English version follows

Le 19 avril 2019, le Journal de Montréal publie une chronique de Patrice-Hans Perrier, proche collaborateur d’Alain Soral, un antisémite notoire, national-socialiste autoproclamé, venant d’être condamné à un an de prison en France pour négation de la Shoah.

Donner de la place à des individus qui ne respectent pas certaines valeurs fondamentales inscrites dans la Déclaration des droits de la personne que nous partageons depuis les horreurs de la Deuxième Guerre mondiale c’est ouvrir la porte à la haine. Pourtant, cette situation est la conséquence logique d’une vague populiste montante depuis plusieurs années. La publication dans les grands médias d’articles d’opinion faisant la part belle aux thèmes chers à l’extrême droite est banalisée, contribuant à l’augmentation de l’intolérance.

La présente vise à interpeler des propriétaires de médias traditionnels et à leur rappeler leurs devoirs vis-à-vis de la société : Pierre Karl Péladeau (Québecor), Jacques, Jean-François et Nicolas Leclerc (Leclerc communications), Raynald Brière (RNC), Philippe Jetté et Louis Audet (Cogeco).

Le pouvoir énorme qu’ils exercent sur l’opinion publique s’accompagne d’une responsabilité de taille : celle de nous informer.

  • Il n’est pas sain d’encourager la propagation d’opinions haineuses, racistes, sexistes et attaquant les minorités sexuelles et de genre, car cela va à l’encontre des valeurs démocratiques que la société se targue de valoriser.
  • Il n’est pas banal que des thèses conspirationnistes inventées par l’extrême droite, comme le « racisme antiblanc », le « grand remplacement » et le « marxisme culturel », aient été banalisées et soient devenus des sujets jugés légitimes.

Informer le public est une noble tâche qui, si elle est bien accomplie, devrait inciter la population à prendre part au débat, à échanger, en se concentrant sur ce qui rassemble plutôt que sur ce qui divise.

L’information peut toutefois être instrumentalisée par des personnes animées de sombres desseins, cherchant à intoxiquer, embrouiller et tromper le public.

Les chroniqueurs et chroniqueuses qui prêtent des intentions aux minorités racisées, accusent les femmes portant le hijab d’être des portes-parole islamistes, montent des faits divers en épingle, qualifient les manifestations antiracistes de « manifestations antiquébécoises » cherchent à victimiser les intolérant·e·s et à culpabiliser les vraies victimes des discours haineux.

Sans mise en contexte, il est facile d’utiliser des anecdotes pour nous conforter dans des visions inexactes de la réalité qui s’alimentent de la peur de l’autre.

Un turban, un foulard, une prière ou un témoignage anonyme deviennent des preuves de « racisme antiblanc » ou encore de la négation des valeurs occidentales. Cette méthode éprouvée représente l’inverse de la pensée: au lieu d’inviter le public à la nuance et à la critique, elle enfonce une partie dans ses préjugés, voire pire, elle lui en inspire de nouveaux.

En laissant libre cours à ce discours dans leurs médias, les propriétaires nommés ci-dessus semblent encourager la dilution du tissu social en nous lançant les un·e·s contre les autres.

Les grands médias ont le pouvoir et le devoir de diffuser un travail de qualité. Veiller à un strict respect du code de déontologie. Participer au Conseil de presse du Québec. Donner des points de vue équilibrés et la parole à ceux et celles que les politiques affectent directement. Faire place à une plus grande diversité culturelle, de genre, d’âge et de classe sociale dans les salles de nouvelles.

Nous rejetons la banalisation de l’extrême droite et exigeons d’être mieux informé·e·s.

Les 92 signataires sont des enseignant·e·s, des expert·e·s de l’extrême droite et des personnalités issus des quatre coins du Québec

Media should inform, not serve as a launching pad for the far-right

On April 19, 2019, the Journal de Montréal published an article by Patrice-Hans Perrier. Perrier is a close collaborator of Alain Soral, a notorious anti-Semite and self-declared Nazi who spent one year in prison for denying the Holocaust.

When we give space to individuals who don’t respect the fundamental values described in the United Nations Universal Declaration of Human Rights, which was born from the horrors of the Second World War, we open the door to hate. Unfortunately, publishing Perrier is the logical result of the rising right-wing populist wave of the past few years. When these individuals are given platforms in mainstream media, it normalizes far-right arguments and theories, and helps to feed the rise of intolerance.

We wish to remind the owners of our mainstream media of their responsibility as it relates to society: Pierre Karl Péladeau (Québecor), Jacques, Jean-François and Nicolas Leclerc (Leclerc Communications), Raynald Brière (RNC), Philippe Jetté and Louis Audet (Cogeco).

