Octobre 28, 2021
Par Rennes Info
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Source : https://lundi.am/Les-fossoyeurs-ren…

Les fossoyeurs rennais en lutte contre la privatisation de leur service

Rencontre
paru dans lundimatin#310, le 26 octobre 2021

Appel Ă  dons

Nos amis de la revue rennaise Harz-Labour nous ont transmis cet entretien avec le représentant syndical Sylvain Blanchet, fossoyeur en grÚve. Il paraßtra dans leur prochain numéro mais la lutte et la solidarité nécessaire ne pouvant attendre, bonne lecture.

Bonjour Sylvain, merci d’avoir acceptĂ© de nous rĂ©pondre. Vous avez Ă©tĂ© pendant plus d’un mois en grĂšve, suite Ă  l’annonce du transfert de votre service au privĂ©. Tu peux nous raconter ?

Ils nous ont pris de court, en nous mettant au courant le 10 septembre de la suppression de notre service en mai 2022 et de son transfert au privĂ©, et c’est suite Ă  ça qu’on s’est mis en en grĂšve. On est sortis de la rĂ©union abasourdis, sans comprendre, et on a dĂ©cidĂ© dĂšs l’aprĂšs-midi de se mettre en grĂšve, Ă  cinq sur les sept membres de notre service.

Notre service est le premier Ă  ĂȘtre privatisĂ©, mais c’est Ă  prĂ©voir que d’autres le soient aprĂšs. Le service de fossoyage est dĂ©jĂ  privĂ© Ă  Nantes (il y avait d’ailleurs eu un mouvement de lutte des fossoyeurs contre ça Ă  l’époque), et ça ne marche pas si bien que ça 
 A Rennes, il est Ă  prĂ©voir qu’avec la privatisation et le transfert aux pompes funĂšbres, certaines opĂ©rations coĂ»tent quatre fois plus cher, voire plus. Une urne qui coĂ»tait 40 euros coĂ»tera entre 200 et 250 euros. En passant par les pompes funĂšbres un enterrement peut facilement atteindre les 10 000 euros. Et pour ce qui est de la gratuitĂ© du service pour les personnes au RSA, il ne sera plus effectuĂ© gratuitement par les services de la mairie, mais la mairie enrichira une entreprise privĂ©e avec l’argent des impĂŽts


Et j’imagine qu’il y aura aussi une perte de droits pour les salariĂ©s embauchĂ©s par le privĂ©, si on compare Ă  votre statut.

Oui, tout ce qui est liĂ© Ă  la reconnaissance de la pĂ©nibilitĂ© (parce qu’on creuse parfois encore Ă  la pelle et Ă  la pioche lorsqu’il n’y a pas de passage pour la pelleteuse, ce qui entraĂźne des problĂšmes de dos), les primes, ou la possibilitĂ© d’ĂȘtre affectĂ© Ă  un autre service de la mairie aprĂšs 17 ans de travail, tout ça va ĂȘtre perdu.

Tu peux nous raconter un peu les actions que vous avez menĂ©es ?

DĂšs notre premiĂšre semaine de grĂšve on est allĂ©s tous les jours sur tous les marchĂ©s de Rennes, devant les Ă©coles, pour Ă©changer avec les rennais et faire signer la pĂ©tition, qui a Ă©tĂ© signĂ©e par 2 000 personnes. On se voyait tous les jours entre grĂ©vistes, on s’est retrouvĂ© le 16 septembre devant le cimetiĂšre de l’est avant de partir en manifestation, on est allĂ©s dĂ©but octobre devant la salle Le libertĂ© pour les remerciements de la maire, on a tentĂ© d’interpeller les Ă©lus devant la salle de la citĂ©. On a aussi participĂ© Ă  la manif interpro du 5 octobre, oĂč on Ă©tait trĂšs visibles, avec un cercueil, ce qui n’a pas plu Ă  la mairie, tant pis.

Les habitants se sont souvent montrĂ©s solidaires. Il y a aussi le rĂ©seau de ravitaillement des luttes, qui a pris contact avec nous, nous a amenĂ© de la nourriture, nous a fait un don de 200 euros, alors que c’est animĂ© par des gens qui sont au RSA. C’est surprenant mais c’est beau. C’est formidable des gens comme ça, ils ont fait pas mal d’actions intĂ©ressantes je trouve, je sais qu’ils avaient aussi soutenu la grĂšve des postiers.

Et autrement, quelle a Ă©tĂ© la rĂ©action de la mairie Ă  vos interpellations ?

