Novembre 27, 2020
Par Le Poing
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Interpellation de Jules Panetier, journaliste au Poing, le 9 novembre 2019 lors d’une manifestation de gilets jaunes (photo de Lily Blue)

Le 16 septembre 2020, Jules Panetier, journaliste au Poing, comparaissait au tribunal de Montpellier pour « dissimulation du visage Â» pendant une manifestation de gilets jaunes. CondamnĂ© le 14 octobre Ă  1000€ d’amende, Jules a interjetĂ© appel, une condition nĂ©cessaire pour obtenir, tardivement, les motifs ahurissant du jugement, ici commentĂ©s par le principal intĂ©ressĂ© :

Journaliste au Poing, je suis aussi gilet jaune, et c’est bien mon droit. La pluralitĂ© du journalisme d’opinion est une condition du dĂ©bat dĂ©mocratique, et Ă  la diffĂ©rence d’autres mĂ©dias qui se rĂ©fugient derriĂšre une prĂ©tendue neutralitĂ© pour mieux dĂ©fendre le pouvoir, Le Poing assume ses opinions, en toute transparence.

Je subis les foudres de la police depuis longtemps, parfois en tant que militant, parfois en tant que journaliste, parfois les deux (voir cette vidĂ©o, ou cet article). Je ne comprends donc que trop bien ces journalistes inquiets de subir le sort rĂ©servĂ© depuis des lustres Ă  ceux qui n’ont pas de carte de presse, mĂȘme s’il eut Ă©tĂ© bienheureux qu’ils n’attendent pas d’ĂȘtre directement touchĂ©s pour dĂ©noncer l’autoritarisme de l’État (le massacre des gilets jaunes, d’abord invisibilisĂ© par les mĂ©dias, n’était-il pas suffisant ?)

Pas de rancune, haut les coeurs. Une mobilisation cruciale se joue, contre la loi sĂ©curitĂ©, pour le droit de filmer les policiers, contre les violences policiĂšres d’une maniĂšre gĂ©nĂ©rale, et donc pour le droit de se protĂ©ger en manifestation. À cet Ă©gard, les cibles ne sont pas qu’au gouvernement, mais aussi au tribunal de grande instance de Montpellier.

Le 9 novembre 2019, j’ai Ă©tĂ© arrĂȘtĂ© Ă  Montpellier par la police alors que je couvrais une manifestation de gilets jaunes pour Le Poing, puis condamnĂ© Ă  1000€ pour dissimulation du visage (je portais un masque et un casque). La juge GeneviĂšve Boussaguet estime que ma « qualitĂ© de journaliste ne peut ĂȘtre considĂ©rĂ©e comme constituant, en soit, un motif lĂ©gitime permettant de dissimuler son visage au sein ou aux abords immĂ©diats d’une manifestation sur la voie publique, au cours ou Ă  l’issue de laquelle des troubles Ă  l’ordre public sont commis ou risquent d’ĂȘtre commis Â». « En outre, le prĂ©venu se trouve au milieu des manifestants, dont certains sont aussi masquĂ©s et jettent des projectiles en direction des forces de l’ordre Â».

Pour le tribunal de grande instance de Montpellier, il faudrait donc couvrir une manifestation sans ĂȘtre « au milieu Â» de ladite manifestation, mais plutĂŽt sur le cĂŽtĂ©, avec les policiers, pour ne pas ĂȘtre suspectĂ© de solidaritĂ© avec des rĂ©voltĂ©s. Le tout sans se protĂ©ger, y compris en Ă©meute, pour laisser tout loisir Ă  la police de vous mutiler si elle l’estimerait nĂ©cessaire. Une interprĂ©tation du journalisme bien conforme au nouveau schĂ©ma national du maintien de l’ordre promu par Darmanin.

Que l’on soit clair : face Ă  une police surarmĂ©e et en roue libre, les droits de filmer, de se protĂ©ger et mĂȘme de riposter doivent ĂȘtre dĂ©fendus pour tout individu, avec ou sans carte de presse, car c’est une condition du droit d’information et de manifestation. L’émergence de mĂ©dias indĂ©pendants (entendus ici comme composĂ©s de bĂ©nĂ©voles sans carte de presse) et de vidĂ©astes amateurs est le signe d’un engouement populaire pour le journalisme, et les mĂ©dias « officiels Â» devraient s’en rĂ©jouir plutĂŽt que de considĂ©rer ce phĂ©nomĂšne comme une menace pour leur statut. À cet Ă©gard, la tribune signĂ©e par les « grands Â» mĂ©dias est Ă  cĂŽtĂ© de la plaque : elle dĂ©fend le droit de ne pas accrĂ©diter de journaliste sur le terrain, en se gardant bien de reprendre la revendication Ă©manant de la rue, Ă  savoir, pour commencer, l’abrogation de la loi « sĂ©curitĂ© Â».

Pour le droit d’informer et de manifester pour tous, mobilisons-nous contre leur sĂ©curitĂ© globale (Ă  Montpellier, dĂ©part ce 28 novembre Ă  11 heures de la mairie de Montpellier) !




Source: Lepoing.net