Janvier 12, 2021
Par Cerveaux Non Disponibles
260 visites


La puissance des GAFAM au service du pouvoir.

Depuis la prise du Capitole par des millitant·e·s pro-Trump Ă  l’appel du futur ancien prĂ©sident des États-Unis lui-mĂȘme, le dĂ©bat public se cristallise autour de la censure dont Trump est victime sur les diffĂ©rents rĂ©seaux sociaux.

Facebook, Twitter, Instagram ont tous les trois mis un terme à la frénésie numérique de Donald Trump, amenant une question clivante. Faut-il le censurer ?

Pour lever toute ambiguĂŻtĂ© sur notre position – il suffit de nous lire pour la connaĂźtre – Trump nous rĂ©pugne. Sa ligne sexiste, raciste, identitaire, conservatrice, et son libĂ©ralisme autoritaire sont tout ce que nous combattons, chaque jour. Et, au plus profond de nous, nous nous rĂ©jouissons de voir un tel ennemi rĂ©duit au silence mĂ©diatique.

Pour autant, la censure nous interroge.

À qui profite-t-elle ? Que nous dit elle sur la puissance des Mark Zuckerberg & Co ? Faut-il laisser Ă  des entreprises privĂ©es, au fonctionnement capitaliste et vertical la possibilitĂ© de brider l’expression ? Faut-il nous rĂ©jouir d’une telle dĂ©cision ou nous en inquiĂ©ter ?

Qui est victime de la censure des réseaux sociaux ?

La censure sur les rĂ©seaux sociaux ne date pas d’aujourd’hui, et si elle est inĂ©dite dans son ampleur par le fait que le futur ex-prĂ©sident de la premiĂšre puissance mondiale en soit victime, il y a des prĂ©cĂ©dents inquiĂ©tants.

Rappelons-nous des censures et des baisses d’audience que les pages militantes proche du mouvement des gilets jaunes et du mouvement autonome – a l’instar de cerveaux non disponibles – ont connues au cours de l’étĂ© et de l’autonome 2019.

Des pages Facebook relayant les mobilisations et relatant des Ă©vĂšnements du contre-sommet du G7 avaient Ă©tĂ© rĂ©duites au silence plusieurs semaines pour des raisons restant plus d’un an plus tard sans rĂ©ponse.

Sur Twitter, plus rĂ©cemment, divers compte de journalistes ou de militant.e.s ont Ă©tĂ© bloquĂ©s suite Ă  des tweets. Le journaliste de “LĂ  bas si j’y suis”, Taha bouhafs en est l’une des plus frĂ©quentes victimes. RĂ©vĂ©lateur de l’affaire Benalla, tweetos chevronnĂ© n’hĂ©sitant pas Ă  rĂ©vĂ©ler la prĂ©sence de Macron dans une salle de thĂ©Ăątre, rĂ©guliĂšrement contrĂŽlĂ©, fouillĂ©, intimidĂ©, parfois placĂ© en garde-Ă -vue pendant l’exercice de sa profession, son compte Twitter est trĂšs certainement assidĂ»ment surveillĂ© par les autoritĂ©s politiques et du rĂ©seau social. Ses tweets examinĂ©s et parfois supprimĂ©s lorsque qu’il “ne respecte pas la charte”.

Autre exemple de censure Twitter ayant fait grand bruit : la suppression du compte de Marcel Aiphan, relayeur de toutes les infos des luttes sociales de plusieurs milliers d’abonnĂ©s. La raison ? Une photo parodique de couverture reprĂ©sentant Marianne en gilet jaune, frappĂ©e par la police.

La censure avait fait monter #RendezNousMarcel en top tweet, et avait provoqué une migration de nombreux comptes Twitter vers le réseau social indépendant, libre et décentralisé Mastodon.

Si la censure des comptes de Trump peut rĂ©chauffer le cƓur de celles et ceux qui luttent contre ses idĂ©es, n’oublions pas que celle-ci ne touche pas que lui, que nous, opposants au pouvoir en place, en sommes Ă©galement victimes.

Les réseaux sociaux du cÎté du pouvoir

Pourquoi Trump n’est-il censurĂ© que maintenant ? MalgrĂ© ses innombrables fake news, ses propos racistes, sexistes, incitant parfois mĂȘme au viol, Trump n’a jamais ou que trĂšs peu souvent Ă©tĂ© victime de censure par les rĂ©seaux sociaux lorsqu’il Ă©tait prĂ©sident, bien que les raisons ne manquaient pas.

La rĂ©ponse est peut ĂȘtre ici : Trump incarnait le pouvoir, il avait en ce sens une “immunitĂ©â€ que lui accordaient les rĂ©seaux sociaux. Le prĂ©sident Ă©lu remplacera le prĂ©sident dĂ©chu. Donald Trump est indĂ©niablement relĂ©guĂ© au rang de twittos, tout au plus un opposant politique Ă  la nouvelle prĂ©sidence qui se met en place.

Les rĂ©seaux sociaux s’écraseront dĂ©sormais devant le pouvoir Ă©lu qu’ils considĂšrent comme Ă©tant lĂ©gitime, et dans quatre ans, un autre
 qu’importe sa couleur politique. À la maniĂšre de la police, ils seront aux ordres d’un pouvoir puis d’un autre.

