Après maintenant 40 jours, la base est là, mais faiblit. Elle se « marginaliserait » tels les Gilets jaunes avant eux. Le secteur du transport serait en apnée et les raffineries n’ont pas d’impact général et massif d’ici la fin du mois si l’arrêt des installations se précise. Les autres secteurs mobilisés sont en nombre, mais restent symboliques sur le pouvoir de blocage et de nuisance au gouvernement.

Du côté du président Macron et de son gouvernement, malgré le cinéma de l’âge pivot scénarisé depuis « la nuit du 5 décembre » et malgré les rumeurs de fébrilité, l’exécutif essaye d’afficher une sérénité pour la suite.

Pourquoi ?

Revenons sur le contexte de son élection et de pourquoi il ne lâchera rien et comment le faire lâcher.

ACTE 1 : L’ASCENSION DU VAUTOUR

30 août 2016, souvenez-vous. Un ministre de l’Économie quittait Bercy, voguant vers l’Élysée comme si sa victoire, 9 mois plus tard, était déjà actée. Il allait remettre sa démission à celui qui lui a offert son siège sur un plateau, avec une naïveté inédite en politique.

Le prénom du président de l’époque ? François. Son surnom ? « Flamby ». Son nom, un pays. Un pays qui, d’ailleurs, ne sait pas comment il va pouvoir payer ses retraités à court terme et au-delà. Le système de retraite de ce pays est, certes, par capitalisation, mais avec une partie versée par l’État et le reste par les fonds de pension dont…BlackRock [1] qui ne traîne pas loin dans leur système.

Flamby [2] a offert à (celui qu’on surnommera) « Jupiter » un poste de secrétaire général du palais présidentiel pendant 2 ans et 2 mois (15 mai 2012 au 15 juillet 2014) puis le poste de Bercy entre 2014 et ce jour. Zeus, le surnom synonyme de Jupiter, avait déjà montré ses dents de requin et son ambition arrogante en créant son parti, En Marche, quelques mois auparavant. En Marche, magazine documentaire sous le sinistre régime de Vichy.

Il confirma ses ambitions présidentielles en annonçant sa candidature dans un centre de formation du « 93 », la Seine–Saint-Denis. Comme s’il voulait donner une apparence d’être proche des classes populaires avec un sadisme inquiétant. Sa candidature était alors critiquée et farfelue. Les critiques fusaient :

  • « Ce qu’on attend d’un futur président, ce n’est pas forcément un catalogue de mesures, c’est d’abord qu’il dise où il a envie de nous embarquer. Lui, il a l’exigence intellectuelle d’expliquer aux gens la société telle qu’il la perçoit“ (Aurore Bergé)
  • Celui qui n’assume rien mais promet tout  » (Édouard Philippe)
  • « Ça ne marchera pas » (François Bayrou)
  • un candidat « sans projet » car « sans convictions » (Bruno Le Maire)
  • Macron sera le « poison définitif » d’un « pays malade » prophétisait à juste titre Darmanin

Mais l’affaire Fillon et le manque de charisme de Hamon, candidat du « parti sortant », donnèrent un socle suffisant à Jupiter pour accéder au 2d tour de l’élection présidentielle avec 24,01%.

Il terrassa Le Pen fille dans un débat présidentiel où elle fit preuve d’un amateurisme inégalable, frisant le complot pour laisser passer Macron. Il fut élu avec 66,10% des votes le 7 mai 2017 avec une utopie de faire une révolution dans le pays pour le sortir de la torpeur financière et de sa tension sociale. Il ignorait, en partie, qu’elle allait se faire contre lui.

ACTE 2 : POUVOIR

SCÈNE 1 : FRACTURER

Après avoir mis K.O les partis de gouvernement, il musela les partis « radicaux » avec les législatives où LFI [3] et les communistes ont obtenu 27 sièges (17 et 10) seulement et le RN 10 sièges.

En Marche, qui s’appelle maintenant la République en marche, ou LaRem, obtient la majorité absolue avec 314 députés sur 577 sièges. À noter que la commission d’investiture du parti était présidée par… Jean-Paul Delevoye !!!

Jupiter s’attaqua à ses réformes avec une loi Travail par ordonnance, le CICE dont Auchan pourra vous parler, pour ne citer que quelques-unes des réformes du « premier acte » du quinquennat. Il a réussi à écraser la SNCF, bastion de la lutte sociale, avec la réforme dans l’entreprise, et les enseignants, avec la réforme du bac. Les syndicats ont vu l’herbe coupée sous leur pied, et étaient très affaiblis (CFDT comprise).

L’opposition politique et sociale impuissante, et les corps intermédiaires massacrés, Macron avait un boulevard politique tout tracé malgré l’affaire Benalla, où Alexandre Benalla, alors chargé de mission de l’Élysée, avait violemment interpellé des manifestants du 1er mai 2018 à la place de la Contrescarpe [4], le tout sous la caméra de Taha Bouhafs.

Mais les Gilets jaunes ont rebouleversé l’échiquier politique avec une insurrection le 1er décembre 2018. Je n’analyserais pas ce mouvement, n’étant pas terminé malgré les propos tenus par beaucoup.

