DĂ©cembre 19, 2021
Par Le Monde Libertaire
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DĂ©cembre : le Rat noir vous invite dans l’intimitĂ© de ThĂ©mistocle, en compagnie d’Olivier Delorme. Puis, un peu de peinture. Charles Baudelaire au Salon de 1846. Autres Ă©poques, autres peintres : Francis Bacon du Tableau final de l’amour de Larry Tremblay. David Hockney par Catherine Cusset. Passer ensuite, Un jour avant le bonheur avec Erri De Luca. Traverser l’Atlantique et retrouver le Babitt de Sinclair Lewis. Le retraverser l’Atlantique pour dĂ©couvrir les sombres annĂ©es de la guerre d’AlgĂ©rie de Daniel V, par Pierre Brunet. Puis Nos fantastiques annĂ©es fric, dans le polar de Dominique Manotti. Enfin : l’envers du dĂ©cor de l’industrie porno avec I love Porno de Didier Lestrade.

Le ThĂ©mistocle d’Oliver Delorme

Olivier Delorme, Ă©crivain et historien français, est nĂ© en 1958. AgrĂ©gĂ© d’histoire en 1982, il se consacre Ă  l’écriture. PassionnĂ© par la GrĂšce, il vit aujourd’hui Ă  Nisyros (dans les Ăźles du DodĂ©canĂšse). En 2014, il a reçu le prix Mondes en guerre, mondes en paix, pour sa trilogie La GrĂšce et les Balkans.

Nous pĂ©nĂ©trons dans l’histoire de ThĂ©mistocle (Ă©d. H&O, 23€) par la petite ouverture de sa tente, Ă  la veille de la bataille de Salamine en 480, avant notre Ăšre. Nous le surprenons en pleine conversation politico-philosophique avec son maĂźtre et conseiller, MnĂ©siphilos. Ils abordent son plan d’attaque contre les Perses. En effet, AthĂšnes, dix ans aprĂšs la bataille de Marathon et peu aprĂšs celle des Thermopyles, est prise et soumise par l’armĂ©e de XerxĂšs, ainsi que plusieurs autres villes grecques (Olivier Delorme nous en expliquera le dĂ©roulement dans un chapitre ultĂ©rieur). Pour l’heure, seules AthĂšnes alliĂ©e Ă  Egine, Corinthe, MĂ©gare et Sparte, dĂ©cident de lui rĂ©sister. Le fougueux ThĂ©mistocle (fils d’un concubin bĂątard, mariĂ© deux fois, pĂšre de six enfants et farouche partisan de la dĂ©mocratie) a proposĂ© une stratĂ©gie. Laquelle n’a rĂ©ussi Ă  convaincre, ni le Conseil des Amiraux des citĂ©s alliĂ©es, ni son pire ennemi politique, l’evpatride (« le bien nĂ© Â») Aristide, ennemi jurĂ© de la dĂ©mocratie et donc de ThĂ©mistocle. Ce dernier fait fi de son avis et dĂ©cide de maintenir malgrĂ© tout, la prĂ©paration de la flotte et des troupes des AlliĂ©s, basĂ©es dans le dĂ©troit de Salamine, Ă  deux pas du PirĂ©e. Il compte entraĂźner les Perses dans un piĂšge.

C’est ensuite Ă  Stisileos, son jeune et bel amant, mĂ©tĂšque de l’üle des Cyclades de Keos d’entrer en scĂšne. De nous raconter son histoire en flash-back et sa rencontre avec ThĂ©mistocle. Il a quittĂ© pour lui, son premier amant qui n’était autre qu’Aristide ! Aristide, depuis ostracisĂ© par l’AssemblĂ©e des AthĂ©niens, mais rĂ©habilitĂ© pour la bataille contre les Perses, l’occasion pour ThĂ©mistocle de lui faire un nouvel affront. AprĂšs avoir reçu les signes favorables d’AthĂ©na, de PosĂ©idon et finalement du Conseil des Amiraux, passe Ă  l’action. Il envoie un esclave Perse porter un message fallacieux Ă  XerxĂšs, afin qu’il tome dans son piĂšge. Cela fonctionnera-t-il ?

