Septembre 22, 2022
Par Zones Subversives
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L’histoire du fĂ©minisme reste traversĂ©e par de nombreuses luttes, mais aussi des dĂ©bats sur les orientations et les prioritĂ©s stratĂ©giques. Les luttes des femmes restent liĂ©es aux combats contre le racisme et le colonialisme mais Ă©galement Ă  l’histoire du mouvement ouvrier.

Les luttes des femmes traversent l’histoire de France. Elles construisent une pensĂ©e et une pratique fĂ©ministe. Elles refusent la division traditionnelle entre une sphĂšre privĂ©e dĂ©volue aux femmes et une sphĂšre publique rĂ©servĂ©e aux hommes. L’image de la mĂšre au foyer docile et soumise est brisĂ©e lorsque des rĂ©voltes de femmes Ă©clatent.

Le fĂ©minisme s’organise de maniĂšre autonome pour faire avancer les droits et les libertĂ©s. Ces luttes font bouger les lignes et les assignations de genre avec des rĂŽles sociaux imposĂ©s. Elles remettent Ă©galement en cause l’ordre social et ses inĂ©galitĂ©s. Mais le mouvement fĂ©ministe semble Ă©galement traversĂ© par des conflits. DiffĂ©rentes sensibilitĂ©s politiques, identitaires et culturelles s’expriment. Surtout, des choix politiques et stratĂ©giques diffĂ©rents peuvent s’opposer. Mais des convergences permettent aussi de construire un vĂ©ritable mouvement social autour de causes communes.

Aujourd’hui, les jeunes universitaires baignent dans un fĂ©minisme postmoderne. La dĂ©construction du genre prime sur la lutte pour l’égalitĂ©. Ensuite, un fĂ©minisme intersectionnel insiste sur la diversitĂ© des oppressions et notamment sur la dĂ©nonciation du racisme. Mais il semble Ă©galement important de souligner que le fĂ©minisme croise l’histoire des luttes anticoloniales et du mouvement ouvrier. Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel retracent cette histoire dans le livre Ne nous libĂ©rez pas, on s’en charge.

 

                         

FĂ©minismes au XIXe siĂšcle

 

Les femmes sont Ă©videmment nombreuses Ă  participer Ă  la RĂ©volution française. En 1789, des femmes dĂ©fendent aussi leurs propres droits. Elles sont issues de milieux aisĂ©s et participent Ă  la rĂ©daction des Cahiers de dolĂ©ances. A partir de 1792, ce sont femmes de milieu plus populaire qui interviennent sur la scĂšne publique. L’écrivain Choderlos de Laclos compare la situation des femmes Ă  celle des esclaves dans les colonies. Elles sont la propriĂ©tĂ© de leurs maris comme les Noirs sont la propriĂ©tĂ© des colons. Olympe de Gouges relie Ă©galement la cause des femmes Ă  celle des esclaves.

DĂšs 1789, les femmes sont actives dans la rue et prĂ©sentes dans les Ă©meutes. Elles n’interviennent pas en tant que femmes. Mais elles se posent comme sujets rĂ©volutionnaires, Ă  l’égal des hommes. Le 5 octobre 1789, les femmes se rassemblent contre le prix du pain et l’arrogance du roi. Les manifestantes rallient des personnes sur leur passage et le cortĂšge se forme. Elles arrivent Ă  Versailles et occupent l’AssemblĂ©e nationale. Elles obligent le roi Ă  revenir Ă  Paris.

NĂ©anmoins, la RĂ©publique consacre les femmes uniquement pour leur rĂŽle de mĂšre. Elles n’ont pas accĂšs au vote et Ă  la citoyennetĂ©. Cependant, des clubs d’Amazones se forment. Des femmes n’hĂ©sitent pas Ă  dĂ©filer en armes. La violence fĂ©minine trouble l’ordre public mais aussi l’ordre patriarcal.