SCÈNE 2 : L’INFLEXIBLE

 [5]

Le 5 décembre s’est lancée la grève générale contre la réforme par points voulue par le président. Malgré une forte mobilisation (1,5 million de manifestantes lors de la plus forte mobilisation selon la CGT), le gouvernement reste droit dans ses bottes comme le mentor du « Premier sinistre » [6] 24 ans auparavant. Pourquoi ?

Macron ne cédera rien parce qu’il n’est pas là pour gouverner. Il n’est même pas là pour être réélu et encore moins pour faire une carrière politique [7].

Il se fout de tout ça, et donc il se fout de ce qu’on pense ou dit de lui. (Mais ça on ne le comprend pas si on a une lecture nationale de sa politique) de sa cote de popularité, de son avenir politique, il se fout de tout ça.

Macron est un condottiere mandaté par des commanditaires pour détricoter et privatiser tout ce qui est collectif et solidaire en France.

Et sa récompense sera d’être réélu (si pas de nouveau larbin efficace d’ici 2022 ou l’assurance de reprendre le pouvoir après Le Pen ou même avec elle), sa récompense sera d’aller siéger dans tous les conseils d’administration des sociétés qu’il aura privatisées pour ses commanditaires. [8]

Ce n’est rien d’autre qu’un homme de main qui obéit à des ordres et qui a agi en deux temps : en pourrissant l’État français de l’intérieur sous un Hollande complètement manipulé, et en prenant ensuite prétexte de ce pourrissement pour mener à bien son pillage en règle de l’État. Voilà pourquoi il se moque de tous ces scandales à répétition le concernant et concernant son gouvernement.

Voilà pourquoi nous avons un gouvernement « de crise » composé sans vergogne à moitié de millionnaires, voilà pourquoi il garde un président de l’Assemblée mis en examen, pourquoi sa ministre de la Justice peut dire en rigolant qu’elle a juste oublié de déclarer trois appartements au fisc.

Voilà pourquoi il met sans honte un voyou [9] à la tête de police et autorise à cette police des comportements de voyous. Voilà surtout pourquoi il ne cède et ne cédera devant aucune grève. Parce qu’il s’en fout.

Il se fout de vous, il se fout du pays, il se fout de la misère et de la pauvreté, il se fout des éborgnés et des amputés par sa police. Il s’en fout.

Il détricotera tout jusqu’au bout sans écouter personne, sans états d’âme, et ne pense qu’à la fortune personnelle que chaque action contre le bien public lui garantit. Et il partira en laissant un pays épuisé et exsangue, trop sonné pour se défendre contre le plus violent des systèmes de finance ultralibérale qu’on puisse imaginer.

Il laissera tomber tout le monde. Le pays comme ceux qu’il aura manipulés pour en faire ses pires factotums et qui, seuls, devront affronter la vengeance populaire.

Voilà pourquoi il ne cède et ne cédera pas, et voilà pourquoi la seule façon de le faire céder est de nous montrer plus obstinés, plus jusqu’au-boutistes, plus tenaces et plus violents que lui.

Nous ne pouvons plus rester sur le terrain politique.

Le seul mouvement qui l’ait ébranlé, c’est celui des Gilets jaunes, parce qu’il l’a désarçonné là, politiquement et sur le terrain, où il ne s’y attendait pas. [10].

En un an, il a neutralisé ce danger en le ramenant dans les mains de ceux qui défilent dans les clous, dans des couloirs et dans des nasses où ils acceptent pratiquement de se faire tabasser. [11]

Il faut sortir des clous. Disperser le mouvement, redéfinir les manifestations [12]. Sortir des clous et des nasses.

Il faut qu’enfin se bougent ceux pour qui nous nous battons vraiment, étudiants et lycéens [13]. Il faut reprendre les ronds-points, les ponts, les périphériques, [14] éclater les défilés dans les villes et dans le pays. Le forcer à disperser et affaiblir ses milices.

C’est une question de survie du pays. Il a déjà entrepris la privatisation des hôpitaux, de la SNCF, des gares, des aéroports, des barrages, de la Sécu [15].

Il s’attaque à celle des routes, de la police [16], des universités, de la culture, de la justice. Cet homme ne veut plus d’État, sinon pour l’armée et la police, et nous savons tous qu’un tel État s’appelle une dictature.

D’ailleurs pour les FDO et les médias, merci, grâce à eux, la manifestation dure depuis 40 jours au lieu de potentiellement 5 jours.

On peut les remercier sur ce point-là, car ils ont permis de nous connaître mutuellement et de prendre conscience (une nouvelle fois) de notre force.

La force des travailleurs, ce n’est pas la grève, c’est l’insurrection contre Macron.

Pour les actions/manif, j’ai déjà fait un article dessus avec 2 suggestions type pour Paris :

Voilà, essayons de nouvelles choses pour faire tomber Macron si on veut VRAIMENT LE FAIRE TOMBER. Et je préfère me faire matraquer sur une sauvage que sur une manif « déclarée » où on est des masochistes.

Bon courage et à samedi

Manholo


Article publié le 28 Jan 2020 sur Paris-luttes.info