SaluĂ© par les reprĂ©sentants du patronat, dĂ©criĂ© par plusieurs organisations de salariĂ©s, le plan de relance prĂ©sentĂ© par le Premier ministre ce jeudi fait la part belle aux entreprises. Mieux que du grain Ă  moudre, les milliards viendront renforcer leurs trĂ©soreries pour les deux annĂ©es Ă  venir. Sans obligation de contreparties environnementales ou en matiĂšre d’emplois.

Pas rĂ©ellement de surprise lors de l’annonce des mesures du plan de relance, appelĂ© maintenant France Relance par exĂ©cutif, lors de la confĂ©rence de presse de Jean Castex, jeudi 3 septembre Ă  13 h. La plupart des dispositifs Ă©taient dĂ©jĂ  connus depuis quelques jours. Le montant du plan est bien de 100 milliards d’euros sur deux ans, s’ajoutant aux 470 milliards dĂ©jĂ  injectĂ©s depuis le dĂ©but de la crise du coronavirus. Comme prĂ©vu, l’enveloppe est rĂ©partie en trois grands chantiers. La compĂ©titivitĂ© des entreprises pour un montant de 35 milliards d’euros, la transition Ă©cologique pour 30 milliards supplĂ©mentaires et la cohĂ©sion sociale et territoriale pour 35 derniers milliards.

« Le plan France Relance n’est pas un cadeau fait aux entreprises, c’est un cadeau fait Ă  la France pour lutter contre le chĂŽmage. » C’est la formule choisie ce matin par Jean Castex dans la matinale de RTL pour se dĂ©fendre des critiques Ă  l’égard de son plan. Pour autant, une grande part des 100 milliards d’euros de l’État ira, sous une forme ou une autre, dans la trĂ©sorerie des entreprises. Le gouvernement espĂšre en procĂ©dant de la sorte relancer la machine, sauvegarder des emplois et mĂȘme en crĂ©er 160 000. Bien peu finalement face aux 600 000 Ă  un million de destructions d’emplois attendus d’ici la fin de l’annĂ©e.

« L’idĂ©ologie du pouvoir n’a pas changĂ© : il faut aider les “riches” pour faire ruisseler sur nos tĂȘtes les miettes de leurs profits Â», tacle l’Union syndicale Solidaires. De l’autre cĂŽtĂ© de la lutte des classes : « un plan Ă©quilibrĂ© Â», « un message trĂšs fort et positif Â» et « un pacte de confiance entre le gouvernement, les acteurs Ă©conomiques et la sociĂ©tĂ© tout entiĂšre Â» pour le prĂ©sident du Medef Anjou qui a promptement rĂ©agi au discours de Jean Castex. De son cĂŽtĂ©, François Asselin, le prĂ©sident de la CPME, s’est dit globalement satisfait, tout en restant vigilant sur la mise en Ɠuvre du plan pour les petites et moyennes entreprises.

Le marchĂ© libre, mais subventionnĂ© !

En tout cas, la relance passera par le secteur privĂ©. De l’universitĂ© d’étĂ© du Medef Ă  la confĂ©rence de presse d’aujourd’hui, l’exĂ©cutif n’a eu de cesse de dĂ©clarer sa flamme et rĂ©affirmer sa confiance auprĂšs de patrons choyĂ©s pour faire face Ă  la crise. Une confiance qui se retrouve dans les choix du plan de relance. Ainsi, un tiers des 100 milliards d’euros sont officiellement destinĂ©s Ă  la compĂ©titivitĂ© des entreprises. Sur ces 35 milliards, 20 serviront Ă  baisser les « impĂŽts de production Â» sur deux annĂ©es. Onze milliards viendront renforcer le Plan d’investissement d’avenir (PIA) qui a dĂ©jĂ  consacrĂ© 57 milliards Ă  des projets innovants depuis 2010, dont une grande partie dans le numĂ©rique et le secteur privĂ©. Le restant Ă©tant consacrĂ© au renforcement des fonds propres des entreprises – comprendre leur trĂ©sorerie – pour 3 milliards, et Ă  l’investissement industriel pour un dernier milliard.

