Mai 29, 2022
Par Le Monde Libertaire
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Les humeurs liquides coulent sans bruit. On y entend seulement, salement dit l’esthĂšte, le clapotis rĂ©gulier et obsĂ©dant de leur rythme binaire. Un son sans dĂ©finition prĂ©cise. Intraduisible et qu’on ne peut partager. Elles scandent une ambition dĂ©faite.
Parfois, le soleil, entre. Un rai aussi ñpre que doux. Et le temps qui passe, et celui qu’il fait, se noient dans cet intervalle.
Tout semble alors si vain et si vaniteux
 Douce chimùre de l’ambition. Émoi fragile comme une ombre incertaine. On ne s’y noie pas.
On Ă©coute l’hypnotique et rĂ©pĂ©titive lamentation des Ăąmes en fuites. On flotte entre deux parce qu’on est gras et qu’il ne faut pas. Tant d’interdits vous condamnent.
Le silence qu’elles interrogent n’a pas d’écho. La solitude n’a pas d’amis. Il est le regard Ă©perdu en quĂȘte de son horizon et sa demeure est un mirage, une ruine sans doute, celle de Troie, citĂ©e introuvable, un conte mis en demeure d’exister malgrĂ© les ronces et les Ă©boulis et quelques traces de pillages, de feu, de larmes et de sang, des vestiges en somme, ceux d’une vie sur lesquels l’on reconstruit encore et encore des temples et des enceintes fortifiĂ©es. Une culture des abandons aussi et autant de trahisons. Un fructueux commerce.
Didactique comme on pisse un vin aigre au naturel. Rousseau nous tord les boyaux. Le prĂ©sent a des allures d’éternitĂ© soumise aux lois du passĂ©.
Une mĂšre, un enfant, un soldat, deux ou trois silhouettes dissimulĂ©es dans les fumĂ©es des ruines qui sont un dĂ©cor misĂ©rable et terrifiant, les traversent sans mot dire. Quelques balbutiements, plus exactement. Et rien n’y fait. Tout est dĂ©fait.
Ceux qui tiennent le haut du pavĂ© flottent toujours, bafouant ce qui eut Ă©tĂ© la derniĂšre demeure de la dignitĂ©. Ils moquent notre stupeur. Sans refuge alors, sans larmes, privĂ©s de tout malgrĂ© le lamento des songes que l’on cĂąline mĂ©caniquement, nous allons, immobiles, dans ces interminables couloirs dĂ©serts.
Autant de labyrinthes Ă©reintants. Bouvard Ă©crit, PĂ©cuchet peint, ils nous font la morale croyant nous jeter une bouĂ©e de sauvetage qui a dĂ©jĂ  trop servi
 Ă  rien, jadis et naguĂšre. Ils se flattent d’ĂȘtre ce qui nous rĂ©pugnent. C’est un crime dont ils se disent innocents et plaident non coupables. A quoi bon, ils sont la loi du genre.
Les humeurs liquides sont ainsi. Dissolues quand nous les voudrions respectueuses. Édifiantes quand nous les aurions dĂ©sirĂ©es banales d’humanitĂ© et si proches dans la simplicitĂ© de l’ordinaire. De sorte que jamais le rĂ©servoir ne se remplit. Une fuite sans doute. Une lĂ©zarde invisible. Une citerne pour rien. A force, ce n’est rien qui vaille. Le peu qui reste engendre la nostalgie et ses regrets. Tout ça pour ça !
Ces larmes ne servent à rien. Et pourtant on ne manque pas d’injonctions. Fais-toi plaisir ! dis le pharisien en ouvrant son officine. Terre d’escrocs. De temples en temples, le temps de la profession et des processions ne dure pas. Encore heureux !
Il n’existe aucun refuge, ni la lecture, ni ses complications, ni ses Ă©lans ne masquent l’éternel retour, Ă  l’infini, du lamento qui n’en finit pas de se gaver des restes du festin des dieux. La digestion Ă  son terme salit leur couche.
Les illusions perdues ressemblent Ă  des chĂąteaux hantĂ©s, vides et venteux, nĂ©gligĂ©s des corbeaux eux-mĂȘmes. Pasolini l’a montrĂ©, ils bouffent les moineaux aprĂšs le prĂȘche de Toto, Saint François d’occasion. Saine occupation des croyants.
L’esthĂ©tisme n’est plus qu’un moyen de sĂ©lection, le parcoursup des mises en demeure d’aimer son tombeau. La sĂ©grĂ©gation a son visage.
Le désespoir ne fait plus recette.
Rien ne nous rassure.
Et comme Montaigne, nous observons nos selles avec un soin maniaque. L’hypocondrie est un moindre mal.
Je ne suis ni pour ni contre, bien au contraire, le plagiat est d’actualitĂ©. C’est du Klapisch, mon gars, autrement dit du vent qui siffle dans les tuyauteries de la modernitĂ©, rigolarde dans le texte. Car mĂȘme l’humour dĂ©gage une odeur d’eau souillĂ©e par la rouille. De toute façon, c’est ça ou la Javel.
C’est ainsi que nous n’en finissons pas de regarder un vieux Chaplin et Tati en mesurant le chemin effacĂ© par cette mauvaise habitude prise avec l’usage d’en rire.
Alice, ma chérie, viens à mon secours ! Un « non anniversaire » me ferait tant de bien !

Jean-Luc




Source: Monde-libertaire.fr