Grâce aux mobilisations Black Lives Matter qui ont lieu à l’échelle internationale contre le racisme en général, et la négrophobie en particulier, de plus en plus de personnes cherchent à connaître la vérité sur le passé ténébreux des puissances coloniales et la continuité néo-coloniale dans les temps présents. Des statues de personnages emblématiques du colonialisme européen sont déboulonnées ou font l’objet de dénonciations salutaires. Il en va de même avec des statues de personnages qui aux États-Unis symbolisent l’esclavage et le racisme.

La situation présente offre ainsi une occasion de faire la lumière sur le passé colonial et esclavagiste des puissances occidentales, qui continue de bien de manières de structurer le présent, à travers l’emprise économique dans laquelle sont tenues la plupart des pays anciennement colonisés, la domination militaire (qu’elle se manifeste par la présence de nombreuses bases en Afrique ou des interventions militaires récurrentes), mais aussi à travers le racisme systémique qui sévit au sein même de ces puissances, ciblant les descendant·e·s d’esclaves et de colonisé·e·s.

L’amnésie vis-à-vis des crimes coloniaux concerne à l’évidence la France (qu’on pense en particulier, entre cent exemples, aux massacres du 8 mai 1945 en Algérie ou encore à ceux commis à Madagascar en 1947), mais aussi la Belgique. Nous publions ainsi un texte d’Eric Toussaint qui a servi en 2007 d’exposé à une conférence puis de préface à un livre intitulé Promenade au Congo. Petit guide anticolonial de Belgique, publié en 2010 et épuisé depuis.

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En premier lieu, je voudrais aborder la question du contexte historique dans lequel le Congo devient un Etat soumis à la Belgique par l’intermédiaire de son roi, Léopold II. Ensuite, j’analyserai une série d’éléments sur l’exploitation du Congo. La démarche du CADTM, qui co-organise cette activité avec différentes associations liégeoises, se situe dans le cours et le moyen terme. Il s’agit de lancer un débat absolument nécessaire sur la mémoire, sur le rôle de la Belgique, très concret, à l’égard du peuple congolais, de la fin du 19e siècle jusqu’à aujourd’hui.

Ce soir, nous allons aborder la période du Congo soumis à Léopold II (1885-1908). L’idée est d’organiser une série d’activités dans les huit ou neuf mois qui viennent pour décrire la situation jusqu’à aujourd’hui. Après cette soirée, nous aborderons la période 1908 à 1960 quand le Congo passe de Léopold II à la Belgique, l’indépendance du Congo en 1960, les circonstances de cette indépendance, l’assassinat du premier ministre congolais Patrice Lumumba, le rôle de la Belgique dans le soutien et dans l’organisation de cet assassinat, son soutien à la dictature de Mobutu ; la fin du régime de Mobutu et la période ouverte par la fin de Mobutu, c’est-à-dire, la période actuelle qui s’étale sur dix ans, de 1997 à 2007.

Nous pensons convoquer des activités non seulement à Liège mais à Bruxelles, à Mons, à Ostende et dans d’autres villes, parce que ce pays est empli de symboles qui renvoient à la période de Léopold II. Des symboles qui, pour la plupart, comme la plaque de bronze de l’hôtel de ville de Liège, ont été construits, créés dans les années 1930, dans un contexte bien précis : il fallait faire oublier les atrocités de l’époque léopoldienne.

En effet, au début du 20e siècle, dans le cadre d’une campagne internationale de protestation contre les crimes dont se rendait coupable le régime de Léopold II au Congo, une période d’opprobre frappe Léopold II. Puis, on enregistre au cours des années 1930, une sorte de réhabilitation de Léopold II : on érige des statues équestres de Léopold II et on inaugure des plaques « commémoratives » dans une série de lieux publics extrêmement importants au niveau de la mémoire, comme le hall de l’hôtel de ville de Liège.

Nous voulons aborder d’une manière tout à fait critique, avec un parti pris de mise en cause, ces aspects de l’Histoire de manière à ce que la Belgique assure réellement un devoir de mémoire, une obligation de mémoire. Comme le disait José Mukadi qui a introduit cette soirée, des débats ont agité en Belgique, dans les huit derniers mois, sur la question de savoir s’il fallait permettre à un nouvel élu municipal de siéger dans un conseil communal alors qu’il niait le génocide arménien du début du 20e siècle.

Par contre, le silence est de mise lorsqu’il s’agit des actions du Roi des Belges au Congo de la fin du 19e siècle au début du 20e siècle. Il y a là une mémoire tout à fait sélective des mandataires politiques belges, de la presse, de certains professeurs d’université. Notre rôle consiste à réintroduire dans le débat, dans les questions de société, la responsabilité de la Belgique à l’égard du peuple congolais.

Il s’agit d’un travail qui s’étendra sur plusieurs mois. Nous convoquerons, avec d’autres organisations, une journée d’étude à Bruxelles où nous ferons appel à une série d’historiens en leur donnant le temps d’exposer les faits et de débattre. Je précise que moi-même, je ne suis pas docteur en histoire, je suis historien de l’école normale de Jonf


Article publié le 03 Juil 2020 sur Contretemps.eu