Septembre 25, 2022
Par Debunkers De Hoax
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Comme vous avez pu vous en apercevoir, nous tentons rĂ©guliĂšrement de contre la propagande Poutinienne relayĂ©e par la fachosphĂšre française concernant la guerre impĂ©rialiste Russe sur l’Ukraine. C’est une continuitĂ© de notre longue sĂ©rie sur Poutine, et son rĂ©gime commencĂ©e en 2013 (dĂ©jĂ ).

Nous faisons donc le tour des plus gros infoxs actuels sur ce sujet:

Cette fois nous allons nous intĂ©resser Ă  un gros morceau: les « accords de Minsk I et II Â».
Vous l’avez surement  vu c’est une antienne lancinante des collabos pro-Poutine: l’Ukraine en la personne de Zelensky n’aurait pas respectĂ© ces accords ouvrant la voie Ă  l’invasion d’annexion Russe.

Tous nazis!

Sous-entendu Ă©vident: l’Ukraine portait une jupe trop courte ce qui a excitĂ© Poutine et motivĂ© son agression. C’est une classique inversion accusatoire, typique des extrĂȘmes droites pour justifier l’inacceptable:

  • la montĂ©e des extrĂȘmes droites, c’est la faute du « wokisme Â» (de la gauche donc);
  • le racisme, c’est la faute des antiracistes;
  • le fascisme, c’est la faute des antifascistes;
  • l’homophobie, c’est la faute des homos qui s’affichent;
  • l’antisĂ©mitisme, c’est la faute des juifs;
  • les viols, c’est la faute des femmes qui s’habillent trop lĂ©gĂšrement;

Et ainsi de suite ad nauseam


Alors, nous allons voir ce qu’il en est. De Minsk bien sĂ»r. Mais aussi de GROS dĂ©tails qui ne collent pas DU TOUT avec cette propagande Ă©hontĂ©e et aveugle. Et puisque comme le dit Nietzsche:

“ Der Teufel steckt im Detail” (ce qui se traduit par « le diable se cache dans les dĂ©tails »)

attaquons nous d’abord aux autres Ă©lĂ©ments « oubliĂ©s Â» de ce qui devrait concerner cette discussion.

Une armée de pillards

I)Les autres traités/constitutions et autres traités ONUsiens

1)Contexte historique des relations russo-ukrainiennes

Les relations entre la Russie et l’Ukraine sont complexes depuis la dislocation de l’URSS. Elles sont Ă©maillĂ©es de plusieurs diffĂ©rends Ă©conomiques (conflits gaziers). Elles se sont amplement tendues depuis 2014, jusqu’à atteindre un conflit indirect Ă  l’occasion de la Guerre du Donbass, dans le cadre du conflit russo-ukrainien, en raison de la crise de CrimĂ©e, qui voit la CrimĂ©e et SĂ©bastopol (territoires ukrainiens depuis 1954) ĂȘtre annexĂ©s unilatĂ©ralement par la fĂ©dĂ©ration de Russie Ă  la suite du rĂ©fĂ©rendum de 2014, non reconnu par la majoritĂ© de la communautĂ© internationale. Elles se sont aussi tendues en raison de la guerre du Donbass, dans laquelle la Russie est impliquĂ©e en y menant une guerre hybride. Le 24 fĂ©vrier 2022, date du dĂ©but de l’invasion russe aprĂšs une crise diplomatique dĂ©butĂ©e en mars 2021, l’Ukraine rompt ses relations diplomatiques avec la Russie.

À la suite de la dislocation de l’URSS en 1991, l’Ukraine possĂ©dait le troisiĂšme plus gros arsenal nuclĂ©aire au monde. De 1994 Ă  1996 elle retourne ses 1 900 armes nuclĂ©aires stratĂ©giques Ă  la Russie pour qu’elles soient dĂ©mantelĂ©es en application du MĂ©morandum de Budapest dans lequel la FĂ©dĂ©ration de Russie, avec d’autres pays affirment «leur obligation de s’abstenir de recourir Ă  la menace ou Ă  l’emploi de la force contre l’intĂ©gritĂ© territoriale ou l’indĂ©pendance politique de l’Ukraine».

Les relations russo-ukrainiennes sont tendues (notamment Ă  propos de la CrimĂ©e abritant la Flotte de la mer Noire de la marine russe mais aussi en raison de la mer d’Azov partagĂ©e entre les deux États) et se dĂ©tĂ©riorent grandement Ă  la suite de la RĂ©volution orange en 2004 et des crises gaziĂšres de 2006 et de 2008.

D’un point de vue gĂ©opolitique, la RĂ©volution orange marque un rapprochement de l’Ukraine avec l’OTAN et avec l’Union europĂ©enne.

Le phare du cap Sarytch, en CrimĂ©e, est occupĂ© par l’armĂ©e russe depuis le 3 aoĂ»t 2005, situation Ă  l’origine d’un diffĂ©rend entre la Russie et l’Ukraine, cette derniĂšre souhaitant le rĂ©cupĂ©rer. L’üle de Touzla, dans le dĂ©troit de Kertch, constitue un autre point de dĂ©saccord rĂ©current.

Le dĂ©barquement de matĂ©riel militaire amĂ©ricain dans le port de ThĂ©odosie, en CrimĂ©e, en 2006 en prĂ©vision de l’exercice Sea Breeze 2006 a dĂ©tĂ©riorĂ© davantage les relations bilatĂ©rales. Il en est rĂ©sultĂ© un clivage Ă  l’intĂ©rieur-mĂȘme de l’Ukraine entre les pro-Russes, les pro-Occidentaux et les « neutralistes Â».

Un premier conflit gazier, soulignant la dĂ©pendance Ă©nergĂ©tique de l’Ukraine vis-Ă -vis de la Russie, dĂ©bute en mars 2005 pour culminer le 1er janvier 2006, Gazprom refusant d’alimenter les gazoducs ukrainiens Ă  la suite d’un dĂ©saccord sur le prix de transit par les gazoducs ukrainiens.

Conflits gaziers

Une autre crise gaziĂšre majeure avec l’Ukraine Ă©clate le 2 janvier 2009, Ă  la suite d’un diffĂ©rend entre l’Ukraine et Gazprom sur le prix Ă  payer en 2009 et faute de paiements d’une partie des livraisons de 2008, Gazprom a rĂ©duit, puis stoppĂ© les livraisons du gaz naturel Ă  l’Ukraine.

L’élection le 7 janvier 2010 de Viktor Ianoukovytch Ă  la tĂȘte de l’État ukrainien, considĂ©rĂ© comme pro-russe, a contribuĂ© au rĂ©chauffement des relations bilatĂ©rales.

Le 21 avril 2010, le nouveau prĂ©sident ukrainien Viktor Ianoukovytch a signĂ© avec son homologue russe, Dmitri Medvedev, un traitĂ© portant d’une part sur le prolongement pour vingt-cinq ans du bail de la Flotte russe de la mer Noire basĂ©e Ă  SĂ©bastopol en CrimĂ©e, et d’autre part sur la diminution du prix du gaz russe livrĂ© Ă  l’Ukraine de 30 %. Sur le plan militaire, la Russie dispose d’une garnison de 13 000 hommes Ă  SĂ©bastopol.

Viktor Ianoukovytch s’est Ă©galement ralliĂ© Ă  la position russe concernant le Holodomor, la grande famine ukrainienne des annĂ©es 1930. Contrairement Ă  son prĂ©dĂ©cesseur Viktor Iouchtchenko, le nouveau prĂ©sident refuse de considĂ©rer le Holodomor comme un gĂ©nocide.

Rappelons que ce gĂ©nocide de l’Holodomor est une des rancunes tenaces (et on les comprend) du peuple Ukrainien envers la Russie. D’autant que cette mĂȘme Russie refuse de reconnaĂźtre sa responsabilitĂ©:

Les Ukrainiens aussi, qui entretiennent le souvenir toujours vif de l’Holodomor, cet Ă©pisode de famines qu’il considĂšrent comme un gĂ©nocide. Au vu du prĂ©sent dramatique, c’est ainsi une histoire mĂ©connue qui remonte Ă  la surface, avec Moscou en dĂ©nominateur commun.

[
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L’Holodomor a activement contribuĂ© Ă  l’élaboration d’une pensĂ©e nationaliste Ukrainienne. Et malheureusement Ă  de terribles errements dont la collaboration avec l’Allemagne nazie. La terreur stalinienne (et donc l’Holodomor) ont poussĂ© certains ukrainiens dans les bras du reich.

MĂ©morial aux victimes de l’Holodomor par JarosƂaw GĂłralczyk

Fin 2013, alors qu’un accord d’association doit ĂȘtre signĂ© entre l’UE et l’Ukraine, la Russie essaie de faire pression sur Kiev pour le faire changer d’avis, notamment en restreignant certains produits, en revoyant les prix du gaz et en envisageant d’imposer aux citoyens ukrainiens un passeport Ă©tranger. Moscou craint en effet que cette union se fasse Ă  son dĂ©sintĂ©rĂȘt, alors que Vladimir Poutine ambitionne en mĂȘme temps un rapprochement avec les pays anciennement soviĂ©tiques. En novembre 2013, l’Ukraine dĂ©cide finalement, en raison de pressions russes, de refuser l’accord avec l’Union europĂ©enne et de Â« relance[r] un dialogue actif avec Moscou Â». Ce revirement entraĂźne d’importantes manifestations pro-europĂ©ennes Ă  Kiev rassemblant au moins 100 000 personnes et plusieurs centaines de milliers au total, l’occupation de la place Maidan et de la mairie, avec comme mot d’ordre la dĂ©mission du prĂ©sident Viktor Ianoukovytch.

