• « Ceux qui espèrent obscurcir notre combat en insistant sur les différences ethniques aident au maintien de l’exploitation des masses, c’est-à-dire des Blancs pauvres, des Noirs pauvres, des Hispaniques, Indiens, Chinois et Japonais pauvres, bref de l’ensemble des travailleurs (…). Nous ne combattrons pas l’exploitation capitaliste par un capitalisme noir. Nous combattrons le capitalisme par le socialisme. » (Bobby Seale, Seize the time. The story of the Black Panther Party and Huey P. Newton)

Il faut dénoncer l’escroquerie anti-prolétarienne de la “Semaine Anticoloniale et Antiraciste, du 5 au 21 mars 2016”. Ils ont tous signé ! Crapules sous-fascistes du PIR, antisémites du BDS, gestionnaires syndicaux de la force de travail CGT, réformistes braillards du NPA et leur rejeton CCR, fervents admirateurs de “soleils de l’humanité” stalino / maoïstes du PCOF et anarchistes en carton AL, CNT, tous ont signé la charte de la semaine anti coloniale, et appellent à descendre dans la rue le 19 Mars 2016 à Barbès.

Pourtant derrière une façade de revendications à vocation émancipatrices, se cachent de véritables pièges qui ont démontré dans le sang leur caractère foncièrement anti prolétarien.

L’introduction du texte montre des faiblesses qui ne justifient pas les capitulations épouvantables qui suivront par la suite, mais l’expliquent partiellement. Regardons de plus près :

1/ “Les guerres menées par la France comme par les autres puissances impérialistes sont des guerres de pillage et d’ingérence pour le contrôle des ressources. Ces guerres sèment le désastre. Elles tuent des civils, et font des dizaines de milliers de morts, des millions de blessés et de déplacé, provoquent des viols et des mutilations de milliers de femmes réduites à l’esclavage.

Elles créent la misère la bas et entretiennent un climat de peur et de militarisation ici. Ces guerres s’ajoutent aux autres moyens utilisés contre les peuples (dette, occupations, accaparement des terres …) pour renforcer partout la domination coloniale et néocoloniale (Françafrique, Moyen Orient, Palestine, colonies françaises…)

Réponse : Voila qui commence mal. Cette définition de l’impérialisme inspirée d’un Lénine vieillissant dans une URSS désespérément à la recherche de débouchés commerciaux, nous présente un monde coupé en deux, avec d’un côté de vieilles bourgeoisies séniles occupées à piller de jeunes nations porteuses d’un capitalisme sain et juvénile. Rien n’est plus faux. Dans des textes comme l’Accumulation du capital (1913) et la Brochure de Junius (1915), Rosa Luxembourg montre que l’impérialisme n’est pas simplement une forme de pillage commis par les pays développés au dépens des nations arriérées mais qu’il est l’expression de l’ensemble des rapports capitalistes mondiaux :

La politique impérialiste n’est pas l’essence d’un pays ou d’un groupe de pays. Elle est le produit de l’évolution mondiale du capitalisme à un moment donné de sa maturation. C’est un phénomène international, un tout inséparable qu’on ne peut comprendre que dans ses rapports réciproques et auquel aucun État ne saurait se soustraire” (Brochure de Junius – Rosa Luxembourg).

Il n’y a pas lieu ici de développer les théories de ces deux géants du mouvement ouvrier, mais de constater que les impérialismes Turc, Chinois, Iranien, etc, existent bel et bien, ce qui incontestablement valide la théorie de Rosa Luxembourg. Prenons pour exemple le cas de l’Iran, si cher à Houria Boutelja “racialiste” devant l’éternel, et qui n’a de cesse de dénoncer l’occupation de la Palestine. Ce pays sorti victorieux d’une lutte de libération nationale, exploite non seulement son propre prolétariat d’une façon aussi éhontée que n’importe quelle dictature sud américaine à la solde d’un impérialisme, envoie des soldats combattre en Syrie et en Irak, créé des milices au Liban et au Yémen et opprime avec férocité une partie du Kurdistan. En témoigne ce rapport pour “l’Association pour les Droits Humains au Kurdistan d’Iran-Genève”, (a) qui explique :

“Alors que le Kurdistan iranien est, en terme de richesses naturelles (pétrole, agriculture ressources minérales), avec l’Ahwaz (territoire de la minorité arabe) l’une des régions les plus riches d’Iran, un rapport publié en avril 2006 par l’ONU montre, chiffres à l’appui, que cette zone est l’une des plus discriminées et des appauvries du territoire. (…)

Parallèlement au pillage économique, le régime iranien pratique, depuis son arrivée au pouvoir en 1979, une politique de « dékurdistanisation, à savoir :

Les jeunes Kurdes sont amenés à quitter le Kurdistan avec leur famille car ils n’y trouvent pas de travail. Le régime n’investit pas au Kurdistan et toutes les richesses minérales et pétrolières extraites au Kurdistan sont traitées dans les provinces Perses comme Shiraz, Abadan et Téhéran.

