Juin 18, 2016
Par Paris Luttes
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Nous ne pouvons pas entendre nos mots comme s’ils sortaient de leur bouche.

Nous devons redéfinir les mots.

Le sens des mots est tellement biaisé par des décennies d’utilisation dans un contexte capitaliste que l’idéologie sous-jacente deviens impossible a remettre en question avec ce même langage !

Nous sommes quotidiennement bombardés de messages subliminaux contenus dans les définitions mêmes des mots qu’un rabâchage capitalistico-médiatique continu a réussi à rendre “sens-commun”.

Comme nous le savons, ceci limite énormément le champ du débat car nous sommes confinés à nous débattre dans un bac a sable capitaliste, comme si nous ne pouvions former des concepts qu’en formant différentes combinaisons avec les blocs que l’on nous fournit.

Ceci provoque une grande tendance au réformisme qui va comme un gant à l’ordre capitaliste.

Nous ne pouvons pas non plus créer nos propres blocs, car sinon nous ne pourrions plus communiquer en dehors d’un entre-soi illuminé.

De plus, si l’on regarde nos désaccords de milieu, au moins un différent sur deux est du au fait que quelqu’un utilise un mot ou un concept avec sa propre définition en tête, et la personne qui critique l’entends avec la définition biaisée du sens commun capitaliste, comme si elle sortait de la bouche d’un politicien.

Mais nous ne ferons pas la différence en ré-arrangeant des mots biaisés de manière convolutée afin de pointer une signification hors atteinte du langage, comme on le ferait en poésie !

Nous devons donc redéfinir les mots et les concepts et faire un travail de destruction des définitions biaisés pour redonner aux gens un outil critique valable et qui puisse sortir des barrières du capitalisme.

De cette manière, les gens en possession d’une définition anti-capitaliste des mots, lorsqu’ils entendrons les mots prononcés par les politiciens, verront outre l’écran de fumée sémantique.

Le discours présent et futurs des politiciens – mais aussi ce qu’ils ont dit dans le passé – pourront être ré-interprétés et replacés dans un horizon de sens agrandis.

Il faut que l’on retourne tout leur discours et qu’on en montre la faiblesse. Si on utilise “leurs” formules (qui ne sont pas les leurs, mais qu’ils se sont appropriés) en montrant comme elles peuvent signifier l’opposé, ça fragilise nettement le discours dominant.

On ne peut pas marcher selon leurs définitions ! On ne peut pas s’exprimer en gardant le sens biaisé que la nov-langue a donné aux mots et aux concepts.

On ne peut pas entendre nos mots comme s’ils sortaient de leur bouche, le langage est a tout le monde, redéfinissons les mots.

Sinon on va finir par créer notre propre langue et on sera incompréhensibles et réduits à un entre-soi élitiste et intellectuel. Si on redéfini les mots, ils ne pourront plus les utiliser à leur aise !

Exemple du mot “travail”

Voici un texte publié sur le travail qui à été critiqué pour la présence de la phrase “le travail est émancipateur”.

(Texte original : Vous n’aimez pas travailler !)

Voici la séquence incriminée :

Le travail est émancipateur :

Tant que l’on est pas déconnectés du fruit de notre travail, tant que l’on peut y exprimer notre individualité.

Tant que l’on peut apporter a la communauté exactement ce que l’on a envie d’apporter selon notre personnalité, sans considérations commerciales.

Tant que l’on peut créer, aimer, donner le fruit de notre travail.

Le travail c’est de se construire une maison, ou d’aider son voisin à la faire.

Le travail c’est de réparer une voiture, car on est passionnés de mécanique.

Le travail c’est de cultiver et ensuite de distribuer a la communauté en sachant qu’elle nous le rendra.

Le travail c’est de creuser un puits car des années d’expérience on fait connaitre a la communauté notre maitrise de cet art.

Le travail c’est d’écrire, peindre, inventer, transpirer toute la journée pour accomplir quelquechose et ensuite rêver la nuit de choses belles et ingénieuses que l’on pourra accomplir le lendemain.

