( source : Jean-Paul Gautier)

En janvier 2011, l’élection de Marine Le Pen à la présidence du FN est une étape symbolique dans l’histoire de l’extrême droite française. Pour la première fois, une femme prend les commandes de ce type de mouvement. L’arrivée de la nouvelle présidente coïncide avec une inversion des performances électorales. Le FN enregistre des scores jamais atteints depuis sa création en 1972 et il n’a jamais eu autant d’élus.

Sylvain Crépon, Alexandre Dézé, Nonna Mayer et une équipe d’une vingtaine de chercheurs dont Cécile Alduy, Valérie Igounet, Gaël Brustier, J-Y Camus, Nicolas Lebourg, Stéphane François, Joël Combin, Abel Mestre et Caroline Monnot analysent l’évolution du FN et posent la question centrale : « a-t-il changé ? ». Ils y répondent par la négative. Le « nouveau FN » est une illusion alimentée par les médias qui semblent fascinés.

Cet ouvrage est une enquête minutieuse de l’histoire du FN, de son électorat, de ses réseaux, de son programme, de son positionnement par rapport à l’évolution de la société, de son discours, de le rhétorique de son fondateur FN et de sa fille.

Deux changements apparaissent : une volonté d’arriver au pouvoir et l’affirmation de rompre avec l’antisémitisme du « vieux » FN.

Le programme développé par Marine Le Pen emprunte certains éléments à la gauche (mœurs, laïcité, questions sociales) mais avec une lecture frontiste. Le logiciel frontiste reste inchangé : immigration, dénonciation de l’UE, préférence nationale, défense de la nation et de l’identité nationale, discours sécuritaire… Les auteurs mettent en évidence que son implantation géographique, son électorat (même s’il gagne des voix auprès de certaines catégories de la population restent dans l’ensemble inchangés. Le FN demeure fondamentalement un parti « anti système » tant par les valeurs inégalitaires qu’il défend et par son refus du pluralisme.

En conclusion, le parti de Marine Le Pen n’est ni le premier parti de France, ni « un parti comme les autres » et n’est pas aux portes du pouvoir. Même s’il polarise le débat, il reste politiquement isolé, comme l’ont montré les récentes élections régionales et départementales.

Les auteurs nous livrent un ouvrage solide, qui apporte un éclairage sur le Front national.

Les Faux semblants du Front national : sociologie d’un parti politique

SciencesPo. Les Presses 2015, 26 euros