Le pouvoir de censure que les dĂ©cideurs de ces plateformes ont rĂ©ussi Ă  acquĂ©rir grĂące Ă  l’hĂ©gĂ©monie de leurs rĂ©seaux sociaux ont de quoi nous inquiĂ©ter. Comme le souligne le New York Times :

« En retirant son mĂ©gaphone Ă  Trump, Twitter montre oĂč se tient maintenant le pouvoir – la capacitĂ© d’une poignĂ©e de gens Ă  contrĂŽler nos discours publics n’a jamais Ă©tĂ© aussi Ă©vidente. Pour finir, deux milliardaires californiens ont fait ce que des lĂ©gions de politiciens, de procureurs et de critiques du pouvoir ont essayĂ© en vain de faire pendant des annĂ©es : ils ont dĂ©branchĂ© le PrĂ©sident Trump. »

Une extinction collĂ©gialement effectuĂ©e avec les autoritĂ©s. Pour reprendre le cas de la France et des liens Ă©troits entre le pouvoir et les dirigeants des rĂ©seaux sociaux, rappelons que, en mai 2019, Emmanuel Macron recevait Mark Zuckerberg Ă  l’ElysĂ©e pour discuter de la rĂ©gulation d’Internet, alors que le parlement français se prĂ©parait Ă  examiner une proposition de loi pour modĂ©rer les plateformes de maniĂšre plus efficace. Le PDG de Facebook Ă©tait mĂȘme en « tour d’Europe » des dirigeants. Quelques mois plus tard, le Patron de Facebook rencontrait de maniĂšre tout Ă  fait cordiale Trump, qui tweeta aprĂšs leurs Ă©changes : “Bonne rencontre avec Mark Zuckerberg de Facebook dans le Bureau ovale aujourd’hui”

Si l’on peut lĂ©gitimement penser que les dirigeants des rĂ©seaux sociaux ont pris un pouvoir dĂ©bridĂ©, n’oublions pas qu’il l’ont eu, en coordination avec les autoritĂ©s des pays. Les rĂ©seaux sociaux servent les pouvoirs en place et les pouvoirs en place servent les rĂ©seaux sociaux.

Les réseaux sociaux responsables de la perte de démocratie ?

La dĂ©mocratie n’était pas en meilleure santĂ© avant Twitter et Facebook. Or, des analyses ont voulu voir dans les GAFAM le bouc Ă©missaire idĂ©al pour expliquer la piteuse situation dans laquelle se trouvent les plus grandes dĂ©mocraties du monde.

MĂȘme s’il n’est pas bon signe qu’une plateforme privĂ©e gĂ©rant plusieurs millions, voire milliards de comptes puisse dĂ©cider unilatĂ©ralement et arbitrairement la censure de tel ou tel contenu politique, n’oublions pas que la perte de dĂ©mocratie et la montĂ©e des pĂ©rils fascistes sont avant tout les rĂ©sultats d’un systĂšme Ă©conomique inĂ©galitaire et de choix politiques pour le maintenir coĂ»te que coĂ»te.

Si Trump se sert habilement de Twitter, son rĂ©el pouvoir est possible parce qu’il y a un dĂ©sastre capitaliste qui dĂ©classent des millions de gens et que lui leur promet de garder leur privilĂšge Ă  condition d’exclure les autres.

Effet Streisand

VoilĂ  un des effets pervers qu’a eu la censure de Trump, une forme de “l’effet Streisand” : le fait de vouloir empĂȘcher la divulgation d’informations aboutit Ă  l’effet inverse, c’est-Ă -dire que tout le monde en parle.

Ici, Trump se fait censurer et le dĂ©bat public international est monopolisĂ© par la question de savoir si oui ou non il fallait le censurer (nous n’y Ă©chappons d’ailleurs pas).

La question fait dĂ©bat sur l’ensemble de l’échiquier politique et de la presse française. Elle pose une question que ni la justice, ni les dirigeants ne s’étaient posĂ© auparavant bien que la censure des rĂ©seaux sociaux existe depuis longtemps.

Quelques dirigeants du secteur privées peuvent-ils se permettent de telles censures sans cadre légal ?

Chacun aura sa rĂ©ponse. Et doutons-nous bien que si beaucoup se rĂ©jouiront de cette mise Ă  nĂ©ant des tweets toujours plus abjects du futur ex-prĂ©sident, les pro-Trump se renforceront dans l’idĂ©e d’un complot contre leur leader, et opĂ©reront une radicalisation. Car pour eux, c’est une guerre qui se joue.

Si nous pouvons nous rĂ©jouir de la mise Ă  silence mĂ©diatique d’un Trump dangereux, inquiĂ©tons nous d’une censure contre tout ceux qui ne font pas oĂč plus parti du pouvoir.

▶ LA NÉCESSITÉ DE S’ORGANISER EN DEHORS DES GAFAM

Nous devons sortir des gĂ©ants numĂ©riques pour privilĂ©gier d’autres rĂ©seaux sociaux, navigateur, systĂšme d’exploitation, adresse mail. PrivilĂ©gions l’internet libre, dĂ©centralisĂ©, indĂ©pendant et sĂ©curisĂ©.

Utilisons Ubuntu (voire Tails) plutĂŽt que Windows ou MacOS

Mozilla Firefox (voire Tor) plutĂŽt que Chrome, Safari ou Internet explorer

DuckDuckGo plutĂŽt que la recherche Google

Protonmail ou Riseup plutĂŽt que Gmail

Mozilla Thunderbird plutît qu’Outlook

Signal plutĂŽt que WhatsApp

Peertube plutĂŽt que Youtube

Mastodon plutĂŽt que Twitter

Des outils qui remplacent l’ensemble des activitĂ©s numĂ©riques du quotidien Ă  la diffĂ©rence qu’elles sont libres, indĂ©pendantes et sĂ©curisĂ©es. N’appartiennent ni Ă  un milliardaire, ni Ă  un Ă©tat.




Source: Cerveauxnondisponibles.net