Le charme de cette biographie tient au fait qu’Olivier Delorme parvient Ă  nous faire pĂ©nĂ©trer dans la peau de chaque protagoniste de cette Ă©popĂ©e. Leurs voix s’entremĂȘlent tour Ă  tour. De fait, nous passons de l’état de lecteur Ă  celui d’acteur. Souci des dĂ©tails, expression de chacun des diffĂ©rents caractĂšres, de leurs impulsions. De plus, Delorme ne nĂ©glige aucun fragment de leurs mƓurs, souvent vulgaires Ă  l’époque, ainsi que leur mĂ©pris pour les « peuples infĂ©rieurs Â» : « ArrĂȘtez de vous chicaner comme deux BĂ©otiens dont l’un accuse le chien de l’autre de lui avoir tuĂ© trois poules Â». Nous pouvons le constater quelques chapitres plus loin, alors que nous sommes transportĂ©s chez ThĂ©mistocle qui offre, accompagnĂ© de Stisileos et de son vieux maĂźtre MnĂ©siphilos, un magnifique banquet pour fĂȘter le succĂšs remportĂ© par Eschyle pour sa piĂšce Les Perses. Mais, les effets bĂ©nĂ©fiques du festin sont annihilĂ©s lorsque ThĂ©mistocle apprend qu’un anonyme vient de dĂ©poser dans le Vase de bronze de l’assemblĂ©e du peuple athĂ©nien, un tesson sur lequel est gravĂ© une accusation selon laquelle : « il est un enculĂ© [note]  Â». Ambiance garantie ! « Les AthĂ©niens n’ont aucune patience : les quolibets fusent vite et le tumulte suit de prĂšs. Â»
Hadrien
Les manigances et stratagĂšmes imaginĂ©s par les ennemis de ThĂ©mistocle rĂ©ussiront-ils Ă  le faire ostraciser et exiler ? Ou pourrait-il dans ce cas trouver refuge ? Et si dix ans plus tard, il parvenait Ă  regagner AthĂšnes, y retrouverait-il sa place de stratĂšge ? Le laisserait-on accomplir son rĂȘve de voir une AthĂšnes enfin protĂ©gĂ©e contre les Barbares ? Parviendrait-il Ă  imposer son idĂ©e de constituer une ligue commune pour les citĂ©s grecques alliĂ©es ? Le laisserait-on encore, prĂŽner la libertĂ© de parole aux AthĂ©niens, afin qu’ils participent activement Ă  la vie de la « citĂ© de la parole Â» ?

ParallĂšlement, que va devenir le beau Stisileos aprĂšs la bataille de Salamine ? Poursuivra-t-il lui aussi son rĂȘve de devenir le champion des PentĂ©tĂ©riques ? Dans ce cas, Ă©coutera-t-il les conseils de ses entraineurs au sujet de l’abstinence sexuelle que doivent garder les athlĂštes avant les concours, « que la semence vienne de l’écume du sang ou cerveau Â» ? Ou passera-t-il outre, parce que dans tous les cas, « le corps ne cesse d’en produire et qu’il faut bien l’évacuer Â» ! Stisileos restera-t-il fidĂšle Ă  ThĂ©mistocle ?

La biographie romancĂ©e d’Olivier Delorme aborde tous les aspects de la vie athĂ©nienne. Fermement assise sur documents d’époques, heureusement conservĂ©s ou retrouvĂ©s. L’occasion de dĂ©couvrir ou redĂ©couvrir l’histoire du VĂšme siĂšcle d’avant PĂ©riclĂšs. Les petits secrets de Delphes, l’ambiance de son port de Kirrha, ses sanctuaires et sa pythie. Les rĂ©cits mythiques, tels celui de la fin de la guerre entre les Titans, RhĂ©a et Kronos. Croiser en chemin XĂ©nophane de Colophon, le premier agnostique, le jeune PĂ©riclĂšs et bien d’autres. Retrouver en tĂȘte de chaque chapitre des vers d’HĂ©raclite, de Thucydide, Diodore de Sicile, Aristophane, Eschyle, Plutarque, etc. Delorme nous offre un rĂ©cit tantĂŽt Ă©pique, tantĂŽt intime et romantique. Magnifique histoire d’une passion sans faille, comme seul le permet ce genre littĂ©raire. Klaus Mann nous l’avait dĂ©jĂ  prouvĂ© avec son Alexandre le Grand ou Marguerite Yourcenar avec son Hadrien. Genre qui ouvre l’imaginaire aux plus rigoureux rĂ©cits des Diodore, HĂ©rodote, Plutarque et autres Thucydide. En fin de volume, on trouve un glossaire des termes grecs utilisĂ©s ainsi que trois cartes qui permettent de suivre les dĂ©placements de nos hĂ©ros.

Charles Baudelaire au Salon de 1846

Dans sa prĂ©face de Baudelaire Salon de 1846 (Ă©d. La Fabrique, 15€), Jean-Christophe Bailly nous explique la naissance de ce petit recueil Ă©crit par Charles Baudelaire sous le rĂšgne de Louis-Philippe, « livre fondateur du poĂšte qui introduit avec une certaine violence Â», le discours critique de Baudelaire sur l’art. Sur ces Salons des artistes « oĂč l’on accumule tout un fouillis de toiles de tous genre dans un grand dĂ©sordre attirant une foule de visiteurs. Un tohu-bohu de styles et de couleurs. Â» Le Rat noir s’est contentĂ© d’écouter le poĂšte commenter les nombreuses Ɠuvres exposĂ©es dans le salon de 1846. Charles Baudelaire nous avertit. Il nous prĂ©vient qu’il s’adresse surtout aux bourgeois « c’est Ă  vous, majoritĂ©, que s’adresse ce livre Â». Qu’on se le tienne pour dit ! Dans cet avertissement est dĂ©jĂ  prĂ©sente, toute l’ironie du futur auteur des Fleurs du Mal (qui ne paraĂźtra qu’une dizaine d’annĂ©es plus tard).

