Novembre 10, 2021
Par Tarage Anarcha-féminisme
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Les étoiles n’en ont rien à foutre de ta gueule
Mauvaises nouvelles des étoiles
Fuck the moon!

The Tower In-print, Hamilton, Kanada – 2019

Traduit par Bus Stop Press, Marseille, Printemps 2020

*
Je ne suis pas ici dans l’accusation. Je pose seulement une question et cherche une réponse. Ça donne ça :

Nous dérivons dans un cosmos indifférent, ce qui est une bénédiction, essayons de nous en souvenir. Personne ne peut simultanément regarder dans tous les recoins, ou compter tous ces recoins. Il y a de la place pour bouger. Nous vivons dans un vide que nous nous précipitons si volontairement à remplir de signifiant. J’aimerais te demander pourquoi, quand nous regardons le ciel, nous cherchons à le remplir d’images que nous interprétons comme étant un dynamisme rigide et prédictif ? Pourquoi cette impulsion à arranger, à contrôler ? Je comprends ce que c’est que de voir des formes, des motifs, de les remplir d’histoires sauvages, d’amour et de souffrance. Inventer, mentir et chroniquer sont après tout indubitablement propres à l’humanité. Mais pourquoi confiner nos rotations spatiales à une seule doctrine, essentiellement basée sur le travail d’un seul homme pourrissant depuis presque 2000 ans ? Et pourquoi nous laisser dicter nos actions et interpréter nos futurs par ces histoires que nous avons, nous mêmes, écrites ? Pourquoi ces créations qui sont les nôtres continuent-elles de dominer la façon dont nous vivons nos vies ? Mon Ursa Major n’est pas la tienne. Mon Orion n’est pas la tienne, Ni mon Cygne. Et cetera ad-infinitum. Aucune de ces constellations n’appartient à qui que ce soit d’autre que moi. Alors pourquoi pourrais-tu disséquer et interpréter mon Scorpion, et de quel droit serait-elle la mienne à posséder et gérer ? Ma vie s’appartient à elle-même, comme tout le reste. Dénuée de sens et en dérive, comme le reste d’entre nous et tout ce qui existe. L’absence de sens en vigueur implique que nous puissions donner n’importe quelle signification à n’importe quoi, mais pourquoi le voudrions-nous ? Pourquoi prendre ce pouvoir entre nos mains ? Je voudrais que nous puissions être capables de regarder quelque chose, n’importe quoi, simplement pour ce qu’elle est et rien de plus. Pas de symboles. Observer ce qui est. Accepter, comprendre et aller de l’avant en ayant appris et en restant aussi stables que la chose vue. Simplement apprécier les lumières dansantes dans le ciel si lointaines de nos yeux est déjà bien suffisant.

Les signes du zodiaque ont infiltré le commun autant que les sports professionnels, la mode, les médias de masse et la « pop culture » geek. Tellement que je n’ai pas besoin d’expliquer ce que j’entends par « les signes ». Mais illes ne reçoivent pas autant de dédain dans nos milieux que ce qui s’empile sur ses autres sujets de préoccupations. Pourquoi ? Qu’est-ce qui vient en aide à ces horoscopes dans n’importe quel torchon local ? Dans les mêmes ? Dans les conversations que nous avons avec nos ami·es ? Pourquoi acceptons-nous simplement ce cosmos ordonné et domestiqué pour une vérité ? Et compréhensibles et intelligibles ces sphères gazeuses enflammées, ces mottes de terre tourbillonnantes, cette danse élaborée et désordonnée de chaos dépareillé ? Est-ce que tu l’acceptes ? Penses-tu que ce soit si facile ? Réduire les merveilles tout autour et au-dessus de nous à des lignes dans nos cartes de naissances est une insulte. Essayer de parquer les étoiles et planètes dans des schémas faciles à comprendre pour y projeter nos désirs humains est un affront. L’obsession répandue de notre espèce avec les réseaux et leurs pièges et tout leur charabia ne devrait pas pouvoir se permettre de déborder jusqu’aux étoiles. Il ne faudrait pas que ça déborde tout-court. S’il te plaît, ne te méprends pas. Je ne suis pas non plus du côté des blouses blanches. Je ne trouve pas utile de mesurer les étoiles dans un spectromètre, ni d’en comprendre la radiographie. De les numéroter les unes en fonction des autres et de les diviser en parcelles. Autant d’effort pour le « comprendre » en éjectant dans l’espace des minéraux rares extraits par des esclaves est le sommet de la folie. L’ordre, sous n’importe quel nom que ce soit est tout aussi acerbe, mais « aussi mauvais que » ne devrait jamais être notre justification pour répéter des erreurs. Est-ce qu’il ne faut pas faire mieux après tout ? Je pensais qu’il s’agissait de construire quelque chose, mais tout ce que nous continuons de construire rencontre les mêmes écueils, pour les recouvrir avec des feuillages légèrement différents. Nous continuons d’en revenir aux mêmes champs maltraités, aux mêmes chemins faciles mais désolés. Regarder les cieux remplis de flammes et ne voir que le reflet de notre propre visage est l’obsession de soi humaine à son nadir[1] absolu. Partons de là. Imagine une seconde que tu ne sois pas ici sur Terre à regarder un ciel familier. Imagine-toi que tu es loin plus loin peut-être que tu ne le penses possible. Peut-être Pluton, ou encore plus loin de chez toi, en-dehors du système solaire ou même de la galaxie. Où sont passés ces motifs du ciel familiers ? Où sont ces points de lumière auxquels tu as l’habitude d’attacher du sens ? Ces boules de terres et de gaz, si pleines de signifiant ont disparu. Rien ne t’est familier. Tu n’es en sécurité nulle-part dans ce nouveau firmament qui s’agite autour de toi. Aucune pierre de touche à laquelle t’ancrer. Et maintenant demande-toi pourquoi cet arrangement aléatoire et non-cartographié aurait plus de sens que celui auquel tu es habitué·e sur Terre ? Ou n’importe où ailleurs d’ailleurs. Pourquoi est-ce que cette étoile, faisant chez-nous partie du Cancer ne fait plus partie de ce gigantesque crabe stellaire qui gouverne les mois de juin et juillet ? Pourquoi est-ce que Mercure ne fait plus sa rotation au-dessus des maisons habituelles ? Où sont mêmes passées ces maisons ? Dans cette nouvelle perspective, la fumée s’évente et le miroir se brise. Tu peux maintenant voir l’insignifiance nue dans le ciel. L’égo qu’il faut pour harnacher le chaos au-dessus et « le comprendre » comme lié a des préoccupations principalement humaines est démontré comme une impossibilité. Ça n’a rien à voir avec nous. Ça ne l’a jamais été. Ça ne le sera jamais.

