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Mon nom est F., je suis l’un des trois inculpĂ©s pour destruction d’antennes de tĂ©lĂ©communication sur le site des Cars en Haute-Vienne et de vĂ©hicules de l’entreprise Enedis Ă  Limoges. Ma mise en examen fait suite aux arrestations du 15 juin 2021 opĂ©rĂ©e en Limousin avec l’aide des services de la police antiterroriste. Je suis actuellement en contrĂŽle judiciaire, mais je ne souhaite pas parler de ma situation personnelle qui n’a aucune importance quand on la compare aux questions posĂ©es par cette affaire.

La répression

C’était une journĂ©e semblable Ă  toutes les autres, au petit matin, ce 15 juin. Un bruit nous rĂ©veille, la serrure de la porte vient d’ĂȘtre fracturĂ©e. Elle n’était pourtant pas fermĂ©e, il suffisait de tourner la poignĂ©e. Encore ensommeillĂ©, je regarde la piĂšce du bas. Des rais de lumiĂšre laser parcourent les murs et le plafond. Des hommes cagoulĂ©s, habillĂ©s bizarrement, entrent dans la piĂšce. Je pense : « tiens, les jeunes nous font une surprise, c’est le carnaval ! Â». D’un coup, j’entends : « Police ! Police ! Â» et je rĂ©alise. A mes pieds se dĂ©roule comme une scĂšne de rafle. AussitĂŽt, une partie de la troupe monte Ă  la mezzanine, le reste se rĂ©pand dans la maison. Je suis debout Ă  cĂŽtĂ© de mon lit, complĂštement nu. Un policier commence Ă  me « fouiller Â» avec zĂšle, comme un automate. Il tremble. Je lui dis : « tranquille, tranquille Â» ‒ un mec armĂ© d’un fusil d’assaut qui tremble devant toi, c’est toujours dangereux. Je me laisse passer les menottes, j’entends les chefs d’accusation de destruction d’antennes qu’on me lit et j’attends de pouvoir m’habiller. Je pense, « sale journĂ©e ! Â». Lors de la garde Ă  vue, les faits qui me sont reprochĂ©s ne me concernent pas. Je les nie. Par contre, je manifeste ma solidaritĂ© avec les personnes qui ont agi de cette maniĂšre. C’est de ça dont je voudrais parler.

Contre la 5 G et son monde

Tout d’abord, le monde, notre planĂšte, l’unique chose qui nous donne la vie est en train d’ĂȘtre dĂ©truite. Nous ressentons vivement le rĂ©chauffement climatique, nous constatons la disparition des espĂšces animales et vĂ©gĂ©tales ainsi que des dĂ©placements massifs de populations.

Au moyen de milliers de satellites et de l’intelligence artificielle, un contrĂŽle gĂ©nĂ©ral des populations se met en place. Des milliers d’antennes relais sont posĂ©es au mĂ©pris des habitants, sans consultation. Et ainsi de suite.

Au moment oĂč l’on parle, les compteurs Linky et les antennes 5 G sont en train de se rĂ©pandre sur tout le territoire. BientĂŽt, un Ă©pais nuage Ă©lectromagnĂ©tique va couvrir tout le pays et sans doute le monde entier. Les lobbies ont placĂ© leurs experts au sein du gouvernement et dans les commissions officielles de protection de la santĂ© publique. Pourtant, les expertises des scientifiques indĂ©pendants prouvent la dangerositĂ© des rayonnements Ă©lectromagnĂ©tiques, mais ils sont contrecarrĂ©s par des Ă©tudes rĂ©alisĂ©es par des laboratoires et des scientifiques subventionnĂ©s par les lobbies. Ceux-ci affirment que la dangerositĂ© de ces Ă©missions n’est pas prouvĂ©e scientifiquement.

Cette manƓuvre n’est pas nouvelle. Les industriels l’ont dĂ©jĂ  utilisĂ©e pour le tabac, la dioxine ou l’amiante ! En attendant, ils se frottent les mains devant l’ampleur du bizness que reprĂ©sente l’arnaque des objets connectĂ©s. Pendant ce temps, le principe de prĂ©caution est ignorĂ©, ainsi que les droits dĂ©mocratiques des citoyens et des Ă©lus qui refusent l’installation de nouvelles antennes sur leur commune. Le pire des scĂ©narios de science-fiction est en train de se rĂ©aliser devant nous. Tout le monde est conscient de l’arrivĂ©e d’un dĂ©sastre, mais une sorte de fatalisme rĂšgne. Entre temps, la plupart des politiques font beaucoup de blablas sur ces questions. On a le mĂȘme blabla de la part des lobbies Ă©conomiques qui ne reculent pas devant les pratiques mafieuses pour diriger le monde. En mĂȘme temps, ils poursuivent leur travail de destruction du vivant et d’épuisement de la planĂšte.

Et nous le peuple, les citoyens, dans tout ça ?