Ils n’ont mĂȘme pas fait semblant. Devant la salle de la citĂ© on nous a juste demandĂ© d’aller plus loin. Autrement, aucune rĂ©action, on a plusieurs fois demandĂ© Ă  ĂȘtre reçus, sans rĂ©ponse. La mairie n’a mĂȘme pas fait semblant 
 On ne sait mĂȘme pas exactement quels sont les arguments de la mairie, puisqu’elle refuse de s’exprimer sur le sujet comme de nous recevoir. Elle se dĂ©fausse sur notre direction qui est chargĂ©e de nous recaser. Et notre direction se borne Ă  nous dire que « c’est politique Â» 
 Et Ă©videmment, si notre service n’était pas si petit, si on n’était pas que sept, la mairie aurait dĂ©jĂ  Ă©tĂ© contrainte de nĂ©gocier, ou au moins de faire semblant.

Une rĂ©union du comitĂ© technique a eu lieu fin septembre, quelle en a Ă©tĂ© l’issue ?

Il n’y a pas vraiment eu d’issue, on a manifestĂ© devant dĂšs le matin, et tous les syndicats ont votĂ© contre la privatisation. Mais mĂȘme si c’est contrĂ© lors d’un vote en comitĂ© technique c‘est en rĂ©alitĂ© la maire qui dĂ©cide seule. Et Ă©videmment, les quelques fois oĂč la mairie argumente, le discours est totalement incohĂ©rent. La mairie insiste sur le fait qu’on ne serait pas suffisamment efficaces, et que le privĂ© le serait plus, alors qu’ils ont fait en sorte qu’on soit en sous-effectif, et qu’ils demandent Ă  certains d’entre nous de s’occuper de tĂąches auxquelles ils ne sont pas formĂ©es, par exemple la marbrerie. C’est la mĂȘme stratĂ©gie que dans les hĂŽpitaux, faire en sorte que le public ne soit pas satisfaisant, pour ensuite ouvrir la concurrence au privĂ©.

Vous avez donc repris le travail rĂ©cemment, aprĂšs un mois de grĂšve ?

Oui, enfin, disons qu’on va au travail mais qu’il n’y a pas de travail. Quand on Ă©tait en grĂšve les enterrements ont Ă©tĂ© transfĂ©rĂ©s au privĂ©, et cela continue, puisqu’ils ont peur qu’on se remette en grĂšve


Et c’est Ă©videmment plus dĂ©licat que dans un autre service. Il est d’habitude envisageable d’empĂȘcher les briseurs de grĂšve de faire le travail des grĂ©vistes, ce qui serait inenvisageable dans le cas du fossoyage…

Évidemment, on ne peut pas perturber les enterrements, ça ne se fait pas
 Il faut avoir du tact. Comme quand on tractait devant les cimetiĂšres, on arrĂȘtait au moment des enterrements, par respect.

Vous venez d’ĂȘtre reçus par le service des ressources humaines le 19 octobre…

Ça n’a pas donnĂ© grand-chose 
 il n’y avait pas d’élu, contrairement Ă  ce qu’on nous avait assurĂ©, et on nous a simplement dit que chacun va avoir une rĂ©union individuelle Ă  propos de sa rĂ©affectation dans d’autres services de la mairie, alors qu’on demande toujours le maintien de notre service
 Et on se bat en compagnie de notre juriste pour faire en sorte que la dĂ©cision soit soumise au conseil municipal. Notre statut a Ă©tĂ© crĂ©Ă© par le conseil municipal, ça ne peut pas ĂȘtre supprimĂ© sans ĂȘtre de nouveau soumis au vote du conseil municipal.

Merci beaucoup pour tes rĂ©ponses. On appelle Ă©videmment nos lecteurs et lectrices Ă  signer la pĂ©tition en solidaritĂ© avec votre mouvement, et ceux d’entre eux qui le peuvent Ă  participer Ă  caisse de grĂšve.

Lien vers la cagnotte : https://www.lepotcommun.fr/pot/cwtdzp1i

Lien vers la pĂ©tition : https://www.change.org/p/rennais-re…


Source SUD CT

Au-delĂ  des 7 agents impactĂ©s par cette dĂ©cision, qui est inacceptable pour SUD, c’est la majoritĂ© des citoyen·nes rennais·es qui vont devoir supporter le coĂ»t financier de ce choix politique.

Quelques exemples

Creusement 1 personne : Ville de Rennes 181 € – entreprise privĂ©e entre 500 € et 600 € ;

Inhumation d’urnes en Cavurne : Ville de Rennes 40€ – entreprise privĂ©e entre 200 € et 250 €.

Cette augmentation du coĂ»t des obsĂšques pour les familles s’appliquera sur toutes les autres prestations effectuĂ©es par les fossoyeurs Rennais.




Source: Rennes-info.org