Le 23 fĂ©vrier 2014, Ianoukovytch fuit en Russie et l’opposition prend le pouvoir, la Russie ne reconnaissant pas la lĂ©gitimitĂ© du nouveau gouvernement ukrainien, qualifiant son accession au pouvoir de coup d’État. DĂ©bute alors une crise entre les deux pays, des troubles en CrimĂ©e et dans le sud-est de l’Ukraine avec la crise de CrimĂ©e et la guerre du Donbass.

Le 21 mars 2014, l’Ukraine signe le volet politique du Partenariat oriental avec l’Union europĂ©enne, dont le rejet par Viktor Ianoukovytch avait dĂ©clenchĂ© les manifestations d’EuromaĂŻdan.

En fĂ©vrier et mars 2014, la Russie a envahi puis annexĂ© la pĂ©ninsule de CrimĂ©e depuis l’Ukraine en utilisant des forces russes infiltrĂ©es . Ceci a Ă©tĂ© reconnu par Vladimir Poutine lui-mĂȘme. Ces forces ont mĂȘme prises d’assaut le parlement CrimĂ©en.
Dans le Donbass c’est Ă©galement la Russie qui a dĂ©butĂ© le conflit.
DĂ©jĂ  avant la rĂ©volution ukrainienne de 2014 , le Berkut (sorte de police autonome) avait des antĂ©cĂ©dents d’activitĂ©s illĂ©gales contre les citoyens ukrainiens, telles que le racket , le terrorisme , la violence physique , la torture , le sentiment anti-ukrainien , l’intimidation des Ă©lecteurs .et d’autres tactiques de la police secrĂšte contre ceux qui Ă©liraient des candidats non Ianoukovitch , et la violence contre les manifestants pendant l’ EuromaĂŻdan et la RĂ©volution orange. RepĂ©rĂ©s dans le Donbass pour leurs opinions antisĂ©mites et nĂ©o nazies, elles ont Ă©tĂ© soutenues par la Russie. Ils ont ensuite largement Ă©tĂ© incorporĂ© dans les forces sĂ©paratistes.
Idem en Crimée.
Divers groupes de militants sĂ©paratistes comme la « Milice populaire du Donbass Â», dirigĂ© par Pavel Gubarev (aux sympathies nĂ©o nazies) ont Ă©tĂ© tĂ©lĂ©guidĂ©es, armĂ©es et organisĂ©es par la Russie.

Alors que les protestations initiales Ă©taient en grande partie des expressions indigĂšnes de mĂ©contentement Ă  l’égard du nouveau gouvernement ukrainien, la Russie en a profitĂ© pour lancer une campagne politique et militaire coordonnĂ©e contre l’Ukraine. Les citoyens russes ont dirigĂ© le mouvement sĂ©paratiste Ă  Donetsk d’avril Ă  aoĂ»t 2014 et ont Ă©tĂ© soutenus par des volontaires et du matĂ©riel russes. Alors que le conflit s’intensifiait en mai 2014, la Russie a employĂ© une « approche hybride », dĂ©ployant une combinaison de dĂ©sinformation, de combattants irrĂ©guliers, de troupes russes rĂ©guliĂšres et de soutien militaire conventionnel pour dĂ©stabiliser le Donbass.

A la lecture de ceci, on le voit bien, le conflit est bien antérieur à 2014 et précÚde Maïdan.
En fait la sociĂ©tĂ© Russe n’a jamais acceptĂ©e l’indĂ©pendance ukrainienne. Cet Ă©vĂ©nement a stupĂ©fiĂ© la population russe et les dirigeants de la Russie. Ils ne voient pas l’Ukraine comme une nation mais plus comme une composante rĂ©gionale de la nation russe. Pour nombre d’entre eux l’ukrainien est moins une langue Ă  part entiĂšre qu’un dialecte du russe. Par ailleurs l’Ukraine a les mĂȘmes origines historiques que la Russie et pour eux, elle fait partie de cette derniĂšre depuis plusieurs siĂšcles. La Russie reconnait nĂ©anmoins officiellement l’Ukraine en dĂ©cembre 1991. Mais intellectuels (notamment Soljenitsyne) comme hommes politiques considĂšrent qu’il s’agit d’une situation provisoire et que l’Ukraine va rĂ©intĂ©grer la Russie Ă  court terme. Aussi bien chez les hommes politiques que dans la population russe, ce jugement reste encore majoritaire dans les annĂ©es 2010 (Emmanuelle Armandon, GĂ©opolitique de l’Ukraine, Paris : PUF – Presses Universitaires de France, coll. Â« Que sais-je ? Â», 2016, 125 p.).

GĂ©opolitique de l’Ukraine

Et pourtant, ce faisant, la Russie s’est rendue coupable d’un certains nombres de graves non-respect de traitĂ©s internationaux dont elle fut signataires. Et pas que. Car si on n’écoute que la fachosphĂšre, on dirait que la Russie et l’Ukraine n’ont jamais signĂ© d’autres traitĂ©s que ceux de Minsk I et II. Or rien n’est moins faux.

2)La parole de la Russie ne vaut rien.

L’ensemble des rĂšgles relatives au droit des traitĂ©s a Ă©tĂ© codifiĂ© dans une convention, conclue Ă  Vienne le 23 mai 1969, entrĂ©e en vigueur le 27 janvier 1980 (NDLR).

La Russie a signĂ© divers accords censĂ©s garantir son existence et sa sĂ©curitĂ© Ă  l’Ukraine. PAS UN n’a Ă©tĂ© respectĂ©. Passons les en revue.

A)L’accord de Minsk (1991)

Chose amusante, la fachosphĂšre parle de longue des « accords de Minsk Â» ce qui est impropre. On devrait parler des « protocoles de Minsk Â». « L’accord de Minsk Â»  ou « traitĂ© de Minsk Â», aussi appelĂ© accord de Belovej, de BialovĂšse ou de Belaveja (russe : Đ‘Đ”Đ»ĐŸĐČДжсĐșОД ŃĐŸĐłĐ»Đ°ŃˆĐ”ĐœĐžŃ, BelovejskiĂ© soglachenia), est un traitĂ© signĂ© le 8 dĂ©cembre 1991 dans la forĂȘt de Belovej, en BiĂ©lorussie. Ce document entĂ©rine la dislocation de l’Union soviĂ©tique et donne naissance Ă  la CommunautĂ© des États indĂ©pendants (CEI).

Accord de Minsk 1991

Il fût signé par :

Curieusement, le texte original a disparu, mais des copies subsistent. En voici les points principaux. Et parmi eux, un point qui nous intĂ©resse tout particuliĂšrement donc: garantie est donnĂ©e aux nouveaux Etats, le respect de leurs frontiĂšres, la Russie renonçant Ă  les contester. D’ailleurs l’Ukraine, contrairement Ă  d’autres en Europe, avait gardĂ© toujours l’apparence de son indĂ©pendance et disposait d’un siĂšge au sein de l’ONU, mĂȘme si elle n’avait le choix que de voter comme l’URSS.

La parole de la Russie ne vaut rien!

B)Les accords d’Alma Ata

Les accords d’Alma-Ata sont un ensemble de dĂ©clarations et de textes signĂ©s le 21 dĂ©cembre 1991 par onze des quinze anciennes rĂ©publiques socialistes soviĂ©tiques, relatifs Ă  la cessation d’existence de l’Union soviĂ©tique et Ă  la fondation de la CommunautĂ© des États indĂ©pendants (CEI).

Accords d’Alma-Ata

Ils Ă©tendent Ă  huit autres États l’accord de Minsk du 8 dĂ©cembre 1991 portant crĂ©ation de la CEI par la BiĂ©lorussie, la Russie et l’Ukraine. À peine adoptĂ© le texte de l’accord est modifiĂ© Ă  la demande de l’Ukraine oĂč le oui Ă  l’indĂ©pendance l’emporte avec plus de 90% des voix lors du rĂ©fĂ©rendum du 1er dĂ©cembre 1991 ce qui incite le Parlement ukrainien Ă  le faire modifier dans le sens d’une plus grande garantie d’autonomie et du rejet de dispositions qui pourraient ouvrir la porte Ă  une forme de confĂ©dĂ©ration. Mais les accords restent valables. La reconnaissance par la Russie des frontiĂšres de l’Ukraine est explicitĂ©e dans les accords d’Alma-Ata et dans l’accord Ă©tablissant la CommunautĂ© des Etats indĂ©pendants (accord de Minsk) du 8 dĂ©cembre 1991.

La parole de la Russie ne vaut rien!