On est tenaillĂ© par la peur : « J’ai peur de perdre mon travail, mon logement, ma sĂ©curitĂ© ; j’ai peur d’aller en prison ! … Â». C’est notamment en jouant sur ces peurs, que l’extrĂȘme droite prospĂšre.

En fait, on a peur de quoi ? Chacun d’entre nous va disparaĂźtre, c’est notre condition de mortel. Pas de problĂšme, on se doit de vivre au mieux, le plus honnĂȘtement possible et accepter notre fin. C’est certainement ça, ĂȘtre libre. L’unique peur qu’on devrait avoir c’est de laisser derriĂšre nous, Ă  nos enfants, un monde invivable. Pourtant, on continue avec les blablas, c’est tellement plus confortable. Depuis trĂšs longtemps, on considĂšre que le monde est fait de prĂ©dateurs et de proies. C’est le monde du bien et du mal, du blanc et du noir, etc. C’est vrai et c’est faux Ă  la fois : c’est trop simpliste. En faisant l’effort de regarder en nous-mĂȘmes, on peut dĂ©couvrir ce que d’habitude nous refusons de voir : des egos parfois dĂ©mesurĂ©s ou blessĂ©s, ainsi que nos dĂ©sirs de reconnaissance et de pouvoir. On peut voir l’énergie que nous dĂ©pensons pour fabriquer des images flatteuses de nous-mĂȘmes et aussi beaucoup de peurs. ReconnaĂźtre ainsi notre fragilitĂ© et nos faiblesses, c’est dĂ©jĂ  commencer Ă  changer notre monde. Avoir de la compassion pour les autres ne veut pas dire accepter le monde des prĂ©dateurs. Si on n’a plus d’ego Ă  protĂ©ger, on arrĂȘte d’avoir peur et on peut se battre avec confiance pour un monde juste.

Au milieu de l’annĂ©e 1943, en pleine guerre contre le nazisme, la RĂ©sistance s’est unie pour former le Conseil National de la RĂ©sistance, le CNR. Il s’agissait de lutter plus efficacement contre le fascisme et de prĂ©parer des « Jours Heureux Â» pour l’aprĂšs-guerre. Son fondateur, Jean Moulin et ses compagnons, Ă©taient qualifiĂ©s de terroristes et traitĂ©s comme tels. Aujourd’hui, on les appellerait Ă©coterroristes ou ultragauches. A prĂ©sent, la situation paraĂźt mĂȘme pire que pendant la guerre, car Ă  cette Ă©poque, les malheurs n’empĂȘchaient pas d’avoir espoir en l’avenir et de prĂ©parer un monde meilleur. Le sol se dĂ©robe sous nos pieds. La destruction du vivant connaĂźt une accĂ©lĂ©ration exponentielle. Certains envisagent mĂȘme d’aller sur Mars ! Les changements dĂ©passent les prĂ©visions des scientifiques qui sonnent l’alarme. Le bon sens nous indique Ă  tous que le temps des belles paroles arrive Ă  sa fin. Il faut agir, mĂȘme si je ne me permets pas de dire aux autres ce qu’ils doivent faire ou pas.

La Loi protĂšge les bourgeois

Une chose est sĂ»re, la loi et la justice sont deux choses diffĂ©rentes. Dans le passĂ©, la loi a pu lĂ©galiser les pires horreurs de l’histoire : l’esclavage, la domination de la femme par l’homme, la grande misĂšre des populations… Aujourd’hui, la loi continue de dĂ©fendre les intĂ©rĂȘts d’une petite minoritĂ© de lobbies Ă©conomiques internationaux qui dĂ©truisent notre monde. Quand tout le monde se serre la ceinture, on voit bien comment une entreprise comme Total, avec la bienveillance de juges et de politiques, rĂ©alise des bĂ©nĂ©fices monstres et profite d’une guerre pour spĂ©culer. Nous n’avons pas Ă  respecter la loi quand elle est injuste. Par contre, si on veut rester des humains, nous avons l’obligation morale de nous battre pour la justice et le bien commun. Et quoi dire des serviteurs de la loi : juges et policiers ? Je me revois pendant ma garde Ă  vue Ă  Saint-Junien, aprĂšs un interrogatoire. En face, un jeune inspecteur de la SDAT, la police antiterroriste, me montre tout fier la photo de son jeune enfant qu’il sort de son portefeuille. Je lui dis, « profite de ton enfant, ça ne dure pas longtemps Â». Et lui continue Ă  regarder la photo. J’ai compris que la plupart de ces gens ne sont pas des monstres, ils aiment les enfants comme toi et moi. Simplement, comme de bons fonctionnaires ils obĂ©issent aux ordres et ne se posent pas la question : « Ă  quoi sert mon travail ? Â». Comme l’écrit Hannah Arendt : « S’il cesse de penser, chaque ĂȘtre humain peut agir en barbare Â» [1]. La banalitĂ© du mal est quelque chose de terrible pour tous.

