Mai 5, 2020
Par Paris Luttes
217 visites

En tant qu’enseignant·e·s du premier degrĂ© nous avons refusĂ©, dĂšs le dĂ©but de la fermeture des Ă©coles, la classe virtuelle ou toute autre forme de soi-disant continuitĂ© pĂ©dagogique, qu’elle soit numĂ©rique ou autre. Nous avons proposĂ© une liste d’activitĂ©s pour les Ă©lĂšves de maternelle et d’élĂ©mentaire ne nĂ©cessitant pas la prĂ©sence ou l’accompagnement d’un·e professionnel·le de la pĂ©dagogie et qui, selon nous, n’accentuent pas les inĂ©galitĂ©s scolaires et n’augmentent pas l’anxiĂ©tĂ© des familles. Cette liste d’activitĂ©s a Ă©tĂ© traduite en plus de dix langues en versions Ă©crites et audio (lien prĂ©cĂ©dent article).

Pour nous la prioritĂ© reste, en tant qu’enseignant·e·s, de rester en contact avec nos Ă©lĂšves et leur famille et de nous assurer de leur bien-ĂȘtre : avoir de quoi se nourrir correctement et avoir accĂšs aux produits d’hygiĂšne, disposer d’attestations de dĂ©placement (lien attestations traduites), disposer du matĂ©riel de l’école pour les familles qui ont peu ou rien, etc. D’autant plus que, nous en avons fait le constat, nous sommes pour certaines familles leur seul contact vers l’extĂ©rieur.

Cela Ă©tant, la fermeture totale des Ă©coles se prolonge au minimum jusqu’au 11 mai 2020 et l’État parle d’une rĂ©ouverture « progressive Â» des Ă©coles Ă  partir de cette date. L’État, en parallĂšle des annonces de fermetures de classe pour l’annĂ©e scolaire prochaine comme si de rien n’était, ose nous prĂ©senter cette dĂ©cision de rĂ©ouverture progressive avec pour motivation, toute rĂ©cente, le bien-ĂȘtre de nos Ă©lĂšves les plus en difficultĂ© ou les plus fragiles. Il est Ă©vident que le souci des dĂ©cideurs politiques n’est une fois de plus qu’économique et au dĂ©triment de la santĂ© de tou·te·s. Nous refusons d’avoir des morts sur la conscience et par consĂ©quent nous refusons de participer Ă  cette rĂ©ouverture des Ă©coles.

Comme nous de nombreux·euses collĂšgues n’iront pas travailler par choix et/ou par obligation ayant par exemple une ou des personnes vulnĂ©rables dans leur entourage. De nombreuses familles, pour diverses raisons, ne remettront pas leurs enfants Ă  l’école dans les conditions sanitaires actuelles. Par consĂ©quent, des Ă©coles et des classes entiĂšres seront encore fermĂ©es ou partiellement ouvertes aprĂšs le 11 mai, et cela pour une durĂ©e indĂ©terminĂ©e.

Dans ce cadre, en plus de s’assurer du bien ĂȘtre de nos Ă©lĂšves et de leurs familles, nous pensons, avec rĂ©flexion et un peu de recul, ĂȘtre en capacitĂ© de proposer la construction d’un projet collectif avec tou·te·s nos Ă©lĂšves quelles que soient les conditions auxquelles nous ferons face dans les temps Ă  venir. Le but n’est pas de proposer un moyen de faire classe en proposant des apprentissages, mais de maintenir un lien entre tou·te·s les Ă©lĂšves pour garder en vie la classe en tant qu’entitĂ© sociale. Car ce sont nos classes, mais avant tout les classes de nos Ă©lĂšves. La construction d’un projet de classe nous paraĂźt donc souhaitable et possible sous des conditions strictes de modalitĂ©s et de suivi, en s’assurant de la participation de tou·te·s nos Ă©lĂšves et en accompagnant les familles ou les Ă©lĂšves qui en auraient besoin.