Le projet humain se positionne comme directement opposé aux étoiles. Contre la liberté évidente et indifférente promise chaque soir par le ciel. Tu peux le voir dans la manière dont nous couvrons les villes de halos de pollution lumineuse, pour essayer de remplir chaque ombre et barricader le plafond étoilé. Tu peux le voir dans les nombreuses entreprises se piétinant les unes les autres pour propulser des satellites publicitaires et en projeter sur la lune. Tu peux voir ça à Chengdu en Chine où des plans insensés ont été mis en œuvre pour créer une lune artificielle de manière à réduire ses dépenses en électricité.[2] Aussi fou que ça puisse paraître, ce n’est pas si tiré par les cheveux. La Russie en a fourni la preuve dans les années 1990 avec les Znamia 1 & 2, de petits réflecteurs solaires qui éclairaient plusieurs villes canadiennes et européennes lors de leurs brèves orbites.[3]

Même si ces visions d’un futur où des publicités pour Walmart flottent dans le ciel au-dessus de ton feu de camp seraient normales ne se réalisent jamais, l’intention de le faire parle déjà d’elle-même. Et ces choses irréfutablement terribles ne sont que l’une des lames du couteau planté dans le ciel. L’autre, cette chose que nous appelons l’astrologie est aussi, sinon plus dangereuse étant donné qu’elle pénètre même les rangs de celles et ceux prétendant vouloir quelque chose de différent. Tout au long de son existence, l’État a utilisé l’astrologie à la fois pour apaiser et intimider les personnes rêvant de lendemains meilleurs. La Mésopotamie antique, lieu de naissance de cet horrible monstre se détruisant jusqu’à la mort autour de nous coïncide aussi avec le premier contact avec cette chose que nous appelons l’astrologie. Et quelle coïncidence ! L’idée d’un cosmos ordonné et intelligible s’élevant en tandem avec une populace établie et contrôlable. Un grand nombre de dominant·es du temps ont cultivé le concept et utilisé d’innombrables laquais pour lire à partir des étoiles des présages politiquement utiles. Il est facile d’avoir des conspirateur·ices assassiné·es, des temples construits, et des guerres menées lorsqu’il est possible de convaincre les gens que ce n’est pas juste ordonné depuis en haut mais également qu’elles sont destinées à arriver quelles que soient les objections qui pourraient être soulevées. Ce schéma continue à travers l’histoire. Guido Bonatti conseillait Frédérique II du saint empire romain-germanique sur la façon de mener des guerres et remplissait ses propres poches de pièces ensanglantées. Du « mandat céleste » de la dynastie Zhou de Chine nécessitait un contrôle complet des histoires racontées par les étoiles. Louis de Wohl travaillait pour le MI5 au cours de la seconde guerre mondiale devisant des horoscopes pour des personnages importants, tout en ignorant complètement l’Holocauste et les personnes l’ayant conçu.[4] Sima Qian, l’astrologue de la cour des débuts de la Dynastie chinoise des Han fut castré et emprisonné pendant trois ans sur un désaccord mineur avec l’Empereur, et a continué à préparer le calendrier stellaire qui garantissait à ses employeurs leur légitimité sur le peuple ordinaire. Tycho Brahe, avec la bénédiction explicite des rois danois, a taillé un observatoire massif sur l’île de Hven sur le dos de ses habitant·es libres, et à partir duquel il a décrit dans les termes les plus vagues la mort d’Ivan le Terrible au passage d’une comète. John Dee, conseiller en astrologie de la reine Elizabeth Ière d’Angleterre, a eu l’idée et inventé les principes de base de l’Empire Britannique maritime. Dans l’histoire, l’astrologie suit, engendre et permet au pouvoir de fonctionner. Il ne s’agit pas là d’exemples de gens détournant l’utilisation d’un outil pour causer du tort : c’est ce pourquoi l’outil a été conçu. Un outil ésotérique et inutilement compliqué conçu explicitement pour te convaincre que les choses que tu pourrais voir et comprendre par toi-même ont à la place besoin de t’être expliquées. Qu’il te serait impossible de saisir la véritable signification de ce que tes yeux te montrent.