The significant influence over public opinion these owners have comes with an important responsibility: to inform the public.

  • It is reckless to encourage the propagation of hateful (racist, sexist, homophobic, transphobic) opinions as these opinions are an attack on our collective democratic values
  • We should be worried that far-right conspiracy theories like “anti-white racism”, the “great replacement theory” and “cultural Marxism” have been normalized and are now considered legitimate by some.

To inform the public is a noble task that, when it is done well, should motivate the population to participate in debates, to exchange with one another and to focus on the things that unite us more than what divides us.

But, information can also be weaponized by people with sinister motives to confuse, deceive or seduce the public.

Opinion writers who demonize the intentions of racialized people, who accuse women wearing hijab of being Islamist spokespersons, who exaggerate anecdotal interactions to incense readers and who call anti-racist demonstrations “anti-Quebec protests” try to turn folks peddling intolerance into victims, while demonizing the real targets of hateful speech.

Without context, it’s easy for these anecdotes to create distortions of reality, which then feed into the fear of others.

A turban, a headscarf, a prayer or an anonymous anecdote becomes proof of so-called anti-white racism, or used as evidence that some would seek to undermine Western values. This tactic represents inverted thinking: rather than invite the public to engage in a nuanced debate, it comforts one’s own prejudices. Or worse, it inspires new prejudices.

By giving free rein to this speech in their media, the owners named above seem eager to pull apart our social fabric by leaving us to fight among ourselves.

Large, mainstream media platforms have the responsibility to publish quality work. Adhere firmly to codes of ethics. Participate in Quebec Press Council. Feature a well-balanced mix of points of view. Give space to those who are directly affected by these issues to be heard. They have a responsibility to ensure that their newsrooms are age, gender, class and culturally diverse.

We reject the normalization of the far-right and insist that you better inform us all.

The 92 signatories are teachers, experts in the rise of the far-right and personalities from all over Quebec.