Dans le contexte de la rĂ©volution de 1848, le journal La Voix des femmes exprime un point de vue fĂ©ministe. Il revendique le droit au travail, contre la spĂ©cialisation dans le rĂŽle de mĂšre de famille. Le journal dĂ©nonce Ă©galement les bas salaires des ouvriĂšres. La Voix des femmes  revendique Ă©galement des droits politiques. Le suffrage universel instaurĂ© en 1848 reste exclusivement masculin.

En 1871, des rĂ©voltes de quelques jours Ă©clatent dans diffĂ©rentes villes comme Lyon mais aussi en Martinique. La Commune de Paris s’étend sur 72 jours. Les femmes construisent des barricades ou sont ambulanciĂšres. Certaines portent mĂȘme des armes. Louise Michel devient une figure emblĂ©matique de la Commune. Cette anarchiste semble mĂȘme dĂ©sormais rĂ©cupĂ©rĂ©e par l’histoire rĂ©publicaine.

 

La RĂ©publique se construit sur la rĂ©pression de la Commune avec une idĂ©ologie rĂ©actionnaire. Dans ce contexte, les fĂ©ministes insistent sur les droits civils et politiques. Hubertine Auclert donne la prioritĂ© Ă  la lutte pour le suffrage des femmes. Des ouvriĂšres lancent des grĂšves, mais les fĂ©ministes semblent Ă©loignĂ©es des questions sociales. Bien que militante socialiste, Hubertine Auclert rejette la lutte des classes et s’enferme dans une approche rĂ©formiste. Au contraire, Louise Michel propose de regrouper les femmes dans une perspective anarchiste et rĂ©volutionnaire.

La RĂ©publique reste fondĂ©e sur une idĂ©ologie rĂ©actionnaire. L’école devient obligatoire, mais repose sur la non-mixitĂ©. L’éducation des filles diffĂšre de celle des garçons. Ensuite, la RĂ©publique reste attachĂ©e Ă  l’ordre moral, avec la dĂ©fense de la famille et du mariage. Un homme qui tue sa femme pour adultĂšre reste rarement condamnĂ©. Les fĂ©ministes dĂ©noncent ces violences et rĂ©clament le divorce par consentement mutuel qui n’existe pas. Elles dĂ©fendent Ă©galement les prostituĂ©es qu’elles considĂšrent comme des victimes et non comme des perverses Ă  rĂ©primer. La question de la prostitution rejoint celle de la misĂšre et des conditions de travail plus dĂ©centes.

Simone de Beauvoir en 1945. 

 

FĂ©ministes face Ă  la RĂ©publique

 

Une presse fĂ©ministe, incarnĂ©e par La Fronde, se dĂ©veloppe durant la Belle Ă©poque. Certes, ces journalistes sont issues d’un milieu bourgeois et valorisent la rĂ©ussite individuelle. Cependant, elles affirment le modĂšle de la femme libre et indĂ©pendante. Le fĂ©minisme se dĂ©veloppe surtout dans le mouvement anarchiste individualiste et les milieux libres. Ce courant lutte pour l’amour libre, l’avortement et la contraception. Les anarchistes affirment que les femmes ont Ă©galement des besoins sexuels. Elles doivent librement exprimer leurs dĂ©sirs. « La femme ne fait pas qu’ĂȘtre dĂ©sirĂ©e : elle dĂ©sire : l’instinct sexuel parle aussi en elle Â», affirme Madeleine Pelletier. Cette anarchiste critique Ă©galement les diffĂ©rences dans l’éducation des filles et des garçons.

Les fĂ©ministes, souvent issues de la petite bourgeoisie, refusent les divisions crĂ©Ă©es par la lutte des classes. Certes, les ouvriĂšres ne subissent pas les mĂȘmes conditions de vie que les avocates ou les journalistes. Les fĂ©ministes bourgeoises insistent d’ailleurs davantage sur le droit de vote plutĂŽt que sur les conditions de travail. Cependant, des ouvriĂšres en grĂšve doivent parfois affronter leurs maris qui veulent les ramener Ă  l’usine pour travailler. Les syndicalistes rĂ©volutionnaires de la CGT insistent sur l’égalitĂ© des sexes.