Mais qu’en est-il de maintenant ? Et alors ? Qu’en est-il de cette façon de comprendre les étoiles qui a été utilisée depuis le début contre les gens recherchant la liberté hors du Léviathan ? Tout ça est bien trop ancien pour avoir de l’importance, et les gens se seraient servi de n’importe quoi pour faire avancer leur cause de toute façon. Ce n’est pas la faute de l’astrologie ! Même sous cet aspect, cela n’a qu’un seul but : déconcerter et embrouiller tout en prétendant comprendre et expliquer. Parler des signes du soleil, du retour de Saturne, de Mars dans quelque maison qu’ils soient, avec des ami·es dans des soirées ou des inconnu·es rencontrés par hasard, est aussi utile que construire un mur là où il faudrait un pont. C’est une béquille conversationnelle, une façon de ne parler de rien et de pourtant ressentir une connexion dans notre culture de plus en plus distante et aliénée. Dire que « Cette personne a telle personnalité du fait de l’emplacement des planètes dans notre orbite particulière au moment de sa naissance » est aussi utile que de pisser sur une maison en feu. À la place, nous devrions parler de choses qui se sont produites où sont en train de nous arriver, de nos expériences vécues et endurées. Pour comprendre, il faut après tout savoir écouter. Pour construire, nous avons besoin de bases, et cette fondation c’est la confiance. Pour avoir confiance nous avons besoin d’être vulnérables. Pour être vulnérables, nous avons besoin de nous débarrasser de ce derrière quoi on se cache et d’interagir véritablement les un·es avec les autres. Qu’est-ce qui est plus important au tempérament d’une personne : la phase de la lune ou la quantité de sommeil manquée à cause de l’exploitation qu’elle subit à son boulot ? La région dans laquelle Vénus flotte en ce moment ou le spectacle du plastique flottant avec la marée, jour après jour ? Les étoiles brillant au-dessus du ciel où elle est née ou les lampes-torches des flics brûlant ses yeux la nuit dernière ? Tes sentiments de colère, de tristesse et de frustration sont réels et ont des causes physiques qui peuvent être vues, non pas dans les étoiles là-haut dessus, mais ici-bas, à un niveau auquel contre-attaquer reste réellement possible. Nos problèmes sont les nôtres, sont humains et ne sont pas au-delà de notre capacité à prendre en main notre destin. Si tu ne penses pas que ce soit le cas, alors quoi ? Une seule vie humaine est un désordre horrible de causes et conséquences, de choses apprises, innées ou imposées et généralement indescriptibles dans leur ensemble, même par la personne qui les vit. Et des gens prétendent avoir à dire quelque chose qui vaudrait la peine d’être écouté juste en suivant quelques corps célestes inconséquents à travers le ciel nocturne. Nous sommes mieux que ça. Nous devons l’être.

Alors, qu’est-ce que je demande à la place ?

Qu’elle est l’alternative que je propose ?

Un retour à la chair et la boue. Se préoccuper de nous, ici, au niveau du caniveau.[5] Nos problèmes ne vont pas se résoudre si l’on se tourne vers les étoiles, ou si l’on se concentre sur nos nombrils. Ils ne vont pas non plus se résoudre en nous échappant vers Mars ou au-delà des limites de notre Soleil. Nous ne pouvons pas nous échapper. Nous ne l’avons jamais pu. Il n’y a jamais eu d’ailleurs où aller, et ce n’a jamais été aussi vrai que ce l’est maintenant. Le moment vient toujours quand il faut se retourner et faire face aux dents, et ce moment est venu il y a déjà longtemps. Soit nous faisons face et nous nous battons, soit nous nous ruons la tête la première dans le néant et la dissolution. Je propose de croire en inspirer et expirer, et c’est tout. Dans le changement du vent et l’abandon de la garde. Dans la survie, et la prise de tout ce que nous pouvons attraper quand c’est à notre portée. De ne pas accepter de capitulation, étant donné qu’il n’y a pas d’autre option. Au final, ma politique est des dents de chiens. C’est le sang, la salive, la crasse, la rage et la sueur. C’est l’odeur de la terre et la sensation de la pluie sur la peau. Ma politique consiste à laisser advenir les meilleures choses, la croissance végétale, le conflit et l’opposition permanente. C’est de « croître en dépit de ». Brouiller notre monde plus qu’il ne l’est déjà le dessert lui tout autant que nous-mêmes. Nous pouvons nous ancrer au pourpier qui pousse dans les interstices des trottoirs, aux bosquets de papayes cachées, aux savanes de chênes éparses. Regarder autour de soi et voir la guerre que toute vie mène à l’encontre du béton et des lampadaires. Nous pouvons être inspiré·es en rentrant chez nous. Dans le fait qu’il n’y ait rien que nous ne puissions trouver comme motif incontestable. Ce qui est autour de nous est assez merveilleux pour nous satisfaire mille fois. Ce qui est autour de nous est suffisant pour nous faire refuser d’être gouverné·es par qui que ce soit, ou par des arrangements de points dans le ciel, comme seule conclusion possible. Ce qui est plus important que tout est de se battre là où l’on est, les pieds fermement plantés dans un sol que l’on connaît et aime. Ce ne sera jamais facile, et oui, parfois la liberté a un arrière-goût du sang. Rien n’est jamais « tout bon, tout le temps », et si nous ne nous battons que par facilité, alors on se fera avoir bien avant la fin. Il n’y a pas d’autre possibilité. Si tu cherches du confort, je suis désolé mais il n’y en a pas. Ni ici, ni ailleurs. Il faudra t’y faire. Abandonne, ou réagis. C’est tout ce qu’il y a, il n’y a rien de plus. Tu es un·e animal·e et tu ferais mieux de commencer à te comporter ainsi. Fais face au vent, inspire-le profondément. Ferme ta gueule et écoute vraiment pour une fois. Ça hurle, et c’est tout ce que ça fait depuis des plombes.