C)Les MĂ©morandums de Budapest (1994 et 2009)

Les mĂ©morandums de Budapest sont trois documents signĂ©s en termes identiques le 5 dĂ©cembre 1994, respectivement par la BiĂ©lorussie, le Kazakhstan et l’Ukraine ainsi que par les Ă‰tats-Unis, le Royaume-Uni et la Russie qui accordent des garanties d’intĂ©gritĂ© territoriale et de sĂ©curitĂ© Ă  chacune de ces trois anciennes RĂ©publiques socialistes soviĂ©tiques en Ă©change de leur ratification du traitĂ© sur la non-prolifĂ©ration des armes nuclĂ©aires (TNP).

Le mémorandum de Budapest

En 2009, les États-Unis et la Russie confirment la validitĂ© de ces trois mĂ©morandums. A cette pĂ©riode, Poutine est chef du gouvernement de Medvedev
Il est donc au pouvoir au moment de cette confirmation.

La déclaration indique:

« Le respect par ces États de leurs obligations au titre du protocole au traitĂ© START du 23 mai 1992 (Protocole de Lisbonne) et leur adhĂ©sion au TNP en tant qu’États non dotĂ©s d’armes nuclĂ©aires ont renforcĂ© leur sĂ©curitĂ©, ce qui s’est traduit, entre autres, dans les mĂ©morandums de Budapest du 5 dĂ©cembre 1994. À cet Ă©gard, les États-Unis d’AmĂ©rique et la FĂ©dĂ©ration de Russie confirment que les assurances consignĂ©es dans les mĂ©morandums de Budapest resteront en vigueur aprĂšs le 4 dĂ©cembre 2009. Â»

La parole de la Russie ne vaut rien!

D)TraitĂ© d’amitiĂ© russo-ukrainien (1997)

Le traitĂ© d’amitiĂ©, de coopĂ©ration et de partenariat entre l’Ukraine et la FĂ©dĂ©ration de Russie est un accord entre l’Ukraine et la Russie, signĂ© le 31 mai 1997 (en vigueur du 1er avril 1999 jusqu’au 31 mars 2019) fixe le principe de partenariat stratĂ©gique, la reconnaissance de l’inviolabilitĂ© des frontiĂšres et le respect de l’intĂ©gritĂ© territoriale et l’engagement mutuel de ne pas utiliser son territoire pour atteinte Ă  la sĂ©curitĂ© de l’autre.

Le traitĂ© interdit Ă  l’Ukraine et la Russie de s’envahir l’un l’autre et de se dĂ©clarer la guerre, dĂ©clinĂ© en ces termes:

Article 2
The High Contracting Parties, in accordance with the provisions of the Charter of the United Nations and their obligations under the Final Act of the Conference on Security and Cooperation in Europe, shall respect each other’s territorial integrity and confirm the inviolability of their common borders.

Article 3
The High Contracting Parties shall base their relations with each other on the principles of mutual respect, sovereign equality, territorial integrity, the inviolability of borders, the peaceful settlement of disputes, the non-use of force or threat of force, including economic and other means of pressure, the right of peoples to control their own destiny, non-interference in internal affairs, observance of human rights and fundamental freedoms, cooperation among States, and conscientious fulfilment of international obligations and other universally recognized norms of international law.

Comme nous l’avons vu les Ă©vĂ©nements prĂ©cĂ©dents 2014, puis l’annexion de la CrimĂ©e et la guerre hybride au Donbass constituent au moins 3 points de violation totale de ce traitĂ©.

Le 19 septembre 2018, le prĂ©sident ukrainien Petro Porochenko signe un dĂ©cret afin de ne pas proroger le traitĂ©. Le 3 dĂ©cembre 2018, le prĂ©sident Porochenko rĂ©dige un projet de loi au Parlement pour mettre fin au TraitĂ© d’amitiĂ© immĂ©diatement avec le soutien des alliĂ©s occidentaux au conseil de sĂ©curitĂ© des Nations unies. Selon Porochenko, le non-renouvellement « ne nĂ©cessite pas un vote Â» au parlement ukrainien. L’Ukraine a annoncĂ© que, le 21 septembre 2018, elle devrait informer les Nations unies et d’autres organisations pertinentes sur la fin du traitĂ©. Le ministĂšre russe des Affaires Ă©trangĂšres a dĂ©clarĂ© qu’elle a Ă©tĂ© notifiĂ©e le 24 septembre 2018 de la rĂ©siliation du traitĂ© par l’Ukraine, exprimant son regret
 Un comble du cynisme.

La parole de la Russie ne vaut rien!

E)TraitĂ© entre la FĂ©dĂ©ration de Russie et l’Ukraine sur la coopĂ©ration dans l’utilisation de la mer d’Azov et du dĂ©troit de Kertch (24 dĂ©cembre 2003)

Suite Ă  la crise du dĂ©troit de Kertch, la Russie et l’Ukraine signerons cet accord:

Les Parties, partant de la nĂ©cessitĂ© de conserver la zone d’eau dĂ©finie par Azov-Kertch en tant que complexe Ă©conomique et naturel intĂ©gral, Ă  utiliser dans l’intĂ©rĂȘt de la FĂ©dĂ©ration de Russie et de l’Ukraine, sont convenues de ce qui suit :

  1. La mer d’Azov et le dĂ©troit de Kertch sont historiquement des eaux intĂ©rieures de la FĂ©dĂ©ration de Russie et de l’Ukraine.
  2. La mer d’Azov doit ĂȘtre dĂ©limitĂ©e par la frontiĂšre d’État conformĂ©ment Ă  l’accord signĂ© par les Parties.
  3. Le rĂšglement des diffĂ©rends concernant les questions relatives Ă  la zone d’eau dĂ©finie de Kertch doit ĂȘtre rĂ©glĂ© par accord entre les Parties.
  4. Les navires de commerce et autres navires d’État non commerciaux battant pavillon de la FĂ©dĂ©ration de Russie et de l’Ukraine jouissent de la libre navigation dans la mer d’Azov et le dĂ©troit de Kertch.
  5. La coopĂ©ration russo-ukrainienne dans les domaines de la navigation, de la pĂȘche, de la protection de l’environnement marin, de la sĂ©curitĂ© Ă©cologique et du sauvetage dans la mer d’Azov et le dĂ©troit de Kertch doit ĂȘtre mise en Ɠuvre sur la base des accords internationaux existants et par conclusion, dans les cas respectifs, des nouveaux.
DĂ©troit de Kertch

L’accord ne sera pas respectĂ© par la Russie. Et dĂ©chirĂ© en morceau, par l’annexion de la CrimĂ©e en 2004.

La parole de la Russie ne vaut rien!

3) Non décidément, la parole de la Russie ne vaut rien.

Mais ce n’est pas tout


A)Non respect des engagements contractĂ©s par l’adhĂ©sion au Conseil de l’Europe

La Russie a adhĂ©rĂ© le 28 fĂ©vrier 1996 au Conseil de l’Europe dont les statuts sont dĂ©finis par le traitĂ© de Londres. A deux reprises, et tout rĂ©cemment le 26 janvier 2015, l’AssemblĂ©e parlementaire du Conseil de l’Europe a estimĂ© nĂ©cessaire de suspendre les pouvoirs de la dĂ©lĂ©gation russe et sa participation aux diffĂ©rentes instances de l’AssemblĂ©e:

« Les pouvoirs non encore ratifiĂ©s de la dĂ©lĂ©gation russe ont Ă©tĂ© contestĂ©s sur la base des articles 8.1 et 8.2 du RĂšglement de l’AssemblĂ©e parlementaire au motif que le rĂŽle et la participation de la FĂ©dĂ©ration de Russie dans le conflit qui touche l’est de l’Ukraine, ainsi que le maintien de son annexion illĂ©gale de la CrimĂ©e, sont contraires au Statut du Conseil de l’Europe (STE n°1) ainsi qu’aux engagements qu’elle a contractĂ©s lors de son adhĂ©sion au Conseil de l’Europe, ce qui, d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, remet en cause le respect par la dĂ©lĂ©gation russe des principes de l’Organisation et des obligations imposĂ©es Ă  ses Etats membres Â».

L’AssemblĂ©e rĂ©affirmera Ă  cette occasion que l’annexion illĂ©gale de la CrimĂ©e par la FĂ©dĂ©ration de Russie constitue une violation grave du droit international, dont la Charte des Nations Unies, l’Acte final d’Helsinki de l’Organisation pour la sĂ©curitĂ© et la coopĂ©ration en Europe (OSCE) ainsi que le Statut du Conseil de l’Europe et les engagements contractĂ©s par la Russie lors de son adhĂ©sion Ă  cette Organisation.
Le Conseil de l’Europe, qui incarne depuis son origine, l’Europe du Droit et des Droits de l’Homme, s’est prĂ©occupĂ© Ă  de trĂšs nombreuses reprises de l’évolution inquiĂ©tante de l’Etat de droit en Russie, de ses atteintes rĂ©pĂ©tĂ©es aux droits des minoritĂ©s et des mĂ©thodes employĂ©es par elle tant en GĂ©orgie en 2008, qu’en CrimĂ©e et en Ukraine en 2014. L’AssemblĂ©e a Ă©mis pas moins de 17 vƓux les condamnant et appelant la FĂ©dĂ©ration Ă  remplir les obligations qu’elle a volontairement souscrites par son adhĂ©sion.

