Avril 3, 2020
Par Le Poing
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Centre de rétention administrative de Sète

Le
Centre de Rétention Administrative (CRA) de Sète a fermé ce
mercredi 1er
avril suite à la libération du dernier « retenu ». Selon
une avocate montpelliéraine spécialisée dans le droit des
étrangers, les
détenu·e·s dépourvu·e·s
de papiers français
condamné·e·s à une interdiction de territoire national seraient
redirigé·e·s
vers le CRA de Nîmes à leur sortie de prison, et
le
CRA de Perpignan serait aussi en voie de fermer dans les prochains
jours. N’en déplaise aux juges des libertés et de la détention,
les retenu·e·s
sont progressivement libéré·e·s
par la cour d’appel de Montpellier. À l’exception des sortants de
prison, il n’y a plus de nouveaux arrivants dans les CRA de la région
Occitanie, la frontière espagnole étant fermée et les consignes
préfectorales allant dans le sens d’un arrêt des contrôles des
personnes migrantes, toujours
selon notre avocate.
Partout en France, les CRA se vident petit à petit mais le
gouvernement refuse d’homogénéiser la situation.

Situation
hétérogène et inaction politique

Le
27 mars, le Conseil d’État a rejeté
la demande de fermeture temporaire des CRA formulée par le groupe
d’information et de soutien des immigré·e·s
(GISTI), l’association « Avocats pour la Défense des Droits des
Étrangers
» (ADDE), le Syndicat des avocats de France, l’association La
Cimade et le Conseil national des barreaux. Il renvoie à la
responsabilité des juges des libertés « qui
ont la compétence pour mettre fin à la rétention lorsqu’elle ne
se justifie plus pour quelque motif que ce soit ».
Il
met aussi en avant le fait que « l’autorité
administrative a pu procéder, dans la période récente, à des
éloignements du territoire, en dépit des restrictions mises par de
nombreux
États
à l’entrée sur leur territoire de ressortissants de pays tiers et
de la très forte diminution des transports aériens ».

Le
nombre de remises en liberté prouve pourtant que la faisabilité de
ces éloignements est aujourd’hui très limitée : les
liaisons aériennes et maritimes internationales sont largement
interrompues, les frontières de l’Union européenne et de l’espace
Schengen sont fermées. Cet acharnement à maintenir le principe de
la continuité des expulsions est révélateur de la position adoptée
par l’État français à l’égard des personnes migrantes. Cette
réponse du Conseil d’État marque clairement la ligne choisie :
les expulsions sont considérées comme prioritaires, faisant partie
des actions « indispensables à la Nation », plus
urgentes que la santé des personnes en situation irrégulière et du
personnel travaillant en CRA. La demande de fermeture des CRA semble
pourtant relever du bon sens sanitaire.

Une
absurdité sanitaire

Dès
le 17 mars, la Contrôleuse générale des lieux de privation de
liberté explique
dans un communiqué que « ces
mesures
[confinement
et distanciation sociale, annoncées le 16 mars] mettent
cruellement en lumière les conditions de promiscuité et de
surpopulation qui prévalent dans certains lieux de privation de
liberté en France, telles que dans les maisons d’arrêt et les
centres de rétention administratives. Concernant les centres de
rétention administrative, il a été indiqué au CGLPL que l’on
observe dans certains centres une absence totale d’information de
la population retenue, un hébergement collectif dans la promiscuité,
le maintien de la restauration collective et un défaut complet de
protection, tant de la population retenue que des fonctionnaires de
police. Dans de telles conditions, l’
État
manque à son obligation de protéger à la fois ses agents et les
personnes qu’il a lui-même placées sous sa garde. »

Les
associations dont la requête de fermeture des
CRA fut
rejetée estimaient que la situation peut être caractérisée
d’urgence « à
raison, d’une part, du caractère préoccupant de la situation
sanitaire sur le territoire français, de l’augmentation
exponentielle du nombre de patients infectés par le covid-19 et du
risque, à court terme, de saturation du système de santé français,
d’autre part, des conditions de retenue dégradées dans les
centres de rétention administrative, du risque réel et imminent
d’une contamination généralisée des personnes retenues qui
participerait au risque d’engorgement des hôpitaux et, enfin, de
la suppression des droits élémentaires des personnes retenues liée
aux mesures de confinement édictées ».

Des
retenus ont également alerté sur leur situation, comme dans un
communiqué des détenus du CRA de Palaiseau : « Il
n’y a rien ici, il y a que la police qui nous enferme. Avec le
virus pas de visite au médecin, il s’en fout, et les policiers
traînent
dans les couloirs sans masque »

(communiqué
émanant du CRA de Palaiseau).

Un
choix politique

Le
gouvernement français a donc fait le choix de l’inaction – alors
mêmes que d’autres pays ont pris
des mesures plus
sociales, et adaptées au
péril sanitaire.
Depuis ce lundi 30 mars, le Portugal a décidé de temporairement
régulariser
tous les sans-papiers (les
immigrés
en attente de titre de séjour, ainsi que les demandeurs d’asile).
Cette décision est motivée par la volonté de permettre à des
populations marginalisées de pouvoir accéder aux mesures de
solidarités mises en place par l’État
dans le cadre de la pandémie (prise en charge à domicile en cas de
symptômes, mesures de protection de l’emploi et du salaire…) La
santé et le bien-être des personnes migrantes est dans l’intérêt
de toutes et tous : réclamons la fermeture officielle
des
CRA et la régularisation de tous les sans-papiers !




Source: Lepoing.net