FĂ©vrier 27, 2021
Par Le Numéro Zéro
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Dans Race et sciences sociales, le sociologue StĂ©phane Beaud et l’historien GĂ©rard Noiriel reprochent Ă  une partie du mouvement antiraciste d’avoir « racialisĂ© Â» la question sociale et fustigent l’approche intersectionnelle choisie par de nombreux chercheurs. Sur le site En attendant Nadeau, l’historienne Michelle Zancarini-Fournel, qui a notamment Ă©crit une Histoire populaire de la France et une Histoire des fĂ©minismes de 1789 Ă  nos jours, analyse les multiples erreurs et oublis d’un livre qui a dĂ©libĂ©rĂ©ment choisi le terrain de la polĂ©mique.

Avant d’analyser le contenu du livre de StĂ©phane Beaud et GĂ©rard Noiriel, respectivement sociologue et historien reconnus, il paraĂźt indispensable d’évoquer, dans une dĂ©marche gĂ©nĂ©alogique, des textes qu’ils ont produits de longue date pour alimenter le dĂ©bat public sur l’usage dans la recherche des catĂ©gories de classe, de race, de genre et d’intersectionnalitĂ©. Il est nĂ©cessaire par ailleurs d’analyser le contexte de publication de ce dernier ouvrage et sa rĂ©ception potentielle au moment oĂč, entre 2020 et 2021, le prĂ©sident de la RĂ©publique, le ministre de l’Éducation nationale et le ministre de l’IntĂ©rieur, des universitaires et, aprĂšs la parution de ce livre, la ministre de l’Enseignement supĂ©rieur et de la Recherche ont dĂ©noncĂ© et fustigĂ© certains chercheurs et chercheuses sous le vocable « d’islamo-gauchistes Â», appelant Ă  une police de la recherche dans le monde universitaire.

Les premiers textes signĂ©s en commun sur le mĂȘme sujet par StĂ©phane Beaud et GĂ©rard Noiriel datent de mai 2011, aprĂšs « l’affaire des quotas Â» dans le football français – la limitation prĂ©conisĂ©e par la Direction technique nationale de la FĂ©dĂ©ration française de football du recrutement de joueurs binationaux. Dans LibĂ©ration ou dans Le Monde, les deux auteurs dĂ©noncent « l’occultation des rĂ©alitĂ©s sociales au profit des discours identitaires Â», un langage qui oppose « les Blancs aux non-Blancs (“Noirs et Arabes”) Â», et « un enfermement identitaire de la fraction dĂ©shĂ©ritĂ©e de la jeunesse populaire Â». Cette « racialisation Â» du discours social par « les politiciens, les journalistes, les intellectuels, bref les professionnels de la parole publique Â» remonterait, selon les auteurs, aux annĂ©es 1980, et aurait Ă©tĂ© « accompagnĂ©e et cautionnĂ©e Â» par « une partie du mouvement antiraciste Â».

Dix ans plus tard, l’argumentaire du livre Race et sciences sociales a peu changĂ©. S’y ajoute, outre l’affirmation rĂ©currente d’une posture affirmĂ©e de leur scientificitĂ© d’intellectuels qui se tiendraient Ă  l’écart et en surplomb du dĂ©bat public, la mise au pilori d’un certain nombre de chercheurs et chercheuses sans vĂ©ritable discussion sur leurs publications ; certains – les plus jeunes – ne sont mĂȘme pas nommĂ©s individuellement, mais dĂ©signĂ©s en groupe, en particulier ceux et celles qui ont rĂ©alisĂ© un numĂ©ro de la revue Mouvements en fĂ©vrier 2019. Comme s’ils et elles n’avaient pas d’identitĂ© personnelle, mais Ă©taient coupables d’effectuer leurs recherches dans une dĂ©marche militante et non scientifique. Je cite ici les noms des responsables du dossier de Mouvements – Abdellali Hajjat et Silyane Larcher – puisque StĂ©phane Beaud et GĂ©rard Noiriel les invisibilisent ainsi que leurs coautrices. D’autres, plus ĂągĂ©s, dĂ©signĂ©s nommĂ©ment, sont Ă©pinglĂ©s – Didier Fassin, Éric Fassin, Pap Ndiaye, Pascal Blanchard, auxquels s’ajoute François GĂšze, Ă©diteur Ă  La DĂ©couverte qui les a publiĂ©s pour la plupart. Leur forfait, aux yeux de StĂ©phane Beaud et GĂ©rard Noiriel, serait de privilĂ©gier dans leurs recherches les questions de race (et secondairement de genre) au dĂ©triment de la classe et de discrĂ©diter les sciences sociales par leur engagement politique.

Lire la suite ici : https://www.en-attendant-nadeau.fr

P.-S.

Illustration : OuvriĂšres de Detroit en grĂšve (annĂ©es 1960)

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Source: Lenumerozero.info