Janvier 10, 2021
Par Paris Luttes
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« Nous nommerons « alternatives infernales Â» l’ensemble de ces situations qui ne semblent laisser d’autres choix que la rĂ©signation ou une dĂ©nonciation qui sonne un peu creux, comme marquĂ©e d’impuissance, parce qu’elle ne donne aucune prise, parce qu’elle revient toujours au mĂȘme : c’est tout le systĂšme qui devrait ĂȘtre dĂ©truit. Â»

Philippe Pignarre et Isabelle Stengers, La sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoûtement



Nous y sommes, nous entrons avec cette dĂ©cennie dans une « nouvelle phase Â» de gestion sanitaire et politique du Covid-19 : les diffĂ©rents vaccins rĂ©cemment dĂ©veloppĂ©s sont dĂ©sormais disponibles. En premier lieu pour les individus ĂągĂ©s, Ă  risque et porteurs de symptĂŽmes aggravĂ©s dans les EHPAD et les hĂŽpitaux, que cela soit pour les patients ou le personnel soignant. La communication et le langage se sont articulĂ©s au – vaccin – et ses composantes. Nous sommes dĂ©sormais branchĂ©s sur ce problĂšme.

NĂ©anmoins, comme depuis le dĂ©but de cette Ă©pidĂ©mie [et avant aussi], ce langage se branche essentiellement, si ce n’est exclusivement, pour capturer, distribuer et surtout monopoliser les discours lĂ©gitimes et les pratiques associĂ©es. De plus, la tradition discursive moderne occidentale nous a offert un autre legs malheureux : binaritĂ© et dichotomie. L’alternative proposĂ©e est simple : soit vous ĂȘtes avec nous (comprendre vous ĂȘtes pros-vaccin), soit vous ĂȘtes contre nous (et vous serez dĂ©signez comme antis-vaccin). Fendre les mots peut nous permettre de cerner ce qui se joue dans ce spectacle Ă  deux composantes aux effets dĂ©mobilisants oĂč deux parties alimentent, chacune Ă  leurs maniĂšres et sous diffĂ©rentes formes, la conservation d’un ordre qui structure les rapports sociaux existants. Finalement, chaque somme ne peut se fonder sans l’autre et se retrouve, dans des phases extrĂȘmes, Ă  visibiliser et harmoniser ses discours, sans qu’aucune rĂ©sistance ne vienne s’opposer Ă  leurs conciliations.

Revient alors Ă  saisir un problĂšme, celui du pouvoir et de sa dĂ©cision de scinder le rĂ©el en deux : entre favorables et adversaires du vaccin, ainsi que les diffĂ©rentes injonctions de s’y situer, de s’y prononcer et de s’y re-prĂ©senter. Quels intĂ©rĂȘts et stratĂ©gies de pouvoir s’y logent ? De plus, pourquoi un vaccin, qui n’en est vraisemblablement qu’à ses prĂ©misses, crĂšve-t-il l’écran mĂ©diatique, et qu’est-ce que cela dit de la gestion politique actuelle de la pandĂ©mie ?

Pour cela, nous allons tenter d’en tirer quelques remarques, lignes et rĂ©ponses qui mĂ©ritent selon nous d’ĂȘtre soulignĂ©es.

Inimitié et confusion

DĂ©barrassĂ©s de cette interminable annĂ©e, voila que nous dĂ©marrons ce mois de janvier accompagnĂ©s de l’espoir de vaccins efficaces pour limiter les effets d’un virus destructeur qui a traversĂ© 2020. En France, il n’a pas fallu attendre longtemps pour cerner les erreurs et la mauvaise prĂ©paration concernant le vaccin. Stocks de vaccins faibles, Ă©quipements et outils frigorifiques manquants, logistique et acheminement ratĂ©s, personnel mĂ©dical en sous effectif ou en sur-travail de par les multiples coupes budgĂ©taires dans le domaine de la santĂ©…

RĂ©sultat : en quelques jours, on compte seulement quelques centaines de personnes vaccinĂ©es alors que Jean Castex [Mr. DĂ©confinement] annonçait, mi-dĂ©cembre, a l’AssemblĂ©e Nationale l’arrivĂ©e de 1,16 millions de vaccins avant la fin de l’annĂ©e tout comme Olivier VĂ©ran assurait que « tout le matĂ©riel de vaccination a dĂ©jĂ  Ă©tĂ© achetĂ© Â». Alain Fisher, prĂ©sident du Conseil d’orientation de la stratĂ©gie vaccinale anti-Covid-19, indique pourtant de son cĂŽtĂ© le 30 dĂ©cembre : « on a quelques milliers de doses Â». Ce dernier se veut rassurant, lui qui fait l’éloge de la lenteur et relativise les diffĂ©rents retards, pendant que des milliers de personnes meurent et que la rapiditĂ© des dĂ©clarations et des confusions se forment. DĂšs lors, pour masquer les dĂ©faillances et les Ă©checs, il devient nĂ©cessaire d’alimenter l’inimitiĂ© ambiante, et de scinder le rĂ©el en deux. Le ministĂšre de la SantĂ© est dĂ©sormais catĂ©gorique : « face Ă  un trĂšs fort scepticisme dans la population française, nous avons fait le choix de prendre le temps nĂ©cessaire pour installer cette vaccination Â». La population Française est donc responsable de l’absence de vaccin et de la propagation du virus. C’est de sa faute. Pendant ce temps, nous attendons toujours les Ă©claircissements qui permettent d’informer et rassurer les « sceptiques Â» qui freinent l’efficacitĂ© de la vaccination Ă  l’échelle nationale.






Source: Paris-luttes.info