L’insurrection de la vie qui monte en France, en AlgĂ©rie, au Soudan, au Mexique, au Rojava est issue de la mĂ©moire du vĂ©cu dont la pensĂ©e dissipe les cauchemars et, sous les apparences du futile, Ă©veille Ă  la rĂ©alitĂ© des rĂȘves.
En parcourant ces pages, il m’est revenu un propos de Diego. Lui qui avait senti sur sa nuque l’acier froid du pistolet d’un tueur phalangiste aimait rĂ©pĂ©ter : « J’ai pris le fusil mais je n’ai jamais tuĂ© personne. » J’aime Ă  penser qu’il y a dans cette Ă©nergie vitale, qui l’a toujours guidĂ© et dont nous sommes dĂ©positaires, une puissance qui avance sur tous les fronts, ne tue pas et ne cĂšde pas d’un pouce.
Raoul Vaneigem
août 2019
Entrée libre

Publico. La librairie du Monde libertaire. 145 rue Amelot 75011 Paris


Article publié le 06 Sep 2020 sur Monde-libertaire.fr