Juin 29, 2020
Par Le Monde Libertaire
66 visites


Alors que de nombreuses manifestations pour la rĂ©gularisation des sans- papiers et pour la libertĂ© de circulation et d’installation pour toutes et tous ont lieu Ă  peu prĂšs partout en France. Nous avons eu la chance de pouvoir interviewer RaphaĂ«le qui a fait partie de l’équipe de tournage du documentaire Les Enfants du Marais. Le documentaire retrace les sept derniers mois du Marais, un lieu alternatif destinĂ© Ă  l’accueil des migrants en plein centre-ville de Caen, en Normandie. Un squat autogĂ©rĂ© par ses 250 habitants venus du monde entier.

Samuel : Vous ĂȘtes donc trois sur ce documentaire, comment vous ĂȘtes-vous rencontrĂ©s ? Et comment vous est venue l’envie de faire un documentaire sur le Marais?

RaphaĂ«le : On s’est rencontrĂ© en 2013 Ă  l’école de journalisme de Strasbourg. On est devenu amis lĂ -bas et on s’est suivi ensuite lors de nos travaux dans les journaux nationaux. On s’arrangeait parfois pour ĂȘtre ensemble. Et il y a deux ans, en juin 2018, Quentin qui Ă©tait pigiste pour France 3 a Ă©tĂ© envoyĂ© au Marais faire un reportage d’actualitĂ©. Mais ça restait un sujet d’actualitĂ© trĂšs court de 1 minute Ă  peine. C’est lĂ  oĂč il a dĂ©couvert le lieu, son organisation et les habitants. 250 migrants vivaient dans un squat Ă©norme. Il a eu l’envie de parler de leur histoire dans un documentaire et nous a donc appelĂ© pour venir Ă  Caen. Nous pensions faire vingt minutes de documentaire mais on s’est retrouvĂ© Ă  faire une heure et on est restĂ© sept mois ! Thomas avait des ami-e-s Ă  la DemeurĂ©e qui ont pu nous hĂ©berger et on pouvait ensuite venir au Marais plus rĂ©guliĂšrement.

S : Dans ce documentaire vous suivez des familles et des habitants. Comment ça se passait par rapport à la caméra ?

R : Avant de suivre les familles, Quentin a suivi des rĂ©unions d’organisation qui avaient lieu au marais. Il Ă©tait venu pour se prĂ©senter mais aussi comprendre le lieu et l’organisation. Il a d’abord demandĂ© aux militants qui accompagnaient ces habitants si c’était possible de filmer et de rester quelques semaines. Puis, une fois le projet acceptĂ©, ça c’est plutĂŽt bien passĂ© avec les habitants puisqu’on a commencĂ© Ă  tourner lors d’une manifestation oĂč il y avait dĂ©jĂ  des camĂ©ras et ils sont donc dĂ©jĂ  exposĂ©s aux journalistes et aux mĂ©dias. Certains habitants Ă©taient dĂ©jĂ  habituĂ©s aux mĂ©dias. On voulait avoir diffĂ©rentes personnes dans le documentaire, avec des nationalitĂ©s et des parcours diffĂ©rents et voir ce qu’ils vivent Ă  leur niveau. On voulait aussi montrer des personnes qui souhaitaient vivre Ă  Caen donc on a fait le choix de de sĂ©lectionner des personnes qui voulaient s’y installer. Par rapport Ă  la camĂ©ra, il y en a qui ont bien acceptĂ© et se sont exprimĂ©s avec beaucoup de sincĂ©ritĂ© mais d’autres avaient des discours prĂ©-construits sur ce qu’ils voulaient dire. Au fil du temps et au fil des jours on a rĂ©ussi Ă  peut-ĂȘtre les faire parler autrement et Ă  les emmener vers quelque chose de plus personnel.

S: Êtes-vous restĂ©s en contact avec des gens du Marais ?

