Septembre 13, 2022
Par Demain Le Grand Soir
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L’opinion de l’acadĂ©micien Jean-François Revel par rapport Ă  la fĂ©minisation des mots :

Byzance tomba aux mains des Turcs tout en discutant du sexe des anges.

Le français achĂšvera de se dĂ©composer dans l’illettrisme pendant que nous discuterons du sexe des mots.

La querelle actuelle dĂ©coule de ce fait trĂšs simple qu’il n’existe pas en français de genre neutre comme en possĂšdent le grec, le latin et l’allemand. D’oĂč ce rĂ©sultat que, chez nous, quantitĂ© de noms, de fonctions, mĂ©tiers et titres, sĂ©mantiquement neutres, sont grammaticalement fĂ©minins ou masculins. Leur genre n’a rien Ă  voir avec le sexe de la personne qu’ils concernent, laquelle peut ĂȘtre un homme.

Homme, d’ailleurs, s’emploie tantĂŽt en valeur neutre, quand il signifie l’espĂšce humaine, tantĂŽt en valeur masculine quand il dĂ©signe le mĂąle. Confondre les deux relĂšve d’une incompĂ©tence qui condamne Ă  l’embrouillamini sur la fĂ©minisation du vocabulaire. Un humain de sexe masculin peut fort bien ĂȘtre une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille.

De sexe fĂ©minin, il lui arrive d’ĂȘtre un mannequin, un tyran ou un gĂ©nie. Le respect de la personne humaine est-il rĂ©servĂ© aux femmes, et celui des droits de l’homme aux hommes ?

Absurde !

Ces féminins et masculins sont purement grammaticaux, nullement sexuels.

Certains mots sont prĂ©cĂ©dĂ©s d’articles fĂ©minins ou masculins sans que ces genres impliquent que les qualitĂ©s, charges ou talents correspondants appartiennent Ă  un sexe plutĂŽt qu’à l’autre. On dit : « Madame de SĂ©vignĂ© est un grand Ă©crivain Â» et « RĂ©my de Goumont est une plume brillante Â». On dit le garde des Sceaux, mĂȘme quand c’est une femme, et la sentinelle, qui est presque toujours un homme.

Tous ces termes sont, je le rĂ©pĂšte, sĂ©mantiquement neutres. Accoler Ă  un substantif un article d’un genre opposĂ© au sien ne le fait pas changer de sexe. Ce n’est qu’une banale faute d’accord.

Certains substantifs se fĂ©minisent tout naturellement : une pianiste, avocate, chanteuse, directrice, actrice, papesse, doctoresse. Mais une dame ministresse, proviseuse, mĂ©decine, gardienne des Sceaux, officiĂšre ou commandeuse de la LĂ©gion d’Honneur contrevient soit Ă  la clartĂ©, soit Ă  l’esthĂ©tique, sans que remarquer cet inconvĂ©nient puisse ĂȘtre imputĂ© Ă  l’antifĂ©minisme. Un ambassadeur est un ambassadeur, mĂȘme quand c’est une femme. Il est aussi une excellence, mĂȘme quand c’est un homme. L’usage est le maĂźtre suprĂȘme.

Une langue bouge de par le mariage de la logique et du tĂątonnement, qu’accompagne en sourdine une mĂ©lodie originale. Le tout est fruit de la lenteur des siĂšcles, non de l’opportunisme des politiques. L’Etat n’a aucune lĂ©gitimitĂ© pour dĂ©cider du vocabulaire et de la grammaire. Il tombe en outre dans l’abus de pouvoir quand il utilise l’école publique pour imposer ses oukases langagiers Ă  toute une jeunesse.

J’ai entendu objecter : « Vaugelas, au XVIIe siĂšcle, n’a-t-il pas Ă©dictĂ© des normes dans ses remarques sur la langue française ? Â». Certes. Mais Vaugelas n’était pas ministre. Ce n’était qu’un auteur, dont chacun Ă©tait libre de suivre ou non les avis. Il n’avait pas les moyens d’imposer ses lubies aux enfants. Il n’était pas Richelieu, lequel n’a jamais tranchĂ© personnellement de questions de langues.

Si notre gouvernement veut servir le français, il ferait mieux de veiller d’abord Ă  ce qu’on l’enseigne en classe, ensuite Ă  ce que l’audiovisuel public, placĂ© sous sa coupe, n’accumule pas Ă  longueur de soirĂ©es les faux sens, solĂ©cismes, impropriĂ©tĂ©s, barbarismes et cuirs qui, pĂ©nĂ©trant dans le crĂąne des gosses, achĂšvent de rendre impossible la tĂąche des enseignants. La sociĂ©tĂ© française a progressĂ© vers l’égalitĂ© des sexes dans tous les mĂ©tiers, sauf le mĂ©tier politique. Les coupables de cette honte croient s’amnistier (ils en ont l’habitude) en torturant la grammaire.

Ils ont trouvĂ© le sĂ©same dĂ©magogique de cette opĂ©ration magique : faire avancer le fĂ©minin faute d’avoir fait avancer les femmes.

A mĂ©diter. Si on a un minimum d’instruction… “.




Source: Demainlegrandsoir.org