Quiconque se tourne actuellement vers Perpignan sera surpris d’apprendre qu’un important représentant de l’extrême droite, Louis Aliot, maire nouvellement élu de la ville, ancien partenaire de Marine LePen et vice-président du Rassemblement national (RN), souhaite rouvrir au plus vite le Centre d’art contemporain Walter Benjamin, actuellement fermé.

Qu’es-tce qui relie Louis Aliot et le RN à l’écrivain juif allemand et émigrant Walter Benjamin ? En bref : rien !

Walter Benjamin, qui, en tant que juif et antifasciste allemand, a dû fuir en France dès 1933, a pu survivre en France grâce au soutien de l’émigration antinazie. Lorsque le fascisme allemand a envahi la Pologne, il a été interné en France avec plusieurs milliers d’émigrants allemands pendant près de trois mois par le gouvernement réactionnaire en tant qu’étrangers ennemis ». Libéré du camp d’internement en novembre 1939, Benjamin s’enfuit à Lourdes, d’où il se rend à Marseille avant de tenter de fuir au Portugal via l’Espagne en septembre 1940, après l’invasion allemande de la France et l’instauration du régime de Vichy dans la « partie inoccupée », et de là, il tente de partir avec un visa américain. Avec l’aide des antifascistes français, il a réussi à traverser la frontière espagnole près de Portbou. Mais par peur l’extradition aux Allemands, il s’est suicidé dans la nuit du 26 au 27 septembre 1940.

Walter Benjamin représente donc l’exact opposé des positions politiques et culturelles et des images historiques pour lesquelles les droits français sous la forme du Rassemblement national (RN) sont encore valables aujourd’hui.

Louis Aliot a annoncé à pleine voix que le centre culturel allait devenir un centre de documentation sur la fuite et l’expulsion. Le sort des réfugiés juifs devait être décrit ici de la même manière que celui des républicains espagnols qui ont lutté contre Franco et ont dû fuir en France. Il faut aussi se souvenir des Sinti et des Roms. Ce qui semble si respectable n’a qu’un seul but : que l’infirmière diplômée devienne présentable et se débarrasse de « l’odeur d’extrême droite, d’antisémitisme et de xénophobie », comme le souligne Jürgen Ritte, professeur de littérature à la Sorbonne-Nouvelle.

La Fédération Internationale des Résistants (FIR) – association d’antifascistes, organisation qui regroupe des organisations d’anciens résistants, de partisans, de membres de la coalition anti-hitlérienne, de persécutés du régime nazi et d’antifascistes des générations actuelles de plus de vingt pays d’Europe et d’Israël – condamne ce spectacle indigne du RN et l’instrumentalisation de Walter Benjamin.

La FIR avec ses fédérations membres en France et dans d’autres pays est engagée depuis des décennies pour une mémoire appropriée de tous les combattants antifascistes et poursuivis des régimes de terreur fascistes. La FIR demande au gouvernement français d’assurer un souvenir digne de Walter Benjamin. Ce faisant, elle soutient l’appel des intellectuels français qui, dans une lettre ouverte du quotidien « Le Monde », se sont positionnés contre les projets de Louis Aliot et du RN.

Dr. Ulrich Schneider

Secrétaire général

FÉDÉRATION INTERNATIONALE DES RÉSISTANTS (FIR) – ASSOCIATION ANTIFASCISTE

Berlin, le 8 juillet 2020.


Article publié le 11 Juil 2020 sur Demainlegrandsoir.org