Mars 15, 2021
Par Bourrasque
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Le texte suivant raconte l’histoire de l’épidémie et de l’intervention de Malatesta, incluant tous les documents de sources primaires disponibles sur la participation des anarchistes italiens, dont certains n’ont jamais été traduits en français. Une grande partie du contexte historique est tirée de l’excellent Naples in the Time of Cholera, 1884-1911 de Frank M. Snowden. Merci à Davide Turcato, l’éditeur des œuvres complètes de Malatesta ; le Centre International de Recherches sur l’Anarchisme de Lausanne ; et des archivistes et des bibliothécaires radicaux·ales partout dans le monde qui préservent l’histoire anarchiste, nous permettant d’apprendre du passé.

En 1884, le choléra ravagea plusieurs régions d’Italie, avec une virulence particulièrement élevée à Naples. Selon les statistiques du préfet, le choléra toucha plus de 14 000 personnes dans la province, tuant 8 000 d’entre elles, dont 7 000 périrent dans la seule ville de Naples. L’État réagit en imposant des mesures répressives : la ville fut placée sous la loi martiale, des restrictions de mouvement furent imposées, selon des méthodes similaires à celles employées à l’occasion du tremblement de terre de Messine ou du séisme plus récent à L’Aquila. Les volontaires de la Croix-Blanche, de la Croix-Rouge, des sociaux-démocrates, des républicains et des socialistes adoptèrent une approche très différente. Felice Cavallotti, Giovanni Bovio, Andrea Costa et Errico Malatesta, rien de moins, étaient actifs dans les rues de Naples. Et non sans risque pour leur propre santé : les volontaires socialistes Massimiliano Boschi, Francesco Valdrè et Rocco Lombardo attrapèrent le choléra et périrent.

Malatesta et d’autres camarades de diverses régions d’Italie se rendirent à Naples comme volontaires médicaux pour soigner les personnes touchées par une épidémie de choléra. Deux anarchistes, Rocco Lombardo et Antonio Valdrè, y moururent, emportés par la maladie. Le célèbre anarchiste Galileo Palla se distingua particulièrement par son altruisme, son énergie et son esprit de sacrifice. En tant qu’ancien étudiant en médecine, Malatesta se vit confier une section de malades ; ils avaient un taux de guérison particulièrement élevé car il savait comment forcer la ville de Naples à livrer de la nourriture et des médicaments en abondance, qu’il distribuait généreusement. On lui offrit une décoration officielle, l’ordre de bon mérite, qu’il refusa. À la fin de l’épidémie, les anarchistes quittèrent Naples et publièrent un manifeste expliquant que « la véritable cause du choléra est la pauvreté, et le véritable remède pour empêcher son retour ne peut être rien de moins qu’une révolution sociale. »

-* La vie de Malatesta, Luigi Fabbri

Le choléra est une maladie bactérienne infectieuse, généralement contractée à partir de sources d’eau contaminées, qui peut provoquer vomissements et diarrhée jusqu’à la mort. « La vraie cause du choléra » était-elle vraiment la pauvreté, ou était-ce juste une rhétorique idéologique ? Continuez à lire et décidez par vous-même.




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Les Origines de l’Italie et de l’Anarchisme Italien

L’Italie était encore un jeune pays lorsque l’épidémie de choléra frappa en 1884. Pour comprendre pourquoi Naples fut si durement touchée et ce que signifiait que des anarchistes de toute l’Italie s’y rendent par solidarité, il faut remonter deux décennies en arrière.

Jusqu’en 1861, l’Italie n’existait pas. La péninsule était divisée en divers royaumes et duchés sous la direction de nombreux dirigeants locaux. Les premier·e·s partisan·e·s de l’unification italienne étaient des nationalistes comme Giuseppe Mazzini, qui appela les républicain·e·s révolutionnaires de toute l’Europe à renverser les anciens monarques et à établir de nouvelles nations sur la base d’une langue, d’une géographie et d’une « unité d’objectifs » partagées. L’idée était que les riches et les pauvres devraient travailler ensemble solidairement sous la bannière de la nation.

En fait, les habitant·e·s de la péninsule italienne ne possédaient pas de langue ou de culture commune. Beaucoup de dialectes parlés dans différentes parties de la péninsule étaient mutuellement inintelligibles ; il y avait des différences culturelles et économiques massives entre les différentes régions. Mazzini cherchait à inventer une langue et une culture communes là où il n’en existait pas, afin de jeter les bases d’un État moderne compétitif.

Contrairement à leurs intentions, celleux qui cherchèrent à mettre en œuvre le programme de libération nationale de Mazzini aboutirent finalement à l’unification de l’Italie sous une monarchie. Des révolutionnaires comme Giuseppe Garibaldi risquèrent leur vie dans la guérilla pour unifier la péninsule en tant que république, mais chaque fois qu’iels réussissaient à renverser un roi, un autre prenait simplement le contrôle de la région, jusqu’à ce que le roi Victor Emmanuel de Sardaigne règne sur toute l’Italie. Une fois arrivé au pouvoir, le roi Victor Emmanuel n’œuvra pas sous la bannière de la nation pour le bien de tous·tes les Italien·ne·s ; au contraire, il entreprit immédiatement de piller la partie sud de la péninsule pour enrichir ses propres coffres. En imaginant que tous·tes les Italien·ne·s pouvaient partager un intérêt commun, Mazzini avait échoué à appréhender le conflit de classe à la base de la société capitaliste.

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Source: Bourrasque-info.org