Depuis la déclaration de « la guerre sainte » par l’ayatollah Khomeini, chef islamiste de l’Iran en 1979, les Kurdes subissent une politique très sévère de répression, de discrimination et de nettoyage ethnique.

A la suite des bombardements des villes kurdes par l’armée Iranienne en 1979, 52.000 civils Kurdes ont été tués et plus d’un demi-million Kurdes ont quitté leurs villes et leurs villages.”

Contrairement à un Lénine qui voyait dans le capitalisme un système encore “progressiste” et même révolutionnaire dans les aires néo coloniales alors qu’il se décomposait en Occident, l’analyse de Rosa prenant pour base le développement du marché mondial, et non pas la vision d’un monde divisé en nations isolées, expliquait qu’il ne pouvait plus y avoir d’expansion réelle du marché mondial (la première guerre impérialiste mondiale l’a prouvé définitivement), mais seulement une redistribution violente des marchés existants. Dés lors, la seule possibilité pour une nation, petite ou grande, de se “défendre” est de s’allier à un impérialisme contre les attaques d’un autre impérialisme et d’avoir elle-même une attitude impérialiste vis-à-vis de nations plus faibles, et ainsi de suite. Toutes les nations sont impérialistes, et pourtant l’introduction du texte de la “semaine coloniale”, nous pousse déjà dans les bras de pseudos “libérateurs”, “anti impérialistes” et égorgeurs d’ouvriers, que sont Pol Pot, le Hamas et Khomeiny ! Retour à la charte :

2/ “Parce que nous nous opposons aux mesures d’exception, aux violences policières et au contrôle généralisé des populations qui ciblent en priorité les personnes musulmanes ou supposées telles, les quartiers populaires et les mouvements sociaux.

Réponse : L’exemple du Kurdistan iranien que je viens de donner, et qui reste dans une analyse globale de l’impérialisme à l’échelle mondiale, prouve le contraire. C’est une classe, la bourgeoisie, qui oppresse, et ses dirigeants peuvent être musulmans, chrétiens ou autres.. N’en déplaisent aux cliques des indigènes de la République et autres gangsters affiliés, la race et la religion n’ont jamais déterminé la classe.

Mais tout ceci n’est qu’un vulgaire tour de passe passe. Pour vendre leur camelote islamiste, nos “anti-racistes” ont délaissé en cours de route, et sans prévenir quiconque, cette analyse de l’impérialisme à l’échelle mondiale qui servait de base à l’introduction de leur texte, pour mieux se retirer sur leurs frontières nationales, et ainsi expliquer que les seules victimes de l’impérialisme sur cette foutue planète, seraient musulmanes !

Cette pratique qui vise aussi à tirer un trait d’égalité entre la situation des masses musulmanes sous férule néo-coloniales et la vie d’un-e immigré-e en banlieue parisienne (NDLR : pas tou-te-s musulman-e-s du reste), relève au mieux de la plaisanterie. A écouter ces imbéciles, il semble que le SMIC et autres prestations sociales APL, etc, ne soient à disposition que de la France “blanche”, et que l’état bourgeois organise régulièrement les fameuses et épouvantables “ratonnades” de sinistre mémoire.

Faut il rappeler ce que fut le “Code de l’indigénat”, imposé par la France en 1887 à l’ensemble de ses colonies ? Il distinguait les « citoyens français » (de souche métropolitaine) et les « sujets français » (les colonisés). Les sujets français étaient privés de leur liberté (de circulation, de résidence, de travail…) et de leurs droits politiques, seul leur statut personnel (relevant de la religion ou des coutumes) était conservé.

On constate de suite l’utilité que revêt aux yeux de la bourgeoisie la prose imbécile des bavards racialistes. Au lieu d’organiser la classe ouvrière sur une plate-forme commune de lutte contre le capitalisme, ils ne font que dresser les uns contre les autres les plus pauvres d’entre nous, au nom de leur couleur de peau. Finie la lutte des classes, et place à la lutte des « races », ou les patrons, militaires, juges et flics colorés, seront toujours plus présentables qu’un Juif SDF, forcément assimilé à Israël.

