Septembre 6, 2021
Par Lundi matin
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Comme dit Delphine, l’émérite bénévole à l’origine des enregistrements sonores que nous mettons à votre disposition : « Je pense utile de préciser qu’ils ont été effectués grâce à un portable, limité en stockage et soumis à la présence de sa détentrice au moment T (d’où des extraits non exhaustifs et une qualité sonore variable). » A défaut de son, on vous mettra aussi quelques images pour évoquer encore certains instants intenses de ces journées.

Sur Hocquenghem

Avec Quentin Dubois & Vivian Petit : un texte tiré de ces interventions a déjà été publié la semaine dernière. On portera une particulière attention aux interventions du public qui reviennent sur les procès faits aujourd’hui à Hocquenghem

Présentation :

Intervention de Vivian Petit :

Lecture d’un extrait par Quentin Dubois :

Discussion avec le public, première partie :

Discussion avec le public, seconde partie :


Rencontre avec Emilie Notéris

Auteure de Sequoiadrome, (2011) Macronique – les choses qui n’existent pas existent quand même, (2020) traductrice de Reclaim, anthologie de textes féministes, Emilie Notéris est née en 1978, l’année à Faurisson se plaça sous les feux de l’actualité, avec l’aide du Monde et de la revue La Guerre Sociale, en mettant en cause l’existence des chambres à gaz et l’authenticité du Journal d’Anne Frank. Elle en tire quelques conséquences, pour elle et pour nous…

Emma Goldman par Laure Batier et Sylvia Pankhurst par Marie-Hélène Dumas

Présentation :

Discussion avec le public :

Sur la guerre d’Algérie




Très riche échange entre René Knégévitch, ancien de la guerre d’Algérie (et opposant à celle-ci), Dominique Manotti qui fut de tous les combats anticolonialistes et Olivier Le Cour Granmaison, juriste bien placé (à la Cour nationale du droit d’Asile) pour constater les racines coloniales du racisme d’État.

Première partie :

Deuxième partie :

Discussion avec le public :



A écouter aussi, d’utiles rappels féministes par des femmes de différentes générations.

Sur les réunions non mixtes par Dominique Manotti :

Sur les origines du ML avec Juliette Kahane :

Sur le genre de l’engagement dans les années 68’ avec Ludivine Bantigny


Je suis complètement battue d’Eléonore Mercier

Lecture d’extraits par Sophie & Christine. Comme l’explique l’éditeur (P.O.L.), l’auteure s’implique dans une organisation contre les violences conjugales.

« C’est à dire qu’elle prend les communications des femmes en état de détresse qui appellent pour pouvoir parler, être écoutées. Elle fait cela depuis plus de quinze ans. Prenant en note sur des cahiers ces entretiens, elle a eu l’idée de réunir en un recueil la première, et seulement la première phrase dite, l’entrée en matière en quelques sorte, la phrase inaugurale par laquelle va commencer l’échange, celle qui dit tout, celle sur quoi va s’appuyer le reste. Cela donne un livre sidérant. »

Souvenons-nous aussi


… de l’intervention théâtrale Alexandre Marius Jacob, 34777, anarchiste, cambrioleur et bagnard par la compagnie Catamavra


…de l’inénarrable Jacky Shwartzmann, interviewé par Natacha Levet pour son roman Kasso, drôlatique et implacable démonstration de l’impossibilité de s’échapper de l’ascenseur social en panne depuis toujours.


…de la rencontre sur « Battisti et tous les autres, à propos des années 70 en Italie), avec la belle expo de Jean-Jacques M’U en arrière-plan.


…de deux auteurs locaux, qui méritaient évidement d’avoir le micro, non parce qu’ils étaient locaux mais parce que leur propos, une histoire des solidarités en Limousin, était documenté et stimulant…


…tout comme celui de Gérard Monédiaire, auteur de Capi, Insoumis  : histoire d’un gars né à la fin du XIXe siècle en Corrèze, surnommé très tôt Capi, soit « un gars à qui on ne la fait pas », qui de sa terre où il acclimate en 1903 la « propagande par le fait », fuira la mobilisation générale de la boucherie de 14-18 pour la Claifornie et Cuba avant de revenir animer la vie de sa commune…


Autres auteurs locaux : Julien Villa et Charles Poitevin, qui écrivent et font du théâtre. Autour de sa belle entreprise de déambulation théâtrale menée cet été de Rodez à quelque part dans le Lot, Julien a tiré un livre à paraître , dont il a lu un extrait. Extrait de l’extrait :

Ya no es possible

La fatigue procure à Marco des hallucinations. Parfois les fleurs et les buissons du Grand Rodez se métamorphosent en espèces tropicales qu’il n’avait encore jamais vues – comme si un horticulteur fou les avait déguisées pendant la nuit –, les arbres en pots qui parsèment la zone se changent en ormes, en palmiers gigantesques ou en caoutchoucs lustrés, les immenses bacs à fleurs devant les grandes surfaces regorgent de tulipes écarlates. Souvent, parmi la foule il entrevoit une silhouette cagoulée au détour d’un magasin, d’un hangar, ou d’un dépôt. Il suffit qu’il s’approche de quelques pas, ou bien qu’il cligne des yeux, pour qu’elle disparaisse.

Un matin, il enfourche sa tondeuse et le vrombissement du moteur devient la respiration d’un cheval entre ses cuisses. Un invisible fusil d’assaut pèse sur son épaule.

En roulant, il sent l’adrénaline circuler à l’intérieur de ses veines. Le vent glacé de décembre lui brûle les poumons. Une étrange excitation le submerge et se change en panique. L’air autour de lui se raréfie, ses jambes fourmillent, des vertiges l’assaillent.

