Mars 15, 2021
Par Le Monde Libertaire
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photo de Nadar

Nous souvenons nous que l’auteur de L’Internationale est un modeste ouvrier, dessinateur sur étoffes du nom d’Eugène Pottier.

Fragments de paroles de L’Internationale – source : Creative Commons

L’anniversaire des 150 ans de la Commune est une belle occasion de se rappeler ce grand poète qui s’écria lorsque ses amis lui offrirent le choix entre une liste de souscription et la publication de ses chants révolutionnaires :
Qu’on publie mes œuvres et que je meure de faim !
Cette parole, fut rapportée par Nadaud, un chansonnier réputé qui admirait le poète.

L’Internationale, c’est un véritable cri du cœur d’un communard réfugié dans une mansarde du quartier de la Goutte d’Or après la semaine sanglante de la Commune en Mai 1871. Pour rappel, L’Internationale fut mise en musique par un ouvrier tourneur belge, Pierre Degeyter, en 1888 et fut publiée pour la première fois par le journal anarchiste l’Agitateur en Avril 1892.

Issu d’une famille pauvre, Eugène Pottier consacrait ses soirées à la poésie, il fréquentait les goguettes et notamment l’une d’elles située rue Basse du Rampart où il rencontra en 1848 le chansonnier Nadaud lequel, 35 ans plus tard, paya les frais d’impression de son premier recueil Quel est le fou en 1884.

Eugène Pottier participa aux combats de la Révolution de 1848 ainsi qu’au siège de Paris par l’armée prussienne en 1870 avant de rejoindre les artisans de la Commune. Il y est élu membre de la Commune de Paris et fait partie de la commission des Services ainsi que de la Fédération des artistes
Condamné à mort par contumace en 1873, contraint à l’exil aux États-Unis, il organisa la solidarité pour les communards déportés. Après l’amnistie de 1880, il revint en France, hémiplégique et misérable.
Évidemment nous n’avons aucun enregistrement des performances d’Eugène Pottier dans les goguettes, seulement le témoignage de Nadaud impressionné par la véhémence du poète qui remporta le premier prix d’un concours organisé par la Lice chansonnière.
Mais nous pouvons nous reporter au recueil Chants et Poésies Révolutionnaires qui rassemble des œuvres écrites de 1848 à 1884.
Eugène Pottier a écrit toute sa vie. Il est le représentant type du poète politique engagé pour qui poème et combat allaient de pair.
Ses chants de résistance sont toujours d’actualité et continuent à nous interpeller :

Ne Dérangeons Pas Le Monde
Utopistes que nous sommes,
Comme on doit nous trouver fous !
Vouloir le bonheur des hommes
Mais de quoi nous mêlons-nous ?
Mieux vaut chanter à la ronde
Et boire à plein gobelet ;
Ne dérangeons pas le monde,
Laissons chacun comme il est !

DROITS ET DEVOIRS. (1884)
Les forts auront les droits, les faibles les devoirs !”
On grava sur le roc cette loi sociale
Et l’autorité fut l’Idole colossale
Écrasant sous son char ses croyants blancs et noirs
.

Le pontife endormeur fuma ses encensoirs
Et la foule peina, misérable et vassale.
Alors, l’Égalité pris sa torche et, fatale,
Incendia la caste et brûla les manoirs.

– … Avenir ! Oh ! quelle est cette mère ravie
Qui sourit à l’enfant qui tette et boit sa vie ?
C’est toi, société future en qui je crois !

Le sang a submergé ta devise première
Et tu viens de tracer en lettres de lumière :
« Les forts ont les devoirs et les faibles les droits !»

Et bien d’autres poèmes, Le fils de la fange, La Sainte Trinité, Ce que dit le pain, Madeleine et Marie (Dédié à Louise Michel) etc.
L’une des chansons nous a particulièrement touchés. Il s’agit de La grève des femmes :
Il surgit une autre Pucelle.
Insurgeant la femme, elle dit :
« Jusqu’à la paix universelle
» Tenons l’amour en interdit.

» A bas la guerre ! en grève ! en grève !
» La femme doit briser le glaive.
» Nargue à l’époux, nargue à l’amant !
» Jusqu’au désarmement :
» Les femmes sont en grève !

Et bien sûr :
Elle n’est pas morte
Sur l’air de T’en fais pas Nicolas de Victor Parizot
(Ecrite en Mai 1886 dédiée Aux survivants de la Commune)
Chantée par Serge Utgé-Royo, Marc Ogeret, les 4 Barbus etc.

Des milliers d’ouvriers parisiens aux cris de « Vive Pottier, vive la Commune » rendirent hommage à Eugène Pottier lors de son enterrement au cimetière du Père Lachaise qui abrite comme chacun sait le Mur des Fédérés.

Eze, le 15 Mars 2021
Evelyne Trân

N.B Sources :
L’anthologie des poésies libertaires par Jacques COLY. Editions Résurgence

https://www.poesies.net/eugenepottier.html
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Source: Monde-libertaire.fr