Il a toujours été trop tard.

Il est temps de commencer à agir en tant que tel.

G.

Paru sur Paris-luttes.info – 2020

Quelques informations et réflexions sur les projets d’internet global à haut débit par satellites. Le capitalisme ne connaît pas de frontières et cette fois il nous méprise depuis l’espace qu’il pollue visuellement et matériellement.

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Et par là nous sortîmes et vîmes à nouveau les étoiles[6] , souffle Dante en s’extrayant à la suite de Virgile du boyau reliant les enfers à l’autre côté de la Terre. Avec soulagement, les deux poètes contemplent le ciel nocturne et sa beauté apaisante après leur horrifique visite du royaume punitif de Satan.

À la fin d’une journée dans notre monde capitaliste, après avoir été témoin des diverses violences qu’impose ce système aux êtres humains, avoir été agressé·e par des publicités, parfois confronté·e de gré ou de force à une organisation absurde du travail, surveillé·e par des flics et des caméras, il arrive de lever la tête et de se perdre quelque temps dans la contemplation du ciel étoilé. Pour peu que l’on se trouve à un endroit où la pollution lumineuse le permette.

On regarde donc vers les astres de la nuit, tout ce qui brille et scintille gratuitement depuis toujours, on cherche la Grande Ourse, ça rappelle à certain·es un squat à Angers, et c’est surtout la seule constellation qu’on connaisse. Qu’importe, c’est joli, c’est infini, ça fait du bien. Enfin, jusqu’à ce que l’œil soit attiré par un point très lumineux qui se déplace d’un bout du ciel à l’autre, suivi par d’autres points, espacés de quelques secondes : soixante satellites Starlink viennent de traverser notre rêverie, le capitalisme nous crache encore à la gueule, cette fois depuis l’orbite basse de la Terre.

En ce moment, nous avons au-dessus de nos têtes plus de 4 000 satellites artificiels, dont une grosse moitié est en activité. Météo, télécommunications, GPS, outils scientifiques et militaires, le nombre de ces objets augmente de manière exponentielle depuis les années 2010. Starlink, le projet de réseau internet très haut débit à couverture mondiale développé par l’entreprise SpaceX du milliardaire Elon Musk[7], prévoit d’expédier dans l’espace jusqu’à 42 000 nouvelles ferrailles technologiques dans les années qui viennent.

Les lancements ont commencé en mai 2019, le dernier en date s’est hélas déroulé avec succès le 22 avril dernier : 60 nouveaux satellites ont rejoint la « constellation » (c’est le terme officiel) Starlink, qui compte maintenant 450 unités. Ces ferrailles font à peu près la taille d’une machine à laver ornée de grands panneaux solaires, pèsent dans les 250 kg, et orbitent à environ 400 km au-dessus de nous. Contrairement aux satellites lancés par les différentes agences spatiales, objets uniques et coûteux, dont le développement prend des années, les satellites de Starlink sont des choses jetables, produits industriels de masse, peu chers et relativement faciles à fabriquer, comme les stupides smartphones auxquels ils sont dédiés.

Ce qui rend particulièrement visibles ces centaines d’antennes relais à internet, c’est qu’elles reflètent les rayons du soleil. Suite à l’indignation générale des astronomes amateurs comme professionnels[8], dont certaines observations sont déjà compromises par Starlink, Elon Musk a promis qu’on verrait moins ses produits une fois l’orbite définitive atteinte, et que son entreprise allait réduire leur impact visuel en les peignant en noir… Ça serait peut-être encore moins cher de les emballer dans de grands sacs poubelle ? A priori, le résultat n’est pas flagrant, et 42 000 points qui se déplacent en même temps, quand bien même leur luminosité serait réduite, restent une modification incroyable et définitive du ciel nocturne (il faut environ 2 siècles à un satellite en orbite basse pour retomber).

Loi du marché et libre concurrence obligent, d’autres multinationales et leur cortège de start-up innovantes se pressent pour imiter cette infâme bêtise. Ainsi Amazon, propriété de l’infâme milliardaire Jeff Bezos, vise avec son projet Kuiper une flotte de 3 200 satellites, ou l’entreprise américaine OneWeb qu’une heureuse faillite liée à la crise du coronavirus stoppe provisoirement dans le lancement de ses engins construits par Airbus (74 sur 900 sont déjà en l’air). Boeing, Samsung et d’autres encore ont dans leurs cartons des idées similaires.

Pour les promoteurs de ces constellations de parasites visuels, il s’agit d’apporter aux 2/3 de l’humanité « privés » d’internet une connexion haut débit, que ce soit au fin fond des forêts primaires, dans les déserts de sable ou de glace comme au milieu des océans. En 2018, 60 % du trafic d’internet est consacré à la vidéo en ligne. Dans ce pourcentage, 34 % concernent la VoD (Video on Demand, les fameuses séries décérébrantes genre Netflix) et 27 % le porno (en immense majorité, sexiste et dégradant pour les femmes)[9]. On voit tout de suite le bienfait que l’espèce humaine dans son ensemble pourrait tirer d’un accès universel au web. Il serait injuste que seules les sociétés occidentales technologiquement avancées puissent s’aliéner dans le divertissement et la culture de masse. Pour Mark Zuckerberg, le sinistre PDG de Facebook, « la connectivité est un droit humain de base[10] ». Certainement plus que la liberté de faire autre chose que consommer. Ou de regarder les étoiles.

