Décembre 26, 2022
Par Le Mouton Noir (QC)
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L’auteur fait partie de l’Initiative de journalisme local

Avec les objectifs de la COP15, les claims miniers de plus en plus présents dans notre région (et ailleurs), la baisse de la biodiversité, etc., l’urgence climatique apporte une présence de plus en plus accrue dans les différents groupes politiques. Seulement, certains groupes instrumentalisent politiquement l’écologie en utilisant la préoccupation environnementale pour faire passer certaines idées politiques. L’instrumentalisation est rendue possible par la mise à distance de deux types d’écologies : l’écologie politique et l’écologie comme science (Grange, 2022, p. 44).

Il faut rappeler que l’écologie est historiquement de gauche, l’écofascisme est alors une réponse de la bourgeoisie à la crise écologique poussée par la position opposée. C’est pour cette raison qu’il faut clarifier les discours écologiques pour éviter de tomber dans des thèses sous-jacentes qui iraient à l’encontre de nos convictions.

La récupération de l’écologie par l’extrême droite a débuté dans les années 1980, lorsque la droite intellectuelle et conservatrice a changé de posture vis-à-vis de la crise écologique. C’est à partir de là qu’on assiste à une fascisation de l’écologie.  

Une courte histoire

Le concept d’écofascisme peut sembler flou, et c’est tout à fait normal car il l’est. En effet, il existe deux types d’écofascisme, celui des années 1970-1980 porté sur un fascisme technocratique avec comme objectif de gérer les ressources écologiques d’un territoire donné. Ce premier écofascisme pourrait très bien être de droite comme de gauche en raison de la technocratie : les experts et leurs méthodes sont centraux dans les prises de décisions politiques.

Mais vient dans la continuité des années 80 l’intégration de raisonnements écomalthusiens (théorie de l’enracinement) associés aux perspectives technocratiques.

L’écologie contemporaine n’est pas exclue des dérives fascistes possibles. En effet, la misanthropie écologique, pointant l’être humain comme destructeur et cancer de la nature, peut amener à des dictatures écologiques. De ce fait, le lien entre nationalisme et écologie, produisant l’enracinement (raisonnements écomalthusiens), constitue le fondement de l’écofascisme contemporain (Grange, 2022, p. 46).

À travers ces petites expositions, on constate que l’écologie, même positionnée d’ordinaire à gauche, repose sur plusieurs ambiguïtés conceptuelles. Surtout si les écologistes proposent une vision politique qui sort de l’échiquier gauche/droite ou progressiste/conservateur, ce qui amène à des traductions et instrumentalisations de leur discours.

Par exemple, la décroissance[1] est à l’origine un projet socialiste, mais son aspect sociétal est très rapidement éclipsé pour devenir purement économique. Ce qui apporte comme conséquence de laisser de nouvelles justifications à la décroissance provenant d’extrême droite. Cet exemple montre qu’un glissement vers l’extrême droite et le fascisme est très facile et ne doit pas être négligé.

Le concept d’écofascisme

L’écofascisme repose principalement sur l’idée d’enracinement mobilisée à l’aide de la métaphore de l’humain enraciné dans sa terre natale comme l’est la plante dans son sol. La théorie de l’enracinement contemporaine a ressurgi grâce au néo-malthusianisme de la théorie du Grand remplacement.

L’idée du grand remplacement, conceptualisé par Renaud Camus, est que la civilisation occidentale va être remplacée par des populations « étrangères ». En plus de l’idée que les milieux ne peuvent supporter une population top importante, s’ajoute une peur xénophobe d’invasion étrangère (Guillibert, 2020, p. 90).

Un rejet absolu de l’immigration sous toutes ses formes est alors au cœur du fascisme, car les personnes déracinées qui posent le pied sur un sol qui ne leur appartient pas n’ont rien à y faire, et doivent repartir sur leur terre, de gré ou de force.

L’immigration n’est pas un chemin qu’il faut prendre si l’on souhaite conserver l’ordre naturel, dont découlent toutes les autres hiérarchies comme les hiérarchies sociale, raciale et sexuelle. Un peuple qui reste sur sa terre natale est un peuple qui sera fort et arrivera à défendre son territoire ainsi que ses ressources naturelles. « Pour le malthusianisme écologique, l’identité culturelle repose sur l’homogénéité génétique de la population garantie par la reproduction sur un territoire fixe (Grange, 2022, p. 92) ».