7 traités rompus, 17 recommandations ignorées. Une paille.

La parole de la Russie ne vaut rien!

B)Acte final d’Helsinki (OSCE)

La ConfĂ©rence sur la sĂ©curitĂ© et la coopĂ©ration en Europe, ouverte le 3 juillet 1973 Ă  Helsinki et poursuivie Ă  GenĂšve du 18 septembre 1973 au 21 juillet 1975, est menĂ©e Ă  son terme Ă  Helsinki le 1er aoĂ»t 1975. Elle s’achĂšve les 31 juillet et 1er aoĂ»t 1975 par un sommet des chefs d’État et de gouvernement des 35 États participants. Les USA et la Russie sont signataires.

Acte final d’Helsinki

Document d’une soixantaine de pages, l’Acte final d’Helsinki reprend le dĂ©coupage des travaux en commissions et sous-commissions. Il est avant tout une Ă©numĂ©ration de principes et d’intentions et ne comporte que peu de mesures concrĂštes. Les États participants dĂ©clarent leur rĂ©solution, dans la pĂ©riode suivant la ConfĂ©rence, de tenir dĂ»ment compte des dispositions de l’Acte final de la ConfĂ©rence et de les appliquer. Toutefois, l’Acte final n’a pas la force d’un traitĂ© obligeant ses signataires.

PlacĂ© en tĂȘte du document, le « dĂ©calogue » des principes rĂ©gissant les relations mutuelles des Etats participants en est la partie la plus emblĂ©matique par laquelle les travaux de la CSCE sont souvent rĂ©sumĂ©s:

  1. ÉgalitĂ© souveraine, respect des droits inhĂ©rents Ă  la souverainetĂ©
  2. Non-recours à la menace ou à l’emploi de la force
  3. Inviolabilité des frontiÚres
  4. IntĂ©gritĂ© territoriale des États
  5. RÚglement pacifique des différends
  6. Non-intervention dans les affaires intérieures
  7. Respect des droits de l’homme et des libertĂ©s fondamentales, y compris la libertĂ© de pensĂ©e, de conscience, de religion ou de conviction
  8. ÉgalitĂ© des droits des peuples et droit des peuples Ă  disposer d’eux-mĂȘmes
  9. CoopĂ©ration entre les États
  10. ExĂ©cution de bonne foi des obligations assumĂ©es conformĂ©ment au droit international

PAS UN de ces points n’a Ă©tĂ© respectĂ© par la Russie, non seulement dans sa guerre contre l’Ukraine, mais Ă©galement dans son fonctionnement rĂ©gulier. Rappelons qu’à cette pĂ©riode l’Ukraine est une rĂ©publique autonome: la RĂ©publique socialiste soviĂ©tique d’Ukraine. Elle dispose d’un siĂšge Ă  l’ONU. Mais elle est inclue dans cette signature de l’URSS. Lorsque la FĂ©dĂ©ration de Russie lui succĂšde en 1991, la plupart des Conventions internationales ont en effet Ă©tĂ© ratifiĂ©es par l’URSS et, dans la dĂ©claration signĂ©e Ă  Minsk le 8 dĂ©cembre 1991 par trois des rĂ©publiques fondatrices de l’Union soviĂ©tique en 1922 (la Russie, l’Ukraine et la BiĂ©lorussie), affirmant que l’URSS a dĂ©finitivement cessĂ© d’exister, il est spĂ©cifiĂ© que la Russie lui succĂšde sur le plan international et reprend Ă  son compte l’ensemble des traitĂ©s et conventions approuvĂ©s par l’URSS.
CQFD

La parole de la Russie ne vaut rien!

C)La Charte des Nations Unies (1945)

La Charte des Nations unies, parfois appelĂ©e Charte de San Francisco, est le traitĂ© qui dĂ©finit les buts et les principes de l’Organisation des Nations unies ainsi que la composition, la mission et les pouvoirs de ses organes exĂ©cutifs (le Conseil de sĂ©curitĂ©), dĂ©libĂ©ratifs (l’AssemblĂ©e gĂ©nĂ©rale), judiciaires (la Cour internationale de justice) et administratifs (le Conseil Ă©conomique et social, le Conseil de tutelle et le SecrĂ©tariat). Elle a Ă©tĂ© adoptĂ©e Ă  la fin de la confĂ©rence de San Francisco, le 26 juin 1945.

Charte des Nations Unies

L’article 2 de cette charte est ainsi rĂ©digĂ©:

L’Organisation des Nations Unies et ses Membres, dans la poursuite des buts Ă©noncĂ©s Ă  l’Article 1, doivent agir conformĂ©ment aux principes suivants :

1. L’Organisation est fondĂ©e sur le principe de l’égalitĂ© souveraine de tous ses Membres.

2. Les Membres de l’Organisation, afin d’assurer Ă  tous la jouissance des droits et avantages rĂ©sultant de leur qualitĂ© de Membre, doivent remplir de bonne foi les obligations qu’ils ont assumĂ©es aux termes de la prĂ©sente Charte.

3. Les Membres de l’Organisation rĂšglent leurs diffĂ©rends internationaux par des moyens pacifiques, de telle maniĂšre que la paix et la sĂ©curitĂ© internationales ainsi que la justice ne soient pas mises en danger.

4. Les Membres de l’Organisation s’abstiennent, dans leurs relations internationales, de recourir Ă  la menace ou Ă  l’emploi de la force, soit contre l’intĂ©gritĂ© territoriale ou l’indĂ©pendance politique de tout État, soit de toute autre maniĂšre incompatible avec les buts des Nations Unies.

5. Les Membres de l’Organisation donnent Ă  celle-ci pleine assistance dans toute action entreprise par elle conformĂ©ment aux dispositions de la prĂ©sente Charte et s’abstiennent de prĂȘter assistance Ă  un État contre lequel l’Organisation entreprend une action prĂ©ventive ou coercitive.

6. L’Organisation fait en sorte que les États qui ne sont pas Membres des Nations Unies agissent conformĂ©ment Ă  ces principes dans la mesure nĂ©cessaire au maintien de la paix et de la sĂ©curitĂ© internationales.

7. Aucune disposition de la prĂ©sente Charte n’autorise les Nations Unies Ă  intervenir dans des affaires qui relĂšvent essentiellement de la compĂ©tence nationale d’un État ni n’oblige les Membres Ă  soumettre des affaires de ce genre Ă  une procĂ©dure de rĂšglement aux termes de la prĂ©sente Charte ; toutefois, ce principe ne porte en rien atteinte Ă  l’application des mesures de coercition prĂ©vues au Chapitre VII.

(
)

On le voit ce sont les points 3 et 4 que la Russie viole dĂ©libĂ©rĂ©ment et ceux bien avant 2014. Il n’est donc guĂšre Ă©tonnant qu’une motion ait Ă©tĂ© votĂ©e contre elle Ă  cet effet.

La parole de la Russie ne vaut rien!

D)Et les constitutions alors?

En outre, tant la constitution ukrainienne dans ses articles 73 et 132, que la constitution de la RĂ©publique autonome de CrimĂ©e dans ses articles 2 et 6, prĂ©voient le respect des rĂšgles juridiques du texte fondamental ukrainien et notamment l’hypothĂšse d’une modification des frontiĂšres qui ne peut ĂȘtre dĂ©cidĂ©e que par l’ensemble des Ukrainiens.

La parole de la Russie ne vaut rien!

Ce sont ainsi au moins deux textes fondamentaux de l’ONU, SEPT traitĂ©s importants et deux constitutions qui sont violĂ©s par l’annexion impĂ©rialiste russe!!!

On comprend donc dĂ©sormais trĂšs bien pourquoi la propagande russe s’attarde longuement sur les protocoles de Minsk. En ignorant tout le reste. 

II)Les protocoles de Minsk

Attaquons le cƓur du sujet, maintenant que nous avons largement dĂ©broussaillĂ©  celui ci.

1) Â»Le protocole de Minsk I Â» (2014)

A)Contexte géopolitique

DĂšs 1991 Ă  l’indĂ©pendance de l’Ukraine, les problĂšmes de souverainetĂ© de celle-ci ont Ă©clatĂ© en Russie. Beaucoup de politiques russes niant dĂšs le dĂ©but cette indĂ©pendance, on peut se poser la question d’un dĂ©but de guerre larvĂ©e avec la FĂ©dĂ©ration de Russie dĂšs le dĂ©but. En particulier sur le sujet de la CrimĂ©e, mais pas que sur celui-ci.
Le Donbass est lui peuplĂ© d’une forte minoritĂ© russe (Ă  ne pas confondre avec les ukrainiens russophones), hĂ©ritage de la conquĂȘte par l’empire tsariste, et surtout de l’attraction qu’offrait cette rĂ©gion riche en industries et emplois du temps de l’URSS (environ 1/3 de Russes, 2/3 d’Ukrainiens dont russophones), minoritĂ© encore plus forte dans certaines villes (Donestk, environ 48 % de Russes et 47 % d’Ukrainiens).

Protocole de Minsk

Le 2 septembre 2014, commencent des discussions trilatérales Ukraine/Russie/OSCE.