De nombreuses fĂ©ministes s’enthousiasment pour la rĂ©volution russe de 1917. Le journal La Voix des femmes publie des textes d’Alexandra KollontaĂŻ contre le mariage et pour l’amour libre. Des fĂ©ministes rejoignent le jeune Parti communiste, crĂ©Ă© en 1920, avant de fuir sa bolchevisation et son tournant autoritaire. Ces fĂ©ministes rĂ©volutionnaires polĂ©miquent avec les fĂ©ministes bourgeoises en quĂȘte de respectabilitĂ© auprĂšs des politiciens. Ce courant milite avant tout pour le droit de vote. Des partis de gauche parviennent Ă  faire Ă©lire des femmes.

Le droit de vote des femmes est promulguĂ© en 1945. Un cycle de lutte s’achĂšve et les vieilles associations rĂ©formistes se dĂ©litent. Ce sont les rĂ©seaux catholiques et communistes qui prĂ©tendent reprĂ©senter les femmes, avec une dĂ©fense de la famille traditionnelle et de la figure maternelle. Les femmes jouent un rĂŽle important dans les luttes anticolonialistes. Des associations de femmes sont crĂ©Ă©es dans le contexte de la lutte pour l’indĂ©pendance de l’AlgĂ©rie.

La philosophe Simone de Beauvoir incarne le renouveau du fĂ©minisme. La compagne de Jean-Paul Sartre est jugĂ©e scandaleuse par sa libertĂ© sexuelle et sa critique de l’instinct maternel. Dans Le DeuxiĂšme sexe, elle s’appuie sur son expĂ©rience vĂ©cue et corporelle pour attaquer les entraves qui empĂȘchent les femmes de devenir le sujet de leur propre destin pour accĂ©der Ă  la singularitĂ© et Ă  la libertĂ©. Elle accorde une grande attention Ă  l’épanouissement sexuel autonome des femmes. Elle refuse le statut de la femme-objet et propose des rapports amoureux et sexuels Ă©galitaires.

Mais la philosophie de Simone de Beauvoir se heurte au puritanisme catholique et communiste. Pourtant, elle influence de nombreuses jeunes femmes. La parole se libĂšre Ă  travers la publication de livres qui dĂ©noncent les inĂ©galitĂ©s dans la vie quotidienne des femmes, notamment dans la collection de Colette Audry. L’émission de radio de MĂ©nie GrĂ©goire sur RTL permet Ă  des femmes de tĂ©moigner. Des associations comme le Planning familial diffusent des pratiques de contraception.

 

       Manifestation du MLF (Mouvement de LibĂ©ration des Femmes) contre le travail Ă  temps partiel, le 6 mars 1982 Ă  Paris.

Féminisme des années 1968

 

La rĂ©volte de Mai 68, qui s’accompagne d’une grande grĂšve intersectorielle, remet en cause toutes les formes d’autoritĂ©. Les femmes participent activement Ă  ce mouvement. Pourtant, ce sont des hommes qui jouent le rĂŽle de dirigeants et de responsables syndicaux. Les femmes restent Ă©cartĂ©es de la parole publique et de la prise de dĂ©cision. Cependant, la politisation pendant Mai 68 permet Ă  de nombreuses jeunes femmes de s’engager en politique pour la premiĂšre fois.

DĂšs octobre 1968 Ă©mergent de nombreux groupes de femmes. Mais le Mouvement de libĂ©ration des femmes (MLF) est crĂ©Ă© en 1970. La revue Partisans lance un numĂ©ro « LibĂ©ration des femmes : annĂ©e zĂ©ro ! Â» en juillet 1970. Christine Delphy dĂ©nonce le travail domestique subi par les femmes. Elle attaque le patriarcat, mais minimise l’exploitation capitaliste. Ce qui lance un dĂ©bat avec les « fĂ©ministes lutte de classes Â».