Il arrête son engin sur le bas-côté, secoue énergiquement la tête puis prend une grande inspiration. Après avoir sorti un des cahiers rangés dans son coffre, il commence à gratter :
 Les apparences ? Toujours trompeuses ! Et si Rodez n’existait pas ? Oui, si moi non plus je n’existais pas ? Comme la Pologne ! Si tout ça n’était qu’un cauchemar ?

À midi il prend sa pause sur une bande d’herbe, à l’écart de l’agitation. Ses pâquerettes sont toutes mortes avec le plein hiver et le sol gelé lui glace les os. En croquant dans un panini trois fromages insipide, il feuillette un de ses cahiers au hasard.

Après avoir décollé deux pages cornées ensemble, il redécouvre une phrase d’Octavio Paz qu’il avait soulignée trois fois :
 Midi et minuit sont des heures de suicide rituel. À midi, durant un instant, tout s’arrête et vacille : la vie, de même que le soleil, se demande si continuer vaut la peine.

La gorge nouée, il pose son sandwich sur la pelouse et sort un stylo :

Le Grand Rodez, mon tombeau. À l’intérieur des pavillons, de gros chats se tiennent sur les canapés. Je répète. De gros chats se tiennent sur les canapés. La mort se cache dans les films et sous les emballages. La viande ressemble à un bonbon enrobé de plastique. Les causses, les montagnes autours croulent sous les brebis, les vaches et les randonneurs. Dans les plaines, la laideur et l’oubli ont jeté leurs filets sur des générations entières d’indigènes. Tous sont devenus des prolétaires : ceux qui, à force de se prendre pour une chaise, ont fini par être très contents de se faire écraser par un cul – comme dirait Marcos.

À l’intérieur de ses bottes, ses pieds sont gelés. Une irrésistible nausée lui tord les tripes. Il se dirige en courant derrière un entrepôt et vomit longuement. Tandis qu’il crache ses derniers filets de bile, sa gorge le brûle. Un sentiment de solitude lui noue les entrailles – comme s’il était l’unique survivant d’une catastrophe nucléaire fantôme.

— Les murs de ma baraque ne sont qu’un détail, laisse-t-il échapper en s’essuyant la bouche

avec sa manche. Bientôt le Grand Rodez aura tout avalé.
Un vent glacial souffle et il ne peut réprimer un frisson. Son courage l’abandonne.

Qu’espérait-il, tout seul sur sa tondeuse autoportée, avec ses livres et ses cours d’espagnol, dans ce désert de commerces ? Que cherchait-il à défendre ? Qu’y avait -il encore à sauver ?

Soudain, il aperçoit un scarabée posé sur sa main. Marco ne s’effraie pas et regarde intensément la petite armure noire de l’animal. Pendant un instant il jurerait que, sous son casque, le petit être cherche à lui dire quelque chose.

Tandis qu’il gare sa tondeuse, il songe à son pavillon qui disparaitra bientôt sous cette coulée verte. Il s’imagine enterré vivant, juste en-dessous. Condamné pour l’éternité à écouter le défilé des caddies, des vélos et des promeneurs piétiner son passé. Sa petite maison lui semble être la partie émergée d’un iceberg. Comme si toute la vie autour avait fondu.

Une partie de son existence s’achève sous ses yeux et il se tient là sur son île, somnambule, impuissant sur tous les fronts, mais encore bien vivant. Il n’a pas cherché d’appartement et ne le fera pas. Il voit d’ici le plaisir que Philippe Forges éprouvera à parachever son humiliation. Il aperçoit déjà son petit sourire entendu lorsqu’il tendra la main pour refermer le cercueil de son gendre. Demain il n’aura pas la force de se rendre dans sa grande maison blanche sur les hauteurs, pour fêter noël. Sophie le harcèle depuis des jours à ce sujet et il n’a pas encore trouvé le courage de répondre.

Tandis qu’il range ses outils, il ne parvient plus à croire que la zone du Grand Rodez ait été conçue par et pour des êtres humains. Un futur morne, écrit d’avance, défile devant lui : une lente résignation au mensonge, au meurtre, à la destruction totale.

— Tout ça pour l’entretien de vies tristes à crever, se décourage-t-il en se frictionnant les bras. Toujours plus hermétiques à tout. Qu’est-ce que je peux bien exiger, moi ?

— Tout. Et pour tous, chuchote soudain une voix dans sa poitrine.
 — Quelles sont mes armes ? répond-il en tressaillant. 
Une musique lui parvient aux oreilles. Dans son salon, Jean Guillaume et Tristan entament

une de leurs nouvelles chansons – sa préférée. Brusquement apaisé, comme ensorcelé par cette mélodie, il se rue à l’intérieur et chante avec eux :

— Ya no es posible. 
Oh, si amigo. Dans le Grand Rodez, 
plus possible de disparaitre
 dans les montagnes du Durango. Ya no es posible.

Plus possible d’abattre
trois bandits ennemis,
de s’enfuir à cheval
et vivre caché comme un ours. Ya no es posible.

de comer le bétail volé
 dans les ranchs, les pueblos. 
Ya no es posible. Compañeros, qui peut encore changer de nom dix fois, chevaucher librement,
 survivre de larcins 
et dormir parmi les étoiles ? 
Ya no es posible  ! 
Ça n’est pas possible.
 Mais demain, qui sait ?
 Preferio morir de pie que arridillado. Ya es posible

Photos : Jean Leplant




Source: Lundi.am