Après trois mois d’information, de mobilisation et d’actions, la métropole recule et s’engage à ne pas toucher à 62 hectares de forêt par l’intermédiaire d’un moratoire sur les travaux d’aménagement prévus pour l’extension de la ZAC. La décision avait été annoncée aujourd’hui lors de la rencontre entre la métropole et une délégation d’opposants à la destruction du Madrillet. Elle est officialisée ce soir par une publication modeste dans Paris-Normandie.

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Les choses se sont en effet accélérées depuis la publication de notre premier article sur le sujet le 27 avril. Il y a d’abord eu une présence régulière sur la forêt tous les dimanches en vue d’informer ceux qui avaient l’habitude de profiter cet espace de promenade, une pétition a recueilli plus de 9 000 signatures et certains ont même passé quelques nuits sur place en vue d’une occupation plus durable. De leur côté, des associations écologistes s’apprêtaient à déposer un recours juridique pour attaquer le PLUI.
Le 17 juin dernier, des centaines de personnes se retrouvaient à l’appel de plusieurs associations et envahissaient le chantier du « We Hub » où trois hectares ont déjà été massacrés. Le 15 juillet les opposants s’étaient donné rendez-vous devant la métropole à l’occasion de la désignation du nouveau conseil métropolitain. C’est à cette occasion que Nicolas Mayer-Rossignol, récemment élu maire de Rouen et ensuite président de la Métropole Rouen Normandie, s’était engagé à recevoir une délégation composée d’associations et d’opposants au projet.

Dans le détail, la métropole propose un moratoire sur les 62 hectares de forêt initialement destinés au projet d’extension de la ZAC du Madrillet (Zone G et H sur la carte issue d’un document officiel).  Elle laisse entendre qu’il faudra attendre le vote du prochain PLUI pour entériner l’abandon définitif des travaux sur cette partie. Rien n’est encore acquis, mais il est peu probable qu’il s’agisse d’une entourloupe. 62 hectares sont bien en passe d’être sauvés du défrichement et de la bétonisation.

Schéma directeur immobilier et d’aménagement de Novembre 2019
Schéma directeur immobilier et d’aménagement de Novembre 2019

En revanche, des travaux sont toujours prévus sur 20 hectares (zones A, E et F). En parfait gestionnaire, le président de la Métropole propose de revoir « la charte d’agrément pour l’installation de nouvelles structures ». Après quelques concessions saupoudrées d’écologie, il envisage de poursuivre la destruction. C’est ici que la bataille devra se poursuivre dans les semaines à venir.

Il s’agit en tout cas d’une première victoire. C’est bien la mobilisation sous toutes ses formes qui a forcé la métropole à revenir sur ce projet délirant, et sans opposition, les bulldozers et le béton auraient eu la voie libre. Dans les couloirs, il se murmure aussi que le nouveau maire redoute l’installation d’une ZAD qui pourrait ternir son mandat et limiter ses ambitions. Il fallait aussi qu’il donne des gages aux élus écologistes avec l’appui desquels il a remporté la Mairie. Difficile aussi de soutenir ce projet qui date de 1991 à l’heure où la catastrophe écologique est devenue le lieu commun d’une époque. Un document officiel de novembre 2019 indique assez la folie de ceux qui ont le pouvoir d’aménager le territoire : 15 ans de travaux et des milliers d’arbres abattus « pour un campus à l’américaine » s’excitent-ils. On a les rêves qu’on mérite.

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Voici le communiqué du Collectif contre la destruction de la forêt du Madrillet rédigé par les personnes reçues en délégation :

Une première belle victoire collective pour sauver les 62 ha de forêt et landes !!!

Le collectif contre la destruction de la forêt du Madrillet composé d’une quinzaine de structures environnementales et syndicales a été reçu ce mercredi 22 juillet à partir de 14 h par le Président de la Métropole Rouen Normandie Nicolas Mayer Rossignol et plusieurs élus.  Nous avons alors déposé une pétition soutenue, en seulement 6 semaines, par plus de 9 000 citoyens opposés aux destructions à venir de la forêt du Madrillet, en particulier les 62 nouveaux ha, décidés lors du vote du PLUI en février 2020.

Nous nous félicitons du premier moratoire annoncé ce jour par le Président de la Métropole Rouen Normandie qui doit empêcher tout défrichement et toute bétonisation sur les 62 ha du projet d’extension de la ZAC du Madrillet.

Suite à ce moratoire, nous demandons sa concrétisation légale pour l’abandon définitif de ce projet par une modification du PLUI reclassant ces 62 ha en zone naturelle.

Au sujet de la ZAC actuelle, plusieurs nouvelles destructions de la forêt du Madrillet sont encore envisagées (environ 20 ha). Nous prenons acte de l’engagement sur ce sujet par le Président de la Métropole de revoir la charte d’agrément pour l’installation de nouvelles structures (établissements de formation, entreprises, etc.)

Cependant cela ne peut suffire :

– Un meilleur accueil des salariés et usagers sur la technopole existante doit être privilégié.

– et d’autres alternatives sont à développer comme l’utilisation des lieux existants : locaux sur les parkings existants, densification des zones d’activité actuelles, réutilisation des 530 ha de friches, utilisation des 300 000 m2 de bureaux à Saint Sever, etc.

Et ainsi préserver les 20 ha de forêts menacés.

Nous demandons donc, dès maintenant, un 2ème moratoire empêchant toute destruction de forêt sur la ZAC existante.

Cette première victoire collective pour sauver des terres naturelles et forestières est de bon augure pour d’autres luttes sociales et environnementales contre d’autres projets archaïques* qui apparaîtraient sur le territoire de la Métropole Rouennaise !

* Création de cette ZAC du Madrillet : arrêté préfectoral du 3 juillet 1991


Article publié le 22 Juil 2020 sur Rouendanslarue.net