Mai 15, 2022
Par La Barricade Journal
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Comme nous en parlions dans notre article Ă  propos du 1er Mai Ă  travers le monde, le Sri Lanka traverse actuellement la pire crise Ă©conomique de son histoire. Depuis quelques jours, la situation vire Ă  l’insurrection : plusieurs rĂ©sidences de ministre ont brĂ»lĂ©, et les personnes de pouvoir sont traquĂ©es Ă  travers l’üle.

Pour comprendre la crise au Sri Lanka, il faut revenir sur les causes qui ont mené à celle-ci, et notamment la situation politique singuliÚre du pays.

Le Sri Lanka connaĂźt une situation politique singuliĂšre et depuis 50 ans, une rĂ©volte divise le pays entre deux ethnies : les Tamouls (qui reprĂ©sentent 20% de la population) et les Cinghalais. Les Tamouls rĂ©partis majoritairement au nord et nord-est du pays se sont rebellĂ©s dans les annĂ©es 1980 avant d’ĂȘtre matĂ©s par l’Etat en 2009. Durant plusieurs dizaines d’annĂ©es, les Tamouls situĂ©s Ă  l’extrĂȘme gauche de l’échiquier politique ont rĂ©ussi Ă  administrer et contrĂŽler une partie de l’üle notamment le nord et le nord-est; regroupĂ©s sous le nom des Tigres de libĂ©ration de l’ülamn Tamoule. Tout bascule en 2009 lorsque l’Etat lance une vaste opĂ©ration militaire ne se souciant pas des pertes civiles. Des rumeurs font mĂȘme Ă©tat d’armes chimiques utilisĂ©es Ă  l’encontre des civils habitant dans les villes rebelles. Suite Ă  ce gĂ©nocide, les quelques survivants Tamoul se regroupent et crĂ©ent un parti : le TNA (Alliance nationale Tamoul).

Il est Ă  noter que le Sri Lanka est l’un des rares pays encore socialiste dans sa constitution, ce qui n’empĂȘche aucunement la discrimination raciale Ă©tatique. Du cĂŽtĂ© de la politique institutionnelle du pays, plusieurs partis se battent le pouvoir : d’un cĂŽtĂ© la droite boudhiste, libĂ©rale Ă©conomiquement mais progressiste sur le plan des droits entre les diffĂ©rentes communautĂ©s de l’üle ;de l’autre la gauche cinghalaise, se revendiquant marixste mais extrĂȘmement violente au niveau des ethnies.

Actuellement le premier ministre du pays est Mahinda Rajapakse. Ce dernier Ă©tait Ă©galement PrĂ©sident du pays en 2009 lorsque les massacres contre les tamouls ont Ă©tĂ© commis. Le PrĂ©sident actuel, lui, n’est autre que Gotabaya Rajapaksa, le frĂšre cadet du premier ministre.

C’est dans ce contexte explosif qu’une insurrection est en cours. Des manifestations se dĂ©roulent depuis fin mars dans le pays et notamment dans la capitale, Colombo, afin de demander la dĂ©mission du prĂ©sident face Ă  son incapacitĂ© Ă  rĂ©soudre la crise Ă©conomique. Depuis plusieurs jours et suite Ă  une grĂšve gĂ©nĂ©rale le 5 mai paralysant l’ensemble du pays, la situation a dĂ©gĂ©nĂ©rĂ©. Lundi, l’étincelle s’est produite lorsque des manifestants campant pacifiquement devant la rĂ©sidence du Premier ministre se sont fait attaquer par des partisans du pouvoir Ă  coups de matraques. La police protĂ©geant les agresseurs lorsque les manifestants voulaient se dĂ©fendre. Suite Ă  cette attaque, les manifestants sont passĂ©s Ă  l’action en incendiant ou endommageant 103 maisons et 88 vĂ©hicules, la plupart appartenant Ă  des ministres, dĂ©putĂ©s ou politiciens, l’une des maisons appartenant au premier ministre. Le bilan humain est trĂšs Ă©levĂ©, au moins 5 morts et 189 blessĂ©s. Les responsables de ces meurtres et de ces blessĂ©s sont des membres et des partisans du gouvernement. Des coups de feu auraient Ă©tĂ© tirĂ©s depuis la rĂ©sidence du premier ministre alors que des manifestants s’y introduisaient.

Un dĂ©putĂ© du parti au pouvoir s’est suicidĂ© aprĂšs avoir tirĂ© sur deux manifestants. Dans une autre ville, deux autres manifestants sont Ă©galement dĂ©cĂ©dĂ©s aprĂšs qu’un membre du parti au pouvoir leur ait tirĂ© dessus. Ces Ă©vĂ©nements ont entraĂźnĂ© la dĂ©mission du premier ministre lundi. Ceci n’a pas calmĂ© la situation qui reste trĂšs tendue. Aujourd’hui, notamment Ă  Negombo dans l’ouest du pays, les autoritĂ©s ont prolongĂ© le couvre-feu, dĂ©ployĂ© l’armĂ©e et ordonnĂ© de “tirer Ă  vue”.

La situation n’est pas prĂȘte de se calmer au Sri Lanka, l’insurrection fait rage et le peuple ne veut qu’une chose : chasser cette dynastie familiale du pouvoir. Les partisans du pouvoir et les membres du gouvernement ne sont pas prĂȘts Ă  relĂącher la violence envers les manifestants, cependant la dĂ©termination du peuple Sri Lankais et la radicalitĂ© dont il use, peuvent leur permettre de faire aboutir cette insurrection afin de renverser l’État. Nous ne pouvons que souhaiter au peuple Sri Lankais de triompher de cette dynastie, de cet État, et si cela doit ĂȘtre par l’insurrection, alors soit, que l’insurrection triomphe !

crédit photo : AP/AFP/crédit inconnu




Source: Labarricadejournal.wixsite.com