Comment convaincre les habitant·es du monde de ne plus jamais utiliser Amazon, ni Netflix, de laisser tomber smartphone addictif et applications chronophages, réseaux sociaux narcissiques et destructeurs, et de refuser les objets connectés qui sont des indics en puissance ?

Peut-être qu’en regardant le ciel nocturne et en voyant passer Starlink, illes prendront une nuit conscience du mépris souverain que leur portent celles et ceux qui nous gouvernent et nous font consommer, remplacent nos rêves par des séries et nos étoiles par des déchets en devenir.

Quelques sources :

https://www.franceculture.fr/emissions/la-methode-scientifique/la-methode-scientifique-emission-du-mardi-04-fevrier-2020 (voir aussi les autres émissions sur la pollution de l’espace proche et la pollution lumineuse).

https://www.lemonde.fr/sciences/article/2020/02/19/comment-les-satellites-starlink-parasitent-le-travail-des-astronomes_6030050_1650684.html

https://www.air-cosmos.com/article/projet-kuiper-amazon-envisage-sa-propre-constellation-de-satellites-297

À lire sur Numerama : Comment observer le train de satellites Starlink, visible une dernière fois ce 26 avril dans le ciel

https://www.planet4589.org/ (site de l’astrophysicien Jonathan McDowel)

Pour regarder évoluer en temps réel un échantillon de ces bidules au-dessus de nos têtes : https://satmap.space/

Attribué à Sam Kriss

Traduction par Émilien Bernard pour la revue Z – 2018

Ils nous ont trompés. C’est un mensonge cruel et glaçant, si vaste et répandu qu’il a fini par ne plus être perceptible et par devenir le substrat invisible de la vie quotidienne. C’est un mensonge politique. Ils nous ont fait croire que l’Espace était beau.

Ils nous ont montré des nébuleuses, d’immenses nuages rose et bleu coiffés de tresses étoilées violettes, se développant au rythme de l’infinité cosmique jusqu’à adopter des formes génitales – des bites et des chattes larges de plusieurs années-lumière. Ils ont accolé à ces images des citations, petites flaques sémantiques destinées à nous faire croire que les galaxies s’adressaient à nous jusque dans les profondeurs de notre solitude, chuchotant à travers un infini brumeux. Leur message : vous êtes supérieurs à tous les autres, parce que, bordel, qu’est-ce que vous aimez la science.

Ces mots sont des mensonges. Comme ces couleurs. Et ces nébuleuses. Les images que l’on vous présente sont collectées et pigmentées par des ordinateurs. Elles ne correspondent en rien à ce que vous pourriez voir un jour depuis le hublot de votre vaisseau spatial. L’Espace n’est même pas moche, c’est juste un grand rien, un vide noir et lugubre, où se baladent quelques pierres grises qui se percutent suivant un modèle mathématique aussi précis que stupide avant d’être réduites en poussière.

Schopenhauer disait que nous vivions dans le pire des mondes possibles. Comme à son habitude, il se croyait incorrigiblement pessimiste. Si le monde avait été pire que ce qu’il était, jugeait-il, l’Univers n’aurait pas pu exister : il se serait effondré sur lui-même, faisant place à un état de vide et de déclin absolus. Aveuglé par sa gaieté et son optimisme solaire, Schopenhauer ne semblait pas envisager que le monde n’est justement pas possible et ne l’a jamais été, que cette chute dans le néant a déjà eu lieu.

On sait désormais que notre ère – celle de l’accumulation stellaire de galaxies, d’étoiles et de nébuleuses à la splendeur factice – a une durée de vie ridicule. Cette danse stupide durera encore tout au plus quelques milliards d’années. Elle déclinait d’ailleurs à l’instant même où elle a commencé. Une fois que les étoiles se seront éteintes et que toutes les planètes auront dégringolé de leurs orbites, il ne restera plus que des trous noirs, qui eux aussi s’effaceront au fil du temps.

Dans le peu de temps qui s’est écoulé depuis l’époque de Schopenhauer, la situation a dégénéré : la pourriture anthropique s’est propagée, accompagnée d’une hausse généralisée de l’uniformité et du sentiment d’étouffement. Une contagion qui s’est notamment caractérisée par la dispersion de débris électroniques à travers le vide intersidéral, par les voyages sur la Lune et par l’envoi de sondes aux faux airs de boîtes de conserve sur Mars, Vénus et les comètes.

Face à ce tableau, le Comité pour l’abolition de l’Espace (CAE) ne cède pas au désespoir. Nous ne haïssons pas le vide galactique parce qu’il est impossible de détester quelque chose qui n’existe pas. Puisque l’Univers est déjà en train de s’autodétruire, et puisque cette destruction est la condition première et la vérité finale de son existence irréelle, l’abolir n’est pas du tout la même chose que le détruire. Nos slogans ont beau être concis et véhéments (« Nique la Lune ! »), si nous voulons abolir l’Espace, c’est par amour pour lui.