Dans A quoi bon la critique ? Baudelaire nous en donne sa version : « Elle doit ĂȘtre amusante, poĂ©tique de naĂŻvetĂ© et de romantisme Â». Pour lui, le gĂ©nie d’un artiste doit se trouver non seulement dans la couleur, mais aussi dans l’harmonie et la mĂ©lodie. Rien que ça ! Et de citer en exemple, les « modernes Â» VĂ©ronĂšse et Delacroix (le mĂ©lancolique), dont les personnages sont toujours « agitĂ©s Â», tandis que ses tableaux religieux sont les seuls de l’exposition « Ă  ne pas jouer de la corde sensible chrĂ©tiennes Â» … Baudelaire Ă©voque ensuite les autres peintres qui ont retenu son attention, notamment, Georges Catlin et son Petit loup (qui a Ă©galement impressionnĂ© GĂ©rard de Nerval) ? Il analyse ensuite, les sujets amoureux des peintres de l’exposition, puis pose un regard de « scrutateur obsessionnel Â» sur l’art des coloristes.

Dans L’idĂ©al et le modĂšle, Baudelaire peaufine son idĂ©e selon laquelle « un grand dessinateur doit rĂ©sumer l’idĂ©al ET le modĂšle Â», avant de s’intĂ©resser aux portraits selon deux critĂšres : l’histoire et le roman. Qui trouvera grĂące Ă  ses yeux et qui sera l’objet de ses foudres ? Quelque « militariste cocardier irritant l’épiderme français Â» ? Dans « L’hĂ©roĂŻsme et la vie Â», pour donner suite Ă  une dĂ©monstration fournie, comment Baudelaire en arrivera Ă  conclure que l’hĂ©roĂŻsme ne se trouve que dans la vie quotidienne ou le nu ? Suivent quelques rĂ©flexions sur le doute chez les peintres et sur la « trĂšs ennuyeuse sculpture, vague et insaisissable Ă  la fois Â».

Enfin, le chapitre Des Ă©coles et des ouvriers, est sans doute le plus provocateur de cet essai. Faut-il le prendre au premier degrĂ© ou au second ? Pourquoi en effet, Charles Baudelaire, ce jeune homme qui, deux ans plus tard en 1848, va monter sur les barricades, frĂ©quentera Joseph Proudhon et citera Auguste Blanqui, lance-t-il cette phrase en guise d’introduction : « La joie que l’on Ă©prouve Ă  voir les reprĂ©sentants de l’ordre crosser les RĂ©publicains et les anarchistes Â» ? Provocation ? Moquerie destinĂ©e aux bourgeois hystĂ©riques de l’ordre ? Et pourquoi ajouter plus loin que les ouvriers sont « les ennemis des roses et des parfums Â» et les artisans des « fanatiques des ustensiles Â» ? Jean-Christophe Bailly, dans sa prĂ©face, nous donne quelques pistes de rĂ©flexion.

On trouve souvent, au fil de ces pages, la plume de Baudelaire, ce dandy « mouillĂ©e d’acide Â» qui, aprĂšs la parenthĂšse des barricades, se dĂ©finira comme « dĂ©-politique Â». Quoi qu’il en soit, ce petit livre de critique et avant-gardiste n’a de cesse de se moquer du « politiquement correct Â» qui ne fera que ravir les inconditionnels d’un poĂšte de gĂ©nie.

Francis Bacon : Tableau final de l’amour de Larry Trenblay

Larry Tremblay, dramaturge et Ă©crivain quĂ©bĂ©cois, est nĂ© en 1954. Il a publiĂ© une trentaine de livres de plusieurs genres (poĂ©sie, textes dramatiques, essais et romans) dont Le Christ obĂšse. Ses Ɠuvres thĂ©Ăątrales sont produites et rĂ©compensĂ©e dans de nombreux pays.

« Tu es venu pour me voler. Je dormais dans mon atelier. Sale et tĂąchĂ©. J’ai entendu une vitre voler en Ă©clats. L’intrus qui s’approchait de moi n’était pas subtile. Mais j’étais heureux que quelque-chose se produise dans ma vie solitaire. Â» Ainsi s’ouvre Tableau final de l’amour de Larry Tremblay (Ă©d. La peuplade, 18€). Une rencontre insolite entre Francis Bacon et son amant, une petite frappe, voleur et gigolo qui se termine par une nuit de sexe. « Je nourrissais le fantasme les tous premiers jours de m’incruster dans ton corps comme un lutteur en pĂ©nĂštre un autre avec ses prises et ses coups Â». Le ton est donnĂ©. Bienvenue dans cette aventure entre un peintre de gĂ©nie, alcoolique, dĂ©voyĂ© et un petit hĂ©tĂ©ro musclĂ©, homo honteux se cachant derriĂšre une virilitĂ© de façade. Dans une note, Larry Tremblay a la dĂ©licatesse de nous prĂ©venir que cette histoire est fictive, librement inspirĂ©e de l’histoire de Francis Bacon.

