Il y a encore quelques dĂ©cennies, dans les centres industriels les plus pauvres, il Ă©tait courant que les familles ouvriĂšres cultivent des lopins de terre, Ă  la pĂ©riphĂ©rie des villes et aussi dans les espaces vacants Ă  l’intĂ©rieur des villes, lopins qui assuraient un complĂ©ment Ă  leur alimentation. Ces jardins contribuĂšrent Ă  l’aggravation de l’exploitation parce qu’une partie de la reproduction de la force de travail, qui devait relever de la responsabilitĂ© des employeurs, restait Ă  la charge des travailleurs ; cette situation exerçait une pression Ă  la baisse sur les salaires en les maintenant Ă  un niveau infĂ©rieur aux nĂ©cessitĂ©s de base. Les travailleurs contribuaient ainsi Ă  augmenter la plus-value absolue.

MaĂźtre accompli dans l’art d’obliger le peuple Ă  se serrer la ceinture, le dictateur Salazar encouragea la crĂ©ation de jardins urbains au Portugal. En effet, pour lui, ils reprĂ©sentaient Ă©videmment l’un des engrenages de l’exploitation mais ils avaient aussi l’avantage de nourrir ce lyrisme rural qu’il chĂ©rissait tant.

NĂ©anmoins, suite au dĂ©veloppement du capitalisme et aux pressions de la plus-value relative, au Portugal comme dans les autres pays industrialisĂ©s, les jardins sont aujourd’hui enterrĂ©s sous les fondations des nouveaux Ă©difices.

Au cours des derniĂšres annĂ©es, les jardins urbains ont refait surface et semblent ĂȘtre l’ornement indispensable de la prĂ©tendue «gauche» ; ils n’ont plus une fonction alimentaire mais strictement idĂ©ologique, dans un double sens.
D’une part, dans les centres-villes oĂč ils sont plantĂ©s, parfois mĂȘme au cours de manifestations Ă©phĂ©mĂšres, au milieu des places publiques, les jardins sont prĂ©sentĂ©s comme un manifeste anti-urbain, une dĂ©claration d’hostilitĂ© envers les villes et la sociĂ©tĂ© industrielle. D’autre part, les jardins accomplissent une fonction rituelle, magique ou religieuse ; ils sont une hiĂ©rophanie (une manifestation du sacrĂ©) pour ce mysticisme de la nature dans lequel l’écologie se convertit si facilement. Dans ce double sens, les jardins urbains ne symbolisent nullement une pĂ©nĂ©tration de la sociĂ©tĂ© rurale au sein de la sociĂ©tĂ© urbaine, mais, paradoxalement, la façon dont la civilisation urbaine considĂšre le monde rural.

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Article publié le 25 Sep 2020 sur Lesenrages-antifa.fr