Novembre 8, 2020
Par Fédération Anarchiste Belgique
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Les ennemis de nos ennemis ne sont pas (forcément) nos amis – Ici et maintenant

Les ennemis de nos ennemis ne sont pas (forcément) nos amis



Rédigé par ici et maintenant

08 novembre 2020

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Le comble pourrait paraître, aux yeux d’actuel·le·s
contempteur·se·s de l’état, que les
anarchistes se plient docilement aux mesures sanitaires imposées
par le Comité de Sécurité Nationale, sous la
caution d’experts suspects de complaisance avec le pouvoir.
Imposées, oui, puisque leur entrée en vigueur est
assortie des contrôles et sanction de rigueur, sous la férule
des habituels « représentants de l’ordre »,
nos amis les flics. Imposées, oui, puisque, de fait, la
consultation de la population demeure inexistante dans l’actuel
régime qualifié de démocratique.

Sous des formes
diverses, un discours circule qui, à première vue,
pioche sans vergogne dans une phraséologie qui pourrait
évoquer celle des anarchistes. Méfiance envers un État
qui impose ses lois, établissement sournois d’une
dictature sanitaire, diminution des libertés puis perte de la
liberté… Les gens qui nous gouvernent tireraient
prétexte d’un risque qualifié de négligeable
pour jouer sur les peurs de la population et instaurer des mesures
établissant le cadre d’une future et progressive
tyrannie des actuels dirigeants de l’État. Le « peuple »
qui se soumet aveuglément constituerait un ramassis de
moutons, de larbins serviles qui n’osent pas se révolter
contre ces diktats irrationnels.

En apparence, ça
a la couleur de l’anarchisme, ça a le goût de
l’anarchisme.

Mais ce n’est
pas de l’anarchisme.

Oui, pour nous
autres anarchistes, l’État continue de représenter
l’ennemi à abattre.

Oui, toute dérive
sécuritaire, toute forme d’exercice du pouvoir, toute
violence légale, tout glissement vers une forme encore plus
autoritaire de gouvernement, tout cela est un objet de détestation
de la part des anarchistes.

Mais ne nous y
trompons pas ! Les ennemis de nos ennemis ne sont pas forcément
nos amis !…

On a d’abord
envie de railler. Bonjour la prise de conscience !… 2020,
il vous en a fallu du temps pour réaliser que l’État
portait en lui toute une série de potentialités
d’oppression. Il est significatif de constater que la majorité
des milieux anti-mesures sanitaires, anti-masques, anti-vaccins, etc.
appartiennent plutôt à des catégories favorisées
de la population. Le soupçon se fait jour d’y voir une
classe moyenne, plutôt à l’abri du besoin en
général, qui crie au complot de l’État
menaçant de réduire « nos »
libertés. Nos libertés, en l’occurrence,
il s’agit d’abord de leurs privilèges. Dans
bien des cas, il s’avère que le glissement vers la
droite les entraîne à assumer ouvertement et à
afficher leur ralliement au « mouvement » (on
ne sait trop comment le qualifier) xénophobe, homophobe et
anti-féministe Q-anon.

Autre soupçon :
pour ces personnes, il ne s’agit pas de tirer prétexte
de la « soi-disant pandémie » pour
stopper toute une série de chaînes de production, où
se trouvent des ouvriers et des ouvrières au travail,
pourvoyeuses de biens de consommation. Au boulot, les larbins !
Ces pseudos révolutionnaires ignorent, comme ils l’ont
toujours fait, les véritables enjeux sociaux de l’oppression
économique.

Alors quoi ?
Nous autres anarchistes, nous serions d’accord avec les
décideurs, les dirigeants, les représentants du
pouvoir ?!

Non.

Nous sommes d’abord
solidaires. Nous pensons d’abord aux populations fragilisées,
à risque, les plus exposées au risque mortel dont le
virus du covid est potentiellement porteur. Nous pensons ensuite aux
membres du personnel des soins de santé, les applaudi·e·s
de 20h il y a quelques mois… Celles et ceux qui ont dit cet
été : OK, la première vague est passée,
mais faut se préparer pour la seconde au cas où. Faut
des moyens, et des moyens humains d’abord, parce que nous, on
n’en peut plus. Tirons les leçons de nos erreurs et
anticipons !

Ce culot des élus
et des élues… Venir affirmer sans honte avoir été
pris par surprise, qu’ils ne s’attendaient pas à
ça…

Du coup, la réponse
ne s’est pas fait attendre : confinement, télétravail,
fermeture des commerces non-essentiels, couvre-feu, surveillance et
contrôles renforcés et sanctions à la clé.

Trouvons-nous, nous
autres anarchistes, que ces mesures sont justes ?

Non.

Elles ne sont au
fond ni justes ni injustes. Elles sont nécessaires. Elles sont
nécessaires à défaut de mieux. Elles répondent
de manière inadéquate à l’imprévoyance
des politiques. Et nous n’allons pas non plus abaisser notre
seuil de vigilance. Le couvre-feu : il semble que l’efficacité
sanitaire en soit douteuse. Donc oui,nous conservons l’impression que
l’État bourgeois prend toutes les mesures qu’il juge
nécessaires pour limiter les libertés individuelles
(usine/caserne, école /caserne, interdiction de
manifestations, ordre de confinement à domicile, réglementer
les déplacements…) D’autant plus que les pleins
pouvoirs au gouvernement contrent les luttes et autorisent les
patrons à contourner les droits au travail : excès
de zèle, autoritarisme sanitaire, contournement du salaire
garanti, exagération dans la mise au chômage temporaire…
Non, les anars ne sont pas devenus de sages petits moutons dociles.

