Juillet 1, 2021
Par Rapports De Force
156 visites


  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

La question d’un allongement à 64 ans de l’âge légal de départ à la retraite est sur la table d’Emmanuel Macron et pourrait être annoncée lors de son allocation du 14 juillet. Mais il ne suffit pas de répéter à l’envi qu’il faut travailler plus longtemps pour que cela devienne une réalité. À ce jour, le recul à 62 ans de l’âge de départ en 2010 a eu pour effet de précipiter nombre d’actifs dans la pauvreté et les minima sociaux.

 
« Il faut travailler plus longtemps », c’est « le sens de l’histoire » expliquait il y a trois semaines sur les ondes de Sud Radio le délégué général de LREM Stanislas Guerini, prenant ainsi le contre-pied d’une histoire sociale, longue d’un siècle, où réduction du temps contraint rimait avec progrès et émancipation.

Mais cette affirmation selon laquelle il faudrait travailler plus longtemps, assortie généralement d’arguments autour de l’allongement de la durée de vie, des déficits de la protection sociale ou du ratio entre nombre d’actifs et de retraité, butte sur une réalité crue : une personne sur deux n’est plus en activité au moment de faire valoir ses droits à la retraite. Et donc, ne travaille pas plus longtemps, malgré l’allongement à 62 ans de l’âge légal de départ à la retraite sous la présidence de Nicolas Sarkozy en 2010.

Le taux d’emploi des 60-64 ans est de 32,2 %, contre 52,3 % pour la tranche élargie des 55-64 ans, selon un document de la Cour des comptes de juillet 2019. Et la chute du taux n’est que partiellement liée au départ à la retraite d’une partie des salariés au-delà de 62 ans, dans la mesure où nombre de salariés travaillent au-delà, afin d’obtenir tous les trimestres requis pour bénéficier d’une retraite à taux plein. En réalité, l’âge moyen de départ des salariés du privé, les plus nombreux, était même de 63,4 ans en 2017 selon le ministère du Travail.

Vieux travailleurs pauvres

L’argument de faire travailler plus longtemps les Français ne tient donc pas l’épreuve des faits. Même si les raisons sont multiples, le nombre de chômeurs de plus de 50 ans a été multiplié par deux depuis 2008 selon les données de l’Insee. Et même par trois pour ce qui est des demandeurs d’emploi inscrits à Pôle emploi en catégorie A. Ainsi, le recul de l’âge de départ à 64 ans cache mal « une mesure budgétaire brutale et injuste », selon les mots de Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, sur l’antenne de France Info mercredi 30 juin.

À n’en pas douter, un nouvel allongement de la durée de travail, avant de pouvoir partir à la retraite, aura le même effet que le recul de 60 à 62 ans en 2010 de l’âge légal de départ : augmenter le nombre de seniors « ni en retraite ni en emploi ». C’est-à-dire en attente de liquider leurs droits pour bénéficier d’une pension. Ce nombre est évalué à 30 % des plus de 60 ans pour la période 2016-2018 par le journal Capital. Ce qui fait dire à la Cour des comptes que « les performances sont restées médiocres, jusqu’à présent, en termes de maintien dans l’emploi des seniors de 60 ans et plus ». Et ce pour une raison assez simple : les employeurs préfèrent se séparer de leurs salariés les plus âgés, considérés moins productifs et plus onéreux. Ce que tend à confirmer le nombre de ruptures conventionnelles. Il correspond à 25 % des fins de contrats en CDI des seniors contre 16 % des jeunes.

Avec pour conséquence une « forte augmentation des effectifs de la tranche d’âge des 60-64 ans parmi les bénéficiaires de l’allocation d’aide au retour à l’emploi (ARE) et de l’allocation de solidarité spécifique (ASS), ainsi que des minimas sociaux ». Ce qui constitue une « trappe à précarité » selon la juridiction financière du Palais Cambon. Ainsi depuis 2010, date du dernier recul de l’âge légal de départ à la retraite, les allocations versées au titre de l’ARE aux 60-64 ans ont augmenté de 45 %. Celles concernant l’ASS de 75 % et enfin celles correspondant au RSA de 157 %.

Transfert de coûts

Aujourd’hui, le basculement d’une partie des salariés âgés de 60 à 64 ans vers les minima sociaux ou les allocations chômage coûte 1,5 milliard d’euros par an à la protection sociale et à la solidarité nationale, selon la Cour des comptes. Et encore, cette somme ne prend pas en compte l’augmentation des invalidités liées à une durée de travail plus longue et à l’usure plus intense des corps : les sommes allouées au titre de l’allocation adulte handicapé (AAH) ont bondi de 288 % entre 2010 et 2018. Des sommes appelées à croître si Emmanuel Macron confirme le relèvement de l’âge légal de départ à 64 ans.

Mais surtout un coût social et humain terrifiant pour des centaines de milliers de salariés ayant travaillé près de 40 ans, selon leur parcours sur un marché de l’emploi impitoyable. Une sorte de « quoi qu’il en coûte » inversée si exécutif confirme ses intentions austéritaires, alors que le pays n’est même pas encore réellement sorti de la crise sanitaire.

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  



Source: Rapportsdeforce.fr