Janvier 4, 2021
Par ZAD Du Carnet
259 visites


Certains n’y voient qu’une preuve de la dĂ©cadence, la paresse et l’encrassement gĂ©nĂ©ralisĂ© que reprĂ©sente la ZAD dans leur esprit. Le lien Ă©tant vite Ă©tabli entre l’espĂšce du zadiste de base et la caste des chĂŽmeurs pouilleux, c’est tout naturellement que surgit le mot « schlag Â», qui dĂ©signe habituellement une loque humaine – Ă  savoir un individu louche, sale, pauvre et mal famĂ©. Mais la schlaguerie est bien plus grandiose ! C’est une vĂ©ritable tendance, qui se cultive 


« Ah, tu te zadifies ! Â» ; combien de fois par jour entend t-on cette expression bĂ©nie marquant le fameux rite de passage Ă  l’état zadiste de la chose ? C’est Ă  dire le moment oĂč la couleur des chaussures s’uniformise Ă  celle de la gadoue, oĂč l’on accepte enfin que la vaisselle ne sera jamais faite et qu’on devient expert dans la maĂźtrise du freinage de vĂ©lo sans frein. On adopte la schlag attitude. On renonce au monde de l’ordre, de la propretĂ© et du rangement, illusion d’une sociĂ©tĂ© nette et harmonieuse.

On choisit l’esthĂ©tique du sauvage, de la pagaille ; peu Ă  peu les espaces se transforment, l’air lui-mĂȘme se zadifie. Par le refus d’un ordre prĂ©conçu de l’univers oĂč chaque chose a une place et un rĂŽle bien dĂ©fini, on rĂ©invente le quotidien. La discipline exercĂ©e ordinairement sur les objets pour qu’ils correspondent Ă  nos attentes se change en un acharnement collectif pour les faire parler. Par une multitude d’initiatives crĂ©atives individuelles, tout se dĂ©rĂšgle, les idĂ©es saugrenues s’additionnent, dialoguent en diffĂ©rĂ© : l’autogestion devient une pratique artistique. Ce qui est cassĂ© n’est pas rĂ©parable car ce qui rĂ©pare est cassĂ© aussi, et puis on manque de matos et on ne manque pas de flemme, alors on bricole avec ce qu’on a sous la main sans se prĂ©occuper du rĂ©sultat. Rien ne convient, ça se recassera la figure, mais tant que ça tient, ça tient ! Peut-ĂȘtre que c’est aussi l’effet que ça fait de construire en sachant que tout sera bien plus vite dĂ©truit.

Le concept de la schlaguerie, c’est crier « tant pis Â» pour se mettre Ă  chĂ©rir l’imperfection et cultiver l’étrange. C’est aimer ĂȘtre hilare devant une chaise, une peluche ou un parapluie. C’est se dire qu’il n’y a ni urgence, ni sĂ©rieux, ni souci.

Et si le schlag, c’était laisser un peu de place Ă  la vie ?




Source: Zadducarnet.org