R : On s’appelle de temps en temps et on s’envoie des messages notamment pendant le confinement. On voulait vraiment savoir s’ils se portaient bien. Quentin y Ă©tait il y a un mois pour manger avec une des familles qu’on a suivi. Je suis aussi en contact avec une ancienne habitante qui fait des Ă©tudes supĂ©rieurs. Mais vu que nous ne sommes pas a Caen les rapports ne sont plus comme avant. Quand on Ă©tait avec eux pendant sept mois, on mangeait avec eux, on prenait le cafĂ©… On prend quand mĂȘme des nouvelles et on espĂšre les voir bientĂŽt quand le film sortira.

S: Comment se sont passés les derniers jours du Marais ?

R : C’était la premiĂšre fois qu’on se retrouvait dans une situation comme ça. Surtout qu’on ne savait pas quand l’expulsion allait tomber. Elle a eu finalement lieu le 22 octobre. On a vĂ©cu du dĂ©but Ă  la fin ces derniers jours et le fait d’avoir dormi sur place, manger sur place, fait la fĂȘte avec eux, la destruction du lieu nous a donc touchĂ©. L’expulsion s’est faite dans le calme, ça a durĂ© moins de deux heures. Les habitants qui Ă©taient en danger, qui n’avaient plus de papier, Ă©taient dĂ©jĂ  partis et les autres habitants qui restaient Ă©taient “pris en charge” pour quelques jours par la PrĂ©fecture. Ça s’est dĂ©roulĂ© comme d’autres expulsions mais ça reste impressionnant pour nous, qui n’avions jamais vĂ©cu cela avant, de voir que le Marais Ă©tait aussi terminĂ©…

S : C’était votre premier documentaire ?

R : Oui. On a dĂ©couvert le monde du documentaire avec sa propre façon de faire et de rĂ©flĂ©chir. On est complĂštement auto produit donc il y a pas de boite de production derriĂšre qui nous a financĂ© ou aiguillĂ©. On s’est gĂ©rĂ© tout seul et peut ĂȘtre qu’il y a quelque petites erreurs de tournage mais au moins ce qu’on a fait est authentique. On a eu l’expĂ©rience du documentaire et aussi l’expĂ©rience de vivre dans un lieu autogĂ©rĂ©, voir la vie en communautĂ© avec ses tensions. On dĂ©couvre aussi le milieu militant et les dĂ©bats. La plupart des migrants dĂ©couvraient la vie en squat et ils n’avaient pas forcĂ©ment choisi d’ĂȘtre dans la lutte. Au final, ils n’ont pas eu d’autres choix que de vivre cette lutte. On pouvait voir les prises de conscience de certains et plusieurs habitants ont pris part aux luttes locales, comme par exemple pour les gilets jaunes, qui venaient eux aussi aux manifestations pour les sans papier.

S : Vous comptez du coup faire une projection sur Caen une fois le documentaire terminé ?
R : Si tout va bien, il sera terminĂ© le 7 juillet au soir. Donc on aimerait le projeter en avant-premiĂšre Ă  Caen avec les habitants et les militants et certainement en partenariat avec la DemeurĂ©e [note] . Pour nous, c’est le plus important parce qu’ils vont dĂ©couvrir les images et nous dire si on a bien retranscrit la rĂ©alitĂ© du lieu ou pas. Ce sont les premiers juges, donc on attend ce moment avec impatience. On aimerait faire ça mi-juillet et on aimerait aussi le sortir en dvd en mĂȘme temps. Des cinĂ©mas indĂ©pendants Ă  Caen comme le Lux sont intĂ©ressĂ©s pour faire une projection mais aussi d’autres cinĂ©mas en France. On a aussi postulĂ© dans quelques festivals. On a envie de montrer le documentaire dans les autres squats, dans les autres grandes villes qui accueillent les migrants et nourrir le dĂ©bat. On n’a pas envie de le montrer uniquement dans les milieux militants. On voudrait qu’il puisse toucher aussi des personnes qui ne connaissent absolument pas cette rĂ©alitĂ©.

N’hĂ©sitez pas Ă  suivre la page Facebook Les Enfants du Marais pour plus d’informations ici

Samuel du Groupe Sanguin Caen 




Source: Monde-libertaire.fr