La revue Partisans Ă©voque Ă©galement l’importance de la jouissance fĂ©minine. Anne Koedt dĂ©nonce le « mythe de l’orgasme vaginal Â». Elle insiste sur l’importance du clitoris. Les femmes n’ont pas besoin des hommes pour rechercher leur propre plaisir. La libĂ©ration sexuelle insiste sur la jouissance mais critique Ă©galement la domination patriarcale. La rĂ©volution sexuelle passe par l’égalitĂ© entre hommes et femmes. La lutte fĂ©ministe passe par la libĂ©ration des corps contre le puritanisme.

Le MLF tente de s’organiser de maniĂšre non hiĂ©rarchique. Des assemblĂ©es se dĂ©roulent aux Beaux-Arts Ă  Paris. Le journal Le Torchon brĂ»le combine des tĂ©moignages personnels et des analyses politiques. DiffĂ©rentes actions sont dĂ©crites. Le ton est Ă  la fois sĂ©rieux et drĂŽle. La dĂ©rision permet d’attaquer les rapports de domination. Le militantisme gauchiste, jugĂ© « orthodoxe sacerdotal et militariste Â» est moquĂ©. L’hymne des femmes incarne une tonalitĂ© combative, mais aussi joyeuse et crĂ©ative. 

Le MLF multiplie les actions provocatrices, comme la perturbation d’évĂ©nements mĂ©diatiques. Les fĂ©ministes soutiennent Ă©galement les ouvriĂšres en grĂšve. Elles moquent les symboles de la presse fĂ©minine et le fĂ©minisme rĂ©formiste qui ne remet pas en cause la sociĂ©tĂ© bourgeoise. Mais le MLF attaque Ă©galement les syndicats et partis d’extrĂȘme-gauche qui ne remettent pas en cause le patriarcat.

La lutte pour l’avortement devient centrale. Un manifeste regroupe 343 femmes cĂ©lĂšbres et anonymes qui affirment avoir avortĂ© est publiĂ© dans Le Nouvel Observateur. Ce texte est renommĂ© ironiquement le « manifeste des 343 salopes Â» par le journal Charlie Hebdo. Le 20 novembre 1971, une manifestation impulse une dynamique festive Ă  cette lutte. Le Mouvement pour la libertĂ© de l’avortement et de la contraception (MLAC) regroupe des militants gauchistes et des femmes directement confrontĂ©es aux problĂšmes liĂ©s Ă  l’avortement. Ce mouvement impose une pression politique qui oblige Simone Veil Ă  lĂ©galiser l’avortement en 1975.

Le corps reste au cƓur des pratiques et des revendications. Les femmes tentent de mieux connaĂźtre et explorer leur corps. Cette rĂ©appropriation des savoirs et des pratiques se diffuse, notamment avec la brochure Notre corps, nous-mĂȘmes publiĂ©e en 1977. Mieux connaĂźtre son corps doit Ă©galement permettre de combattre le viol et les violences sexuelles. Le viol est considĂ©rĂ© comme une expression de la domination masculine. MĂȘme si la pĂ©nalisation et le recours Ă  la rĂ©pression par la justice bourgeoise font dĂ©bat parmi les fĂ©ministes.

Le fĂ©minisme se nourrit d’un renouveau du mouvement homosexuel. Au sein du Front homosexuel d’action rĂ©volutionnaire (FHAR) se dĂ©veloppent les Gazolines, des travestis qui pratiquent l’humour et la dĂ©rision. Les Gouines rouges vont se dĂ©marquer du mouvement fĂ©ministe pour se centrer sur les problĂšmes subis par les lesbiennes.

 

      

 

Bouillonnement et institutionnalisation du féminisme

 

Une nĂ©buleuse se dĂ©veloppe aprĂšs 1975. Des comitĂ©s de quartier donnent un ancrage populaire au mouvement. Des « fĂ©ministes lutte de classes Â» s’impliquent dans ces comitĂ©s. Elles militent Ă©galement dans des partis d’extrĂȘme-gauche. D’autres fĂ©ministes insistent au contraire sur l’autonomie du mouvement par rapport aux partis politiques. Cependant, les militantes fĂ©ministes contribuent Ă  faire Ă©voluer les organisations d’extrĂȘme-gauche et leur modĂšle hiĂ©rarchisĂ© Ă  travers leur critique des rapports de pouvoir.