Pour ce faire, nous avons choisi un outil que certain·e·s d’entre nous utilisent dĂ©jĂ  en temps normal : le journal de classe. Celles et ceux qui le pratiquaient dĂ©jĂ  en connaissent tous ses intĂ©rĂȘts. Certains de ces intĂ©rĂȘts ne sont plus d’actualitĂ© en cette pĂ©riode et donc dans la version que nous proposons, mais une partie, selon nous, reste valable : implication des Ă©lĂšves, Ă©changes, expressions de diffĂ©rents points de vue, coopĂ©ration dans une certaine mesure, etc. Les programmes des journaux de classe que nous proposons nĂ©cessitent un contact rĂ©gulier par tĂ©lĂ©phone. Nous partons du postulat que tou·te·s les Ă©lĂšves et familles ont accĂšs au tĂ©lĂ©phone. Si ce n’est pas le cas, nous comptons sur l’imagination de nos collĂšgues.

Les programmes des journaux de classe sont proposĂ©s pour trois niveaux diffĂ©rents (maternelle, CP, CE1, CE2 et CM1, CM2) et en deux versions :

  • une version pour toute la classe nĂ©cessitant l’envoi de photos par les familles et/ou les Ă©lĂšves si tou·te·s ont de quoi faire et envoyer des photos.
  • une version pour toute la classe sans demande de photos si une ou plusieurs familles et/ou Ă©lĂšves n’ont pas de quoi faire et/ou envoyer de photos.

Pour chaque journal de classe deux types d’activitĂ©s sont proposĂ©s : des activitĂ©s qui doivent ĂȘtre rĂ©alisĂ©es par tous les enfants de la classe en nous assurant de fournir l’accompagnement nĂ©cessaire pour celles et ceux qui en ont besoin et des activitĂ©s facultatives reposant entre autres sur la liste des activitĂ©s que nous avons dĂ©jĂ  proposĂ©es. Chaque famille et Ă©lĂšve doit disposer obligatoirement de la liste d’activitĂ©s (https://frama.link/liste-activites) avant de recevoir les programmes des journaux de classe que nous proposons.

Chaque journal de classe est fait pour ĂȘtre rĂ©alisĂ© en une semaine dans l’idĂ©al et publiĂ© Ă  la fin de cette pĂ©riode. Le programme du journal de classe suivant ne doit ĂȘtre, selon nous, proposĂ© qu’une fois le prĂ©cĂ©dent compilĂ© et envoyĂ©. Pour les activitĂ©s facultatives les enseignant·e·s pourront s’assurer de la visibilitĂ© Ă©gale de leurs Ă©lĂšves, peu importe le nombre de retours, en publiant par roulement une partie des Ă©lĂšves Ă  chaque parution.

Ces journaux de classe peuvent, selon nous, faire l’objet d’une correspondance rĂ©guliĂšre avec une ou d’autres classes.

Les programmes des journaux de classe que nous proposons et leurs traductions en versions Ă©crite et audio seront publiĂ©s au fur et Ă  mesure sur ce lien : https://frama.link/Journaux-de-classe.

Nous n’oublions pas ici, quand les conditions sanitaires le permettront rĂ©ellement, la rentrĂ©e des classes avec tou·te·s nos Ă©lĂšves, quelle que soit sa date. Nous devons, selon nous, rĂ©flĂ©chir dĂšs maintenant Ă  la pĂ©dagogie et Ă  l’école que nous proposerons Ă  tou·te·s nos Ă©lĂšves en cette rentrĂ©e exceptionnelle. Cette pĂ©riode est pour nous propice Ă  repenser l’école en profondeur.

Si nous devons nous organiser et assurer un service public, c’est Ă  nous d’en dĂ©terminer les modalitĂ©s et les prioritĂ©s.

Une enseignante de Paris et un enseignant de Seine-Saint-Denis.




Source: Paris-luttes.info