Pendant 3 ans, l’insurrection en Ukraine, inspirée des principes anarchistes, va essayer de mettre en place une nouvelle société, égalitaire et libertaire. En 1921, vaincu et blessé, Makhno est contraint de fuir, pourchassé par les bolcheviques qui massacrent les révolutionnaires. Expulsé de plusieurs pays européens, il s’installe finalement en 1925 à Paris, où pour survivre il est contraint de travailler comme ouvrier chez Renault à Boulogne-Billancourt. Il meurt le 25 juillet 1934 et est incinéré au cimetière du Père-Lachaise où il repose aujourd’hui non loin du Mur des fédérés et des communards.

Dans cette terre de sang qu’est l’Ukraine, la mémoire de Makhno a survécu, souterraine. Malgré la propagande communiste qui voulait le faire passer pour un vulgaire bandit, son souvenir de « robin des bois » est resté vivace sous forme d’une légende qui prétend que son fantôme reviendra pour venger les pauvres et les exploités contre tous les abus du Pouvoir.

Aujourd’hui, le gouvernement nationaliste ukrainien souhaite récupérer cette figure légendaire non pas pour réaliser son idéal de justice et de liberté, mais pour en faire un héros national ukrainien.

Le Maire de la ville natale de Makhno souhaite rapatrier ses cendres pour – summum du sordide – en faire une « marque commerciale » susceptible d’attirer les touristes étrangers. On imagine déjà des montagne russes avec des tachankas, ces fameuses carioles mitrailleuses inventées par Makhno et qui lui donnèrent ses victoires éclair !

Faire de Makhno et des Makhnovistes des symboles du nationalisme Ukrainien est simplement risible. Comme l’écrit son camarade Voline en 1927 « D’une façon générale, les insurgés makhnovistes – et aussi toute la population de la région insurgée et même au-delà – ne faisaient aucun cas de la nationalité des travailleurs, qu’ils soient ukrainiens, russes, juifs, grecs ou arméniens. Pas un instant ils ne firent appel aux sentiments nationaux ou patriotiques. Toute la lutte des makhnovistes fut menée uniquement au nom des droits et des intérêts des Travailleurs. Les préjugés nationaux n’avaient aucune prise sur la Makhnovtchina. Jamais personne ne s’intéressa à la nationalité de tel ou tel combattant, ni ne s’en inquiéta.  »

Ironiquement, les autorités ukrainiennes souhaitent que Makhno rejoigne dans le Panthéon patriotique ukrainien le dirigeant nationaliste Petlioura, considéré comme un « héros national », mais auquel l’armée Makhnoviste infligea de sévères défaites. Des milliers de militants anarchistes et d’ouvriers et paysans ukrainiens sont tombés dans la bataille contre ce bourreau, qui a réprimé les ouvriers et qui a refusé d’arrêter le génocide des Juifs ukrainiens pendant la guerre civile. Petlioura a d’ailleurs été exécuté à Paris en 1926 par l’anarchiste et ancien Makhnoviste Samuel Schwarzbard, avec lequel Makhno entretenait une grande amitié.

Makhno était un communiste anarchiste, il était contre le capitalisme mercantile, contre les frontières et contre le patriotisme. Transformer son nom en marque commerciale et faire de Makhno un étendard nationaliste, c’est faire preuve d’un cynisme éhonté. Ce serait une insulte directe à la mémoire de ce révolutionnaire et de ses compagnons et aussi à la cause pour laquelle ils se sont battus.

Aujourd’hui les cendres de Makhno reposent au Père Lachaise, non loin du Mur des Fédérés et des Communards de 1871, ses frères en Révolution. Cela correspond bien à ses convictions révolutionnaires et internationalistes.

Les nationalistes, réactionnaires et hommes d’État devraient laisser en paix le vieux révolutionnaire, sous peine de réveiller son fantôme et de voir revenir les tachanka …

Les Amis de Nestor Makhno – Tachanka

Tachanka.paris[chez]gmail.com


Article publié le 13 Juil 2019 sur Cntaittoulouse.lautre.net