Mission d’espionnage au congrès international de la Mars Society

Il est possible d’échapper à la gravité quand on sait naviguer à travers les minuscules tourbillons de l’air, deviner les nano-courants et imiter la légèreté d’un pistil de pissenlit. Les membres du CAE parcourent le monde sur de douces brises estivales – c’est ainsi que nous débusquons nos ennemis. Certains d’entre nous ont été réduits en cendre sous les feux des rampes de lancement de navettes spatiales ; d’autres battus à mort en tentant d’arracher son télescope des mains de Galilée. Les plus malchanceux d’entre nous furent envoyés au Texas avec la mission d’espionner le 17e congrès international annuel de la Mars Society.

Une question en particulier engendre des monstres : à quoi ressemblera la planète Mars dans 10, 50, 100 ou 500 ans ? Sera-t-elle parsemée de dômes habités ? Ou de coquets établissements de spa installés sur les rives du bassin de Hellas Planitia[11] ? Les avis divergent. On peut aussi penser que la surface de la planète sera arpentée par de sombres et gigantesques robots, des colosses ceints de fumée et de flammes, creusant de profondes tranchées dans la roche avec leurs mâchoires de métal pour la dépouiller de ses minerais utiles et consumant le reste dans le feu atomique. Autre vision possible : celle d’une tempête de poussière approchant à l’horizon, tandis que le dernier colon ronge les os de sa consœur ès aventures, rendue folle par la minuscule lueur dans le ciel céleste – seul aperçu de ce qui un jour fut son foyer. Voire : la planète entière pulvérisée en fragments et broyée pour en récupérer les scories.

Mais la pire des configurations serait que Mars ressemble finalement aux abords de Clear Lake, au sud de Houston, où est situé le Johnson Space Center. C’est là que notre planète touche du bout des doigts le grand vide idiot de l’Espace. C’est là que s’est tenu leur congrès, où nous nous sommes rendus par la voie des airs. Et c’est ce lieu qui nous a contraint à la rédaction de ce manifeste.

Le fait qu’il existe une conférence internationale dédiée à la promotion de la colonisation de Mars ne devrait pas nous étonner. Le mal a toujours été à nos côtés. Ce qui nous choque, c’est que cette idée stupide et hideuse ait été absorbée avec un tel appétit par notre société, se distordant en une inéluctabilité positive. L’un des principaux responsables de cet état de fait est l’ouvrage de Robert Zubrin intitulé The Case for Mars[12]

Le mouvement pro-colonisation rassemble des gens issus de tous horizons, de toutes disciplines, de toutes psychoses (l’un des débats du congrès s’intitulait « Marscoin : une crypto-monnaie boostant l’investissement privé pour amorcer la colonisation spatiale » ; un autre préconisait l’emploi d’un vaisseau spatial tirant son énergie des trous noirs et capable d’atteindre l’orbite de Mars en soixante minutes et la galaxie d’Andromède en vingt heures), mais tous partagent la même vénération pour ce texte sacré. La simple mention de l’ouvrage de Zubrin pendant les échanges suffisait à déclencher des applaudissements et des cris d’extase. Notre mouvement n’a jamais eu le moindre texte fondateur, jusqu’à ce manifeste : nous méprisons toutes les singularités. Pour comprendre ce qui nous a amenés à l’écrire, il est malheureusement nécessaire de lire la bible de nos ennemis.

C’est un texte étrange et perturbant. En dépit de son titre, la majeure partie de l’ouvrage est moins un plaidoyer pour la colonisation de Mars qu’un argumentaire pédant visant à valider la faisabilité du propre programme de Zubrin, « Mars Direct ». C’est seulement dans les derniers chapitres qu’il laisse émerger quelque chose ressemblant à un argument en faveur du voyage pour Mars : la colonisation spatiale devrait être considérée comme exactement analogue au pillage des Amériques par Christophe Colomb (ce dernier est mentionné quatre fois dans le livre, Marx seulement une fois – c’est toujours mauvais signe). En ouvrant ces territoires à la colonisation, Colomb aurait créé quelque chose de novateur et d’unique : la « civilisation occidentale humaniste ». De l’étouffante ignorance féodale aurait émergé une société dans laquelle « la vie humaine et les droits humains sont tenus comme des valeurs cardinales », un monde de dynamisme effréné, féru d’innovation scientifique, où tout serait mis en œuvre pour améliorer la qualité de la vie de chacun d’entre nous.

Cette société ne peut survivre qu’à condition d’être dotée d’une frontière à transcender, d’un espace homogène vide à aménager et à transformer selon les désirs et les fantasmes de la lubricité marchande. Un espace qui ouvre des libertés telles qu’elles ne peuvent, à leur tour, que transformer le vieux monde établi de l’autre côté de la frontière. Or la vieille ligne de démarcation est restée fermée trop longtemps, si bien que les résultats sont faciles à voir, selon Zubrin : « Dissémination de l’irrationalité ; banalisation de la culture populaire ; perte individuelle de la volonté de prendre des risques, de se débrouiller ou de penser par soi-même. » Notre virile vigueur en aurait été sapée. Heureusement, nous pouvons la regagner en adoptant un nouveau partenaire sexuel. Il nous faut inséminer Mars.