Le groupe a Ă©tĂ© crĂ©Ă© en juin 2014 comme un moyen de faciliter le dialogue et la rĂ©solution des conflits dans l’Est et le Sud-Est de l’Ukraine. Les rĂ©unions de ce groupe avec des reprĂ©sentants informels des RĂ©publique populaire de Donetsk et RĂ©publique populaire de Lougansk, entitĂ©s sĂ©cessionnistes de l’Ukraine, ont eu lieu les 31 juillet, 26 aoĂ»t, 1er septembre et 5 septembre 2014. L’accord est signĂ© le 5 septembre.

B)L’accord proprement dit

Comme on le verra un peu plus loin, la dĂ©sinformation sur ce sujet est d’autant plus dommageable, que pas un des propagandistes sur ce sujet n’a lu ces fameux accords. On peut donc leur faire dire n’importe quoi.
Alors que disent ces fameux accords?

RelevĂ© de conclusions des consultations du Groupe de contact tripartite relatives aux mesures conjointes destinĂ©es Ă  mettre en Ɠuvre le Plan de paix du PrĂ©sident de l’Ukraine P. Porochenko et les initiatives du PrĂ©sident russe V. Poutine 

À  la  suite  de  l’examen  et  de  la  discussion  des  propositions  soumises  par  les participants  aux  consultations  du  1er septembre  2014  Ă   Minsk,  le  Groupe  de  contact  tripartite  composĂ©  de  reprĂ©sentants  de  l’Ukraine,  de  la  FĂ©dĂ©ration  de  Russie  et  de l’Organisation pour la sĂ©curitĂ© et la coopĂ©ration en Europe est parvenu Ă  une entente quant Ă  la nĂ©cessitĂ© de mettre en Ɠuvre les mesures ci-aprĂšs :

1.Assurer immĂ©diatement la cessation bilatĂ©rale du recours aux armes.

2.Assurer la surveillance et la vĂ©rification par l’OSCE du rĂ©gime de non-recours aux armes.

3.ProcĂ©der  Ă   une  dĂ©centralisation  des  pouvoirs,  notamment  grĂące  Ă  l’adoption d’une Loi de l’Ukraine relative aux modalitĂ©s temporaires de l’exercice  de  l’autonomie  locale  dans  certains  arrondissements  des rĂ©gions de Donetsk et de Lougansk (Loi portant statut particulier).

4.Assurer  une  surveillance  de  la  frontiĂšre  d’État  entre  l’Ukraine  et  la Russie  et  une  vĂ©rification  permanentes  exercĂ©es  par  l’OSCE,  avec crĂ©ation  d’une  zone  de  sĂ©curitĂ©  dans  les  arrondissements  frontaliers  de l’Ukraine et de la FĂ©dĂ©ration de Russie.

5.ProcĂ©der  sans  retard  Ă   la  libĂ©ration  de  tous  les  otages  et  de  toutes  les personnes illicitement retenues.

6.Adopter  une  loi  interdisant  toutes  poursuites  et  toutes  sanctions  Ă  l’encontre  de  personnes  en  rapport  avec  les  Ă©vĂ©nements  qui  se  sont produits  dans  certains  arrondissements  des  rĂ©gions  ukrainiennes  de Donetsk et de Lougansk.

7.Poursuivre un dialogue national inclusif.

8.Adopter  des  mesures  afin  d’amĂ©liorer  la  situation  humanitaire  dans  le Donbass.

9.Assurer la tenue d’élections locales anticipĂ©es conformĂ©ment Ă  la Loi de l’Ukraine  relative  aux  modalitĂ©s  temporaires  de  l’exercice  de l’autonomie locale dans certains arrondissements des rĂ©gions de Donetsk et de Lougansk (Loi portant statut particulier).

10.ProcĂ©der  au  retrait  du  territoire  ukrainien  des  formations  armĂ©es  et  du matĂ©riel  militaire  illicites,  ainsi  que  des  combattants  irrĂ©guliers  et  des mercenaires.

11.Adopter  un  programme  de  relĂšvement  Ă©conomique  du  Donbass  et  de rĂ©tablissement des activitĂ©s vitales de la rĂ©gion.

12.Accorder  des  garanties  de  sĂ©curitĂ©  personnelle  aux  participants  aux consultations.

Les participants au Groupe de contact tripartite : 

Heidi Tagliavini, ambassadrice

L. D. Koutchma, deuxiĂšme PrĂ©sident de l’Ukraine

M. Iou. Zourabov, ambassadeur de la FĂ©dĂ©ration de Russie en Ukraine

A. V. Zakhartchenko

I. V. Plotnitski

[Alexandre Zakhartchenko est le dirigeant de la RĂ©publique populaire de Donetsk (RPD) et Igor Plotnitski, celui de de la RĂ©publique populaire de Lougansk (RPL)-NDLR]

Bonne, pas bonne

C)RĂ©sultats

Le problĂšme est que dans les semaines suivantes, comme nous l’avons vu plus haut, la Russie ne respecte pas les accords. Elle continue Ă  envoyer des soldats grimĂ©s en soldats sĂ©paratistes et des mercenaires. Les armes lourdes ne sont pas retirĂ©es, et un convoi « humanitaire Â» russe arrive dans le Donbass sans en avertir le gouvernement ukrainien.

DeuxiĂšme problĂšme, des mercenaires amĂ©ricains sont identifiĂ©s du cotĂ© de l’Ukraine. Mais avec une grosse nuance: ceux ci ne sont pas identifiĂ©s sur le terrain (ce qui serait une violation des accords). Mais la Russie utilise abondamment l’argument. Et cotĂ© russe, question violation, il n’y a pas photo.

Un nombre important de militaires russes participent au conflit. En aout 2014, au moins 1000 militaires russes sont repĂ©rĂ©s par l’OTAN sur le territoire ukrainien grĂące Ă  des images satellite. Environ 20.000 soldats russes sont massĂ©s Ă  la frontiĂšre ukrainienne. Le chef du centre de crise de l’OTAN, dĂ©clare : Â« De grandes quantitĂ©s d’armes de pointe, notamment des systĂšmes de dĂ©fense anti-aĂ©rienne, de l’artillerie, des tanks et des blindĂ©s (sont) transfĂ©rĂ©es vers les forces sĂ©paratistes ».

Comble du cynisme, les autoritĂ©s russes admettent que des troupes de l’armĂ©e russe sont entrĂ©es, selon elles, « par accident ».

En novembre, l’OTAN confirme Ă  nouveau l’entrĂ©e de convois militaires russes, y compris d’armement lourd, ce qui est dĂ©menti par la Russie.

Les premiers mercenaires de la milice privĂ©e russe Wagner, Ă  l’idĂ©ologie nĂ©o-nazie, sont prĂ©sents pendant ce conflit aux cĂŽtĂ©s des sĂ©paratistes pro-russes. Un comble au vu de la propagande russe sur les « nazis Â».

En dĂ©cembre 2021 la presse occidentale fait Ă©tat d’un jugement rendu par un tribunal de Rostov-sur-le-Don dans une affaire de corruption qui dĂ©crit en dĂ©tail comment tous les quinze jours sont organisĂ©s des convois de vivres destinĂ©s aux forces armĂ©es de la FĂ©dĂ©ration de Russie stationnĂ©es sur le territoire de la RPD et de la RPL en 2014. Le fait que les convois en question soient composĂ©s de soixante-dix camions permet de se faire une idĂ©e de l’importance des forces russes stationnĂ©es dans cette rĂ©gion. La page faisant Ă©tat de ce jugement disparaĂźt rapidement d’Internet mais reste accessible dans les archives. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov nie toute prĂ©sence russe en Ukraine et explique qu’il y a eu « une erreur de la part de ceux qui ont rĂ©digĂ© le texte »  Risible


Au cours des deux semaines qui suivent la signature du protocole de Minsk, des violations du cessez-le-feu sont frĂ©quentes. Les discussions se poursuivent Ă  Minsk. Un suivi du protocole de Minsk est convenu le 19 septembre 2014. Le mĂ©mo rĂ©sultant clarifie l’application du protocole. Parmi les mesures convenues Ă  la paix, figurent notamment :

  • suppression de toutes les armes lourdes dans une zone de quinze kilomĂštres derriĂšre la ligne de contact, par chaque partie du conflit, afin de crĂ©er une zone dĂ©militarisĂ©e de trente kilomĂštres de large en tout ;
  • interdiction d’opĂ©rations offensives ;
  • interdiction des vols d’avions de combat au-dessus de la zone de sĂ©curitĂ© ;
  • retrait de tous les mercenaires Ă©trangers de la zone de conflit ;
  • mise en place d’une mission de l’OSCE (Mission SpĂ©ciale d’Observation-MSO) pour surveiller la mise en Ɠuvre du protocole de Minsk.