Au fil des pages, l’auteur nous raconte la vie du peintre. Sa naissance Ă  Dublin. Son pĂšre Ă©leveur de chevaux qui le bat et le maltraite. Qui le rejette, parce qu’il est asthmatique et homosexuel. Francis n’ayant pas cachĂ© son viol par le palefrenier Ă  l’ñge de 14 ans et qui, surpris dans la chambre de sa mĂšre en train d’essayer ses sous-vĂȘtements, est rejetĂ© et quitte la maison familiale. Suivent les annĂ©es d’errances Ă  Paris. La prostitution et l’alcool. Le dĂ©but d’une carriĂšre fulgurante, jusqu’au jour oĂč, il rencontre par le plus grand des hasards, ce petit voleur qui va devenir son modĂšle prĂ©fĂ©rĂ©, sa « muse vulgaire Â». Mais, Bacon, peintre obsĂ©dĂ© par « la violence, la cruautĂ©, le sang, l’alcool et la tragĂ©die Â», va avoir beaucoup plus de mal Ă  le coucher sur une toile que dans son lit ! Leur aventure « amoureuse Â» va s’avĂ©rer violente, sadomasochiste, mais une grande source de crĂ©ation pour Francis Bacon. TĂ©moins, ces tableaux tourmentĂ©s qui font « dĂ©border du corps humain sa part d’animalitĂ©, sa sexualitĂ© entravĂ©e, son dĂ©sespoir, sa cruautĂ© et l’absence de toute Ă©ternitĂ© Â».

L’histoire, dĂ©jĂ  compliquĂ©e de Francis Bacon, va encore se compliquer quand il emmĂšne la petite frappe Ă  New-York, pour une grande exposition qui lui est consacrĂ©e et qu’il va tomber amoureux d’Alex, un jeune peintre amĂ©ricain. Coup de foudre ? Et dans ce cas, que va devenir le petit loubard ? Tombera-t-il dans les drogues dures ? Retrouvera-t-il sa place aux cĂŽtĂ©s de Bacon ?

Quoi qu’il en soit, cet essai est pour nous l’occasion de frĂ©quenter « l’autre Bacon Â», le personnage public Ă  grand succĂšs. Seul peintre que de son vivant a eu comme Picasso, droit Ă  une rĂ©trospective de son Ɠuvre au Grand-Palais. On cĂŽtoie alors, Madame Pompidou, Giacometti, Dali, Miro, Masson, un trĂšs court instant, Margueritte Duras (que Bacon n’a jamais lu) et mĂȘme de loin, Jean Genet. Maggy, l’actrice ayant abandonnĂ© sa carriĂšre de cinĂ©ma pour s’occuper d’Adam, son ex-mari handicapĂ©, dont Bacon fera un portrait stupĂ©fiant. Mais, outre tout cela, Bacon, peintre de gĂ©nie parviendra-t-il Ă  transcender son amour pour un petit loubard ? Tableau final de l’amour : une remarquable approche intime de Francis Bacon.

Catherine Cusset : Vie de David Hockney

Catherine Cusset est nĂ©e en 1963. Elle fait ses Ă©tudes au lycĂ©e de Boulogne-Billancourt, avant d’intĂ©grer l’Ecole normale et devenir agrĂ©gĂ©e de lettres classiques. Elle prĂ©sente ensuite une thĂšse sur le Marquis de Sade, enseigne Ă  l’universitĂ© de Yale avant d’arrĂȘter sa carriĂšre universitaire pour Ă©crire Ă  plein temps. Elle vit aujourd’hui Ă  Manhattan, avec son mari amĂ©ricain.

Portrait de famille. David Hockney est nĂ© en 1937, dans une famille pauvre anglaise de Bradford dans le Yorkshire de l’ouest. Son pĂšre, pacifiste convaincu et « artiste dans l’ñme Â», se retrouve sans le sou aprĂšs la Seconde guerre mondiale. Jamais en manque d’imagination, pour nourrir sa famille de quatre enfants, il rafistole et maquille de vieilles poussettes pour les revendre. Sa mĂšre aimante, « bonne comme la pĂąte Â» ouvre les portes de la maison Ă  tous les enfants du quartier. Le petit David se montre vite douĂ© Ă  l’école, trĂšs portĂ© sur le dessin. Il en expose d’ailleurs dans le hall et est ravi quand ils sont volĂ©s. Un jour, en place d’une rĂ©daction, il tend Ă  son professeur son portrait. Ce dernier tombe sous le charme ! Bref, une enfance plutĂŽt heureuse car « il ne s’apercevait mĂȘme pas qu’ils Ă©taient pauvres Â».

C’est au fond d’une salle de cinĂ©ma que David dĂ©couvre le sexe par hasard Ă  quinze ans. TrĂšs douĂ©, ses professeurs le poussent vers une Ă©cole d’art. Mais sans bourse, pas d’autre choix que patienter deux ans et terminer son cycle normal d’études. Pacifiste comme son pĂšre, ne parvenant pas Ă  Ă©chapper au service militaire, il choisit l’objection de conscience et soigne durant deux ans, des vieux en fin de vie dans un hospice. ExpĂ©rience humaine qui marquera sa vie entiĂšre. Au CollĂšge royal de Londres, grĂące Ă  un Ă©tudiant, il dĂ©couvre les livres de Walt Whitman et de Constantin Cavafy. Une rĂ©vĂ©lation : oui, on peut ĂȘtre homosexuel et ne pas s’en cacher ! Alors pourquoi ne pas partir tenter sa chance et vivre sa vie Ă  New-York ? La Big Apple va-t-elle le transformer ? Et pourquoi pas la Californie ? Nous allons alors suivre durant trois annĂ©es, un David Hockney trĂšs fertile qui se foutant des critiques finira par leur dĂ©clarer « Je peins ce que je veux, oĂč je veux, quand je veux. L’art appartient aux artistes, pas aux thĂ©oriciens Â». Nous allons faire la connaissance de ses amis et ses amants des pĂ©riodes successives dites « des piscines Â», des doubles portraits, du Grand Canyon.