À la lecture de ce seul argument, on peut sentir l’odeur du sang et du massacre, ressentir la lente annihilation nous tirant par la manche pour nous guider vers un monde entièrement déserté. Notre société si éclairée qui prétendait faire de la vie humaine sa valeur cardinale n’a pu accomplir cette prouesse qu’au prix du travail gratuit de dizaines de millions d’esclaves. Autre inconvénient, à l’époque de Colomb : cette frontière vide et béante démarquait un territoire habité par d’autres personnes. Si bien qu’il fallut brutalement exterminer des dizaines de millions d’habitants. Mais après tout, Mars est différente, Mars est dénueé de vie. (Un point discutable. Ses océans souterrains pourraient abriter des monstres marins aussi pâles que gigantesques, leurs gentils visages apaisés disposés sur des tentacules symétriques en rotation ; ou bien des procaryotes extrêmophiles[13] formant une conscience dispersée, rassemblant lentement leurs pensées dans la chaleur déclinante d’un noyau en fusion dont la face rocheuse finirait par ouvrir sa bouche pour signaler d’un hurlement sourd l’approche des colons.)

Notre mouvement à travers les siècles, des cabochiens aux anabaptistes

Toute lutte contre l’oppression est par essence une forme de révulsion vis-à-vis de l’Espace. Notre comité s’est parfois dressé sur les barricades de villes assiégées, entouré de fumée et de hallebardes ; nous sommes morts en combattant ceux qui allaient transformer nos foyers et nos communautés en espaces vides.

Nous savons qu’à l’époque du premier contact avec les Amériques, l’Europe n’était pas une prison recluse priant pour l’avènement d’une frontière – elle était bien vivante, débordant de révolte. Quand Colomb partit sur l’Atlantique, le trône espagnol combattait une armée paysanne, les pagesos de remença[14]. Des feux similaires brûlaient aux quatre coins du continent. C’était toujours une question d’appréhension du futur. Que nous ayons été cabochiens à Paris ou anabaptistes à Münster[15], nous revendiquions le caractère commun de la propriété et l’abolition de la société de classes. Cela a souvent marché. À la fin du XVe siècle, le féodalisme agonisait, tandis que les travailleurs, les paysans et les artisans bénéficiaient de revenus et d’une qualité de vie inédits. En réponse, la classe dominante, incapable d’extraire suffisamment de plus-value de ces manants rétifs, et donc de faire perdurer sa société, prit une décision : conquérir les Amériques.

Les grandes quantités de métal précieux qui traversèrent l’Atlantique étaient des outils de répression sociale. Elles ont bouleversé l’économie, déclenchant une inflation massive et faisant exploser le prix du grain. Tout cela causa un effondrement des salaires réels qui ne fut pas rattrapé avant le XIXe siècle, ainsi qu’une enclosure[16], laquelle n’a depuis jamais été remise en cause – le ferment de ce qui deviendra le capitalisme industriel. La conquête de la frontière américaine ne fut en rien une ouverture en direction du futur, mais bien au contraire une mise sous scellés de celui-ci, une tentative désespérée de sauver la classe dirigeante qui eut pour effet d’empêcher toute réorganisation sociale d’importance et de barrer la route au futur, jusqu’à aujourd’hui.

Dire que le capitalisme ne résout jamais ses problèmes mais se contente de les déplacer est un truisme. Aujourd’hui, il manque de place. Les conditions nécessaires à la vie sociale et biologique s’amenuisent. Il a épuisé ses minéraux et sa monnaie (le montant de la dette globale sur la planète excède désormais la valeur totale de tout ce qui existe à sa surface). Et c’est précisément le moment où apparaissent ces répugnantes nébuleuses grimaçantes et l’idée selon laquelle la tâche la plus glorieuse de l’humanité serait de partir à la conquête de la galaxie, transformer le vide en valeur, donner au capital une latitude infinie pour opérer sa sinistre magie.

Il y a de quoi avoir peur. Dans l’Espace, il n’y pas de relation à la nature, uniquement un antagonisme. Nous pensons que le monde actuel est traité avec négligence ? Nous n’avons encore rien vu. Comme l’a montré l’historienne féministe Silvia Federici, le processus d’accumulation primitive ne s’est pas seulement imposé sur le terrain ravagé des Amériques mais également sur le territoire du corps féminin, usant de technologies d’asservissement forgées grâce à la conquête coloniale[17]. Chaque nouvelle concession à la fringale effrénée du capitalisme n’apportera pas seulement une hausse de la misère et de l’esclavagisme, mais également de nouvelles techniques de répression, aujourd’hui inimaginables, mais que l’on peut peut-être se représenter à l’image de ces mâchoires qui arracheront les minéraux des astéroïdes pour les déposer dans la gueule impatiente des machines. Marx a écrit que « le capital vient au monde dégoulinant de sang et de saleté par tous ses pores, de la tête aux pieds ». Dans la première phase d’accumulation primitive, sa silhouette monstrueuse a surgi des profondeurs de la terre volée. Quelles nouvelles horreurs à tentacules pourraient émerger des morbides noirceurs du cosmos ?

