Janvier 30, 2021
Par La Bogue
301 visites


Maintenant que je suis débarrassée de la menace de voir mon paysage défiguré, je peux vous livrer mon témoignage concernant l’implantation d’éoliennes industrielles à 900 mètres de ma maison.

Étant donné que la politique actuelle dans notre département est d’en installer un max dans les mois à venir ; environ 200 machines si nous les laissons faire ; et que le démarchage des communes par des promoteurs continue, cet article pourra peut-être vous annoncer la couleur si vous êtes personnellement concernés.

Lorsque j’ai acheté ma maison, en 2009, il y avait dans un champ à environ 700 mètres, un mât de mesure du vent, en vue d’y installer, si les résultats étaient satisfaisants, quelques éoliennes.

A ce moment je voyais ces machines d’un autre œil, consciente depuis longtemps de la dangerosité du nucléaire, je n’étais pas inquiète… une association contre ce projet s’est créée sur la commune, comptant essentiellement des résidents non permanents, que je ne connaissais pas, et a rapidement déposé des recours à l’encontre de l’entreprise qui a souhaité par la suite installer 6 éoliennes de 150 mètres de haut ; sur deux communes voisines et le poste de livraison sur une troisième.

J’étais très occupée à cette période, je n’ai donc pas participé aux réunions de cette association mais simplement adhéré pour soutenir leur démarche car, après quelques lectures, discussions et rencontres, je me suis aperçue que l’éolien c’était bien mais pas de cette manière.

Pas aussi gigantesque, pas géré par des entreprises qui ne cherchent que le profit et qui n’en n’ont rien à carrer de la Nature, des oiseaux migrateurs, des chauves-souris, voire finalement du vent. Car il faut bien le dire, la Creuse n’est par particulièrement un département venteux.

Et puis, la destruction du paysage, les éventuels risques de ne pas supporter les infrasons !

Et quid de la construction de ces machines surdimensionnées ? Fabriquées avec des métaux rares, environ 600 kg par éolienne, exploités dans des conditions inacceptables, souvent par des enfants, qui s’empoisonnent. Des métaux rares qui laissent des résidus très dangereux, où plus rien ne pousse ! Et les pâles ? en matériaux non recyclables, garanties seulement pour 15 ans !!!? et l’illusion du remplacement des centrales nucléaires beaucoup trop puissantes pour espérer les arrêter grâce à l’éolien ! La politique actuelle est bien d’augmenter la production électrique, pas de supprimer le nucléaire pour le remplacer par l’éolien ou d’autres énergies dites « vertes ». Concrètement il faudrait installer environ 100 000 éoliennes en France si on voulait arrêter les centrales !

Pour toutes ces raisons, cette association, entre 2010 et 2016, a déposé cinq recours. Le premier a permis d’annuler la construction envisagée d’une éolienne qui se trouvait dans le périmètre d’un château classé. Puis un autre recours à permis d’annuler la totalité du projet, mais là, gros coup d’épée dans le dos ! le Conseil d’État a annulé la décision du tribunal….. oui oui, cela est tout a fait possible ! L’État veut plus d’énergie verte ! Il fait tout son possible ! Aujourd’hui en 2020, nous avons 8 000 éoliennes en France, le plan annuel de l’énergie en prévoit 20 000 pour 2025 !

Achat des opposants

Puis l’association a voulu continuer en justice car il restait encore des points à attaquer et l’entreprise WPD21, de son nom, en a eu plus que marre ! Elle a alors proposé à l’association de signer une « clause de confidentialité » ! La loi permet aussi ça ! oui oui ! Bon comme c’était confidentiel, je n’étais pas censée le savoir…

Mais quelqu’un m’a lâché le morceau ! Donc l’entreprise à proposé à l’association d’arrêter de déposer des recours à son encontre en échange de quoi elle supprimerait une autre éolienne ! Celle qui finalement se trouvait en plein dans le paysage, en face de la maison d’une des personne très active dans l’association ! L’association a signé !

Le président est décédé quelques mois plus tard, certainement usé par huit ans de lutte…l’association a cessé ses réunions. Six mois plus tard, la préfecture éditait l’arrêté qui autorisait la construction de…… ? pour ceux qui ont bien suivi ce devrait être 4 éoliennes ? Non ?

Et bien oui ! mais non ! la préfecture autorisait 5 éoliennes !

Là j’ai réellement paniqué ! Branle-bas de combat, je me suis renseignée sur ce que je pouvais faire… j’avais deux mois pour y réfléchir… au-delà de ce délai, il ne m’était plus possible de déposer un recours au tribunal (et oui c’est encore ça la loi !). Restaient d’autres possibilités, mais de l’ordre de l’illégalité…

J’ai donc décidé de déposer un recours contre cet arrêté donc contre la préfecture. Au bout de deux mois une fois le recours déposé, si tu n’as pas de réponse, cela vaut refus et donc tu dois saisir la cour d’appel. Ce que j’ai fait.

Quelques mois suivant, l’entreprise m’a téléphoné plusieurs fois, prétextant vouloir discuter. Je leur disais que je n’avais pas de temps à perdre et qu’ils n’avaient qu’à téléphoner à mon avocate….