Ce cessez-le-feu n’a jamais Ă©tĂ© pleinement mis en Ɠuvre, les sĂ©paratistes de l’est de l’Ukraine refusant par exemple de cĂ©der le contrĂŽle de la frontiĂšre Ă  la Russie. En consĂ©quence, le cessez-le-feu n’a tenu que pendant une pĂ©riode limitĂ©e et, dĂ©but 2015, la guerre a connu une nouvelle escalade jusqu’à ce que le paquet de mesures pour la mise en Ɠuvre du protocole de Minsk soit signĂ© le 12 fĂ©vrier 2015 par le « format Normandie Â» et a rĂ©affirmĂ© le rĂŽle de surveillance de la MSO, Ă  la suite de quoi l’effectif maximal mandatĂ© de la mission a Ă©tĂ© Ă©tendu Ă  1 000 personnes le 12 mars 2015.

2) « Minsk II Â» (2015)

A)L’accord de Minsk II

À la suite de l’échec manifeste du protocole de Minsk aprĂšs des regains de tensions avec une guerre qui repart dĂšs dĂ©cembre 2014, de nouveaux accords sont prĂ©vus. Les accords de Minsk II, du 12 fĂ©vrier 2015, sont signĂ©s selon le format Normandie : François Hollande, Angela Merkel, Petro Porochenko, Vladimir Poutine, et des reprĂ©sentants des rĂ©publiques populaires autoproclamĂ©es de Donetsk et de Lougansk (sĂ©cessionnistes de l’Ukraine) et mettent en place un nouveau cessez-le-feu.

Minsk II

Cet accord se compose de treize dĂ©cisions :

  1. Cessez-le-feu Ă  minuit le 15 fĂ©vrier 2015 ;
  2. Retrait des armes lourdes de chaque cĂŽtĂ© de la ligne de cessez-le-feu ;
  3. VĂ©rification du cessez-le-feu ;
  4. Dialogues ;
  5. Pardon et amnistie ;
  6. Échange de prisonniers ;
  7. Convois humanitaires ;
  8. Restauration des relations Ă©conomiques ;
  9. Restauration des frontiĂšres de l’Ukraine ;
  10. Retrait des troupes Ă©trangĂšres ;
  11. RĂ©forme constitutionnelle de l’Ukraine ;
  12. Gouvernement provisoire Ă  l’Est ;
  13. Travail trilatéral.

En outre, l’Allemagne, la France, la Russie et l’Ukraine envisagent d’installer un comitĂ© de surveillance des diplomates pour vĂ©rifier la mise en Ɠuvre du cessez-le-feu, comitĂ© qui se rĂ©unira rĂ©guliĂšrement. On le voit Minsk II est quasi identique au premier protocole.

B) RĂ©sultats

DÚs le début du cessez le feu, les séparatistes continuent les combats.

Deux mois aprĂšs le dĂ©but du cessez-le-feu, les ministres des Affaires Ă©trangĂšres ukrainien, russe, français et allemand se rĂ©unissent Ă  Berlin pour faire un point sur l’application de Minsk II. Sur les treize engagements de l’accord, trois ou quatre seulement ont Ă©tĂ© rĂ©ellement respectĂ©s. Globalement, le cessez-le-feu a eu lieu et les armes lourdes ont Ă©tĂ© retirĂ©es du front. Et les deux camps procĂšdent Ă  de modestes Ă©changes de prisonniers. Mais des combats Ă  l’arme lĂ©gĂšre continuent. Et rien n’avance pour ce qui concerne les amnisties, la reprise des relations Ă©conomiques, les rĂ©formes institutionnelles, etc.
DÚs ce moment là, Sergueï Lavrov, ministre des affaires étrangÚres impute la responsabilité exclusive de cet échec aux Ukrainiens. Un peu facile.

La mise en Ɠuvre de l’accord de Minsk II qui Ă©tait en sommeil durant la prĂ©sidence ukrainienne de Petro Porochenko est relancĂ©e en dĂ©cembre 2019, lors d’une rencontre dite au format Normandie entre Volodymyr Zelensky, Ă©lu prĂ©sident de l’Ukraine en avril 2019, et les chefs d’État et de gouvernement allemand, français et russe. La derniĂšre rencontre au format Normandie avait eu lieu en 2016, et, aprĂšs trois annĂ©es de paralysie du processus de paix, les quatre dirigeants sont au moins d’accord que le fait de se retrouver tous rĂ©unis est un point positif.

Format Normandie 2019

Mais Zelensky regrette que les rebelles ne soient pas dĂ©sarmĂ©s et qu’il ne puisse pas reprendre le contrĂŽle des zones sĂ©paratistes : il craint que des Ă©lections s’y dĂ©roulant ne soient pas libres. La Russie veut que les accords de Minsk soient respectĂ©s, c’est-Ă -dire que la reprise de contrĂŽle par l’Ukraine des territoires rebelles n’ait lieu qu’aprĂšs les Ă©lections. Occidentaux et Ukrainiens continuent d’accuser la Russie de financer et armer les rebelles, ce que la Russie dĂ©ment. MĂȘme si les combats ont nettement diminuĂ©, 80 000 combattants continuent de se faire face de part et d’autre de la ligne de front, longue de 500 km. Des morts sont Ă  dĂ©plorer lors d’accrochages ou d’explosion de mines. Mais depuis l’arrivĂ©e de Zelensky, au pouvoir le 20 mai 2019, la tendance est Ă  la dĂ©tente.

Le 15 fĂ©vrier 2022, la Douma russe vote une demande au prĂ©sident Poutine de reconnaĂźtre les rĂ©publiques autoproclamĂ©es de l’Est de l’Ukraine. Le lendemain, un porte-parole du gouvernement russe confirme qu’une reconnaissance des rĂ©publiques du Donbass ne serait pas conforme aux accords, ce que le chef de la diplomatie amĂ©ricaine confirme : cela Â« reprĂ©senterait un rejet global par le gouvernement russe de ses engagements conformes aux accords de Minsk Â». Cependant, le gouvernement russe dĂ©clare que la prioritĂ© du prĂ©sident Poutine dans la rĂ©gulation de la situation dans le Donbass demeure la mise en Ɠuvre des mĂ©canismes d’autonomisation prĂ©vus dans le cadre de ces accords. Une augmentation trĂšs importante des bombardements et explosions au Donbass est notĂ©e Ă  partir du 17 fĂ©vrier.

La Russie reconnait officiellement les rĂ©publiques populaires autoproclamĂ©es de Louhansk et de Donetsk le 21 fĂ©vrier 2022, ce qui met fin au protocole Ă©laborĂ© avec le concours de la France et de l’Allemagne.

Le 24 fĂ©vrier 2022, Vladimir Poutine ordonne l’invasion de l’Ukraine, allĂ©guant, parmi d’autres griefs, le non-respect de ces accords par l’Ukraine.

Notons un point trĂšs important Ă  ce moment de notre exposĂ© qu’en janvier 2022, l’OTAN (et les USA) rejettent formellement l’idĂ©e d’une adhĂ©sion de la GĂ©orgie et de l’Ukraine Ă  l’OTAN, et rechignent fortement Ă  armer l’Ukraine.

3) Alors, l’échec des protocoles de Minsk: Ă  qui la faute?
France info indique, le 22 fĂ©vrier 2022, que les accords de Minsk ont Ă©chouĂ© concernant la mise en place d’une rĂ©forme constitutionnelle en Ukraine reconnaissant un statut spĂ©cial aux rĂ©gions tenues par les sĂ©paratistes : l’échec est dĂ» Ă  une opinion ukrainienne dĂ©favorable Ă  cette mesure. Une autre dĂ©cision non appliquĂ©e est celle des Ă©lections dans ces rĂ©gions sĂ©paratistes, qui auraient envoyĂ© des dĂ©putĂ©s au Parlement ukrainien.

Et nous l’avons vu plus haut, la Russie a martelĂ© que pour elle, le point essentiel de ces accords Ă©taient l’autonomisation des rĂ©gions du Donbass, au mĂ©pris des autres points des protocoles.

Propagande officielle de Lavrov

Alors qu’en est il rĂ©ellement?

Moscou a fait pression pour l’autonomie des territoires du Donbass actuellement contrĂŽlĂ©s par des sĂ©paratistes qu’il a soutenus militairement et politiquement. Kyiv a acceptĂ© mais a insistĂ© sur ses propres conditions, car cĂ©der au scĂ©nario russe pourrait ĂȘtre dĂ©sastreux pour l’Ukraine Ă  long terme, mĂȘme si cela empĂȘche une nouvelle invasion.

Les accords de Minsk de 2015 Ă©taient intrinsĂšquement dĂ©savantageux pour l’Ukraine qui, au moment de la signature, tentait d’arrĂȘter les combats Ă  l’est alors que son armĂ©e subissait de lourdes pertes. Les autoritĂ©s ukrainiennes ont promis leur engagement envers le protocole de Minsk, qu’elles ont admis ĂȘtre le seul cadre disponible pour un rĂšglement de paix, bien qu’il ait besoin d’ĂȘtre mis Ă  jour. La Russie, bien sĂ»r, est contre l’idĂ©e de le revoir.

Au fil des ans, deux parties belligĂ©rantes se sont mises d’accord sur le retrait des armes lourdes, les Ă©changes de prisonniers et des cessez-le-feu de courte durĂ©e, mais pas plus.

