Juillet 8, 2020
Par Expansive
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Les nominations du remaniement ministĂ©riel du 6 juillet 2020 sont intolĂ©rables. Nous appelons Ă  un rassemblement fĂ©ministe vendredi 10 juillet Ă  18h, place de la mairie Ă  Rennes, afin de protester contre l’accession au pouvoir de personnes vĂ©hiculant les oppressions systĂ©miques contre lesquelles nous nous battons. Voici nos revendications.

NON AU GOUVERNEMENT PATRIARCAL, RACISTE, LGBTQIA+PHOBE ET COLONIAL

Suite Ă  la dĂ©mission d’Edouard Philippe le 3 juillet, Emmanuel Macron a nommĂ© Jean Castex au poste de Premier Ministre. Le gouvernement, avec le remaniement ministĂ©riel, nous a montrĂ© que la « grande cause du quinquennat Â» et la lutte contre les discriminations ne font que l’objet d’un engagement de façade de sa part. Il a montrĂ© que la dignitĂ© et le respect des femmes, des personnes LGBTQIA+ et des habitant.es des Outre-Mer sont moins importants Ă  ses yeux que le maintien au pouvoir des oppresseurs.

En nommant GĂ©rald Darmanin au ministĂšre de l’IntĂ©rieur, un message clair nous est adressĂ©, Ă  nous qui subissons les violences sexistes et sexuelles et qui nous battons chaque jour pour qu’elles cessent : une accusation de viol n’empĂȘche pas de devenir ministre. Un procĂšs pour viol est en effet en cours d’instruction contre GĂ©rald Darmanin, l’enquĂȘte ayant Ă©tĂ© rĂ©-ouverte suite Ă  une dĂ©cision de la Cour d’appel. Avec un violeur prĂ©sumĂ© comme chef des polices, on nous dit que la vie d’une femme est moins importante que l’ascension politique d’un homme. C’est nous dire que nos combats ne mĂ©ritent pas d’ĂȘtre entendus. La nomination de GĂ©rald Darmanin nous montre aussi qu’aux yeux du gouvernement en place, l’homophobie n’est pas un problĂšme. Refuser de marier un couple de personnes de mĂȘme genre et dĂ©nigrer les droits des personnes LGBTQIA+ chaque jour n’empĂȘche pas de devenir ministre. C’est une violente banalisation des oppressions sexistes et LGBTQIA+phobes.

En nommant MarlĂšne Schiappa dĂ©lĂ©guĂ©e du ministĂšre de l’IntĂ©rieur chargĂ©e de la CitoyennetĂ©, l’Etat nous montre que le pouvoir reste entre les mains des hommes cisgenres blancs, et montre sa volontĂ© de ne pas accorder trop de pouvoir Ă  celleux qui pourraient s’en servir pour lutter contre les discriminations. MarlĂšne Schiappa se retrouve en effet sous la direction de GĂ©rald Darmanin, accusĂ© de viol, alors qu’elle Ă©tait auparavant chargĂ©e de lutter contre les violences sexistes et sexuelles en tant que SĂ©crĂ©taire d’Etat chargĂ©e de l’égalitĂ© Femmes-Hommes.

En nommant Eric Dupond-Moretti au ministĂšre de la Justice, le gouvernement nous dit que la Justice continuera de protĂ©ger les violeurs et les harceleurs. Cet homme dit en effet que les femmes et minoritĂ©s de genre “regrettent de ne plus ĂȘtre sifflĂ©es” dans la rue. Selon lui, le viol en rĂ©union n’est qu’un amusement entre copains. Il critique le mouvement #MeToo et son ampleur, en voulant circonscrire la libĂ©ration de la parole des victimes de violences sexistes au domaine de la Justice. Mais quelle justice peut-il y avoir, lorsque le ministre de la Justice est un fervent dĂ©fenseur de violeurs, harceleurs et auteurs de fĂ©minicides qui plaide pour leur acquittement ? Sa nomination est une incitation Ă  la silenciation et Ă  la non-reconnaissance des victimes de violences sexistes et sexuelles. Eric Dupond-Moretti, adversaire des fĂ©ministes, s’est en effet illustrĂ© Ă  plusieurs reprises par des propos sexistes et diffamatoires envers les victimes de ceux qu’il dĂ©fendait. Cela ne fait que renforcer le climat de peur dĂ©jĂ  existant pour les victimes de violences sexistes et sexuelles : aller porter plainte, lorsque l’on sait que la police est susceptible de ne pas Ă©couter la victime, de vouloir attĂ©nuer sa parole et son vĂ©cu, et que seuls 1% des violeurs sont condamnĂ©s au final, est trĂšs difficile. Avec un tel ministre de la Justice, le signal est clair que la parole des victimes est encore une fois bafouĂ©e. La culture du viol n’est que renforcĂ©e et banalisĂ©e.

