Avril 29, 2016
Par Paris Luttes
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Le 28 avril après la grosse manifestation de l’aprem’ déjà bien intense il y avait un rendez-vous qui circulait pour occuper, pour de bon, République désormais nommé place de la Commune. Récit de l’occupation de la place et de son évacuation dans la nuit.

On arrive pas super tôt. Avant même la place, un cordon de GM nous somme d’ouvrir nos sacs.

Vous avez de l’alcool ? des stupéfiants ?

Merde ! Voilà nos quelques bières confisquées, l’alcool n’est plus autorisé sur la place. Pas grave on est pas venu pour la picole mais bien pour occuper. Y a du monde quand on arrive et les prises de paroles se succèdent à l’assemblée.

La pref’ a interdit les véhicules utilitaires pour empêcher les gens d’amener des palettes et autres planches. Manifestement certains ont trouvé le moyen d’amener pas mal de matos. Les sounds sont tolérés jusqu’à minuit et tout doit bien être démonté le soir. Dans leurs rêves ! Nous ne serons pas aussi dociles. Pas cette fois. Ils peuvent bien essayer de rendre stérile cette place déjà trop minérale nous on essaye de l’habiter.

Il est presque 22h. On entend les coups de marteaux et le bruit des visseuses qui nous guident naturellement vers la construction d’un château. Pourquoi un château ? En même temps pourquoi pas, c’est une bonne idée de construire un ouvrage défensif quand on veut occuper un lieu. Alors va pour le château et tant pis si ce n’est pas un limes, une tour de 15m ou tout autre chose encore de moins guerrier. En tous cas ça prend forme. Toute la soirée des gens se relaient pour construire notre première maison. Ça prend de la gueule et à chaque fois qu’on revient avec des nouvelles planches ou autre poutres glanées dans le coin le château s’agrandit. Bientôt une bâche recouvre la structure et les constructeurs s’affairent à construire des murailles avancées. Il y a un aspect touchant à construire un truc fragile, biscornu, gratuit sur cet espace si “urbanisé” et froid qu’est la place de la République. Le mobilier urbain devient support, on détourne l’usage d’un lampadaire pour éclairer le château, une sorte de peau de bois se déploie peu à peu sur le bitume. Un sound system balance de l’électro quelques braseros sont allumées pour se réchauffer. L’ambiance est à la fête, l’ambiance est à la faites… le vous même.

Finalement on trouve une bière vendue, en douce, par des marchands ambulants venus défier la prohibition. L’un d’eux nous montre un masque à gaz “Pour la fin” dit-il hilare.

On discute protection contre la police et on se dit que les infos tournent vraiment vite en ce moment.

Autour de 23h un cortège essaye de partir en manif sauvage. Il fait le tour de la place, difficile de sortir, toutes les issues sont bien gardées. Quelques bouteilles volent vers les flics rue du faubourg du Temple, les robocops sans beaucoup d’originalité répondent par du gaz. La manif tente de prendre le boulevard Voltaire mais pas assez vite et une cohorte de GM se retrouve devant nous. Les gens ne cherchent pas la confrontation directe à tout prix et puis il se passe des choses bien sur la place aussi, donc on retourne tous sur nos pas. On verra plus tard.

Y a encore des percus, de la musique, des discutions et des travaux manuels pour ceux et celles qui veulent. La situation se fige dans cet agréable capharnaüm humain, tranquillement déterminé. On occupe.

L’heure du “dernier métro” arrive et forcément la place se vide un peu. Il reste quand même pas mal de monde entre 500 et 1000 ?

Vers 1h15, la fête est finie.

Alors qu’il ne se passe pas grand chose de plus ou de moins les flics se mettent à gazer copieusement la place. Ils visent à peu près tout mais le château de bois avec sa bâche en plastique particulièrement. Quelques réponses des manifestants mais l’air est vraiment saturé de gaz et puis les flics continuent à balancer des grenades en tout genre, donc l’ambiance c’est quand même le reflux. Enfin les keufs chargent très violemment avec de très nombreux tirs de flash-ball et des coups de tonfa. Au château, c’est l’acharnement et les gens se font traîner par les cheveux, tabasser par les CRS.

Dans les charges et la confusion une partie des gens a réussi à sortir de la nasse au niveau du boulevard Voltaire.

On est maintenant derrière le dispositif policier et on essaye de voir si d’autres peuvent nous rejoindre. Au bout d’un moment on est assez nombreux et la pression policière est forte donc on décide de partir en manif sauvage. On accélère le pas, une barricade est montée boulevard Voltaire mais n’est pas tenue. Les GM sont maintenant de plus en plus au contact. Au croisement du Boulevard Richard Lenoir et du boulevard Voltaire c’est la traque. Des keufs arrivent de partout et trois camarades allongés contre un mur se font salement tabasser. Le cortège est au pas de course et plein de trucs sont balancés en travers de la route et des trottoirs pour retarder les keufs. Insensiblement les gens se dispersent en petits groupes et se fondent dans la ville. Il doit être 2h30, 3h.

D’autres se sont sûrement échappés ailleurs. Il semble que des autolibs ont été incendiées mais pas dans le secteur où on était.

Hier la préf’ a clairement décidé de se lâcher. On est quelque un-es a en avoir fait les frais. On pense aux 24 personnes en GAV (pour la seule soirée d’hier) et aux nombreux blessé-es de la journée du 28 avril. Nous n’oublierons pas.




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