Nos grands principes

Le Comité pour l’abolition de l’Espace existe depuis très longtemps – peut-être depuis toujours. Les mouvements que nous avons fondés au fil des siècles ont arboré différents noms et différents leaders, mais tous s’inscrivaient d’une manière ou d’une autre dans notre guerre contre les étoiles. C’est seulement aujourd’hui que nous dévoilons notre existence – dissimulés derrière de frêles masques –, parce que le danger est à notre porte. Malgré notre grand âge et notre connaissance de certains secrets, nous ne sommes pas puissants. Nous ne sommes qu’une poignée, pourchassés, terrifiés, mais nous vaincrons malgré notre faiblesse. Le CAE postule cinq principes fondamentaux :

    1. Jamais l’humanité ne colonisera Mars, n’édifiera de bases lunaires, ne réarrangera les astéroïdes, ne construira une sphère autour du Soleil.
    2. Nous ne nous déplacerons jamais plus vite que la lumière. Nous ne voguerons pas à travers la galaxie. Nous n’échapperons pas à notre étoile.
    3. La vie est probablement un phénomène tout à fait anodin ; l’Univers en grouille probablement. Mais nous n’établirons jamais le contact. Nous ne ferons jamais l’amour avec de fringants aliens à la peau verte.
    4. La race humaine vivra et mourra sur ce rocher. Après notre départ, quelque chose d’autre prendra notre place. Il se peut que ce soit déjà le cas et que nous n’en ayons même pas pris conscience.
    5. Cette destinée nous convient.

Rejoignez-nous. Inutile de nous chercher : nous vous trouverons. Vous mettrez un pied dehors le matin et tomberez sur un chétif oiseau qui vous dévisagera depuis les branches tremblotantes d’un arbre secoué par les rigueurs de l’hiver. Ou bien : vous verrez un rideau de pluie venir à votre rencontre depuis le bout de votre rue ; les corps entassés dans un train bondé exhaleront soudain une rafraîchissante odeur de cave froide ; des brins d’herbe germeront d’une fissure dans le ciment de votre façade. Peut-être apercevrez-vous de plus en plus souvent nos initiales sur les murs et les passages souterrains, non pas inscrites à la bombe mais émergeant de réseaux complexes d’affiches déchirées et de végétations parasites. Quelle que soit la forme du message, vous comprendrez. Par un processus aussi mystérieux et dénué de sens que la course des étoiles, vous aurez été invité à rejoindre les rangs du Comité pour l’abolition de l’Espace.

[1] Le nadir (de l’arabe : نظير (naẓīr), opposé) en astronomie est le point de la sphère céleste représentatif de la direction verticale descendante, en un lieu donné (par opposition à zénith). Par extension, peut signifier « le point le plus bas ». C’est la position du soleil à minuit.

[2] NdT : Capitale de la province du Sichuan en Chine centrale. Cette première lune, constituée de panneaux réfléchissants à 500km de la terre. Prévue pour 2020, elle s’avérait une réussite, trois autres seraient lancées… Les articles datent de l’automne 2018. www.franceinter.fr

[3] NdT : Le projet a été abandonné après le lancement de Znamia 2.5, un réflecteur d’un diamètre de 25m en 1999. Un satellite Znamia 3 aurait dû mesurer 60 à 70m. L’objectif était d’apporter aux villes de l’arctique russe de la lumière en hiver.

[4] NdT : Le MI5 est le service de renseignement du Royaume-Unis.

[5] NdT : « Nous sommes tous dans le caniveau, mais certains d’entre nous regardent les étoiles » – Oscar Wilde

[6] « E quindi uscimmo a riveder le stelle. » Dernier vers de l’enfer de la Divine comédie de Dante (1265-1321), texte qui raconte la visite aux enfers de l’auteur, guidé par le poète latin Virgile.

[7] Cet individu peu recommandable a déjà prouvé une ferme volonté de polluer l’espace en envoyant en orbite autour du soleil une voiture électrique de sa marque Tesla… Cette épave porte l’inscription « Made on Earth by Humans » : au moins, les extraterrestres qui la trouveraient sont prévenu·e·s.

[8] https://www.iau.org/news/pressreleases/detail/iau2001/

[9] https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2019/07/2019-02.pdf

[10] https://www.theguardian.com/global-development/poverty-matters/2014/jan/03/mark-zuckerberg-connectivity-basic-human-right

[11] Ndlr : Impact de météorite situé dans l’hémisphère sud de la planète Mars. Il s’agit de la plus grande structure d’impact encore visible sur la planète.

[12] The Case for Mars. The Plan to Settle the Red Planet and Why We Must, éd. Touchstone, 1996.

[13] Les procaryotes sont des micro-organismes unicellulaires simples qu’on nomme informellement bactéries. Un organisme est dit extrêmophile lorsque ses conditions de vie normales sont mortelles pour la plupart des autres organismes.

[14] En catalan, « pagesos de remença » désigne les paysans (pagesos) catalans asservis à un seigneur et à sa terre. Pour pouvoir recouvrer leur liberté, ils devaient s’acquitter de la remença, sorte de rançon.

[15] Pendant la guerre de Cent Ans, les cabochiens formaient une faction populaire et prirent la Bastille en 1413 avant d’être exterminés. Les anabaptistes, chrétiens allemands, prônaient un baptême volontaire et conscient et un approfondissement de la Réforme jusque sur le plan social (communauté de biens). Ils menèrent la guerre des Paysans en Allemagne du Sud mais durent se réfugier à Münster, où ils furent finalement exterminés.

[16] « Enclosure » est un terme anglais faisant référence à un mouvement né en Grande-Bretagne au xve siècle et qui s’intensifia pendant la révolution industrielle, consistant à privatiser les terres collectives (« commons ») au bénéfice de l’aristocratie.

[17] Caliban et la Sorcière, coéd. Entremonde-Senonevero, 2014 (prem. éd. 2004, trad. collectif Senonevero).




Source: Tarage.noblogs.org