La magie de la biographie de Catherine Cusset, consiste Ă  nous faire revĂȘtir le grain de la peau d’un personnage magique, insatiable d’une « jouissance au jour le jour Â». Comment abordera-t-il ensuite le vieillissement ? Les annĂ©es sida, les suicides de nombreux de ses amis provoquĂ©s par les excĂšs de drogue et d’alcool ? Comment affronter ces Etats-Unis « bouffĂ©s la paranoĂŻa identitaire Â» aprĂšs l’attentat du 11 septembre ? David Hockney continuera-t-il malgrĂ© tout, Ă  toujours aller de l’avant ? Comment termine-t-il sa vie ? Hockney ferait-il partie de ces rares gĂ©nies increvables ?

Le Jour avant le bonheur d’Erri De Luca

Erri De Luca, Ă©crivain et journaliste, est nĂ© Ă  Naples en 1950, au sein d’une famille bourgeoise ruinĂ©e par la guerre. Leurs biens dĂ©truits, ils se retrouvent Ă  vivre dans le quartier populaire de Montedidio. La jeunesse de De Luca n’est pas heureuse, tous ses romans sont autobiographiques et s’en inspirent, notamment Le jour avant le bonheur (Ă©d. Follio).

Erri De Luca nous raconte l’histoire d’un petit orphelin confiĂ© par sa mĂšre aux bons soins de don Gaetano, le concierge de leur immeuble (lui-mĂȘme Ă©levĂ© dans un orphelinat). D’oĂč leur bonne entente et leur complicitĂ© immĂ©diate. Don Gaetano a le pouvoir de « lire les pensĂ©es qui passent au vol dans la tĂȘte des gens Â», mais refuse de donner son secret au gamin. Un gamin trĂšs curieux, agile et dĂ©brouillard. Don Gaetano passe de longues soirĂ©es Ă  lui raconter son enfance Ă  lui. Ses annĂ©es d’orphelinat, Ă  frĂ©quenter « les gens de la rue, les prostituĂ©es, les artistes, les assassins, bref tous les gens qui vivent la nuit Â». Il lui raconte aussi, passage particuliĂšrement instructif, la Naples pendant l’occupation.
Le petit garçon, pour sa part, nous fait des confidences. Il nous dĂ©crit ses camarades de jeux, les longues heures oĂč il Ă©pie la petite fille autiste d’en face. Son ami le bouquiniste. Devenu ado, sa dĂ©couverte « des plaisirs solitaires et des joies de la pĂȘche en mer Â». Son expĂ©rience en tant que « plombier Don Juan Â», tandis qu’il attend le fameux « jour avant le bonheur Â» 


Petit livre qui nous fait dĂ©couvrir le quotidien des quartiers populaires napolitains durant l’Occupation, puis l’aprĂšs-guerre. Cette « ville espagnole qui se trouve en Italie par erreur Â», oĂč « les vitres se passent le soleil entre elles Â». Naples, oĂč aprĂšs la LibĂ©ration, « Les AmĂ©ricains passent devant nous et ne nous voient pas. Ils vivent ici et ne voient mĂȘme pas le volcan. J’ai lu dans le journal qu’un marin amĂ©ricain Ă©tait tombĂ© dans la bouche du VĂ©suve. Rien de bizarre : il ne l’avait pas vu. Â» ! Humour. Tendresse. CruautĂ©. Le tout saupoudrĂ© de considĂ©rations philosophiques et poĂ©tiques, souvent « cinglantes Â» : un pur dĂ©lice !

Babbit de Sinclair Lewis

Harry Sinclair Lewis est nĂ© en 1885 Ă  Sauk Centre, un petit village du Minnesota. Il devient rapidement un romancier et dramaturge majeur des annĂ©es 1920/30, « chroniqueur naturaliste Â» du « rĂȘve amĂ©ricain Â». De ses « petites villes Â» de la classe moyenne aisĂ©e. « Peintre satirique Â» de la monotonie, de la vulgaritĂ© affairiste et consumĂ©riste, de la bigoterie et enfin, de l’hypocrisie amĂ©ricaine Maccartiste. Les caricatures dĂ©vastatrices de Sinclair Lewis furent Ă  l’origine de bien des polĂ©miques, souvent violentes. Il fut, cela dit, le premier AmĂ©ricain Ă  recevoir le Prix Nobel de littĂ©rature en 1930. ParticuliĂšrement rĂ©compensĂ© pour Babbitt, (Ă©d. Livre de Poche, 8€70), un de ses romans les plus cĂ©lĂšbres, dont le titre est passĂ© dans le langage courant.