La Ligue communiste rĂ©volutionnaire (LCR) et le Parti socialiste unifiĂ© (PSU) intĂšgrent les revendications fĂ©ministes. En revanche, le Parti communiste reste hostile Ă  un combat accusĂ© de diviser la classe ouvriĂšre. Les directions syndicales restent Ă©galement hostiles aux revendications fĂ©ministes. En revanche, les ouvriĂšres en grĂšve dĂ©veloppent des pratiques d’auto-organisation et peuvent Ă©galement porter des revendications fĂ©ministes.

La lutte se prolonge Ă  travers une culture fĂ©ministe. Les librairies, cafĂ©s et Maisons de femmes se multiplient. L’échange d’idĂ©es doit permettre de forger la conscience fĂ©ministe. La vente de journaux, de livres, l’organisation de dĂ©bats et la projection de films deviennent aussi des moments de sociabilitĂ©. La cinĂ©aste Carole Roussopoulos relaye les diverses luttes des femmes Ă  travers ses films.

La rĂ©alisatrice AgnĂšs Varda intĂšgre une dimension fĂ©ministe dans son cinĂ©ma. MĂȘme la presse traditionnelle, comme le magazine Marie-Claire, se proclame fĂ©ministe. Ce qui fait Ă©galement pointer le risque d’une rĂ©cupĂ©ration Ă©dulcorĂ©e de la lutte des femmes. L’aventure du MLF s’achĂšve dans des divisions internes et avec le risque de la rĂ©cupĂ©ration politique.

En 1981, l’arrivĂ©e de la gauche au pouvoir permet l’institutionnalisation du fĂ©minisme. En dehors du remboursement de l’IVG, aboutissement d’un long combat, Yvette Roudy ne propose que des mesures symboliques. Surtout, elle subventionne les associations et redonne un souffle au fĂ©minisme rĂ©formiste. La gauche valorise le fĂ©minisme bourgeois de l’égalitĂ© des chances. Les fĂ©ministes lutte des classes observent que la paritĂ© ne profite qu’aux politiciennes bourgeoises, mais pas Ă  l’ensemble des femmes. Ensuite, l’institution universitaire et les Ă©tudes de genre permettent une consĂ©cration acadĂ©mique et des dĂ©bouchĂ©s professionnels bien loin de la rĂ©volte fĂ©ministe.

 

      

 

Renouveau du féminisme

 

Un renouveau thĂ©orique s’observe avec un fĂ©minisme postmoderne. La thĂ©orie queer, inspirĂ©e par Michel Foucault, insiste sur la construction du genre Ă  travers le langage et la symbolique. Un fĂ©minisme dĂ©colonial et intersectionnel se dĂ©veloppe Ă©galement. La « question du voile Â» divise le mouvement fĂ©ministe. Certaines rejoignent le racisme anti-musulman tandis que d’autres minimisent la dimension rĂ©actionnaire et patriarcale de la religion. Un fĂ©minisme musulman dĂ©fend une rĂ©forme de l’islam vers plus d’égalitĂ© entre hommes et femmes.

La prostitution reste l’autre grand dĂ©bat qui traverse le fĂ©minisme au XXIe siĂšcle. Les luttes des prostituĂ©es se dĂ©veloppent, notamment Ă  Lyon en 1975. Mais le terme de prostitution masque des conditions trĂšs diffĂ©rentes. Gayle Rubin estime que le fĂ©minisme abolitionniste, qui veut rĂ©primer les prostituĂ©es, reste moraliste et antisexe. Les abolitionnistes insistent sur la marchandisation du sexe et sur les rĂ©seaux de traite des femmes. Au contraire, un fĂ©minisme pro-sexe propose une pornographie fĂ©ministe et valorise la rĂ©appropriation du corps. Ces nouvelles reprĂ©sentations pornographiques refusent de rĂ©duire les femmes Ă  la passivitĂ© sexuelle.

