Octobre 10, 2021
Par Le Monde Libertaire
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Durant 10 jours, l’ensemble des 130 agent·es de nettoyage, en trĂšs grande majoritĂ© des femmes, de Sorbonne-UniversitĂ©, ont Ă©tĂ© en grĂšve illimitĂ©e sur le campus de Jussieu Ă  partir du 14 septembre. Elles dĂ©nonçaient des conditions de travail et de rĂ©munĂ©ration insupportables.

Comme Ă  l’hĂŽtel Ibis-Batignolles, oĂč la lutte des femmes de chambre avait durĂ© 22 mois, ce conflit avec le sous-traitant Arc-En-Ciel Nettoyage semblait s’ancrer dans la durĂ©e. Elles installaient un piquet de grĂšve, tĂŽt le matin, un rassemblement s’organisait avec les Ă©tudiant·es, les personnels universitaires et la population du quartier afin d’ĂȘtre visibles et de gagner du soutien.

En fĂ©vrier 2021, l’entreprise Arc-en-ciel, cumulant plus de 23 millions de chiffre d’affaires en 2019, a repris le marchĂ© Ă  la sociĂ©tĂ© Labrenne. Et depuis, les irrĂ©gularitĂ©s et les problĂšmes s’accumulent : effectif diminuĂ© de 30 personnels, le ramenant de 160 Ă  130, changements d’horaires, des cadences infernales comme l’entretien de cinq Ă©tages en trois heures ou de 170 WC en une matinĂ©e, heures supplĂ©mentaires non payĂ©es, et non majorĂ©es, heures normales non payĂ©es, agent·es travaillant sans contrat, envois vers d’autres sites via la clause de mobilitĂ©, manipulation sans protection de produits toxiques.

Levez-vous les femmes ! C’est vous qui nettoyez la France !

Depuis le dĂ©but du mouvement, uni.es et Ă  100 % en grĂšve, les agent·es ont obtenu le dĂ©part d’un chef jugĂ© maltraitant et raciste. Mais la direction d’Arc-en-ciel faisait la sourde oreille Ă  l’ensemble des autres revendications. Plusieurs syndicats soutenaient le mouvement : CGT, Sud, FO, FSU, UNSA
 mais aussi des syndicats estudiantins et enseignants comme l’UNEF et le Syndicat national des travailleurs de la recherche scientifique CGT (SNTRS). En attendant, une pĂ©tition et une cagnotte Ă©taient en ligne pour soutenir les grĂ©vistes dans la durĂ©e. Elles ont aussi reçu le soutien des femmes de chambre de l’Ibis Batignolles. Rachel Keke, militante emblĂ©matique de cette lutte, a lancĂ© au micro : « On a traversĂ© les mĂȘmes choses que vous, pendant 22 mois. Le but de notre victoire, c’est que vous preniez exemple. Si nous pouvons y arriver, pourquoi pas vous ? » « Levez-vous les femmes ! C’est vous qui nettoyez la France ! ».

Ce vendredi 24 septembre, les 130 grĂ©vistes ont pu reprendre le travail la tĂȘte haute. Elles ont obtenu en particulier : l’arrĂȘt des changements de postes et le maintien des horaires de travail actuels, le paiement des heures complĂ©mentaires soit le rĂšglement de plus de 1 000 heures complĂ©mentaires qui n’avaient Ă©tĂ© ni payĂ©es ni majorĂ©es, et la rĂ©gularisation des contrats en application du droit du travail, le paiement de la moitiĂ© des jours de grĂšve. De plus, la clause de mobilitĂ© a Ă©tĂ© suspendue : les mutations en dehors du site de Jussieu ne pourront se faire qu’avec l’accord de l’agent·e. Bien sĂ»r, des revendications restent en suspens comme le rythme et la charge de travail qui n’ont pu ĂȘtre nĂ©gociĂ©s encore. Toutefois la fin de la sous-traitance par l’embauche directe des employĂ©s par l’universitĂ© n’a pas Ă©tĂ© acceptĂ©e, par Arc-en-ciel Nettoyage.

Personnel de mĂ©nage en grĂšve, fini l’esclavage !

Cette grĂšve nous montre Ă  quoi sert la mise en concurrence dans les marchĂ©s publics. Au grĂ© des changements de prestataires, les agents de nettoyage restent les mĂȘmes, certains y travaillent depuis de nombreuses annĂ©es, 20 ou 25 ans. Ils et elles sont vendu·es d’une boite de sous-traitance Ă  une autre. La seule fonction des entreprises sous-traitantes, dont la mise en concurrence favorise toujours le moins-disant, n’est pas d’amĂ©liorer la qualitĂ© du service rendu mais de rĂ©duire les coĂ»ts pour le compte du donneur d’ordres, ici l’universitĂ©, en pressant les salarié·es au maximum, au besoin par des mĂ©thodes illĂ©gales. Au passage, la sous-traitance crĂ©e des angles morts en dĂ©responsabilisant l’universitĂ© vis-Ă -vis des conditions de travail de certaines catĂ©gories de personnes qui travaillent pourtant sur ses campus.

Mais Ă  l’heure oĂč les luttes se font rares, oĂč les grĂšves se terminent dans l’épuisement, il est remarquable que des secteurs de personnels particuliĂšrement exploité·es, mal payé·es, discriminé·es, mĂ©prisé·es, se mobilisent et se mettent en grĂšve, et certains mouvements trouvent mĂȘme une issue favorable. Ce fut le cas des femmes de chambre de l’Ibis Batignolles qui, aprĂšs prĂšs de deux ans de lutte, ont gagnĂ© et retrouvĂ© toute leur dignitĂ©. C’est au tour des personnels de nettoyage du campus Jussieu d’en faire l’expĂ©rience.

La lutte paie !

HĂ©lĂšne Hernandez
Groupe Pierre Besnard




Source: Monde-libertaire.fr