Personne ne nie que les prolétaires d’origine immigrée subissent des discriminations de toutes sortes, à l’embauche, au logement, et qu’ils sont couramment victimes de violences policières. Mais affirmer que ce particularisme n’est qu’une forme de continuation du système colonial, qu’il faut supprimer par un combat « décolonial » n’ aucun sens. Durant les 50 ans qui nous séparent des derniers accès à l’indépendance des anciennes colonies, les capitalistes ont opéré un écrasement des salaires (directs et indirects) à l’échelle mondiale. Les travailleurs ex-colonisés ont représenté une main d’œuvre peu formée et bon marché. Leur émigration en France a donc eu lieu dans le cadre général d’un rapport salarial défavorable au prolétariat, ce qui a permis au patronat de maintenir la situation de ces exploités, de leurs familles, dans le cœur du processus de dégradation généralisée des conditions de vie. Substituer à cette analyse celle du « racisme d’Etat », c’est occulter la responsabilité des capitalistes en déplaçant le problème sur le terrain inoffensif de la morale.

Pour clore ce chapitre, j’ajouterai que près de 200 millions de chrétiens sont victimes d’intimidations, de discriminations, de violences à travers le monde, et je ne parle pas des oppressions subies par les bouddhistes ou autres athées. Limiter l’oppression impérialiste au monde musulman est un mensonge. Touchons maintenant du bout du doigt le sommet de la farce anti-raciste :

3/ “soutenir le droit à l’autodétermination des peuples en apportant notre solidarité aux forces de résistance et d’émancipation.

Réponse : Pour dénoncer ce subterfuge interclassiste, il est bon de faire un saut dans le temps. Alors que l’impérialisme et la domination du capital financier s’imposaient au monde en ce début du XX ème siècle et que la première guerre mondiale signifiant le repartage des colonies entre les puissances coloniales, achevait la mue d’une bourgeoise auparavant révolutionnaire en une classe parasitaire, définitivement réactionnaire, s’est posée la question au sein du mouvement ouvrier de savoir à quoi ressemblerait les révolutions dans les aires soumises aux puissances impérialistes.

Posons le problème tel qu’il se présentait : Si dans les pays Occidentaux, la bourgeoisie révolutionnaire de 1789 avait ouvert la voie aux réformes bourgeoises – terres aux paysans, droits démocratiques, séparation de l’église et de l’état, il n’en était pas de même dans les pays sous domination impérialiste, ou ces droits restaient à acquérir.

Trotsky, et contrairement aux misérables gauchistes qui se réclament frauduleusement de son nom, hier encore à la ramasse de Pol Pot et de Khomeiny et aujourd’hui aux basques du Hezbollah ou du Hamas, expliquait que les bourgeoisies nationales des pays économiquement arriérés, bien qu’elles détestent la domination impérialiste qui leur enlève le droit à prélever toute la plus value produite à l’échelle de la nation, redoutent par dessus tout d’entraîner le prolétariat dans une révolution contre ce même impérialisme. Armer et engager le prolétariat dans la lutte, c’est pour le bourgeois nationaliste et anti impérialiste, prendre le risque de le voir dans un même élan s’emparer du pouvoir et exproprier toute les fractions bourgeoises, impérialistes ou non, y compris la sienne.

Ce pronostic validé par les événements de 1905 ou les soviets ouvriers s’étaient vus écrasés par une bourgeoisie russe terrorisée, avait amené Trotsky a formuler sa célèbre théorie de la “Révolution permanente”, que l’on peut résumer ainsi :

Dans les sphères néo coloniales, c’est au prolétariat sur un programme de classe, de prendre la direction de la révolution en entraînant derrière lui les masses opprimées, CONTRE l’impérialisme, et CONTRE la bourgeoisie nationaliste. C’est à ce même prolétariat que reviendra la tâche de distribuer la terre aux paysans, de séparer l’église de l’état et d’accorder les droits démocratiques aux masses, PUISQUE LA BOURGEOISIE EN EST INCAPABLE. Mais dans le même temps, la classe ouvrière, conformément à ses intérêts de classe, expropriera la bourgeoisie et se chargera d’étendre la révolution prolétarienne hors de ses frontières.