Un nouveau fĂ©minisme s’appuie sur les rĂ©seaux sociaux. Les Femen ou La Barbe privilĂ©gient les actions spectaculaires et mĂ©diatiques. Un fĂ©minisme des racisĂ©es prĂ©tend reprĂ©senter les femmes des quartiers populaires et de l’immigration. Ni Putes Ni Soumises est crĂ©Ă© en 2003. Houria Bouteldja, figure des IndigĂšnes de la RĂ©publique, entend Ă©galement incarner un fĂ©minisme antiraciste. Mais la dimension identitaire prime sur la solidaritĂ© entre femmes. Des afro-fĂ©ministes se rĂ©fĂšrent Ă  des figures comme Audre Lorde ou Angela Davis. Pourtant, loin d’un appel Ă  la lutte, elles privilĂ©gient les universitĂ©s dĂ©coloniales. Le fĂ©minisme intersectionnel est accusĂ© de valoriser une lecture raciale de la sociĂ©tĂ© qui efface les clivages de classe.

Le moment #MeToo permet une libération de la parole, à travers les réseaux sociaux, sur les violences faites aux femmes. Un nouveau bouillonnement féministe se développe avec des médias en ligne, des podcasts, des comptes Tumblr ou Instagram. La question des violences sexuelles devient centrale, liée à celle de la réappropriation du corps et du plaisir féminin.

Des manifestantes et des manifestants dĂ©filent pour dĂ©fendre le droit Ă  l’IVG, dans les rues de Paris, le 2 juillet 2022.

Histoire et actualité des féminismes

 

Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel proposent un livre sur rĂ©fĂ©rence sur l’histoire des fĂ©minismes en France. Ces historiennes sont dĂ©jĂ  bien connues pour leurs recherches sur le sujet. Elles montrent l’importance des luttes fĂ©ministes et les replacent dans leur contexte historique. Elles Ă©voquent les journaux, les revendications, les luttes et surtout les dĂ©bats qui traversent le mouvement fĂ©ministe.

Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel prennent le meilleur de l’intersectionnalitĂ© qui croise les diffĂ©rentes oppressions. Les fĂ©ministes Ă©ludent les revendications sociales et les luttes anticoloniales. Inversement, le mouvement ouvrier relĂšgue la revendication d’égalitĂ© entre hommes et femmes au second plan. Les relations des fĂ©ministes avec les partis de gauche, mais surtout avec les luttes ouvriĂšres et anticoloniales sont bien Ă©voquĂ©es.

Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel attaquent l’image d’un mouvement fĂ©ministe considĂ©rĂ© comme un bloc monolithique. Le fĂ©minisme n’est pas une idĂ©ologie figĂ©e et cloisonnĂ©e. Ce mouvement reste traversĂ© par diffĂ©rents courants qui proposent des sensibilitĂ©s diffĂ©rentes. MĂȘme si le fĂ©minisme repose sur le socle de l’égalitĂ©.

Cependant, le clivage de classe reste central. Un fĂ©minisme bourgeois dĂ©fend l’égalitĂ© des chances. Ce courant est portĂ© par des intellectuelles qui veulent accĂ©der au mĂȘme statut social et politique que les hommes. En revanche, ce fĂ©minisme abandonne les femmes issues de la classe ouvriĂšre. Le lien entre genre et classe semble dĂ©terminant pour remettre en cause le patriarcat. Ce fĂ©minisme anticapitaliste aspire Ă  une Ă©galitĂ© entre hommes et femmes quelles que soient leurs origines sociales. 

Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel Ă©voquent les dĂ©bats Ă  la mode dans les milieux mĂ©diatiques et universitaires, comme le voile ou la prostitution. Mais elles n’écornent pas le morcellement postmoderne. La contestation des annĂ©es 1968 libĂšre un bouillonnement contestataire avec diverses luttes autonomes. Ce mouvement sort de la centralisation pour permettre la multiplication de collectifs et de luttes.

