DĂ©cembre 13, 2020
Par Union Syndicale Solidaires
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Depuis plusieurs semaines, une mobilisation massive est en cours en Kanaky Nouvelle-CalĂ©donie pour dĂ©fendre la souverainetĂ© du peuple sur ses ressources miniĂšres, pour empĂȘcher le pillage de ces ressources par des multinationales et, in fine, pour lutter contre la colonisation toujours en cours.

En dĂ©cembre 2019, la sociĂ©tĂ© Vale Nouvelle-CalĂ©donie qui exploite l’un des plus grands gisements de nickel du pays et une usine de transformation du minerai, dans la province Sud, a annoncĂ© vouloir quitter le pays et revendre ses parts. L’occasion pour les indĂ©pendantistes de faire revenir une partie des ressources miniĂšres dans le giron public, afin de garder le contrĂŽle sur la politique de l’entreprise, Ă  l’image du massif de Koniambo dont la province Nord est actionnaire Ă  51%.

Mais Vale NC (dirigĂ©e par le Français Antonin Beurrier), l’Etat et les partis anti-indĂ©pendantistes en ont dĂ©cidĂ© autrement.

L’offre de reprise dĂ©posĂ©e par la Sofinor (sociĂ©tĂ© de financement de la Province Nord) et par un partenaire industriel sud-corĂ©en, avec un projet d’actionnariat public calĂ©donien Ă  56%, a Ă©tĂ© purement et simplement Ă©cartĂ©e, au profit de l’offre du consortium « Prony Resources Â», mis sur pied par Antonin Beurrier lui-mĂȘme, soutenu par l’Etat, et financĂ© en grande partie par le nĂ©gociant international Trafigura (tristement cĂ©lĂšbre pour avoir dĂ©versĂ© des dĂ©chets toxiques en CĂŽte d’Ivoire, empoisonnant des dizaines de milliers de personnes) et par des investisseurs calĂ©doniens privĂ©s (probablement issus des grandes fortunes coloniales encore trĂšs implantĂ©es dans l’économie calĂ©donienne). Une part minoritaire de l’actionnariat reviendrait certes Ă  la province Sud, mais les partis anti-indĂ©pendantistes qui la dirigent ne sont pas connus pour dĂ©fendre une politique du nickel bĂ©nĂ©ficiant Ă  l’intĂ©rĂȘt gĂ©nĂ©ral.

La mobilisation en soutien au projet d’une « usine pays Â» et en opposition Ă  la reprise par Trafigura a pris une ampleur sans prĂ©cĂ©dent depuis le mois de septembre. « Trafigura dehors Â», « Non au bradage de notre patrimoine foncier Â» font partie des mots d’ordre du collectif « Usine du sud = Usine pays Â» qui rassemble les institutions coutumiĂšres, les partis politiques et syndicats indĂ©pendantistes et plusieurs associations environnementales. Ces derniers jours, face au refus total de Vale, de la province Sud et de l’Etat d’étudier sĂ©rieusement le projet d’une reprise de l’usine par un actionnariat public, puis suite Ă  l’annonce de la signature d’un accord ferme entre Vale et le consortium Trafigura, les grĂšves gĂ©nĂ©rales, blocages, barrages, manifestations, se sont multipliĂ©s. Cette affaire de reprise est devenue emblĂ©matique de la domination coloniale de l’Etat et des investisseurs Ă©trangers et c’est contre cela, et pour leur souverainetĂ©, que se battent les Kanak et leurs alliĂ©s.

DĂ©sormais, le premier ministre Jean Castex et le ministre de l’Outre-mer SĂ©bastien Lecornu cherchent Ă  faire peser la responsabilitĂ© des « violences Â» sur les militants indĂ©pendantistes, niant le fait que c’est l’Etat qui nourrit ces mobilisations, par son soutien Ă  la stratĂ©gie de Vale et de la province Sud et son refus de nĂ©gocier une reprise locale et publique de l’usine. Par ailleurs, ce sont les partisans de la CalĂ©donie française, ayant montĂ© des contre-barrages et arborant des drapeaux tricolores, qui brandissent des fusils, sans que les gendarmes Ă  proximitĂ© ne rĂ©agissent. De mĂȘme ce sont les gendarmes français qui ont tirĂ© Ă  balles rĂ©elles vers les militants cherchant Ă  pĂ©nĂ©trer dans l’usine Vale pour en bloquer la production.

Ce que l’on pourrait dĂ©sormais appeler « l’affaire de la reprise de Vale Â» est en rĂ©alitĂ© une Ă©niĂšme tentative de l’Etat et des anti-indĂ©pendantistes de faire obstruction au processus de dĂ©colonisation de la Nouvelle-CalĂ©donie. Puisque le projet indĂ©pendantiste se renforce dans les urnes, avec une progression de 3 points au deuxiĂšme rĂ©fĂ©rendum le 4 octobre 2020, la stratĂ©gie des colons est donc de le contrer sur le terrain, en empĂȘchant un projet qui pourrait favoriser la construction d’un futur Etat indĂ©pendant.

Car la maĂźtrise des ressources, qu’elles soient miniĂšres ou autres, est bien un Ă©lĂ©ment indispensable Ă  la souverainetĂ© d’un pays.

Nombre de pays africains en ont fait les frais, voyant leurs matiĂšres premiĂšres pillĂ©es et bradĂ©es par des Etats Ă©trangers et des multinationales, exportĂ©es brutes sans ĂȘtre valorisĂ©es sur place, et sans que leurs populations aient un quelconque mot Ă  dire et ne voient l’ombre des bĂ©nĂ©fices de ces richesses.

Le collectif SolidaritĂ© Kanaky et l’AISDPK soutiennent donc pleinement la lutte menĂ©e par les Kanak et leurs alliĂ©s contre le pillage de leurs ressources et pour leur souverainetĂ©.

Nous dĂ©nonçons la position de l’Etat qui, alors qu’il devrait ĂȘtre engagĂ© dans le processus de dĂ©colonisation par les accords de Matignon et de NoumĂ©a, soutient un projet qui va totalement Ă  l’encontre de ce processus et reste sourd aux revendications indĂ©pendantistes [1], poussant Kanaky Nouvelle-CalĂ©donie dans une situation de grande tension.

Nous appelons Ă  une mobilisation ce mercredi 16 dĂ©cembre Ă  18h devant le ministĂšre de l’outremer Ă  Paris.




Source: Solidaires.org