Nous sommes très loin du baratin de nos invalides politiques de la “Semaine Anticoloniale et Antiraciste” et autres sbires capitulards du NPA qui cherchent – sans rire – des vertus révolutionnaires

dans la Charia programmée du Hamas, et imaginent le plus sérieusement du monde, qu’une fraction bourgeoise aurait le don de se montrer “progressiste” en 2016 !

Ces bateleurs de foire qui font de la “théorie”, sans se préoccuper des gifles que la réalité leur envoie dans la gueule, n’ont tiré aucune leçon de la faillite Iranienne, ou ils appelaient de façon criminelle, un prolétariat qui avait envahi la scène politique et menaçait toute forme de domination bourgeoise, à se ranger sous les ordres des cliques islamo/capitalistes. Le résultat d’une telle trahison ne s’est pas fait attendre : Bain de sang ouvrier, et mise à mort des militants révolutionnaires, exécutés par les mal-nommés “gardien de la révolution”. La vie des prolétaires, elle, n’a pas changé depuis : exploitation épouvantable, pendaison des femmes et homosexuels, révolution agraire de pacotille.

Ne nous y trompons pas, “soutenir le droit à l’autodétermination des peuples en apportant notre solidarité aux forces de résistance et d’émancipation”, c’est voler au secours de fraction bourgeoisies qui se prétendent elles même “progressistes”, alors que le capitalisme en décadence ne tolère plus ce genre de plaisanterie depuis bien longtemps. Il n’y a dans ce mot d’ordre aucune revendication prolétarienne de prise de pouvoir sur une ligne de classe, mais une bouillie qui justifie de se traîner à la remorque du Hamas ou de Khomeiny, avant que ces derniers, une fois au pouvoir, écrasent le mouvement ouvrier.

Revenons à notre sujet. La différence de conception de la révolution dans les zones sous domination impérialiste entre Lénine et Trotsky consistait dans l’opposition entre le mot d’ordre de la dictature du prolétariat qui s’appuie sur la paysannerie – Trotsky – et celui de la ” dictature démocratique du prolétariat et de la paysannerie ” soutenu par Lénine. La discussion ne portait pas sur la possibilité de sauter par-dessus le stade bourgeois démocratique ou sur la nécessité de l’union des ouvriers et des paysans pour prendre le pouvoir – encore moins sur l’existence d’une fraction bourgeoise “révolutionnaire”, lol – mais sur le mécanisme politique de la collaboration du prolétariat et de la paysannerie dans la révolution démocratique.

Sur cette question, Lénine rejoindra l’opinion de Trotsky en Avril 17, soit 6 mois avant la révolution qui verra le prolétariat prendre le pouvoir en URSS. Fin de l’histoire. Que les bolcheviks aient échoué par la suite, et se soient transformés en oppresseurs du prolétariat, tout en capitulant dans le même temps au sujet des LLN, ne change rien aux leçons à tirer d’Octobre 17, et à la lutte que nous devons mener pour préserver la nécessaire indépendance POLITIQUE de la classe ouvrière vis à vis de toutes les formations bourgeoises et leurs fameux “libérateurs”, icônes de “l’extrême gauche”, quand elle part à l’assaut du pouvoir..

En vérité, la réfutation de la thèse de Trotsky fut l’œuvre de Staline, lui qui à l’image de nos “anti-racistes”, niait le rôle dirigeant du prolétariat dans les révolutions éclatant dans les zones coloniales, pour mieux faire l’apologie de forces bourgeoises dites “progressistes”. Il ne fallut guère de temps, pour que le prolétariat Chinois soit massacré à Canton par les troupes “alliées” de Tchang kaï chek, bombardé à l’occasion du titre de “bourgeois nationaliste révolutionnaire” par ce même Staline, comme l’est aujourd’hui Khaled Mechaal, le dirigeant du Hamas, par nos “Anticoloniaux et Antiracistes”.

Ce sont donc les “anti racistes” qui nous ressortent de la boite à contre-révolution, cette misérable théorie qui porte le nom de “révolution par étapes”, et que l’on peut résumer de la sorte :

  • 1 / Dans la lutte contre l’impérialisme, le prolétariat se met à la remorque d’une fraction bourgeoise nationaliste.
  • 2 / Une fois la victoire acquise, la classe ouvrière est exterminée par nos bourgeois-es, effrayé-e-s à l’idée d’une révolution ouvrière.

Notes

(a) http://www.kmmk-ge.org/?page_id=339