Cependant, cette approche dĂ©laisse progressivement la perspective rĂ©volutionnaire pour se contenter d’additionner les petits ghettos. Les luttes spĂ©cifiques contre diverses oppressions ne doivent pas ĂȘtre gommĂ©es. Mais elles doivent aussi se relier entre elles, non pas Ă  travers une convergence des luttes qui juxtapose des collectifs, mais dans une dĂ©marche de rĂ©volte globale contre toutes les formes de hiĂ©rarchies et d’exploitation.

 

Source : Bibia Pavard, Florence Rochefort, Michelle Zancarini-Fournel, Ne nous libĂ©rez pas, on s’en charge. Une histoire des fĂ©minismes de 1789 Ă  nos jours, La DĂ©couverte, 2020

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Pour aller plus loin :

VidĂ©o : Ne nous libĂ©rez pas, on s’en charge. Une histoire des fĂ©minismes de 1789 Ă  nos jours, diffusĂ©e sur le site Les Rendez-vous de l’histoire le 11 octobre 2020

VidĂ©o : Mois du genre – “ContinuitĂ©s et discontinuitĂ©s dans l’histoire des fĂ©minismes”, confĂ©rence mise en ligne sur le site de l’UniversitĂ© d’Angers le 23 mars 2022

VidĂ©o : Bibia Pavard, Parcours de combattantes: faire l’histoire des fĂ©minismes, confĂ©rence mise en ligne le 11 aoĂ»t 2021

VidĂ©o : S’inspirer, respirer FĂ©minisme : la nouvelle vague mondiale emportera-t-elle l’ordre patriarcal ?, confĂ©rence mise en ligne sur le site de la Fondation Pernod Ricard le 12 mai 2022

Vidéo : Christiane Taubira & Bibia Pavard, débat mis en ligne par la revue La Déferlante le 2 décembre 2021

VidĂ©o : Ne nous libĂ©rez pas, on s’en charge, dĂ©bat mis en ligne par la BibliothĂšque de Paris le 9 fĂ©vrier 2021

Radio : FĂ©minismes, une histoire en mouvement, Ă©mission diffusĂ©e sur France Culture le 27 janvier 2022

Radio : Sophie Peroy Gay, Histoire des féminismes, avec Florence Rochefort, émission diffusée sur Radio Parleur le 27 mars 2021

Radio : 147. Écrire l’histoire des fĂ©minismes, avec Bibia Pavard, Ă©mission diffusĂ©e sur le site Paroles d’histoire le 3 septembre 2020

Radio : Ne nous libĂ©rez pas, on s’en charge, Ă©mission Les Oreilles loin du Front diffusĂ©e le 5 novembre 2020

Radio : Lucie Bouteloup, «Ne nous libĂ©rez pas, on s’en charge», Ă©mission diffusĂ©e sur RFI le 15 novembre 2020

Radio : Les luttes des femmes des annĂ©es 1968 – Christine Delphy, Ă©mission diffusĂ©e sur le site Sortir du capitalisme

Bibia Pavard, Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel, Faire l’histoire sociale des fĂ©minismes pour contribuer Ă  l’insurrection fĂ©ministe, publiĂ© sur le site de la revue Contretemps le 5 janvier 2021

Johanna Lenne-Cornuez, La force des féminismes, publiée dans la revue en ligne La Vie des Idées le 7 décembre 2020

Ariane Temkine, Les femmes en mouvements, publiée dans la revue en ligne En attendant Nadeau le 1er octobre 2020

Ingrid Hayes, Note de lecture publiĂ©e dans la revue Le Mouvement social le 26 novembre 2021

Marie LĂ©cuyer, Note de lecture publiĂ©e sur le site Liens Socio le 6 janvier 2021

Dominique Martinez, Note de lecture publiĂ©e sur le site de la revue de la Nouvelle vie ouvriĂšre le 22 mai 2021

Note de lecture publiĂ©e sur le site MĂ©dias Citoyens Diois le 29 aoĂ»t 2020

ChloĂ© Hubert, Note de lecture publiĂ©e sur le site Toute La Culture le 28 aoĂ»t 2020

Le fĂ©minisme Ă  travers ses mouvements et combats dans l’Histoire, publiĂ©e sur le site d’Oxfam le 3 septembre 2021




Source: Zones-subversives.com