Mais sur les 65 milliards consacrĂ©s Ă  la transition Ă©cologique et Ă  la cohĂ©sion sociale et territoriale, une partie non nĂ©gligeable finira encore dans les escarcelles des entreprises. En toute logique, toute relance et injection de fonds par l’État dans une Ă©conomie fondĂ©e sur le marchĂ© et dominĂ©e par le secteur privĂ© profite aux entreprises. Par exemple, les 6,7 milliards pour la rĂ©novation Ă©nergĂ©tique des passoires thermiques permettront au secteur du BTP de se refaire une santĂ©. Mais le gouvernement va plus loin. Par exemple, la dĂ©carbonisation d’entreprises polluantes sera prise en charge, au moins en partie, par l’argent public. Enfin, certaines des mesures prĂ©sentĂ©es comme relevant de la cohĂ©sion sociale sont encore des cadeaux au patronat.

« C’est d’abord des milliards pour les entreprises Â», s’agaçait Philippe Martinez, le secrĂ©taire gĂ©nĂ©ral de la CGT, ce matin sur France 2, Ă  propos des 6,7 milliards en faveur de l’emploi des jeunes, intĂ©grĂ© au plan de relance. Ici, les entreprises qui emploieront des salariĂ©s de moins de 26 ans recevront 4000 â‚Ź d’aides directes. De plus, le coĂ»t d’un apprenti sera essentiellement Ă  la charge de l’État : 5000 â‚Ź pour un mineur, 8000 â‚Ź pour un majeur. Du travail quasiment gratuit offert aux employeurs. Par contre, dans le volet cohĂ©sion sociale, la totalitĂ© des aides sociales est plafonnĂ©e Ă  800 millions d’euros, et la lutte contre la pauvretĂ© rĂ©cupĂšre 200 millions, soit 0,2 % de la totalitĂ© du montant du plan de relance.

Pas de contreparties

« Les aides publiques massives, directes et indirectes [
] doivent ĂȘtre soumises Ă  la condition de l’interdiction Ă  la fois des licenciements et du versement de dividendes et contrĂŽlĂ©es en consĂ©quence Â», rĂ©clamait le syndicat Force ouvriĂšre dans une dĂ©claration la veille du dĂ©voilement officiel du plan gouvernemental. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il n’a pas Ă©tĂ© entendu. Une absence de contrainte que regrette aussi le leader de la CGT qui interrogeait ce matin : « Ă€ quoi sert l’argent des contribuables qui est donnĂ© aux entreprises ? [
] Les milliards donnĂ©s Ă  Renault et Air France ont servi Ă  supprimer des emplois. Â» Un avis Ă©galement partagĂ© par Greenpeace sur des « cadeaux Â» faits aux entreprises « sans condition Ă©cologique et sociale contraignante Â».

« Le gouvernement change, mais le logiciel ne change pas Â», dĂ©plore VĂ©ronique Martin. Si la membre du bureau exĂ©cutif de la CGT dit ne pas ĂȘtre hostile en soi Ă  « des aides aux entreprises pour que l’économie reprenne Â», elle insiste sur la nĂ©cessitĂ© de conditionner ces milliards donnĂ©s « au maintien ou Ă  la crĂ©ation d’emplois Â» et sur le besoin de contrĂŽle par les ministĂšres en charge. Enfin, elle constate « qu’il n’y a rien pour les salariĂ©s y compris en termes de revalorisations Â». MĂȘme pour celles et ceux en premiĂšre et seconde ligne pendant la crise sanitaire au printemps. À contre-courant, la CFDT salue elle « des orientations qui restent Ă  confirmer Â». Satisfecit pour la centrale cĂ©dĂ©tiste qui souligne les mesures en faveur des jeunes tout en regrettant des manques pour les plus prĂ©caires : « il ne faut pas laisser les plus prĂ©caires basculer dans la grande pauvretĂ© Â»

À dĂ©faut d’obligations, le gouvernement a prĂ©fĂ©rĂ© la confiance et l’incitation plutĂŽt que la contrainte pour le monde de l’entreprise. Jean Castex en a mĂȘme fait une « doctrine Â» : ni fiscalitĂ© punitive ni Ă©cologie punitive.


Article publié le 03 Sep 2020 sur Rapportsdeforce.fr