En nommant Elisabeth Moreno ministre dĂ©lĂ©guĂ©e Ă  l’égalitĂ© Femmes-Hommes, Ă  la diversitĂ© et Ă  l’égalitĂ© des chances, le gouvernement rĂ©affirme sa position conservatrice par rapport Ă  la lutte contre les discriminations. Sa nomination est comme une caution universaliste, une maniĂšre de dire “l’égalitĂ© des chances existe et vos droits seront respectĂ©s puisqu’une femme noire issue d’un milieu dĂ©favorisĂ© devient ministre dans le but de les faire respecter”. Mais Elisabeth Moreno a Ă©tĂ© prĂ©sidente de grandes entreprises, sa vision de la question des discriminations et ses moyens d’action sont directement issus de la classe dominante. D’emblĂ©e, elle refuse de s’identifier aux fĂ©ministes « agressives Â», et ne veut « surtout pas que les hommes se sentent gĂȘnĂ©s, car ils auraient le sentiment qu’il n’y en a que pour les femmes Â», lorsque des mesures doivent ĂȘtre mises en place contre les discriminations sexistes. AccĂ©der Ă  l’égalitĂ© oui, mais sans dĂ©ranger la gente masculine. Elle affirme Ă©galement qu’elle « ne connaĂźt pas une plus grande complĂ©mentaritĂ© qu’entre les hommes et les femmes Â», ce qui est transphobe et enbyphobe [1]. Nous ne sommes pas dupes de l’hypocrisie du gouvernement.

En nommant SĂ©bastien Lecornu ministre des Outre-Mer, le gouvernement dit Ă  celleux qui y vivent que leur voix ne compte pas. Sa nomination a Ă©tĂ© justifiĂ©e par ses nombreux voyages dans les DOM-TOM. Visiter un lieu ne suffit pas pour l’administrer. Nommer un ministre qui ne connaĂźt pas l’histoire insulaire et les problĂ©matiques qui y sont liĂ©es, qui n’a jamais vĂ©cu dans un DOM-TOM, ne fait que renforcer la posture de l’état colonisateur.

Le gouvernement d’Emmanuel Macron, qui se veut “ni de droite ni de gauche”, affirme aujourd’hui sa position conservatrice et sa volontĂ© de ne pas progresser sur le sujet pourtant primordial de la lutte contre les discriminations. Le remaniement a une fois de plus donnĂ© le pouvoir Ă  des personnes vĂ©hiculant les oppressions patriarcales, racistes, colonialistes et capitalistes. Nous ne voulons plus de ce monde, dans lequel le pouvoir des oppresseurs est minutieusement prĂ©servĂ©. Macron ne se rĂ©inventera pas, et l’Etat oppressif non plus. Tant que le pouvoir sera donnĂ© Ă  des personnes ne respectant pas nos existences, la lutte contre les discriminations ne progressera pas.

L’Etat censĂ© nous protĂ©ger ne fait que nous opprimer et silencier notre parole. Les accusations de viol, le sexisme et les lgbt+phobies avĂ©rĂ©es des personnes nommĂ©es ministres participent Ă  la culture du viol et Ă  la banalisation des discriminations systĂ©miques. Ces nominations sont d’une violence extrĂȘme pour les personnes les subissant, pour les personnes LGBTQIA+ qui voient le ministre de l’IntĂ©rieur piĂ©tiner leurs droits et leurs dignitĂ©, pour les victimes de viol qui voient Darmanin pouvoir en main malgrĂ© son procĂšs pour viol en cours d’instruction, pour les fĂ©ministes qui voient leur ministre chargĂ©e de l’égalitĂ© hommes-femmes excuser les blagues sexistes des hommes Ă  la machine Ă  cafĂ© et rejeter leur mode d’action. Le remaniement ministĂ©riel est un pied de nez aux luttes que nous menons. Le pouvoir est entre les mains de nos oppresseurs, et rien n’est fait contre.

Nous ne nous laisserons pas faire. Nous nous battrons contre les oppressions systĂ©miques vĂ©hiculĂ©es par le gouvernement qui nous prouve encore une fois que notre parole et nos vĂ©cus sont ignorĂ©s. Nous ne cĂ©derons ni Ă  la peur ni Ă  cette volontĂ© de nous faire taire. Continuons de crier nos vĂ©cus et notre colĂšre ! Le gouvernement piĂ©tine nos existences et piĂ©tine nos luttes. Nous sommes en colĂšre. Mais cette colĂšre ne fait qu’alimenter notre rĂ©volte. Nous n’arrĂȘterons pas de nous battre. Non au gouvernement patriarcal, raciste, lgbtqia+phobe et colonial.

Si vous aussi vous voulez exprimer votre colĂšre contre ce nouveau gouvernement, rejoignez nous vendredi 10 juillet, Ă  18h, place de la mairie Ă  Rennes.

En espérant vous voir nombreuxes,

Nous Toutes 35




Source: Expansive.info