Puis un vendredi du mois de mai, un jeune homme de la boîte, suffisamment agréable à regarder pour que je ne le foute pas dehors en deux minutes, est venu chez moi pour discuter. Il me disait qu’il ne connaissait pas bien le projet et qu’il souhaitait comprendre pourquoi j’y étais opposée. Au bout d’un quart d’heure j’en ai eu assez de sa trombine donc je lui ai demandé de partir, et là, pas gêné du tout, il s’est assis à ma table de jardin… pour m’avouer finalement que l’entreprise était prête à me verser 50 000 euros, voire même 60 000 si je décidais d’arrêter la procédure judiciaire.

Je me suis dit : « Wahou ! l’affreux, non ? Incroyable ! Mais jusqu’où sont-ils capables d’aller ? »

Il ne m’a pas annoncé que je venais de remporter le ticket gagnant ! Non ! Non ! Pas du tout ! Il m’a bien mis dans l’embarras cet abruti ! Puis il m’a dit qu’il repasserait mercredi en sous-entendant que si je disais oui il me ferait le chèque ! Wahou ! Que faire ? Quel dilemme !

Bon de toutes manières j’étais sûre de perdre ; ça ne s’est quasiment jamais vu que quelqu’un gagne dans ce genre de situation. Et vu les procédures antécédentes, c’était perdu d’avance ! J’avais fait le recours rien que pour les embêter, sans aucun espoir de remporter la bataille. Et puis un autre élément important c’est que le recours que j’avais fait concernait un arrêté préfectoral complémentaire… autant dire que ce n’était pas l’arrêté initial donc selon un juriste de l’environnement, je ne pouvais pas obtenir l’annulation du projet, au mieux quelques modifications.

Alors j’ai cogité. Déçue de l’avocate qu’on m’avait conseillée pour s’occuper de mon recours, j’ai appelé un ami proche, avocat à Paris, c’est lui qui s’est chargé d’annuler le rendez-vous du mercredi. Je ne voulais plus les voir. Je voulais 100 000 ou rien. Malheureusement les deux avocats au courant de mon affaire n’ont pas voulu négocier, ils trouvaient que c’était déjà une belle somme… Alors… alors… bah… j’ai fini par dire que j’étais OK. C’était l’été j’étais en vacances, il valait mieux que je prenne ces sous plutôt que de me retrouver le bec dans l’eau avec les éoliennes à côté de chez moi et ma maison dévaluée et des nuisances…

Quand je suis rentrée, les fouilles archéologiques obligatoires avant le démarrage des travaux étaient bouclées, les filets posés pour matérialiser les 5 socles d’éoliennes ! Oui ! Oui ! 5 ! Puis plus de nouvelle de l’avocat de l’entreprise, plus de mouvement sur le terrain….

Pas sérieuses ces entreprises

Enfin à quelques jours de Noël j’ai appris fortuitement ce à quoi personne ne s’attendait : l’entreprise a annoncé aux trois communes concernées qu’ils abandonnaient le projet.

Moralité ! Ce genre d’entreprise n’est souvent pas très fiable et aussi parfois très mauvais gestionnaire. Car après dix ans de procédures judiciaires, arriver à ça ! C’est pas fameux. Ils doivent avoir bien les boules. Il faudrait s’intéresser à ce qui leur reste sur leur compte, suffisamment apparemment puisqu’ils ont installé un mât de mesure du vent et d’enregistrement des chauves-souris (bah ! Ouais ! ils sont super-écolos !) sur la commune de Nouhant ; et ils ont aussi deux projets à Saint-Diziers Masbraud/Janaillat où l’autorisation a été délivrée et à Lépinas/Maisonnisse où ils ont fait des prospections en 2017.

Affaires à suivre…..

Pour ce qui est des raisons de leur abandon du projet, avancées aux communes, il y en a deux. La première c’est qu’une des trois communes aurait été trop longue dans les négociations de la taxe foncière que l’entreprise devait s’engager à leur verser tout les ans. Cette taxe foncière est pourtant réglementée 24 000 euros/éolienne de 2 MW, répartie entre la région : 6 %, le département : 30 %, la communauté de communes : 60 % et la commune : 3,8 %. Les deux autres communes avaient dit amen. Et aujourd’hui le prix de rachat de l’électricité par l’État aurait baissé. La deuxième, que la centrale électrique de Gouzon ne serait pas assez puissante. Etonnant de se rendre compte de ça au bout de dix ans !

Du blabla, quoi, qui fini de casser l’ambiance (qui était déjà atroce sur certaine commune entre les habitants, à cause des conflits entre les pour et les contre), cette fois-ci entre les communes.

Les pour sont bien dégoûtés. Certains avaient peut-être envisagé des projets faramineux dés 2022, puisqu’elles devaient tourner fin 2021 ! Y’a peut-être moyen de se retourner contre l’entreprise, qui pensera alors peut-être à changer d’avocat, ou carrément de fond de commerce .




Source: Labogue.info