Sur Montpellier, le manque de moyen pour les gardes d’enfants de soignants nuit à la continuité pédagogique et aux mesures sanitaires

Depuis le début de la crise sanitaire du Covid-19, des gardes sont mises en place dans certaines écoles pour les enfants de soignants. Le dispositif concerne depuis le 22 mars ceux des personnels en charge de l’aide sociale à l’enfance. 30 000 sont concerné . A Paris, il s’étend aux enfants de policiers et de sapeurs-pompiers. Sur Montpellier cinq écoles avaient été sélectionnées pour regrouper ces élèves, mais suite à la faible affluence il n’y en a plus que trois. Le dispositif est-il efficace pour assurer une continuité dans l’apprentissage à ces enfants ? Alors que, comme Le Poing a pu l’aborder récemment, le ministère de l’Éducation nationale a bien du mal à assurer une continuité pédagogique pour tous, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, assurait encore le 4 avril que « les gestes barrières et les consignes sanitaires étaient respectés ». Sur le terrain, la réalité paraît nettement plus nuancée…

« L’endroit
où la continuité pédagogique est la plus difficile a assurer c’est
l’école en ce moment… »

« Un
vendredi, après m’être inscrite sur la liste des volontaires sans
avoir de nouvelles pendant un moment, on m’envoie un mail pour
savoir si je suis toujours disponible pour la semaine suivante. Je
réponds positivement. Le dimanche soir je reçois un listing
m’indiquant qu’on aura deux enfants le lendemain. On ne nous
demande rien d’autre que d’arriver avec dix minutes d’avance.
On est affectés par binômes, accompagnés d’une ATSEM
[
Ndlr : Agent Territorial Spécialisé des Écoles Maternelles,
personnel de l’éducation qui assiste les enseignants pour
l’accueil et l’hygiène des enfants ].
C’est en arrivant qu’on s’aperçoit que les élèves sont
sept en fait, de la petite section au CP. »
Du
côté de Marion*, enseignante volontaire pour la garde des enfants
de soignants à Montpellier, on s’adapte petit à petit, avec les
moyens du bord, à une organisation qui fait défaut. « Ils
n’ont aucun suivi, pas de cadre, ils ont tous du travail à faire,
mais sont complètement désorganisés. Certains enfants sont
survoltés, d’autres semblent très fatigués. Et nous ne restons
là que 3h, difficile d’investir la relation. »

Deux
fois par semaine, les volontaires assurent les gardes. Un important
turn-over donc chez les encadrants qui rend effectivement difficile
un suivi pédagogique. D’autant plus que les parents soignants sont
très sollicités par leur boulot en ce moment, ils peuvent
travailler jusqu’à 48
heures par semaine
,
les plannings de certains secteurs affichant même d’après la CGT
du CHU de Montpellier jusqu’à 60
heures 
!

Un
tableau sur lequel surenchérit Vincent, enseignant effectuant des
remplacements en temps normal, lui aussi volontaire sur la ville : « 
J’y suis allé deux après-midi pour l’instant. La première fois,
les enfants étaient 7, de la petite section au CM2. La seconde, ils
étaient 2.
Ce
qui me pose le plus de problème dans cette situation, c’est
l’information : trop, pas assez, contradictoire… Sur des choses
concrètes, comme souvent dans ce métier, on se débrouille. Le
premier jour par exemple, nous avions l’heure d’arrivée à l’école
mais pas l’heure de sortie. Ce sont donc les agents de la mairie et
la plupart du temps les enfants qui nous ont aiguillés. C’est ce qui
pose problème en ces temps difficiles face aux élèves car nous
sommes supposés être des adultes repères et rassurants mais quand
ils passent d’un adulte à l’autre et possèdent plus d’informations
que nous, ça ne les rassure pas ! C’est plus de la garderie
qu’autre chose. »

Le
manque de matériel n’arrange rien à l’affaire, et Marion*
regrette qu’il n’y ait pas plus de moyens pour se rendre utiles.
« La
2ème demi-journée, ils seront 4. On leur propose des activités
adaptées qu’on a pu anticiper, parce que ce coup-ci on les
connaît. Aucun travail en ligne n’est possible à l’école car
il n’y a pas d’ordinateur disponible. Finalement l’endroit où
la continuité pédagogique est la plus difficile à assurer, c’est
l’école en ce moment… Assez triste comme constat. Ils ne sont
pas nombreux mais pendant qu’on tourne en héros leur parents, eux
on les garde, pas plus. »
,
assène-t-elle, un brin désabusée, mais fidèle au poste.

« Comment
maintenir une distance de sécurité avec des gosses dans une salle
de réunion ? 
»

Contrairement
à ce qu’annonçait encore Jean-Michel Blanquer ce
samedi 4 avril
,
les conditions ne semblent pas vraiment réunies pour une application
des gestes barrières protégeant d’une infection au Covid-19 !

« Je
pensais être dans une classe mais nous avions une petite salle
réservée qui ne permettait pas de respecter le mètre de distance
réglementaire ce jour là. »
,
s’étonne Vincent. Même expérience pour Marion*, qui se demande
« comment
maintenir une distance de sécurité avec des gosses, dont certains
en bas-âge, dans une salle de réunion ? »

Côté
matériel de protection, la situation évolue constamment, change
d’une école à l’autre, dans la confusion.

Pas
de protection proposée, que ce soit pour les enfants ou pour les
adultes, mais du gel hydroalcoolique dans la salle pour Vincent, qui
se rendra compte seulement plus tard qu’il peut en obtenir en
demandant. « J’avais
parlé à un animateur qui m’avait dit le lundi qu’il avait apporté
son propre matériel car il est asthmatique et qu’il n’y avait
rien pour lui, mais peut-être y a-t-il eu une livraison entre-temps
? »
Alors
que dans le binôme de Marion on fournit gants, gel, lingettes et
savons. Les masques par contre sont réservés aux quelques employés
de mairie présents toute la semaine. Ils portent les même que la
veille.

Contactée
par téléphone, Julie Rastoul, secrétaire départemental
héraultaise du SNUDI-FO, qui syndique tout le premier degré,
confirme que la situation est peu ou proue la même dans toute la
ville et ses alentours.

Dans
les locaux les désinfections vont bon train. Et pour cause ! « J’ai
appris par l’ATSEM que l’un des enfants présents le premier jour
avait côtoyé de près une personne infectée. »,
nous
glisse Vincent.

Ambiance…

*Prénom
modifié à la demande de l’intéressée


Article publié le 06 Avr 2020 sur Lepoing.net