Signé / signed

  • David Bernans, Maryam Bessiri, Sébastien Bouchard, Élisabeth Germain, Danielle Lambert, Nora Loreto, Annie Demers-Caron, Kenza Elazzouzi et Sébastien Tremblay du Collectif citoyen « 29 janvier, je me souviens »
  • Christian Alain Djoko, doctorant et auxiliaire d’enseignement en philosophie à l’Université Laval
  • Marcos Ancelovici, sociologue
  • Véronique Audet, anthropologue
  • Simon-Pierre Beaudet, auteur et professeur de littérature
  • Sylvie Béland, professeure de littérature et de cinéma
  • Jani Bellefleur-Kaltush, cinéaste innue de Nutashkuan
  • Pascale Bergeron, doctorante en sciences de l’éducation à l’UQÀM et chargée de cours à l’UQAR
  • Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des femmes du Québec
  • Philippe Boudreau, professeur de science politique
  • Monyse Briand, doctorante en psychopédagogie à l’Université Laval et professeure au département de psychosociologie et travail social de l’UQAR
  • Nellie Brière, chroniqueuse et stratège en communications numériques
  • Pascale Brunet, organisatrice communautaire
  • Xavier Camus, professeur de philosophie intéressé à l’extrême droite
  • Raphaël Canet, sociologue
  • Safa Chebbi, militante antiraciste décoloniale
  • Simon Chavarie, enseignant en histoire au Cégep de Saint-Jérôme
  • Camille Comeau, co-fondatrice de Divergenres
  • Isabelle Côté, professeure de philosophie au Cégep de Saint-Jérôme
  • Vincent Cousin, doctorant en orientation à l’Université Laval, consultant et chargé de cours à l’UQAR
  • Maya Cousineau-Mollen, écrivaine et poète
  • Marc-André Cyr, historien
  • Pascal Cyr, historien et auteur
  • Nancy Delagrave, professeure de physique au Collège de Maisonneuve
  • Roxane de la Sablonnière, professeure en psychologie sociale, Université de Montréal
  • Annie Demers-Caron, professeure d’anthropologie et militante
  • Aymen Derbali, survivant de l’attentat à la grande mosquée de Québec
  • Laurence Desmarais, candidate au doctorat à l’UQAT
  • Marie Dimanche, porte-parole de Solidarité Québec-Haïti #Petrochallenge 2019
  • Catherine Dorion, députée de Taschereau et porte-parole du deuxième groupe d’opposition en matière de communications, de culture et de langue française
  • Éric Dubois, syndicaliste
  • Nadia Duguay, cofondatrice Exeko
  • Carole Dupuis, écocitoyenne
  • Francis Dupuis-Déri, professeur de science politique à l’UQÀM
  • Jonathan Durand Folco, professeur à l’École d’innovation sociale Élisabeth-Bruyère, Université Saint-Paul
  • Marc-Édouard Joubert, président du conseil régional FTQ Montréal métropolitain
  • Julie Gauthier, professeure de philosophie au Cégep de Jonquière
  • Stéphane Gendron, documentariste et agriculteur
  • Ndeye Marie Fall, présidente de la Table de concertation du Mois de l’histoire des Noirs de Québec, 2018-2019
  • Nour Farhat, avocate
  • Alexandre Fatta, artiste
  • Maxime Fiset, spécialiste de l’extrême droite
  • Elsy Fneiche, psychoéducatrice
  • Martin Forgues, journaliste et auteur indépendant
  • Le collectif Françoise Stéréo
  • Jorge Frozzini, professeur en communication à l’UQAC
  • Jean-Philippe Gauthier, professeur au département de psychosociologie et travail social à l’UQAR
  • François Gosselin Couillard, historien populaire
  • Philippe de Grosbois, enseignant
  • Alice Guéricolas-Gagné, autrice
  • Denise Helly, professeure-chercheure (champs de recherche actuels : crimes haineux, discrimination religieuse, extrême droite au Canada et droit international privé)
  • Dany Heon, doctorant en ethnologie à l’Université Laval, écrivain, syndicaliste et chargé de cours à l’UQAR
  • Samira Laouni, présidente du C.O.R. (communication, ouverture, rapprochement interculturel)
  • Isabelle Larrivée, professeure de littérature au Collège Rosemont
  • Olivier Mathieu, professeur de philosophie au collège de Valleyfield
  • Ianik Marcil, économiste, auteur et éditeur
  • Hélène Matte, artiste
  • Mbaï-Hadji Mbaïrewaye, chef intérimaire de Démocratie Québec de 2017 à 2018
  • Francois-Xavier Michaux, cofondateur et directeur général d’Exeko
  • Catherine Miron, enseignante en adaptation scolaire à l’éducation des adultes à la Commission scolaire de Montréal
  • Marie-Ange Niwemugeni, professeure en éducation spécialisée au Collège Mérici
  • Jean Kabuta, professeur retraité de l’Université de Gand en Belgique
  • Audrey Laurin-Lamothe, professeure adjointe au département de sciences sociales de l’Université York
  • Aly Ndiaye alias Webster, historien et artiste
  • Chrystian Ouellet, professeur de philosophie au Collège de Valleyfield
  • Michèle Prince-Clavel, enseignante-chercheure
  • Will Prosper, documentaliste et militant des droits humains
  • André Querry, militant
  • Clency Rennie, doctorant en ethnologie à l’Université Laval et chargé de cours à l’UQAR
  • Sandrine Ricci, sociologue à l’UQÀM
  • Yvon Rivard, écrivain
  • Camille Robert, historienne et autrice
  • Linda Roy, actrice
  • Serge Roy, président du SFPQ de 1996 à 2001
  • Jeanne-Marie Rugira, professeure au département de psychosociologie et travail social à l’UQAR
  • François Saillant, ex-coordonnateur du FRAPRU de 1979 à 2016
  • Michel Seymour, philosophe
  • Alice-Anne Simard, directrice générale d’Eau Secours
  • Christian Simard, directeur général de Nature Québec
  • Steeve Simard, professeur de philosophie au Collège d’Alma
  • Claudine Simon, criminologue et vidéaste
  • Maïka Sondarjee, fondatrice et co-directrice de Femmes Expertes
  • Elena Stoodley, artiste
  • Benoit Tellier, professeur de sociologie au Cégep de Saint-Jérôme
  • Dany Thibault, professeur de science politique au Collège Montmorency
  • Ève Torres, militante
  • Christian Vanasse, humoriste
  • Guylaine Vignola, professeure d’économie du Cégep Saint-Jean-sur-Richelieu
  • Julien Villeneuve, professeur de philosophie au Collège de Maisonneuve
  • Vania Wright-Larin, coordonnateur au Regroupement d’éducation populaire en action communautaire de Québec et Chaudière-Appalaches
  • Maya Yampolsky, professeure en psychologie interculturelle, Université Laval
  • Amel Zaazaa, présidente de la Fondation Paroles de femmes

Article publié le 17 Oct 2020 sur Onjase.org