Le plan envisage d’accorder un statut autonome au territoire que l’Ukraine considĂšre occupĂ© par la Russie aprĂšs la tenue d’élections locales et la reconnaissance de leurs rĂ©sultats par l’Organisation pour la sĂ©curitĂ© et la coopĂ©ration en Europe (OSCE). La pierre d’achoppement est le dĂ©saccord entre l’Ukraine et la Russie sur ce qui devrait venir en premier : les Ă©lections locales ou le contrĂŽle des frontiĂšres.

En 2019, le prĂ©sident ukrainien nouvellement Ă©lu Volodymyr Zelensky a acceptĂ© de signer la soi-disant formule Steinmeier, un plan de paix nommĂ© d’aprĂšs l’ancien ministre allemand des Affaires Ă©trangĂšres qui l’a proposĂ© pour la premiĂšre fois comme voie vers la mise en Ɠuvre des accords de Minsk. Son administration a fait face Ă  un Ă©norme contrecoup chez lui, accusĂ© de se rendre au Kremlin. L’impopularitĂ© de l’idĂ©e d’un statut spĂ©cial pour le Donbass en Ukraine – plus de 60% des Ukrainiens – toute concession Ă  la Russie peut conduire Ă  un bouleversement, similaire Ă  EuroMaidan.

L’Ukraine insiste sur le fait que les Ă©lections locales ne peuvent avoir lieu qu’aprĂšs un cessez-le-feu complet et le retrait de toutes les troupes et armes russes.  Ce que la Russie ne fera jamais. Il exige de reprendre le contrĂŽle total de sa frontiĂšre orientale avant que les Ă©lections ne se tiennent conformĂ©ment Ă  la loi ukrainienne, avec la participation des partis politiques ukrainiens et en prĂ©sence d’observateurs de l’OSCE et des mĂ©dias ukrainiens.

La Russie dit d’abord les Ă©lections et l’autonomie, puis tout le reste.

En acceptant les conditions de la Russie, l’Ukraine risque de devenir susceptible de reconstruire et de soutenir l’économie d’une rĂ©gion autonome dotĂ©e de vastes pouvoirs politiques et d’un leadership pro-russe lĂ©gitimĂ©. L’Ukraine devra accorder une amnistie complĂšte aux personnes qui ont participĂ© au mouvement sĂ©cessionniste Ă  Donetsk et Louhansk. Les dĂ©tails de l’amnistie font toujours l’objet de controverses, mais l’Ukraine a dĂ©clarĂ© qu’elle ne couvrirait pas ceux qui ont commis des crimes de guerre ou qui ont Ă©tĂ© impliquĂ©s dans la destruction du MH17 de Malaysian Airlines en 2014. De plus, l’Ukraine pourrait bien finir par ĂȘtre lĂ©galement tenue d’assumer la responsabilitĂ© de la restauration Ă©conomique et sociale de la rĂ©gion aprĂšs la guerre.

Moscou, Ă  son tour, insiste sur le fait qu’il n’est pas une partie au conflit mais seulement un mĂ©diateur
 Sic Transit Mundi


HypothĂ©tiquement, cette rĂ©gion peut bloquer le parcours de l’Ukraine vers l’OTAN et l’Union europĂ©enne, attiser un conflit interne ou aider la Russie Ă  maintenir son influence sur les affaires intĂ©rieures de l’Ukraine par d’autres moyens. Et au vu des ruptures de contrat dĂ©jĂ  opĂ©rĂ©es par la Russie (CrimĂ©e, mercenaires, troupes, armement des sĂ©paratistes,
); mais aussi des dĂ©clarations incendiaires du Kremlin sur une potentielle adhĂ©sion de l’Ukraine Ă  l’OTAN; on comprend trĂšs bien les rĂ©ticences ukrainiennes.
C’est sans aucun doute, trùs exactement ce que manigance la Russie.
Faire de l’Ukraine un Ă©tat vassal, comme la TchĂ©tchĂ©nie ou la BiĂ©lorussie, en tirant les manettes d’une rĂ©gion (le Donbass) aux ordres du Kremlin. Le problĂšme de cette autonomie et de ces Ă©lections « sous contrĂŽle Â» russe sont donc un point essentiel du conflit. L’Ukraine n’a pas refusĂ© de faire ces Ă©lections, elle a refusĂ© que ces Ă©lections soient aux ordres du Kremlin.
Un point que ne soulĂšvent JAMAIS les propagandistes pro Poutine. Bien Ă©videmment.
Sans compter les entorses majeures sur les autres points des protocoles commis par la Russie.  L’UE et les USA, gangrenĂ©s par les propagandes du soft power russes ont eu beau jeu de faire pression sur la petite Ukraine, sans jamais rien dire sur la Russie qui abusait de son pouvoir militaire et diplomatique.

La France Russe

Et enfin, revenons Ă  la partie une de notre article et souvenons nous de ce que nous y avons conclu:

Ce sont ainsi au moins deux textes fondamentaux de l’ONU, sept traitĂ©s importants et deux constitutions qui sont violĂ©s par l’annexion impĂ©rialiste russe!!!

Comment dans ces conditions et ce passif avec la Russie pouvait il en ĂȘtre autrement?

La parole de la Russie ne vaut rien!

III) La propagande autour de « Minsk Â», un sujet rĂ©current et « rentable Â»

1) Les protocoles de Minsk, arme majeure de la propagande russe, relayée par la fachosphÚre

A)Analyse des résultats

Comme souvent dĂ©sormais que nous nous attaquons Ă  un mot clĂ© de la propagande fachosphĂ©rique, nous sommes allĂ© le passer dans la machine d’analyse internet « TalkWalker« . Les rĂ©sultats sont assez intĂ©ressants disons le.

Et tout d’abord sur un point Ă©tonnant. C’est la France qui est la plus touchĂ©e par cette propagande sur Minsk! PrĂšs de 80% des mentions de « Minsk Â» se font dans l’Hexagone:

Portée en France

C’est tout Ă  fait remarquable. A ce jour, la seule explication que nous ayons est que la France Ă©tant signataire de Minsk II, l’intĂ©rĂȘt s’en trouve dĂ©cuplĂ©. Mais cela n’explique pas, la diffĂ©rence avec l’Allemagne, aussi signataire. On peut supposer que la propagande du Kremlin s’est concentrĂ©e sur ce sujet en raison de spĂ©cificitĂ©s de l’audience française dĂ©terminĂ©e par leurs services de renseignements. Complotiste? GuĂšre probable au vu de la puissance du softpower russe sur notre pays.

Quand aux autres informations apportées, les voici en vrac. Quels sont les comptes adeptes de celle-ci, les recherches associées

Alors qui lĂ  dedans en France parle de cesse de « Minsk Â»? A peu prĂšs toute la fachosphĂšre, en passant par:

B)Les politiques

Pour certains de ces politiques, ils vont carrément étaler la propagande du Kremlin jusque dans les parlements, on parle de Thierry Mariani (RN):

Thierry Mariani

Véritable proxy de la Russie de Poutine, le député RN se livre à une véritable entreprise de désinformation issue directement du pouvoir Russe:

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=OtPmvnV64_4?feature=oembed&wmode=opaque&w=640&h=360]

C)Les relais de la propagande russes

Qu’ils soient carrĂ©ment des relais du Kremlin, des toutologues auto affirmĂ©s omniprĂ©sents des plateaux, ou simplement des troisiĂšmes couteaux de la fachosphĂšre:

Tiens voilĂ  tes 30 deniers, pardon 800 roubles

Avec tout de mĂȘme une mention spĂ©ciale pour les trois proxys de Poutine, nous avons nommĂ©:

a)Christelle NĂ©ant du « Donbass Insider Â»

Bien sĂ»r, elle ne prĂ©cise pas qui est Yevhen Vitaliiovych Balytskyi
C’est dommage. Elle aurait pu nous expliquer que cet homme « politique Â» est un collabo des russes, passĂ© entiĂšrement Ă  leur service.

Elle n’est certainement pas inconnue de notre groupe, nous en avons rĂ©guliĂšrement parlĂ©:

Et nous en avons encore rĂ©cemment parlĂ© trĂšs rĂ©cemment suite Ă  publication d’une vidĂ©o absolument hilarante et grotesque de sa part:

Direction: le goulag autogéré!

b) Anne-Laure Bonnel,

journaliste aux peaux de saucissons sur les yeux quand il s’agit de la Russie de son Ă©tat.

Elle aussi n’est pas une inconnue de notre association.

c)Et l’inĂ©narrable Xavier Moreau de « Stratpol Â»

Xavier Moreau « Stratpol Â»

Lui aussi Ă  eu l’honneur d’un post Facebook de notre part, en raison d’une affaire immĂ©diate assez croquignolesque.

D)Les péquins moyens de la fachosphÚre

L’opinion du faf moyen

Et comme vous avez lu notre article, en regardant ces captures, vous avez certainement pu remarquer des Ă©lĂ©ments de propagande qui ne collent pas Ă  la rĂ©alitĂ©. Nous allons y revenir dessus grĂące Ă  d’autres captures d’écran, prises chez des posteurs « ordinaires Â».

stand with russia

2)Les « OUPS! Â» de la propagande

A)OTAN, USA go home! 