Nous voici donc projetĂ©s dans une petite ville du Middle-West des Etats-Unis, durant les annĂ©es de la « prohibition Â» pour les aventures burlesques de George F. Babbit. 46 ans, agent immobilier dans Floral Heights, un quartier rĂ©sidentiel de Zenith. Anti-hĂ©ros devenu lĂ©gendaire aux Etats-Unis. Monsieur Babbit se rĂ©veille un matin d’avril dans sa belle maison « Ă©quipĂ©e de tout le confort moderne Â» (nous Français, ne pouvons penser qu’à celle idĂ©ale de Jacques Tati !). De mauvaise humeur au rĂ©veil. TirĂ© par un horrible mal de crĂąne de son rĂȘve merveilleux en compagnie de sa « petite fĂ©e Â». ConsĂ©quence d’une soirĂ©e trop arrosĂ©e Ă  la mauvaise biĂšre-maison (prohibition oblige), passĂ©e Ă  jouer au poker avec des amis « sĂ©lectionnĂ©s Â» du quartier.

DĂšs les premiĂšres pages, Sinclair Lewis nous immerge par petites touches pernicieuses, pointilleuses, dans l’univers routinier d’amĂ©ricain moyen de M. Babbitt. Direction la salle de bain. Naturellement, il se coupe en se rasant. RĂąle. Puis, autour du sacro-saint petit dĂ©jeuner familial, Ă©change des propos aussi insipides que futiles avec sa femme Myra qu’il vouvoie, « Ă  la chair plissĂ©e et au cou gonflĂ© de graisse. Sa bonne Ă©pouse, fidĂšle, sĂ©rieuse et qu’à de rares moments, gaie. Â» Femme qui provoqua dĂ©jĂ  en lui le jour du mariage, « un dĂ©sir fou de fuir une lente agonie Â» ! VoilĂ  pour l’épouse. A prĂ©sent entrent en scĂšne ses trois enfants, petits amĂ©ricains gĂątĂ©s. VĂ©rona, 22 ans, une « costaude Â» qui veut quitter l’universitĂ© pour Ă©pouser un millionnaire et vivre une vie de luxe. Ted, 17 ans, que sa mĂšre trouve « trĂšs dĂ©coratif Â» et qui « veut aller Ă  l’universitĂ© et en mĂȘme temps ne pas y aller Â». Son rĂȘve ? devenir acteur de cinĂ©ma. Enfin Tinka la petite derniĂšre, 10 ans, gentille gamine « aux cheveux d’un rouge flamboyant, grosse de sucreries et d’Ice cream-sodas Â». Tout un petit monde qui, dĂšs les premiĂšres heures du matin jacasse, se taquine, s’ébroue, ce qui n’arrange en rien le mal de crĂąne de Babitt pĂšre. Fin du portrait familial.

A prĂ©sent, les voisins : les Littlefield, « bon RĂ©publicains Ă  la moralitĂ© exemplaire Â». Les Dopperlbran, couple bohĂšme, « qui ne pense qu’à faire la fĂȘte et Ă  boire du whisky de contrebande jusque tard dans la nuit Â». Et puis, les collaborateurs de l’Agence immobiliĂšre Babbitt et Tompson (patronyme du beau-papa qui n’y met que trĂšs rarement un pied) oĂč ronronnent neufs employĂ©s. La jolie stĂ©nographe « trĂšs efficace Â» qui rappelle Ă  Babitt la « petite fĂ©e de ses rĂȘves Â» et donne la derniĂšre touche aux annonces immobiliĂšres que son patron rĂ©dige « comme des poĂšmes Â». Babitt se veut un homme d’affaire « droit et honnĂȘte Â» ce qui ne l’empĂȘche nullement de toucher des petits dessous de table ou d’extorquer leur peu d’argent aux locataires qui en manquent. Pratiques courantes dans le petit cercle fermĂ© de son Club des Boosters, oĂč se retrouve le midi, le gratin du syndicat des patrons « petits barons locaux des assurances, du droit, des engrais et des pneumatiques Â», sous la protection des « souteneurs de l’état et des dĂ©fenseurs de l’Eglise Ă©vangĂ©lique Â». Bien au chaud, entre deux cigares, ils vitupĂšrent contre les syndicats travaillistes, « ces communistes, ces Juifs restĂ©s pauvres, ces rapaces d’étrangers envahisseurs, Grecs et d’Italiens, ploucs incapables de s’élever dans l’échelle sociale. Ces Noirs devenus si arrogants depuis la fin de la guerre de SĂ©cession Â», etc. Parmi ce beau monde assez ennuyeux, seul Paul Riesling, a grĂące aux yeux de Babitt. Son ami depuis l’universitĂ©, « son frĂšre Â» auquel il voue un vĂ©ritable culte et qui comme lui, s’ennuie dans sa vie et avec sa femme. Fin du portrait social.