En Limousin, le triste souvenir de la rafle du 29 aoĂ»t 1942 est toujours lĂ  : 450 juifs de la rĂ©gion de Limoges dont 68 enfants furent arrĂȘtĂ©s et dĂ©portĂ©s Ă  Auschwitz. En gare de Limoges, sur le train dans lequel partait ces enfants, une pancarte avait Ă©tĂ© Ă©crite ; elle indiquait, « colonie de vacances Â». Ce travail avait Ă©tĂ© rĂ©alisĂ© par des policiers obĂ©issant aux ordres, une fois de plus. La Police et la Justice fonctionnent ensemble. C’est surprenant de dĂ©couvrir ce petit monde : il y en a qui sont jeunes, l’air dĂ©contractĂ©, presque cool, mais c’est juste une apparence. Au sortir de ma garde Ă  vue, un gendarme me confiait : « on va te prĂ©senter Ă  la juge, elle a l’air gentille, mais attention… Â» Ce matin, en ouvrant mon courrier, je retrouve une lettre. Pas vraiment du genre de celles qu’on aime recevoir : « convocation aux fins d’audition, le 15/07/2022 Ă  10 heures  Â», Juge d’instruction n°2 Â».

Les questions se succĂšdent Ă  nouveau dans ma tĂȘte. Je suis inculpĂ© de deux sabotages. Le premier se situe au Cars en Haute-Vienne oĂč des antennes 5G, TV, Orange etc. ont Ă©tĂ© endommagĂ©es de nuit par le feu. Le second concerne la destruction, Ă  Limoges sur un parking de la sociĂ©tĂ© Enedis, de 7 ou 8 vĂ©hicules Ă©quipĂ©s de matĂ©riels pour poser des compteurs Linky.

RĂ©sistance

Je ne connais pas les auteurs, mais je considĂšre qu’il s’agit d’actions symboliques. Ces gens sont des lanceurs d’alerte sur la situation Ă©cologique du monde. Ils lancent un cri d’alarme sur les conditions actuelles de la vie sur Terre. C’est un appel Ă  protĂ©ger concrĂštement la vie, ce bien commun, pour nous et pour nos enfants. C’est un message lancĂ© avec force : un signal. Ces personnes ne mĂ©ritent pas d’ĂȘtre condamnĂ©es, bien au contraire ! Leur alerte est un geste citoyen salutaire. Jean-Jacques Rousseau l’aurait entendu ainsi. Les dĂ©gĂąts matĂ©riels qui ont Ă©tĂ© faits sont complĂštement ridicules face aux profits des multinationales et aux ravages que ces « mafieux lĂ©gaux Â» sont en train commettre sur notre planĂšte. L’OMS Ă©value Ă  8 millions le nombre de morts supplĂ©mentaires provoquĂ© chaque annĂ©e par le seul tabagisme dans le monde. Alors que le brouillard Ă©lectromagnĂ©tique s’apprĂȘte Ă  couvrir la Terre entiĂšre, le nombre de morts et de malades pourrait ĂȘtre bien supĂ©rieur Ă  celui causĂ© par le tabac ou les pesticides. Qui sont les vĂ©ritables dĂ©linquants ? OĂč sont les rĂ©els criminels ? On pourra aussi reprocher aux auteurs de la dĂ©gradation du relais TV que de vieilles personnes se sont retrouvĂ©es un moment sans tĂ©lĂ©vision. Mais je pense que le problĂšme de fond est ailleurs. C’est le fait que dans le monde actuel beaucoup de personnes ĂągĂ©es sont laissĂ©es dans la solitude, sans liens sociaux.

Pour finir, je ne rĂ©siste pas Ă  l’envie de raconter une vieille histoire zen Ă  l’attention de nous tous, humains, qui souffrons de cette sociĂ©tĂ© mortifĂšre, et pour tous les copines et copains qui se battent pour la vie sur notre planĂšte, afin qu’ils et elles ne se dĂ©couragent pas. Voici l’histoire : « Un homme se promenait tout seul dans la forĂȘt. Il rencontre un tigre affamĂ©. PaniquĂ©, l’homme s’enfuit Ă  toutes jambes et arrive au bord d’une falaise. Il saute et rĂ©ussit Ă  s’accrocher Ă  un arbuste qui poussait au milieu de la paroi. Le tigre fait le tour et attend sa proie au pied de la falaise. Les racines de l’arbre ne sont pas solides, l’homme commence Ă  basculer dans le vide. Mais il dĂ©couvre tout Ă  cĂŽtĂ©, dans une anfractuositĂ©, un pied de jolies fraises des bois sauvages. Savez-vous alors ce qu’il fait ? Il prend une fraise et la mange en disant : Qu’est-ce qu’elle est bonne ! Â»

AprĂšs tout ça, quel sera la suite ? Je n’en sais rien. Pour l’instant, je regarde de ma fenĂȘtre le vol des grues qui partent vers le sud.

F.




Source: Oclibertaire.lautre.net