Avril 9, 2021
Par Attaque
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extraits de Street Press / mercredi 7 avril 2021

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] Depuis 2012, la seule reconnaissance faciale autorisĂ©e par un dĂ©cret est celle effectuĂ©e par la police pour l’utilisation du traitement des antĂ©cĂ©dents judiciaires : le Taj – qui rassemble des anciens fichiers de police et de gendarmerie (le Stic et le Judex). On y trouve des personnes mises en cause dans des affaires pĂ©nales mais aussi des victimes de ces infractions ou des personnes suspectĂ©es et non condamnĂ©es. Soit environ 19 millions de personnes recensĂ©es, dont huit millions avec photos, d’aprĂšs un rapport de l’AssemblĂ©e nationale de 2018. 87 millions d’affaires y sont Ă©galement rĂ©pertoriĂ©es.

Le fichier est consultĂ© dans le cadre d’enquĂȘtes judiciaires et administratives. La reconnaissance faciale s’y fait par comparaison entre deux photographies grĂące au logiciel allemand Cognitec. Le Taj (et sa reconnaissance faciale) a par exemple Ă©tĂ© utilisĂ© aprĂšs l’attentat au couteau du terroriste français d’origine tchĂ©tchĂšne Khamzat Azimov en mai 2018. Une fois tuĂ©, les policiers ont photographiĂ© son visage et le Taj les a informĂ©s de son identitĂ© et de sa fiche S, comme l’avait dĂ©crit Le Parisien. Selon l’infraction, les donnĂ©es personnelles restent dans le fichier entre cinq et 40 ans.

Le Taj n’est accessible que sur les ordinateurs de police, par tous les agents. Sur l’agrĂ©gat d’applications Ă  leur disposition, chaque bleu se connecte avec son compte perso et peut accĂ©der au Taj. Dans le fichier se trouve une option pour identifier quelqu’un avec une photo. Cette derniĂšre peut ĂȘtre prise via leur smartphone Neo (les tĂ©lĂ©phones professionnels de la police et de la gendarmerie). Depuis novembre 2019 et une mise Ă  jour de Cognitec, les images peuvent aussi provenir de vidĂ©osurveillances ou des rĂ©seaux sociaux « ne prĂ©sentant pas les mĂȘmes critĂšres que les photos anthropomĂ©triques [les photos d’identitĂ©] », explique le dĂ©putĂ© LREM StĂ©phane Mazars dans un rapport d’octobre 2020. « Il faut quasiment que ce soit une photo d’identitĂ© et avoir la personne en gros plan, sinon la reconnaissance faciale ne marche pas », tempĂšre le gardien de la paix vingtenaire.

Une fois la photo tĂ©lĂ©chargĂ©e dans l’application, le Taj propose un ou plusieurs rĂ©sultats d’identitĂ©s possibles. « C’est rapide », assure le gardien de la paix. « Une fois que la personne a Ă©tĂ© identifiĂ©e, le policier a son identitĂ© et tous ses antĂ©cĂ©dents judiciaires. Il peut utiliser ses informations pour nourrir son enquĂȘte », explique un brigadier de police parisien. Aucune photo n’est rajoutĂ©e au dossier. Par contre, les infractions pour lesquelles la personne a Ă©tĂ© verbalisĂ©e sont intĂ©grĂ©es aux antĂ©cĂ©dents judiciaires. « Mais pour cela, il faut une constatation d’infraction, une verbalisation ou un placement en garde Ă  vue ou plus », continue le brigadier.
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De l’avis du SiCop, la reconnaissance faciale dans le Taj est « trĂšs fantasmĂ©e ». D’ailleurs, selon la com’, ce ne serait pas « une reconnaissance faciale Ă  proprement parler », mais plutĂŽt « un rapprochement par l’image » qui n’est « qu’un outil d’aide Ă  l’enquĂȘte ». Elle peut ĂȘtre utilisĂ©e dans tout le cadre de l’investigation « sauf pour un contrĂŽle d’identitĂ© », professe la com’ policiĂšre. Sur le terrain, les policiers s’en servent surtout pour les vĂ©rifications d’identitĂ©s, selon le gardien de la paix anonyme. « Si quelqu’un ne te donne pas son identitĂ©, tu le ramĂšnes en vĂ©rification au commissariat par exemple. LĂ , tu vas chercher son identitĂ© par tous les moyens possibles », lance-t-il. Les photos sont faites Ă  ce moment-lĂ , en bonne qualitĂ©. [
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Le SiCop prĂ©cise que la reconnaissance faciale ne peut « pas se faire en direct » mais obligatoirement a posteriori. « Nous ne savons pas pourquoi il y a cette distinction », estime la Quadrature du Net. L’association de dĂ©fense des libertĂ©s en ligne se questionne : « Quand on y rĂ©flĂ©chit, pourquoi ça serait moins grave ? On ne sait pas si les policiers font de la reconnaissance faciale a posteriori, il n’y a pas de prĂ©cisions dans le dĂ©cret. Et nous ne voyons pas la diffĂ©rence entre une reconnaissance faciale en temps rĂ©el ou dix minutes aprĂšs. »

En 2019, la police a utilisĂ© le Taj pour faire de la reconnaissance faciale 375.000 fois. Pour les six premiers mois de l’annĂ©e 2020 : plus de 200.000 fois. Cela fait plus de 1.000 traitements par jour partout en France. Des chiffres et une utilisation qui inquiĂštent le journaliste Olivier Tesquet : « Ça donne l’impression que la reconnaissance faciale devient la procĂ©dure standard pour un contrĂŽle d’identitĂ©. » [
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Source: Attaque.noblogs.org