Comment sortir de ce cercle infernal ? Organiser une petite partie de pĂȘche « entre hommes Â» dans le Maine avec son si cher ami Paul ? Ce petit break sera-t-il assez efficace ou lui faudra-t-il chercher un autre stimulant ? Babitt devra-t-il pour se transcender et regagner sa confiance en lui, se lancer en plus dans des discours enflammĂ©s lors des CongrĂšs de sa profession ? Mettre tout son talent d’orateur au service du nouveau prĂ©tendant rĂ©publicain Ă  la Mairie ? Rayonner devant les Ă©lĂšves de bonne famille de l’Ecole protestante du dimanche ? PrĂ©tendre au poste suprĂȘme de vice-prĂ©sident du Club ? Imaginons tous ces Ă©chelons gravis, sera-t-il assez subtile pour Ă©chapper Ă  toutes les chausse-trapes lancĂ©es par des jaloux ?

Babitt qui, sous le pinceau de Sinclair Lewis, va se transformer au fil du rĂ©cit, en quelque-chose d’aussi effrayant que futile. A tel point qu’on finirait Ă  certains moments, par le prendre en pitiĂ©, ce parfait anti-hĂ©ros, pur produit du rĂȘve amĂ©ricain, « bon blanc anglo-saxon raciste et protestant Ă©vangĂ©lique sans scrupule » !

L’histoire de Daniel V. par Pierre Brunet

Pierre Brunet est nĂ© en 1961. AprĂšs avoir exercĂ© de nombreux mĂ©tiers (vendeur d’espace publicitaire, croupier, coursier, agent de sĂ©curitĂ©, journaliste, etc.), il bifurque vers l’humanitaire, part au Rwanda, puis en Bosnie. Il continue Ă  passer son temps entre l’humanitaire et l’écriture.

Daniel V (Ă©d. Signes et Balises, 8€), s’appelait-il, Daniel VeronĂšse ? Comment en ĂȘtre sĂ»r ? Une seule photo le reprĂ©sente. En groupe, Ă  Rio Salado dans les derniers jours de la guerre d’AlgĂ©rie. Pourquoi, lui signataire de l’Appel des 121 s’est-il engagĂ© ? Comment se retrouve-t-il alors dans la rĂ©gion dite « pacifiĂ©e Â» d’Oran, bastion de l’AlgĂ©rie française ? RĂ©gion dans laquelle les musulmans sont regroupĂ©s. Femmes, vieillards et enfants massacrĂ©s sans vergogne par les commandos de l’OAS ? Comment rester « normal Â» aprĂšs avoir assistĂ© Ă  l’assassinat du vieux Sanchez, veilleur du cimetiĂšre de la petite bourgade ? Comment survivre aprĂšs l’assassinat d’une militant du FLN, auquel Daniel, sous la contrainte Ă©tĂ© obligĂ© de participer ? Comment continuer Ă  vivre aprĂšs tout ça ? C’est ce que Pierre Brunet essaie de comprendre dans ce recueil Ă  la fois rĂ©aliste, cru et extrĂȘmement sensible. Pour ce faire, il passe au peigne fin la vie du Daniel « d’avant Â». Sa vie qu’il lui a confiĂ©, par petites touches, aprĂšs le traumatisme de l’assassinat. Pudiques ou colĂ©riques. Son enfance heureuse en Haute Savoie, son adolescence. Ses espoirs et ses engagements, avant que…

Petit livre profondĂ©ment humain, comme Daniel, jeune homme comme les autres, mais qui a eu la malchance de se trouver, lĂ  oĂč il ne fallait pas, quand il ne fallait pas.

Nos fantastiques années fric de Dominique Manotti

Dominique Manotti est nĂ©e en 1942. AgrĂ©gĂ©e d’histoire, spĂ©cialiste de l’histoire Ă©conomique du XIXĂšme siĂšcle Ă  l’UniversitĂ© de Vincennes. TrĂšs politisĂ©e dĂšs la Guerre d’AlgĂ©rie, fĂ©ministe convaincue, elle milite Ă  l’Union des Ă©tudiants communistes qu’elle quitte en 1965, Ă©cƓurĂ©e par les positions du PC russe et du PC français. Elle se tourne alors vers le syndicalisme. Son premier roman publiĂ© en 1995, a pour thĂšme la grĂšve des travailleurs clandestins turcs dans Sentier Ă  laquelle elle participa en 1980. Elle se tourne ensuite vers le roman noir.