Commise aussi par Zemmour (voir plus haut), cette erreur consiste Ă  mĂȘler OTAN et USA dans cette histoire. Or on l’a pourtant vu, ni l’un ni l’autre ne sont rĂ©ellement ou pas du tout impliquĂ©s.
Rappelons deux points: l’OTAN a refusĂ© catĂ©goriquement l’adhĂ©sion de celle-ci Ă  l’Ukraine. Ainsi que de les armer. Et ni l’un ni l’autre ne sont signataires de Minsk. A la limitĂ©, on peut critiquer l’influence des USA qui a payĂ© des groupes pro dĂ©mocratiques en Ukraine. De lĂ  Ă  dire que cela a torpillĂ© Minsk
 Il y a un monde. Quand Ă  l’intervention des mercenaires de « BlackWater Â» rien ne dit que les USA soient directement derriĂšre. L’Ukraine a parfaitement pu les payer elle-mĂȘme.
Une autre piste plus crédible existe.

Blackwater a Ă©tĂ© rebaptisĂ© Academi en 2011 aprĂšs son acquisition par un groupe d’investisseurs privĂ©s. En 2014, elle a fusionnĂ© avec la sociĂ©tĂ© de sĂ©curitĂ© rivale Triple Canopy pour former Constellis Group. Constellis a Ă©tĂ© achetĂ© pour 1 milliard de dollars (environ 750 millions de livres sterling) par la sociĂ©tĂ© d’investissement Apollo Group en 2016. En septembre 2020, Apollo Group a conclu un partenariat d’investissement immobilier de 5,5 milliards de dollars avec la Abu Dhabi National Oil Company (Adnoc), l’une des plus grandes sociĂ©tĂ©s pĂ©troliĂšres au monde et un important exportateur de gaz naturel liquĂ©fiĂ©.

En dĂ©cembre 2021, Adnoc a Ă©tĂ© invitĂ© Ă  entrer dans une joint-venture pour crĂ©er un terminal pĂ©trolier et gazier dans le port ukrainien d’Odessa pour le transport vers les pays occidentaux. L’annonce est intervenue un mois aprĂšs que le directeur gĂ©nĂ©ral de la sociĂ©tĂ© Ă©nergĂ©tique publique ukrainienne Naftogaz Yuriy Vitrenko a dĂ©clarĂ© lors d’une confĂ©rence sur l’énergie Ă  Abu Dhabi qu’il espĂ©rait que le gazoduc russe Nord Stream 2 vers l’Europe, qui contourne l’Ukraine, ne serait pas approuvĂ©.

Il a dĂ©clarĂ© que l’Ukraine risquait de perdre 2 milliards de dollars par an – environ 1,5% de son PIB – si le gazoduc russe Ă©tait opĂ©rationnel, affirmant que Nord Stream 2 « mettait en fait tout le continent et la sĂ©curitĂ© mondiale en danger Â»â€Š

Mais soyons rĂ©alistes, il est possible qu’Academi ait bien Ă©tĂ© payĂ© par les USA.
Mais dans ce cas attention, entre 2016 et 2021, c’est le gouvernement Trump qui les aurait payĂ©. Ce qui va ĂȘtre difficile Ă  avaler pour la fachosphĂšre pro-russe qui sera incapable de concilier ceci avec leur vĂ©nĂ©ration de Trump.

B)Zelensky

Nulle part, on ne trouve mention d’une quelconque volontĂ© de Zelensky de faire pareille chose. Par contre on trouve des dĂ©clarations de celui-ci pour continuer la diplomatie. Et ce en janvier 2022. Et on se rappellera que celui-ci n’a pas cru Ă  une possible invasion russe, malgrĂ© les mouvements massifs de troupes russes aux frontiĂšres et les dĂ©nĂ©gations grotesques de la Russie:

Le 1er avril 2021, Ukrainiens et AmĂ©ricains font Ă©tat de mouvements de troupes russes en CrimĂ©e et Ă  la frontiĂšre russo-ukrainienne, prĂšs des territoires contrĂŽlĂ©s par les sĂ©paratistes prorusses. Le prĂ©sident ukrainien, Volodymyr Zelensky, accuse la Russie de masser ses troupes Ă  la frontiĂšre et dĂ©nonce un risque de Â« provocations Â», Washington met en garde les autoritĂ©s russes contre toute tentative d’« intimidation Â».

Moscou rĂ©agit en affirmant mener des exercices militaires destinĂ©s Ă  repousser une attaque de drones. Â« La Russie dĂ©place ses forces armĂ©es sur son territoire comme elle l’entend Â», dĂ©clare le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, ajoutant que Â« cela ne reprĂ©sente une menace pour personne et ne doit inquiĂ©ter personne ».

C)Un peu de tout

On est cette fois dans le n’importe quoi. Confusion entre « Minsk II Â» et le « format Normandie; dĂ©nĂ©gation des responsabilitĂ©s russes; dĂ©nĂ©gation quand Ă  la responsabilitĂ© totale de la Russie dans l’invasion.

Mais cela reste des détails.

Silence russian bot!

CONCLUSION

Le principal blocage est venu de l’insistance de la Russie sur le fait qu’elle n’était pas partie prenante du conflit et n’était donc pas liĂ©e par la totalitĂ© de ses termes
 Accord tellement mal rĂ©digĂ© que pas une fois le mot « Russie Â» n’est stipulĂ©!!!  L’un des deux blocs concernĂ© par le contrat n’y est pas mentionnĂ©e une seule fois. C’est ce qui a permis au Kremlin de dĂ©clarer qu’il n’est pas partie prenante au contrat, qu’il n’est qu’un observateur parmi d’autres, et a laissĂ© l’Ukraine face Ă  des rebelles que la Russie a dĂ©clarĂ© ne pas connaĂźtre, forcĂ©e d’appliquer sa part de l’accord sans que personne en face n’ait Ă  faire quoi que ce soit.

  • D’un cĂŽtĂ©, les rĂ©gions (Donetsk et Luhansk) ont fait valoir qu’il n’y avait pas eu d’élections, malgrĂ© ce que disait l’accord de Minsk. C’était vrai.
  • De l’autre, l’Ukraine justifia l’absence d’élections par le fait que les armes lourdes n’avaient toujours pas Ă©tĂ© retirĂ©es d’Ukraine par la Russie. C’était vrai. Mais la Russie dĂ©clara que les armes, ce n’était pas Ă  elle de les retirer.

La raison invoquĂ©e par la Russie, qui ne niait pas que les armes lourdes Ă©taient toujours prĂ©sentes a pu ainsi dĂ©clarer qu’elle n’a jamais acceptĂ© de soutenir les forces rebelles prĂ©sentes en Ukraine, qu’elle ne leur a jamais fourni des armes, et que par consĂ©quent, elle n’était pas liĂ©e par leur engagement de supprimer ces armes, et n’était pas concernĂ©e par le non-retrait de l’armement lourd des rĂ©gions de l’Est. De plus, n’étant pas mentionnĂ©e dans l’accord, elle n’avait rien Ă  respecter.

Un modĂšle de manipulation en rĂšgle.

Ce qui ressort massivement de l’observation des rĂ©seaux sociaux, c’est que globalement le posteur lambda reprend intĂ©gralement sur ce sujet la doxa russe. C’est Ă  dire: « les accords de Minsk concernant l’autonomie n’ont pas Ă©tĂ© appliquĂ© par l’Ukraine « . Nous ne pouvons que vous conseiller de faire vous mĂȘme la recherche sur ces mĂȘmes rĂ©seaux sociaux. C’est ce qui a amenĂ© Ă  la rĂ©daction de cet article.

Or c’est faux Ă  plusieurs titres. Tout d’abord, parce que le contexte historique concernant la pression militaire, diplomatique, Ă©conomique et de la propagande russe sont totalement ignorĂ©es dans cette assertion. Deuxio, parce que les antĂ©cĂ©dents de rupture unilatĂ©rale de traitĂ©s avec les russes est Ă©galement ignorĂ©e. Troisio parce que les textes des protocoles de Minsk I et II ne concernent pas que l’histoire de l’autonomie du Donbass, mais tout un train de recommandations que la Russie n’a jamais respectĂ©. Et pour cause comme nous venons de l’expliquer!
Enfin, parce que l’on comprend mieux aprĂšs cette revue des faits que cette autonomisation du Donbass est un vĂ©ritable cheval de Troie des forces russes pour transformer l’Ukraine en Ă©tat vassal.
DĂšs lors on comprend pourquoi ce sujet est si important pour la Russie de Poutine et pourquoi la propagande russe en France est aussi prĂ©gnante. Sur un sujet qui ne parait pas tant d’importance au premier abord pour un non-averti, on ne peut que constater au fur et Ă  mesure qu’au contraire cette propagande sert un objectif PRIMORDIAL pour la Russie.
Et c’est un objectif primordial de la Russie, appliquons nous Ă  la contrer oĂč qu’elle se trouve.

Poutine, criminel de guerre

POUR EN SAVOIR PLUS:

Le mĂ©morandum de Budapest vu par l’Ukraine

Les liens russo ukrainiens au début du mandat de Poutine

Le soft power russe

Poutine, super hĂ©ros des extrĂȘmes droites europĂ©ennes

Les rĂ©seaux russes de l’étranger

Poutine, financier de politiques européens?




Source: Debunkersdehoax.org