Le travail, n’est pas la peur du patron qu’engendre la peur du frigo vide, mais l’amour pour notre discipline et l’envie de la partager et l’approfondir.

Voici quelques extraits pour comprendre la substance du texte.

Pourquoi veut-on déréguler le travail, enlever toutes les maigres garanties d’un taf pas trop désagréable qui avaient été gravées dans le code du travail ?

Car le bon capitaliste n’aime pas le travail.

Il considère le travail comme quelquechose de nécessairement désagréable, dont il faut se débarrasser le plus vite possible. Possiblement, en devenant riche et en faisant travailler les autres à sa place.

Le libéral est disposé à passer sa vie à attendre la fin de la journée ou la fin de la semaine, si juste on lui donne l’espoir que lui aussi s’il travaille assez pourra être riche et finalement faire ce qu’il veut au lieu d’un taf chiant.

D’ailleurs, le bon libéral est tellement terrorisé par le fait de travailler, que toute limite à la possibilité de s’enrichir sans le faire le terrorise. Toute limite légale à l’exploitation des autres le fait trembler.

Chaque position idéologique et action politique du capitalisme témoigne de l’aberration qu’elle a pour cette activité humaine aussi vitale, vivifiante et indispensable que manger ou dormir.

Mais le travail ce n’est pas faire une chose à contrecoeur et égoïstement pour gagner de l’argent et pouvoir acheter ce que quelqu’un d’autre a fait à contrecoeur et égoïstement…

Non, le travail c’est faire quelquechose avec passion avec la volonté d’aider notre prochain, créer quelquechose de beau, de fonctionnel, d’harmonieux et ensuite en faire profiter les autres qui… le font pour nous.

Cette conception capitaliste du travail est passée dans le sens-commun a un tel point que même au sein du milieu anti-capitaliste on voit le travail d’un œil suspicieux !

Tellement facile ensuite de couper la population de la lutte anti-capitaliste en nous faisant passer pour des branleurs…

Cette définition du travail facilite grandement l’argumentation capitaliste.

En fait, elle dispense presque le capitalisme de toute argumentation : la doctrine est contenue dans le sens-commun du mot “travail”.

Le caractère d’exploitation du travail et de dépossession de ses propres moyens est donc accepté de manière fataliste !

Pour regagner un minimum de liberté à l’intérieur de ce mal nécessaire, pour retrouver un espoir de s’émanciper un jour de cette exploitation en s’élevant au dessus de cette classe nécessaire de prolétaires, la réponse qui va de soi, contre laquelle on ne peut pas argumenter, est le libéralisme.

Le travail est emploi au service de l’économie, et le prolétaire exploité est un mal nécessaire. Voici la définition actuelle du travail.

***

Mais imaginons qu’à chaque fois qu’un politicien prononce le mot travail dans un discours, nous l’entendions à la lumière de notre propre définition !

Cela ne sauterais-il pas aux yeux que leurs propositions ne sont pas faites pour améliorer le travail comme nous l’entendons nous, mais pour améliorer le travail comme ils l’entendent eux, c’est à dire, l’emploi au service de l’économie capitaliste ?

Au lieu d’entendre “c’est une grande avancée pour le travail” et nous inconsciemment de conclure “ah, super, moi aussi je travaille, c’est donc une amélioration pour moi” !

Nous entendrons “c’est une grande avancée pour votre exploitation”.

Car si nous pensions le travail comme quelque-chose d’émancipateur, la supercherie serait très vite découverte. Comment pourrait-on s’émanciper en étant exploité ?

Alors, sous peut, les politiciens ne pourraient plus utiliser le mot “travail” mais ils devraient dire “exploitation du peuple au profit de l’oligarchie”, et là, ça va chier pour eux !

***

Cet exemple saute aux yeux pour les radicaux, mais il y en a bien d’autres, plus subtils, plus profondément ancrés dont nous devons prendre conscience.

Même le plus radical d’entre nous est sujet inconsciemment a ces limitations sémantiques.

Il à tant de concepts à redéfinir pour détruire l’inconscient capitaliste et redonner un outil critique aux gens !

La guérilla sémantique est lancée !




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