Nos fantastiques annĂ©es fric (Ă©d. Rivages Noir) s’ouvre sur une scĂšne de violences faite Ă  une jeune maghrĂ©bine par son pĂšre, avec la complicitĂ© de ses deux grands frĂšres. Elle rĂ©ussit in extrĂ©miste Ă  s’échapper (nous ne connaitrons son identitĂ© qu’à la fin du livre). Pour l’heure, nous sommes en juillet 1985, derniĂšre annĂ©e du mandat de François Mitterrand. Un an aprĂšs l’embargo sur l’Iran. Ce qui n’empĂȘche nullement un avion d’y transporter illĂ©galement des armes et mystĂ©rieusement dĂ©tournĂ©. Les rĂ©percutions se font sentir jusqu’au Liban. Mais Ă  Paris, faisons connaissance du personnage principal, Bornand. La soixantaine encore pimpante, au passĂ© sulfureux durant les annĂ©es Vichy, homme de confiance de Mitterrand. ParallĂšlement nous est prĂ©sentĂ©e Katryn, call-girl de « l’écurie Â» de la trĂšs chic maison de passe de Madame Mado. Qui a Ă©galement mission de soutirer Ă  ses clients des informations stratĂ©giques revendues Ă  Bornand. Or, on apprend que la fameuse Katryn a Ă©tĂ© retrouvĂ©e assassinĂ©e dans un bosquet du chantier de la Villette. Effarement. Une jeune fliquette maghrĂ©bine, Noria, va ĂȘtre dĂ©signĂ©e pour mener l’enquĂȘte avec son « supĂ©rieur Â», un brave garçon. Mais elle devra faire front aux machistes pullulant dans les milieux de la prostitution de luxe et du pouvoir. Voitures de sports. HĂŽtels chics. Femmes soumises. Chevaux de course. Golf. Noria arrivera-t-elle s’adapter pour mener l’enquĂȘte Ă  bien ?

I love Porn de Didier Lestrade

Didier Lestrade est nĂ© en AlgĂ©rie en 1958. Journaliste, Ă©crivain, il est le cofondateur d’Act-Up Paris avec Pascal Loubet et du magazine homosexuel Gay Pied, dans les annĂ©es 1980. Dans la prĂ©face d’I love Porn (Ă©d du DĂ©tour, 21,90€), il nous explique pourquoi, fascinĂ© par l’évolution historique et sociologique du mĂ©dia porno, son projet initial a Ă©tĂ© bouleversĂ© par l’arrivĂ©e de la pandĂ©mie Covid 19. « Celle-ci a redistribuĂ© les cartes, aussi bien en matiĂšre de relations humaines que de l’amitiĂ©, du sexe et de l’amour et dont l’industrie du porno a largement profitĂ© durant cette pĂ©riode d’isolement Â».

Dans son premier chapitre, il nous propose de revisiter l’histoire du porno et son Ă©volution depuis la fin des annĂ©es 1960, jusqu’à l’arrivĂ©e du sida. ThĂšme rarement abordĂ© dans les mĂ©dias sous l’angle sociologique. Puis sa transformation, aprĂšs l’apparition des sites gratuits, renforcĂ©e avec l’arrivĂ©e du covid. Un chapitre suivant analyse les diffĂ©rentes niches du porno, aussi bien gay qu’hĂ©tĂ©ro, jusqu’à une catĂ©gorisation intensive. Didier Lestrade s’interroge ensuite sur les rapports non protĂ©gĂ©s durant les tournages de vidĂ©os et les conditions de travail des acteurs et actrices, ainsi que sur le business qu’il gĂ©nĂšre. S’appuyant pour cela, sur les nombreuses enquĂȘtes internationales sur « l’industrie du porno Â».

Lestrade revient ensuite sur les consĂ©quences du VIH sur le porno, des maladies sexuellement transmissibles sur les acteurs et ce, jusqu’à l’apparition des thĂ©rapies. Le virage de la prĂ©vention mĂ©dicamenteuse du sida (Prep) et le retour de la fascination pour le sperme dans les films pornos, l’usage des nouvelles drogues, etc. Il s’interroge ensuite sur le fait que « les individus se branlent en gĂ©nĂ©ral en secret Â», sujet tabou par excellence. Il enchaine sur les dangers d’un usage intensif des sites pornos (addiction, isolement, solitude, piĂšges tendus aux ados) et se demande si le porno est une barriĂšre efficace Ă  la prostitution subie et si le contrĂŽle parental est si efficace que ça.

Didier Lestrade Ă©voque ensuite, la « baise frontale Â», souvent rĂ©alisĂ©e « par des hommes pour les hommes Â» dont les plus attractives sont tournĂ©es en extĂ©rieur. Les parties cachĂ©es du corps dans les films pornos, leurs mises en scĂšne. Puis se demande si le porno hĂ©tĂ©ro et le porno gay sont vraiment diffĂ©rents ? Quelle est la sexualitĂ© des acteurs et actrices ? Un long chapitre Ă©voque ensuite l’impact du porno sur le racisme avec le dĂ©veloppement des niches « latinos, maghrĂ©bins, Noirs, gros, handicapĂ©s, etc. Â» encore minoritaires, mais qui s’impose de plus en plus sur la Toile. Dans son dernier chapitre, il Ă©voque ses « dĂ©lires persos Â» (masculinitĂ©, tatouages) et conclue avec le CV de quelques grandes figures du porno gay et hĂ©tĂ©ro. Dans la postface, il s’interroge plus gĂ©nĂ©ralement, sur la sexualitĂ© humaine dans le monde.

I love porno est un essai intĂ©ressant Ă  plusieurs niveaux. Il ne se focalise pas uniquement sur le porno gay. Son approche sociologique est une grande premiĂšre en France. Il Ă©tait temps ! Certains, certaines d’entre nous se disent peu concernĂ©s par le porno. En seront-ils, ou elles, autant convaincus en refermant la derniĂšre page ?




Source: Monde-libertaire.fr