Y a-t-il un complot
des politiques ?

Non.

Depuis quelques
décennies, les politiques organisent la société
selon des critères économiques, favorisant le profit et
l’accumulation du capital dans les griffes dans d’un
petit nombre de nantis. Ce n’est pas un complot. Ces
agissements sont connus et se sont déroulés au grand
jour. Hélas, nous déplorons que la pandémie
permette d’accentuer encore d’avantage cette dynamique
d’oppression : depuis le début de la crise, le
nombre de chômeurs a augmenté de 186.000 unités,
constatait la Banque nationale en juin dernier. On sent les premiers
effets désastreux pour les prolétaires. Des réactions
de colère et des luttes sont à prévoir. À
espérer. Et nous en serons ! Sous le prétexte des
conditions exceptionnelles provoquées par la pandémie,
on a l’impression que les capitalistes et leur État mettent en
place un système de contrôle social. A nous,
travailleurs, travailleuses, avec ou sans emploi, de contester dès
aujourd’hui ce qu’ils jugent nécessaire, pour pouvoir
s’y opposer lorsque la situation sociale sera beaucoup plus
critique, lorsque la crise économique naissante plongera les
populations dans des conditions de vie calamiteuses et les poussera à
se rebeller contre tout ce qui représente le pouvoir politique
et économique.

Les mesures
prophylactiques préservent-elles les gens des risques
sanitaires ?

Tout le monde n’est
pas épidémiologiste. Alors dans le doute, le bon sens
nous incite à suivre le principe de précaution et à
respecter les règles de distanciation physique, le port du
masque, etc. même si c’est pénible, énervant,
contraignant, inconfortable. Parce qu’en l’occurrence, il
ne s’agit pas de sa propre santé, de sa propre vie, mais
1) du risque de contamination de personnes dont le virus pourrait
mettre la vie en danger ; 2) d’éviter la saturation
des services hospitaliers dont les conséquences constituent
également un danger pour les personnes atteintes d’autres
pathologies.

Voulons-nous
vraiment d’une société où il faut choisir
entre les malades que l’on soigne et les malades que l’on
va laisser sans soin ?

Et pourtant, cela ne
nous empêche pas de laisser libre cours à une société
où l’on choisit qui est mis à l’abri des
risques de contamination et qui doit continuer à y être
exposé.

Confinement,
télétravail… Oui, mais pas pour tout le monde.
Allons-nous continuer de faire semblant d’ignorer que tant de
travailleuses et de travailleurs sont tenus de demeurer entravés
in situ dans les chaînes du salariat, pour permettre à
l’économie de continuer à tourner ? La
pression sur ces travailleurs et travailleuses-là existe et
toute une série de mesures antisociales les contraignent à
continuer le turbin sur des lieux de travail où les conditions
sanitaires ne sont pas respectées. Les loisirs sont suspendus.
Y a plus que bosser que tu peux faire !…

Masqué·e·s,
nous le sommes, nous autres anarchistes du groupe Ici &
Maintenant, même si le respect des consignes ne fait pas
l’unanimité au sein de la Fédération
anarchiste. Pour certain·e·s, « l’État
ne peut pas m’obliger à porter un masque, et on n’est
même pas assuré que cela serve à quelque chose ».
Soit. Nous en revenons au principe de précaution. Certes le
respect des consignes, ça marche quand il est librement
consenti. Nous déplorons que ces mesures ne fassent l’objet
que de si peu de consultation auprès des populations
directement concernées, notamment sur le point du couvre-feu.
Nous pourrions d’ailleurs ne pas les respecter. Ce n’est
pas parce qu’un État nous indique quoi faire que nous
nous en acquittons servilement. Pour nous, la désobéissance
n’est pas un truc nouveau. Mais en ce moment, en attendant
d’obtenir des certitudes mieux établies, nous ne voyons
que la nécessité d’accomplir un devoir de
solidarité. Ni docilité ni obéissance à
une autorité que nous ne reconnaissons pas, et ce, pas plus
demain qu’aujourd’hui, pas plus qu’hier.

Car là se
situe un autre enjeu de taille : l’État, nous le
contestons depuis la naissance du mouvement anarchiste. L’arbitraire
des gouvernants, nous le combattions avant, nous le combattons encore
et nous le combattrons demain.

Le « monde
d’avant », nous l’avons combattu durant la
Commune de Paris, nous l’avons combattu en Catalogne en 1936,
nos frères et sœurs le combattent au Rojava, au Chiapas…

Le « monde
d’après », c’est pour cela que luttent
les anarchistes. Bien avant la crise sanitaire. Un monde d’après
véritablement adelphique, de frères et de sœurs.
Pas un monde d’après où des poignées de
révolté·e·s de la onzième heure se
bornent à restaurer l’exercice petit-bourgeois de
quelques privilèges de classe. Mais une organisation
égalitaire, libertaire, basée sur l’autogestion
et les assemblées. Le programme n’existe pas, il n’est
pas écrit à l’avance. Il reste à faire,
toujours déjà, par chacune et chacun, dans le
rassemblement d’une volonté collective qui préserve
les aspirations individuelles de chacune et chacun.

Groupe Ici &
Maintenant (Belgique) de la Fédération anarchiste

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Source: Ici-et-maintenant.group