Il est donc essentiel de savoir qui est son ennemi pour s’en défendre. Et l’ennemi représente celui qui est déraciné et qui vient prendre les ressources des autres. On retrouve ici un discours survivaliste qui est souvent mêlé à l’écofascisme en faisant l’éloge de l’usage des armes à feu et des techniques de survie pour se prémunir d’un effondrement civilisationnel prochain et protéger sa maison et ses ressources accumulées (Grange, 2022, p. 50).

Il faut alors défendre son sol, sa culture pour éviter tout mélange sous peine de corrompre cet ordre racial et culturel que la terre mère a produit. La crise écologique résume la rupture de cet ordre naturel par la transgression de la mondialisation, du féminisme, et autres mouvements révolutionnaires.

On constate comment l’écofascisme arrive à récupérer les discours des écologistes pour affirmer ses positions.

L’enracinement écologique

            Alors que l’enracinement est également présent dans les discours écologistes, il prend un tout autre sens. Il désigne plutôt le fait de prendre racine, de jeter l’ancre dans une terre sans qu’un lien d’origine ou autre soit à considérer. Prendre racine réfère plutôt à une réappropriation de la terre par l’individu et le collectif pour véritablement l’habiter, la connaitre et agir avec elle.

L’écologie nous a montré une pluralité de manières d’habiter la terre, comment user de manière soutenable une terre non appropriable, mais au contraire partagée entre chaque être vivant.

L’utilisation du même terme « enraciner » mais avec un imaginaire diamétralement opposé amène ce flou et la difficulté à distinguer immédiatement ce qui relève de l’écofascisme et ce qui relève de l’écologique de gauche. Il devient important de préciser le discours écologique pour le rendre visible et distinguable des autres discours.

Existe-t-il une parenté profonde entre écologie et fascisme ?

            L’écologie a souvent reçu comme critique d’offrir un contexte favorable à l’émergence de courants politiques réactionnaires (Guillibert, 2020, p. 85). En effet, la défense de l’environnement doit se coupler à une éthique anthropocentrique (centrée sur l’humain) pour ne pas privilégier la valeur de la nature au prix de celle de l’humain, les deux doivent avoir une valeur égale. Si ce n’est pas le cas, alors l’écologie risque de favoriser une forme de pensée anti-humaine, donnant du grain à moudre à l’écofascisme qui va trouver un terreau favorable à ses idées d’humains en trop, légitimisant par ce fait les dominations sociales par une éthique et politique universelles.

Et c’est justement en raison de cette parenté que forme l’écologie qu’il est primordial pour les écologistes de lutter contre l’écofascisme grâce à une écologie radicale, explicite sur le fond et la forme. Mais elle ne doit pas rester à une lutte contre le capitaliste, car l’écofascisme apporte aussi de forts arguments contre ce monde de consommation, de finance et de marché global.

La différence entre les deux se fait sur les questions politiques, du genre et de la race. L’écofascisme promeut un contrôle de la reproduction au sein de la famille, un contrôle des frontières et une préservation de la culture pour conserver une pureté ethnique. Or, pour l’écologie, une multitude de manières d’habiter la terre cohabite et chacune d’elles refuse la propriété privée et la souveraineté nationale (Guillibert, 2020, p. 86).

Sources :

Grange, Juliette. « Écofascisme et écologie intégrale ou l’utilisation de l’urgence écologiste par les extrémismes de droite », Cités, vol. 92, no. 4, 2022, pp. 43-55.

Guillibert, Paul. « La racine et la communauté. Critique de l’écofascisme contemporain », Mouvements, vol. 104, no. 4, 2020, pp. 84-95.

Dubiau, Antoine, « L’écofascisme, ou l’actualisation écologique de la doctrine fasciste », Politique, juin 2022 : https://echoslaiques.info/lecofascisme-ou-lactualisation-ecologique-de-la-doctrine-fasciste/


[1] Pour plus d’informations à ce sujet, se référer à notre article de décembre




Source: Moutonnoir.com