« Signature », « Horizon Loire », « L’Octroi »… Plus discrets que les deux immeubles qui sont apparus de chaque côté des voies du tram, trois programmes immobiliers de luxe sont en cours de construction sur les bords de Loire, qui participeront également à transformer la physionomie du quartier.

Les deux premiers, portés par Eiffage Immobilier, sont intégrés au projet Porte de Loire, lancé par l’ancien maire PS Jean Germain et poursuivi par ces successeurs. « Signature » est adossé à l’hôtel construit du côté ouest de la rue. Voilà comment le présente le promoteur :

« Volumes, clarté, vues dégagées, Signature vous propose le privilège d’une résidence intimiste parfaitement intégrée dans le projet Porte de Loire. Signature propose 15 appartements neufs répartis du 2è au 4è étage avec balcons, terrasses ou loggia idéalement exposés avec des prestations de qualité. »

De l’autre côté de la rue, « Horizon Loire » s’intègre aux immeubles dessinés par Pierre Patout après la guerre. Ici, les volumes deviennent « généreux » ; les prestations ne sont plus « de qualité » mais « de standing ».

« Volumes généreux, luminosité, vues dégagées, Horizon Loire vous propose le privilège d’une résidence intimiste parfaitement intégrée dans le projet Porte de Loire. La résidence propose 20 appartements neufs du studio au 5 pièces répartis du 2e au 4e étage exposés avec des prestations de standing. »

La luxueuse plaquette distribuée dans l’un des Algecos qui bordent le chantier promet des « volumes de vie exceptionnels ». C’est « une résidence de grande qualité », « le luxe d’un panorama sur la Loire », « un projet de grand standing », un projet « aux origines prestigieuses ». Pour flatter l’investisseur, les rédacteurs de la plaquette n’y sont pas allé de main morte : la description des chiottes installées dans les appartements est précédée d’un panorama historique du quartier qui remonte au Vème siècle. Le tout est introduit par une superbe promesse :

« Avec Horizon Loire, entrez dans un lieu où l’histoire s’écrit en lettres d’or… » [1]

Mécénat et langue de bois

De l’autre côté du fleuve, c’est Quatro Promotion qui propose un programme immobilier « de grand stranding », « l’Octroi », situé à côté du pavillon de l’octroi à l’ouest de la place Choiseul. La présentation du projet vaut bien celles des projets d’Eiffage : c’est « une adresse remarquable sur un site historique », promettant « une vue d’exception ». Les occupant·es qui ne pourront « joui[r] de la vue exceptionnelle vers la Loire » pourront tout de même profiter « d’une ambiance plus intime et végétale ».

« Dans le respect de son environnement historique, l’Octroi présente une élégante conception architecturale, où le verre et le métal structurent harmonieusement les façades et les toitures d’ardoises, lui conférant caractère et légèreté. »

Le langage employé par l’architecte de la résidence est similaire en tous points à celui servi par l’architecte des hôtels Hilton : un subtil mélange entre respect de l’environnement historique et contemporanéité.

« Ici, encore plus que sur tout autre projet, l’architecture ne doit pas être conçue comme un objet déconnecté de son environnement, mais comme un prolongement du contexte. L’architecture doit servir l’environnement. Les volumes, les matériaux, les teintes doivent assurer une transition harmonieuse entre le projet et son contexte. L’Octroi reprend les lignes constitutives de l’architecture des quais de Loire pour assoir une écriture contemporaine en rapport à l’usage. »

Hervé Rongère, Agence Parallèles Architecture [2]

D’un côté à l’autre de la Loire, la langue de bois d’un architecte répond à celle de l’autre. La seule différence réside dans l’ancrage des deux projets : celui de l’Octroi est porté par un promoteur local, Quatro Promotion donc, qui sponsorise le Tours Volley-Ball et est partenaire du festival Concerts d’Automne. Fin connaisseur de la ville, ce promoteur suggère d’ailleurs aux futurs investisseurs de scolariser leurs enfants à l’Institut Saint-Grégoire, l’établissement privé catho situé de l’autre côté de la place Choiseul.

La construction de ces résidences et les discours promotionnels qui l’accompagne s’inscrivent en plein dans la stratégie de marketing urbain déployée par la mairie de Tours, qui met le paquet sur le lien entre la ville et son fleuve. Il s’agit à la fois de développer le tourisme urbain (« Tours porte d’entrée du Val-de-Loire ») et de se distinguer des autres villes de l’axe ligérien, dans un contexte de concurrence effrénée entre métropoles pour attirer cadres, touristes et capitaux.

Bien sûr, tous ces projets immobiliers de standing sont éligibles au dispositif de défiscalisation Pinel, qui promet d’importantes réductions d’impôts aux acquéreurs. Reste à espérer que les discours paniqués de l’équipe municipale sortante sur l’accession de l’extrême-gauche au pouvoir ne fassent pas fuir les investisseurs.


Article publié le 01 Juil 2020 sur Larotative.info